Jacques Poitou
Accueil
Plan du site
Langages | Ecritures | Ecritures latines | Ecriture chinoise | Numérique | Cryptographie | Typographie | Reproduction et transmission | Censure | Jeux
Expressions latines | non olet | vulgum pecus | steak tartare | Nous sommes tous... | Mots arabes | Mots hongrois | Mots russes | roms, tsiganes, gitans, etc. | hébreu, israélite, juif, etc. | solution finale, holocauste, shoah, etc.

Au fil des rues : la Crimée à Paris

 

Capitaines, & vous Seigneurs, qui menez les hommes à la mort, car la guerre n'est autre chose
    Blaise de Monluc (1592 : 14)

la guerre sans l’alignement brillant et correct des troupes, sans musique, sans roulements de tambours, sans étendards flottant au vent, sans généraux caracolant ; [la guerre] telle qu’elle est, dans le sang, dans les souffrances et la mort
    Tolstoï (1907 : 181)



Les noms des rues reflètent un certain rapport au monde, tel que le perçoivent les autochtones ou, plus exactement, ceux qui décident des noms de rue. A Paris, comme ailleurs en France, plusieurs noms de rue sont en rapport avec la Crimée : ce sont des noms de victoires françaises et de chefs militaires français pendant ce qu'on appelle la guerre de Crimée : la guerre qu'y menèrent la France et l'Angleterre contre la Russie en 1854-1856. Une quinzaine de voies ou ponts de Paris lui furent dédiés.

N.B. Les indications ci-dessous sur les noms des rues parisiennes sont extraites principalement de Hillairet (1963). Les termes russes sont transcrits selon la norme ISO 9:1995.

voirEcritures du russe
voirTranscription et translittération des caractères cyrilliques


1854-1856 : deux ans de guerre – combien de morts ?

colonne Les causes de la guerre de Crimée sont liées à la rivalité entre l'Empire russe et l'Empire ottoman : la Russie cherchait à étendre son influence en mer Noire et vers la Méditerranée, l'Empire ottoman s'efforçait d'y maintenir ses positions. A cela s'ajoutaient les ambitions de l'Angleterre et de la France, qui voulaient sécuriser leurs influences en Orient et pour cela contenir l'expansion russe. D'où la défense par eux de l'Empire ottoman et finalement l'expédition contre la Russie.

La guerre dura deux ans et aboutit au traité de Paris : le soutien à l'Empire ottoman fut confirmé et un coup d'arrêt mis aux ambitions de la Russie en mer Noire. Les territoires qu'elle y avait conquis au XVIIIe siècle (Nouvelle Russie et Crimée) lui restaient néanmoins acquis.

Dans l'immédiat, la guerre de Crimée rehaussa le prestige de Napoléon III (qui avait été proclamé empereur des Français deux ans plus tôt). Les victoires françaises rappelèrent le souvenir de celles de Napoléon Ier.

Cette guerre marqua aussi le début d'une alliance franco-britannique qui devait se prolonger au XXe siècle, notamment lors de la Première Guerre mondiale. Les deux pays s'allièrent cette fois-là avec la Russie contre l'Empire ottoman, dont ils se partagèrent ensuite les dépouilles… avant d'intervenir aussi contre le jeune Etat soviétique.

1918-1919 : retour de la France en Crimée. A l'issue de la Première Guerre mondiale, la France intervint par mer en Ukraine et en Crimée pour provoquer la chute du gouvernement soviétique. Ce fut un beau fiasco, mais cette intervention est restée dans les mémoires par les mutineries qui affectèrent la flotte française en mer Noire et ensuite dans les ports français. Parmi tous les marins qui y prirent part, André Marty (1886-1956) et Charles Tillon (1897-1993), qui furent ensuite des dirigeants du parti communiste, avant d'en être brutalement évincés en 1952. Nulle rue André Marty en France, quelques-unes pour Tillon, mais surtout parce qu'il fut, pendant l'Occupation, l'organisateur et le commandant en chef des Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

– Dans le square Emile Chautemps, anciennement square des Arts et Métiers (3e arrondissement), figure une colonne érigée à la gloire de l'expédition de Crimée. Sur son socle sont gravés les noms de victoires françaises : Alma (20 septembre 1854), Inkerman (5 novembre 1854), Tchernaïa (16 août 1855) et Sébastopol (8 septembre 1855). La colonne était surmontée d'une statue en bronze représentant la victoire, qui fut fondue en 1942.
    Photo ci-contre : © Jacques Poitou, novembre 2014.

Mais la guerre de Crimée, ce furent aussi des centaines de milliers de morts : près de 100 000 morts (dont la plupart de maladie) rien que pour les seules forces françaises.

Marcel Blanchard (1966 : 88), professeur honraire à la Sorbonne, parle d'"une interminable boucherie", mais il présente ainsi les faits : "Opérations où se révélèrent en même temps que la bravoure éternelle du soldat français, la solidité et l'abnégation des cadres subsalternes et la furia des troupes d'Afrique ; la France touchant là, en une guerre européenne, le prix et la valeur de cet entraînement hors pair qu'avait été la conquête algérienne." (p. 87) [Question : les Algériens vaincus et colonisés sont-ils eux aussi fiers d'avoir servi de chair humaine pour l'entraînement de l'armée française ?]

Dans Scènes du siège de Sébastopol (Tolstoï 1907 : 180-181), Lev Nikolaevič Tolstoj, qui avait été mobilisé dans l'armée russe, raconte la visite d'un hôpital improvisé à Sevastopol´ ; il vient de traverser la salle où gisent les blessés  :

Maintenant, si vos nerfs sont forts, entrez là-bas à gauche. C’est la chambre des opérations et des pansements. Vous y voyez des médecins, la figure pâle et sérieuse, les bras tachés de sang jusqu’au coude, auprès du lit d’un blessé, étendu, les yeux ouverts, qui délire sous l’influence du chloroforme et prononce des paroles entrecoupées, les unes sans importance, les autres attendrissantes. Les médecins sont tout entiers à leur besogne répulsive, mais bienfaisante : l’amputation. Vous y verrez la lame recourbée et tranchante s’introduire dans la chair saine et blanche ; le blessé revenir subitement à lui avec des cris déchirants, des imprécations ; l’aide-chirurgien jeter dans un coin le bras coupé, pendant que cet autre blessé, sur un brancard, qui assiste à l’opération, se tord et gémit plus encore à cause du martyre moral de l’attente que de la souffrance physique qu’il endure. Vous y verrez des scènes épouvantables, empoignantes ; vous y verrez la guerre sans l’alignement brillant et correct des troupes, sans musique, sans roulements de tambours, sans étendards flottant au vent, sans généraux caracolant ; vous la verrez telle qu’elle est, dans le sang, dans les souffrances et la mort !


Au fil des rues de Paris

Les toponymes utilisés à Paris pour des noms de rue sont au nombre de cinq : deux d'origine tatare (Al´ma et Krym), un d'origine russe (Malahov) et deux d'origine grecque (Odesa, Sevastopol´).

Al´ma

L'Al´ma (Альма) est le nom d'une rivière qui se jette dans la mer Noire. Son nom est d'origine tatare et signifie pomme (turc elma) : dans la vallée étaient plantés des vergers de pommiers.

Dans cette vallée eut lieu le 20 septembre 1854 une bataille entre les troupes françaises et anglaises et les troupes russes. Voici ce qu'en rapporta à sa femme le commandant en chef des forces françaises, le maréchal de Saint-Arnaud, qui – écrivit Victor Hugo (1872 : 273) – "avait les états de service / D'un chacal, et le crime aimait en lui le vice" :

Victoire, victoire, ma Louise bien-aimée ; hier 20 septembre, j'ai battu complètement les Russes, j'ai enlevé des positions formidables défendues par plus de quarante mille hommes qui se sont bien battus ; mais rien ne peut résister à l'élan français, à l'ordre et à la solidité des Anglais. […]
Le champ de bataille sur lequel je bivouaque, sur l'emplacement même qu'occupait le prince Menschikoff hier, est jonché de cadavres russes. J'ai douze cents hommes hors de combat, les Anglais quinze cents. Les Russes doivent en avoir quatre à cinq mille. […] C'est une magnifique journée, et la bataille d'Alma figurera honorablement à côté de ses sœurs de l'Empire. Les zouaves sont les premiers soldats du monde.
Toute victoire se paye. Canrobert est blessé d'un éclat d'obus, mais légèrement. Le coup a frappé à la poitrine et à la main. Le général Thomas a une balle dans le bas-ventre ; il rentre en France. Le commandant Troyon a été tué. Pauvre Charlotte ! J'écrirai à madame de Soubeyran. J'ai trois officiers tués, cinquante-quatre blessés, deux cent cinquante-trois sous-officiers et soldats tués et mille trente-trois blessés. (Lettres : 342)

A son frère, Saint-Arnaud écrivit ce même 21 septembre :

Je n'ai jamais vu de plus beau panorama que cette bataille. / Arrivé sur les hauteurs pour mieux juger des mouvements de l'ennemi, j'ai pu voir les positions enlevées par mes zouaves, et l'armée anglaise faisant un passage de lignes sous le feu de l'artllerie russe pour aller enlever ses batteries. C'était sublime... (Lettres : 344 ; souligné par moi, JP)

Sublime ! Voici le tableau que Guérin (1859 : I, 253-254) dresse du champ de bataille au lendemain des opérations :

Pendant que, livré, après la surexcitation de la bataille, aux étreintes poignantes d'une mort prochaine, non par le feu de l'ennemi, mais par la fièvre dévorante, le maréchal de Saint-Arnaud campait sur l'emplacement même de la tente du prince Menchikof, beaucoup d'officiers, de soldats, en proie à une cruelle émotion, parcouraient le champ du combat, couvert de morts de toutes sortes (plurima mortis imago), de blessés qui poussaient des gémissements en réclamant le secours des médecins, ou un peu d'eau pour étancher leur soif ou laver leurs plaies, d'hommes que l'on amputait, d'armes brisées, de tronçons humains, de groupes de soldats et de chevaux nageant dans des mares de sang. "Si c'est là un jour de fête et de triomphe, dit le journal d'un jeune officier que nous avons déjà eu l'occasion de citer, qu'est-ce donc qu'un jour de revers ?" Il n'est déjà pas un pli de ce terrain meurtri, labouré par les boulets, où tout à coup la vue ne se trouble, le pied ne s'arrête devant quelque corps mutilé. […] De longues files de mulets emportent aux vaisseaux les blessés français, anglais et russes. On amoncelle les morts, on réunit les membres sanglants et dispersés, on creuse de grandes fosses dans lesquelles on les étend par couches épaisses. On fait aussi de grands tas d'armes et de vêtements, et l'on y met le feu. Çà et là, on trouve des lettres écrites en langue russe, les unes cachetées, les autres pliées, qu'une heure encore avant la bataille les infortunés qui les avaient écrites s'étaient flattés de pouvoir faire parvenir à leurs parents, à leurs amis. La main qui les traça gît souvent séparée du tronc. Et cependant que l'Alma, indifférente aux scènes dont on venait, pour la première fois, d'illustrer cruellement ses bords, portait à la mer Noire ses eaux limpides, sous des berceaux de verdure affaissés par le passage des troupes, sous les arbres portant l'empreinte des boulets et des balles, on voyait des bandes lâches et voraces d'oiseaux de proie, alléchés par l'odeur cadavéreuse qui commençait à infecter l'air, se précipiter et s'abattre sur le champ du carnage, en poussant de longs et funèbres cris qui se mêlaient aux plaintes des blessés, aux derniers râlements des mourants.

Trois jours après, le 24 septembre, Saint-Arnaud, qui bivouaquait dans la vallée du Bel´bek, avait une délicate attention pour son épouse :

Cette vallée du Belbeck est un paradis. Il y a des choux et des fruits pour une armée. On a envahi la maison du prince Bibikoff, tu auras un petit guéridon qui appartenait à la princesse, souvenir de la guerre de Crimée. (Lettres : 347)

– Pont de l'Alma

zouave Le pont de l'Alma fut construit en 1856. Il était divisé en trois tronçons et les deux piliers centraux étaient ornés de chaque côté de statues représentant des soldats de l'armée de Crimée : un zouave, un artilleur, un chasseur à pied et un grenadier. Lors de la reconstruction du pont avec un seul pilier en 1974, on n'y conserva que la statue du zouave, les trois autres furent installées ailleurs.

On a d'abord appelé zouave un "soldat algérien, à l'origine kabyle, appartenant à un corps d'infanterie légère de l'armée française", puis, à partir de 1842, un "soldat d'un corps d'infanterie de l'armée basée en Afrique, entièrement composé de Français". Le terme vient de l'arabe maghrébin zwāwa, "nom d'une confédération de tribus kabyles de la région du Djurdjura, en Algérie, où étaient traditionnellement recrutés des soldats". (TLFi) – Deux expressions sont sans doute liées, par métaphore, au costume traditionnel des zouaves, inspiré des coutumes vestimentaires algériennes : un (drôle de) zouave = un personnage dont le comportement est bizarre, excentrique, etc. ; faire le zouave = faire le pitre, faire le guignol, perdre son temps à faire des choses inutiles. Voir, à titre d'illustration de ces deux expressions, Objectif Lune (de Hergé), p. 2 et 11 pour la première, et pour la seconde, p. 39-49, ainsi que la première strophe du Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg.

Le zouave du pont de l'Alma a, dans la vie parisienne, une fonction bien précise : il indique le niveau de l'eau dans la Seine. S'il a les pieds dans l'eau, c'est que la Seine est en crue. Lors de la crue de 1910, l'eau lui montait jusqu'aux épaules.
    Photo ci-contre : © Jacques Poitou, novembre 2014.

Le pont de l'Alma débouchait rive droite sur la place de l'Alma et sur l'avenue de l'Alma (rebaptisée ultérieurement) et rive gauche sur le boulevard de l'Alma (rebaptisé ultérieurement).

 

– A l'entrée du pont rive droite, petit monument : la Flamme de la liberté, copie de celle qui orne la statue de la liberté à New York. Des gens y ont longtemps déposé des fleurs en souvenir d'un accident de la circulation qui eut lieu en août 1997 dans le tunnel sous le pont. Cet accident était dû – comme tant d'autres ! – à l'alcool et à la vitesse. Trois morts : le chauffeur, l'ex-femme de Charles Mountbatten-Windsor (souvent appelée Lady Di – prononcer Laididi [lɛ.di.di]) et son copain d'alors. Un blessé grave : le garde-du-corps.

– Place de l'Alma (8e et 16e arrondissements)

Cette place située dans le prolongement du pont fut appelée place de l'Alma en 1858. En 1997, le conseil municipal décida de la rebaptiser place Maria Callas. Mais las ! l'accident survenu dans le tunnel amena les autorités à renoncer à la dernière minute à ce projet. L'idée ultérieure de rebaptiser la place du nom de l'ex du prince Charles ne fut pas acceptée par les royales autorités britanniques : Diana Spencer avait beau être la mère de deux héritiers potentiels de la couronne, elle était d'abord divorcée du premier héritier.

– Cité de l'Alma (7e arrondissement)

Voie privée, rive gauche, ouverte en 1859. Elle donne dans l'avenue Bosquet.

– Boulevard de l'Alma (7e arrondissement)

Voie ouverte en 1854 du pont de l'Alma à l'Ecole militaire. En 1868, elle fut renommée avenue Bosquet (voir plus bas).

– Avenue de l'Alma (8e arrondissement)

Voie ouverte en 1858 du pont de l'Alma aux Champs-Elysées. En 1918, elle fut renommée avenue George V, du nom du roi d'Angleterre (1865-1936), pour célébrer l'alliance franco-anglaise lors de la Première Guerre mondiale.


Krym

Крым (Krym) < Qırım en tatar. Les transcriptions usuelles du nom actuel sont Krim (féminin) en allemand, Crimea (neutre) en anglais et Crimée en français (féminin < Crime – masculin dans Le Vasseur 1861). L'origine du terme tatar est incertaine.

Dans l'Antiquité, la péninsule s'est d'abord appelée Tαυρική Χερσόνησος (Taurikī Chersónīsos), du nom de la colonie grecque de Chersónīsos (= presque-île) et de l'ethnie qui y habitait, les Tauriens ou Taures, puis simplement Ταυρική (Taurikī), adapté en Taurien (allemand), Tauris (anglais), Tauride (français).

Voici ce qu'Hérodote (Ve s. avant notre ère, Hérodote [1964 : 322-323]) rapporte des douces mœurs des habitants de l'époque :

Ils sacrifient à la Déesse Vierge tous les naufragés et tous les Grecs qu'ils ont capturés au large de leurs côtes. Voici comment ils procèdent : ils commencent le sacrifice, puis ils assomment la victime d'un coup de massue ; certains disent qu'ils jettent le corps du haut de l'escarpement (leur temple est bâti sur un roc escarpé), et gardent la tête fixée sur un pieu ; d'autres sont du même avis sur le sort réservé à la tête, mais affirment que le corps est enseveli, et non pas jeté du haut du rocher. La divinité à laquelle ils sacrifient est, selon leurs dires, Iphigénie, la fille d'Agamemnon. Les ennemis qui tombent entre leurs mains sont ainsi traitésː chacun coupe la tête de son prisonnier et lˈemporte chez lui ; ensuite, il la fixe au bout d'une lonɡue perche et la dresse très haut au-dessus de son toit, en général au-dessus du trou par où sort la fumée ; ce sont, disent-ils, leurs ɡardiens, postés au-dessus de leurs maisons. Ce peuple vit du briɡandaɡe et de la ɡuerre. (IV, 103)

Selon la légende, la Tauride fut le lieu d'exil de la fille d'Agamemnon, Iphigénie, qui devait être sacrifiée afin que les vents fussent favorables à la flotte grecque en partance pour Troie. Mais Iphigénie fut sauvée in extremis par Diane. Devenue prêtresse de Diane en Tauride, elle devait présider aux sacrifices humains, notamment des étrangers qui s'aventuraient en ces lieux. Or, il advint que son frère Oreste et son ami Pylade débarquèrent en Tauride. Ils furent capturés. Grâce à une ruse imaginée par Iphigénie, ils réussirent à s'enfuir tous les trois, et le roi Thoas décida finalement de ne pas les poursuivre. – Cette légende donna lieu à différentes œuvres dramatiques, parmi lesquelles la pièce d'Euripide (Ve siècle avant notre ère) – Iphigénie en Tauride (Théâtre grec : 786-845), la plus ancienne connue – et celle de Goethe (XVIIIe siècle), Iphigenie in Tauris (Goethe 1967 : 81-137).

Après son annexion par la Russie en 1783, la Crimée constitua, avec les régions situées au nord, le gouvernement de Tauride (Tavričeskaâ guberniâ) – retour au nom grec. Le souvenir d'Iphigénie restait vivant chez les élites russes. A preuve ce passage d'une lettre de l'impératrice Ekaterina (Catherine II) annonçant son voyage en Crimée : "j'emploierai le mois de mai à visiter le pays qu'habitait jadis, dit-on, Iphigénie. Il est sûr que le seul nom de ce pays anime l'imagination, aussi n'y-a-t-il sorte de fictions qu'on ne débite sur mon voyage et sur mon séjour en Tauride" (15 septembre 1786, in Unbegaun 1936 : 223).

– Carte du gouvernement de Tauride (1788) par Jean-Claude Dezauche : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8493339c

Cependant, l'attrait principal de la Crimée pour la Russie était tout autre :

La Crimée, peu salubre dans son ensemble, n'aurait, pour la Russie qui la possède, qu'une valeur peu importante, si, à côté de ses sites pittoresques, elle ne se recommandait par ses productions, l'excellence de ses fruits, la qualité de ses vins, et si, au point de vue stratégique, elle n'était incomparablement avantageuse pour abriter dans ses ports et ses baies la flotte russe en observation dans la mer Noire. C'est son avantage principal, mais il est de premier ordre. (Charles Simond in Vogüé 1898 : 4)

Après la révolution d'Octobre, la Crimée devint une République socialiste soviétique autonome au sein de la République fédérative socialiste soviétique de Russie. En 1954, bien que majoritairement russophone, elle fut subitement transférée, avec le même statut d'autonomie, à l'Ukraine soviétique. En 1991, elle fit donc aussi partie de l'Ukraine indépendante. En 2014, après le renversement du président Ânukovič (Yanoukovitch) à Kiev, la Russie la récupéra.

– Si la guerre de 1854-1856 a fait parler de la Crimée en France, un autre événement survenu en Crimée eut des conséquences autrement plus considérables pour la France et l'Europe toute entière. En 1346, les Tatars assiégèrent la colonie génoise de Caffa (anciennement Θεοδοσία [Theodosia], actuellement Феодосия [Feodosiâ]), mais leurs rangs furent décimés par

Vn mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en ſa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peſte (puis qu'il faut l'appeler par ſon nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Acheron
    (La Fontaine 1678 : 9-10)

Les Tatars se servirent de la peste contre les assiégés en catapultant des cadavres dans la ville, selon ce qu'en rapporta peu après Gabriele de’ Mussi, notaire à Piacenza, lequel n'était cependant sans doute pas présent sur place (Wheelis 2002). Ceux qui purent fuir la ville assiégée par bateau auraient alors contaminé les ports où ils se réfugièrent, et de là, la peste noire se serait répandue dans la plus grande partie de l'Europe. Mais selon Wheelis, si ce fut bien à partir de la Crimée que la peste se répandit en Europe, il est peu probable que les réfugiés de Caffa en aient été les seuls ou même les principaux vecteurs. – Quoiqu'il en soit, on estime que la peste emporta un tiers de la population européenne en cinq ans (1347-1352). A titre de comparaison, pendant la Seconde Guerre mondiale, la Pologne – l'un des pays où les pertes humaines furent les plus considérables – perdit seulement (si l'on peut dire) un sixième de sa population et la France 1,5 %.

– Rue de Crimée (19e arrondissement)

Rue ouverte petit à petit sous le Second Empire, elle va de la rue d'Aubervilliers à la place des Fêtes. Nommée ainsi en 1868.

– Pont de Crimée (19e arrondissement)

Le pont de Crimée est un pont levant construit en 1885 et qui permet à la fois le passage des véhicules et des piétons rue de Crimée (position basse du pont) et le passage des bateaux entre le bassin de La Villette et le canal de l'Ourcq (position haute du pont). Une passerelle permet en outre le passage des piétons d'une rive à l'autre du canal. La construction de ce pont venait après d'autres ouvrages permettant le franchissement du canal au même endroit ; le premier remontait à 1808, au moment de la mise en eau du bassin de La Villette.

– Passage de Crimée (19e arrondissement)

Ancien passage Saint Hilaire, renommé ainsi en 1877. Il donne dans la rue de Crimée.


Malahov

vernetHorace Vernet : La prise de Malakoff.   Sur la colline de Malahov (Малахов), au sud de la baie de Sevatopol´, fut construite une tour qui fit partie des défenses de Sevastopol´. Son nom serait à l'origine celui d'un capitaine russe.

Le bataille décisive de la guerre de Crimée fut la prise de la tour Malahov le 8 septembre 1855, sous le commandement du général Aimable Pélissier, commandant en chef, et du général Patrice de Mac Mahon, qui y aurait prononcé sa phrase célèbre : "J'y suis, j'y reste." Mais l'histoire est autre. Voici ce qu'en dit Mac Mahon dans ses mémoires non publiées (manuscrit, V, 209-210, in Semur 2005 : 171-172) :

Peu après la guerre de Crimée, les habitants d'Autun, mes compatriotes, commandèrent à Horace Vernet, pour le musée de leur ville, un tableau représentant la prise de Malakoff. Le grand peintre vint s'entendre avec moi sur l'épisode qu'il devait reproduire. Me rappelant une légende qui commençait à se propager, et m'attribuant le mot "j'y suis, j'y reste", il avait l'idée de me représenter assis sur le parapet, écrivant sur une feuille de papier. J'avoue que cette attitude ne me souriait guère, mais qu'elle avait pu être inspirée par le fait suivant : un jeune officier de l'armée anglaise, au moment où elle était maîtresse du grand Redan, était venu me demander si j'étais sûr de conserver Malakoff. Je lui répondis : "Voyez ce drapeau, il vient d'y être planté, dites à votre général qu'il y restera."

Le correspondant du Times, William H. Russell, décrit ainsi le site au lendemain de la bataille :

Le spectacle à l'intérieur était trop terrible pour qu'il faille insister. Les Français portaient les blessés, les leurs et les Russes, et quatre empilements distincts de morts avaient été formés pour dégager la voie. Le sol était marqué par des mares de sang, et l'odeur était infecte ; des essaims de mouches s'installaient sur les morts et les mourants ; des fusils brisés, des vêtements déchirés, des cantines et des havresacs jonchaient le sol partout dans un désordre indescriptible, mêlés à des amoncellements de boulets, de fragments d'obus, des cartouches, des caisses et des récipients, des restes de poudre, des documents officiels et des instruments de cuisine. (in Fletcher & Ishchenko 2004 : 509. Traduit par moi, JP)

Source de l'image ci-contre : http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0545/m016186_0000522_p.jpg.

– Avenue de Malakoff (16e arrondissement)

Initialement avenue Saint Denis, renommée en 1864. Elle allait de la porte Maillot au Trocadéro, mais la partie au sud de l'avenue Foch fut renommée avenue Raymond Poincaré en 1936.

– Impasse de Malakoff (16e arrondissement)

Ouverte vers 1854, elle donne sur le tronçon de l'avenue de Malakoff renommé avenue Raymond Poincaré.


Odesa

La ville d'Odesa (Одеса) ne se situe pas en Crimée, mais plus à l'ouest, sur les rives de la mer Noire. Mais son nom est lié à la guerre de Crimée : l'un des premiers actes de la guerre fut le bombardement d'Odesa en avril 1854. Voici comment Guérin (1859 : I, 93 sq.) présente les faits :

La frégate à vapeur anglaise le Furious, capitaine Loring, avait été envoyée à Odessa, avant même que les escadres eussent connaissance du signal des hostilités, pour embarquer les consuls et autres Anglais ou Français qui auraient manifesté leur intention de quitter cette ville. Mais le canot parlementaire, monté par le lieutenant Alexander, ayant été reçu à coups de boulets de canon, les deux amiraux résolurent de commencer la guerre en vengeant cet attentat. L'ennemi apportait comme justification, la conduite, en effet médiocrement justifiable, de la frégate anglaise la Retribution, qui naguère avait profité du pavillon parlementaire pour lever le plan de Sébastopol.

Le port et les navires qui s'y trouvaient furent donc carrément bombardés et détruits. Guérin ajoute :

on aurait pu détruire, en quelques heures de plus, la ville même d'Odessa, mais du côté des alliés du moins, on avait décidé que cette guerre, en épargnant les populations non armées, les villes de commerce et d'industrie, garderait autant que possible le cachet de la civilisation du siècle. Les Russes n'en surent aucun gré aux alliés, les raillèrent de leur magnanimité, qu'ils taxèrent d'impuissance, et présentèrent le bombardement d'Odessa comme une tentative sans résultat et ridicule.

Mais Guérin conclut que "cet événement […], il faut le reconnaître, n'avait pas eu les importants résultats auxquels on avait pu croire d'abord."

odessa
Bombardement du port d'Odessa. Illustration de A. de Lafage. Paris : Gosselin.
Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb41523066j

Le nom d'Odesa, attribué en 1795 à la ville construite à l'emplacement de la forteresse turque Hadžibej, était le nom d'une ancienne cité grecque située à une cinquantaine de kilomètres de là, Oδησσός, dont on rattache le nom à celui d'Odysseus (Ulysse), qui s'y serait arrêté (Unbegaun 1936 : 230-231).

– Rue d'Odessa (14e arrondissement)

Rue ouverte en 1881, en partie sur l'emplacement de la cité d'Odessa, formée en 1855.


Sevastopol´

La ville de Sevastopol´ (Севастополь) fut fondée en 1783 à l'initiative de l'impératrice Ekaterina (Catherine II) après la conquête de la Crimée. Sa situation le long d'une baie profonde la rendait propice à la création d'un port, qui devint bientôt la principale base de la flotte russe de la mer Noire – et l'est encore aujourd'hui. C'est pour la Russie la porte ouverte vers les mers du Sud. Selon Roy (1856 : 23), "lors du voyage fastueux qu'elle [Catherine II] effectua en Crimée en 1787, elle fit inscrire sur la porte de la nouvelle ville : Route de Constantinople".

Le nom attribué à la ville lors de sa fondation est dérivé du grec σεβαστός (= auguste, vénérable) et πόλις (= ville). Mais Σεβαστόπολις avait été aussi une ancienne cité grecque sur les rives de la mer Noire, l'actuelle Sokhumi (russe : Suhum) en Abkhasie (Unbegaun 1936 : 224). Cet emprunt au grec reflétait – avec d'autres – les ambitions de la Russie tsariste de s'inscrire dans l'histoire comme héritier de l'empire Byzantin (voir aussi, en Crimée, le nom de Simferopol´ [= la ville du bien commun], créée à la même époque).

Voici le récit que fit Louis-Philippe de Ségur (1826 : 181-184), ambassadeur de France, de sa découverte de Sevastopol´ quand il accompagna l'impératrice Ekaterina (Catherine II) dans son voyage en Tauride en 1787 :

Nous nous embarquâmes au fond du golfe. Catherine passa en revue les vaisseaux de son armée navale, admirant de larges et profondes anses que la nature semblait avoir creusées dans les deux flancs de cette rade, pour en faire le plus beau port du monde connu.
Après avoir ainsi parcouru l'espace de deux lieues, nous débarquâmes au pied d'une montagne sur laquelle s'élevait en amphithéâtre la nouvelle Sevastopol, fondée par Catherine. Déjà plusieurs magasins, une amirauté, des retranchemens, quatre cents bâtimens qui s'élevaient, une foule d'ouvriers, une forte garnison, deux hôpitaux, plusieurs ports pour le carénage, pour le commerce et pour la quarantaine, donnaient à cette naissante création l'apparence d'une ville imposante. […]
L'entrée du golfe est sûre, commode, à l'abri des vents, et assez étroite pour que les feux des batteries placées sur les deux rivages, puissent non-seulement se croiser, mais encore porter à mitraille d'une côte à l'autre. […]
L'impératrice voulut savoir ce que je pensais de ses nouveaux établissemens maritimes. Je lui dis : "Votre majesté a effacé le triste souvenir de la paix du Pruth [1711]. Elle a changé les brigands zaporaviens en sujets utiles, et soumis les Tartares, anciens oppresseurs de la Russie. Enfin, madame, vous avez achevé dans le midi ce que Pierre le Grand avait commencé dans le nord. Il ne vous reste plus d'autre gloire à conquérir que celle de vaincre la nature, en peuplant et en vivifiant toutes ces nouvelles conquêtes et ces vastes steppes que nous venons de traverser."

Lors de la guerre de Crimée, le siège de Sevastopol´ par les troupes alliées commença en octobre 1854 et ne se termina que le 8 septembre 1855 avec la chute du fort de Malahov, au prix de pertes considérables de part et d'autre (voir Guérin 1859 : 440-441). Pour le seul huit septembre et pour les seules forces françaises, le général Pélissier dresse l'inventaire détaillé suivant :

Nos pertes, dans cette journée, sont de cinq généraux tués, quatre blessés et six contusionnés ; vingt-quatre officiers supérieurs tués, vingt blessés et deux disparus ; cent seize officiers subalternes tués, deux cent vingt-quatre blessés, huit disparus ; et quatorze cent quatre-vingt-neuf sous-officiers et soldats tués, quatre mille deux cent cinquante-neuf blessés, et quatorze cents disparus ; total : sept mille cinq cent cinquante-un. Ces pertes sont nombreuses ; beaucoup d'entre elles sont regrettables, mais elles sont moins grandes encore que je ne pouvais le craindre. Tout le monde, depuis le général jusqu'au soldat, a fait glorieusement son devoir, et l'armée a bien mérité de la patrie. (in Roy 1856 : 227).

La ville de Sevastopol´ ainsi conquise n'était plus qu'un amas de ruines désertes, incendiées par les Russes. Ils avaient sabordé la flotte et avaient détruit ou emporté tout ce qu'ils pouvaient, avant d'évacuer la ville. Cependant, à Paris, on pavoisa :

Le 11, la voix solennelle du canon tonna au sein de la capitale. Le soir les édifices publics et un grand nombre de maisons particulières furent illuminées. Le lendemain, 12, […] il y eut encore des illuminations. Le 13 un Te Deum fut chanté en grande pompe à Notre-Dame en présence de l'Empereur, des hauts fonctionnaires et des corps constitués. […] Le même jour des représentations gratuites eurent lieu dans les principaux théâtres de Paris. On chanta des cantates ; on lut des pièces de vers qui célébraient la victoire et qui furent accueillies avec un enthousiasme indicible. La ville était pavoisée des drapeaux, fraternellement unis, des puissances alliées. Le soir, elle resplendissait d'illuminations. (Ladimir 1855 : 279-280)

– Boulevard de Sébastopol (1er-2e, 3e-4e arrondissements)

A partir de 1855 fut percé, du Châtelet aux Grands Boulevards, un axe nord-sud appelé d'abord boulevard du Centre et rebaptisé boulevard de Sébastopol quelques jours seulement après la prise de la ville. Il allait initialement de l'"embarcadère de l'Est" (actuellement gare de l'Est) à l'avenue de l'Observatoire, mais seul le tronçon situé entre les Grands Boulevards et le Châtelet conserve actuellement le nom de boulevard de Sébastopol.

On l'appelle souvent le Sébasto, par apocope – de même que le boulevard qui le prolonge au sud, le Boul' Mich (= le boulevard Saint Michel).


Chefs militaires français

Pierre François Bosquet

Le général Pierre François Bosquet (1810-1861) participa aux grandes batailles de la guerre de Crimée, à la suite desquelles il fut nommé maréchal.

L'avenue Bosquet (7e arrondissement) a été ouverte en 1854. Elle part du pont de l'Alma et va jusqu'à l'Ecole militaire. Elle a englobé la rue de la Vierge et s'est appelée d'abord boulevard de l'Alma (voir plus haut) avant de prendre son nom actuel en 1868.

La rue Bosquet (qui donne dans l'avenue Bosquet) fut créée en 1844 et s'est appelée d'abord villa Saint Pierre jusqu'en 1877, puis passage Bosquet jusqu'en 1926.

Louis Brunet

Le général Brunet (1803-1855) fut tué lors de l'assaut sur Malahov.

La rue du général Brunet (19e arrondissement) fut ouverte en 1875. Elle débouche sur la rue de Crimée.

Frédéric Henri Le Normand de Lourmel

Le général Frédéric Henri Lenormand de Lourmel (1811-1854) fut tué à la bataille d'Inkerman.

La rue de Lourmel (15e arrondissement) fut créée en 1865 par la fusion d'un tronçon de la rue de Grenelle et du chemin des Marais ou des Vaches menant à Issy.

Patrice de Mac Mahon

Le général Patrice de Mac Mahon (1808-1893) commanda, sous l'autorité du général Pélissier, les forces qui se lancèrent à l'assaut de la tour Malahov.

Il est issu d'une famille d'origine irlandaise. Son nom est écrit d'un seul tenant en anglais, mais il apparaît en deux mots avec ou sans trait d'union dans sa version francisée.

L'avenue Mac Mahon (17e arrondissement) fut ouverte en 1854 en englobant la rue de l'Arc de Triomphe, à partir de la place de l'Etoile. Appelée initialement avenue du Prince Jérôme, elle prit le nom d'avenue Mac Mahon en 1875, à l'époque où Mac Mahon, déjà maréchal, était président de la République.

Nicolas Mayran

Le général Mayran (1802-1855) fut tué lors de l'assaut sur Malahov.

La rue Mayran (9e arrondissement) fut ouverte en 1862.

Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud

Après s'être distingué par une répression impitoyable des populations insoumises de Kabylie (Algérie), le général de Saint-Arnaud (1798-1854) fut l'un des principaux artisans du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851 et de la répression sanglante contre les opposants. Sa Majesté l'en remercia : elle lui fit cadeau d'un bâton de maréchal et d'un hôtel particulier au 10 de la rue à laquelle on donna son nom. Saint-Arnaud fut ensuite nommé commandant en chef des forces françaises lors de l'expédition de Crimée, mais quelques jours après la bataille de l'Alma, il rendit l'âme, emporté par le choléra. Voici comment Victor Hugo (1872 : 282) présente sa mort dans le poème qu'il lui a consacré :

Vil, la main sur le ventre, et plein d'un sombre ennui,
Il voyait, pâle, amer, l'horreur dans les narines,
Fondre sous lui sa gloire en allée aux latrines.
Il râlait ; et, hurlant, fétide, ensanglanté,
A deux pas de son champ de bataille, à côté
Du triomphe, englouti dans l'opprobre incurable,
Triste, horrible, il mourut. Je plains ce misérable.

La rue Saint-Arnaud (2e arrondissement), créée en 1854, fut rebaptisée rue Volney en 1879, du nom de Constantin-François de Chassebœuf, comte de Volney (1757-1820), linguiste, historien, homme politique. On imagine aisément le rapport entre le rôle que joua Saint-Arnaud dans le coup d'Etat qui sonna le glas de la Seconde République, et la suppression de son nom dans la voierie parisienne, au début de la troisième.


Ni la bataille de Balaklava, ni celle de Čërnaâ (Tchernaïa), ni celle d'Inkerman, ni les généraux François Certain de Canrobert et Aimable Pélissier, qui furent succesivement commandants en chef des forces françaises en Crimée après la mort de Saint-Arnaud, n'eurent droit au nom d'une voie à Paris. Leur souvenir est cependant conservé dans des noms de rue ailleurs en France.

Pas non plus, à Paris, de rue de Yalta, du nom de la ville de Crimée (Ялта, Âlta) où, en février 1945, se réunirent les Trois Grands, Churchill, Roosevelt et Staline. Il est vrai que la France n'y avait pas été invitée.


Références bibliographiques

Blanchard, Marcel, 1966. Le Second Empire. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Fletcher, Ian & Ishchenko, Natalia, 2004. The Crimean War. A clash of empires. Staplehurst : Spellmount.

Goethe, Johann Wolfgang, 1967. Weimarer Dramen : Erster Teil. 3. Auflage. München : dtv.

Guérin, Léon, 1859. Histoire de la dernière guerre de Russie (1853-1856). 2 tomes. 2e édition. Paris : Dufour, Mulat & Boulanger. Document en ligne sur le site de Google, consulté le 2014-11-15.
http://books.google.fr.

Hergé, 1966. Objectif Lune. Tournai : Casterman.

Hérodote - Thucyclide, 1964. Œuvres complètes. Paris : Gallimard. Bibliothèque de la Pléiade.

Hillairet, Jacques, 1963. Dictionnaire historique des rues de Paris. 2 tomes, Supplément (1973). Paris : Minuit.

Hugo, Victor, [1872]. Les Châtiments. Paris : Hetzel. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-11-15.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb30625342s.

Ladimir, Jules, 1855. Histoire domplète de la guerre d'Orient. Paris : Librairie populaire des villes et des campagnes. Document en ligne sur le site de la Library of Congress, consulté le 2014-11-29.
http://lccn.loc.gov/18015198.

La Fontaine, [Jean] de, 1678. Fables choisies. Troisième partie. Paris : Denys Thierry & Claude Barbin. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-01-24.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70484c.

Le Vasseur, Guillaume, sieur de Beauplan, 1861. Description d'Ukrainie […]. Paris : Techtener. Document en ligne sur le site Google, consulté le 2014-09-24.
http://books.google.fr.

Lettres du maréchal de Saint-Arnaud. 3e édition. Tome 2. Paris : Michel Lévy, 1864. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-11-15.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6358384h.

Monluc, Blaise de, 1592. Commentaires. Bourdeaus : S. Millanges. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2015-04-12.
http://http://gallical.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8610762b.

Roy, J.-J.-E., 1856. Histoire du siège et de la prise de Sébastopol. Tours : Mame & Cie. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-11-15.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63611571.

Ségur, Louis-Philippe de, 1826. Mémoires ou Souvenirs et Anecdotes. Tome 3. Paris : Alexis Eymery.Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-07-05.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k292065.

Semur, François-Christian, 2005. Mac-Mahon ou la gloire confisquée (1808-1893). Paris : Jean-Claude Gawsewitch.

Le Trésor de la langue française informatisé. [= TLFi] Document en ligne, consulté le 2014-11-15.
http://atilf.atilf.fr.

Tolstoï, Léon, 1907. Les Cosaques. Souvenirs de Sébastopol. Paris : Hachette. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-11-15.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k661498.

Tragiques grecs. Euripide. Paris : Gallimard, 1962. Bibliothèque de la Pléiade.

Unbegaun, Boris, 1936. Les noms des villes russes : la mode grecque. Revue des études slaves, 16, 3-4 : 214-235. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2014-11-16.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080-2557_1936_num_16_3_7625.

Vogüé, E. M., s.d. Sébastopol et la Crimée. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-11-15.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1166155.

Wheelis Mark, 2002, Biological warfare at the 1346 siege of Caffa. Emerging Infectious Diseas 8, 9 : 971-975. Document en ligne, consulté le 2015-02-13.
http://wwwnc.cdc.gov/eid/article/8/9/01-0536.


© Jacques Poitou 2017.