Jacques Poitou
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solution finale, génocide, holocauste, shoah, etc.



Plusieurs termes ont été et sont utilisés pour désigner l'assassinat de millions de juifs en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

voirReprésentations et persécutions des juifs en Occident
voirhébreu, israélite, juif, etc.

solution finale

Les documents des autorités allemandes sur la politique globale d'extermination des juifs sont peu nombreux. Mais trois au moins ont une grande importance : la lettre de mission du maréchal du Reich Hermann Göring à Reinhard Heydrich, directeur de l'Office central de sécurité du Reich, en date du 31 juillet 1941, les lettres par lesquelles Heydrich convoque une réunion et le procès-verbal de ladite réunion qui eut lieu le 20 janvier 1942 dans une villa au bord du lac Wannsee à Berlin. Tous ces documents sont disponibles en facsimilés sur le site de la Maison de la conférence de Wannsee :

http://www.ghwk.de/

Dans la lettre de Göring figurent deux expressions :

eine Gesamtlösung der Judenfrage im deutschen Einflussgebiet in Europa : une solution globale de la question des juifs dans la sphère d'influence allemande en Europe
die Endlösung der Judenfrage : la solution finale de la question des juifs

Dans les lettres de convocation de Heydrich figurent deux expressions :

eine Gesamtlösung der Judenfrage in Europa (1er courrier)
die Endlösung der Judenfrage (2e courrier)

Dans le procès-verbal de la conférence de Wannsee, rédigé par Adolf Eichmann, figurent les expressions suivantes :

die Endlösung der Judenfrage : la solution finale de la question des juifs – 2 occurrences
die Endlösung der europäischen Judenfrage : la solution finale de la question des juifs en Europe – 2 occurrences
die Endlösung : la solution finale – 5 occurrences
die Durchführung der Lösungsarbeiten : l'exécution des travaux pour la solution – 1 occurrence

La comparaison entre ces différentes expressions fait apparaître deux évolutions : d'abord le glissement, dans la lettre même de Göring, de Gesamtlösung à Endlösung (solution globale > solution finale) et, surtout, une procédure de raccourcissement successif : des quatre éléments sémantiques de la formule initiale (solution, final, juifs, Europe), on passe à trois, puis à deux, puis à un :

solution – finale – juifs – Europe > solution – finale – juifs > solution – finale > solution

solution finale est donc en quelque sorte une abréviation de l'expression plus longue employée par Göring. Si initalement, elle désigne un plan d'action, elle est fréquemment utilisée, par métonymie, pour désigner le résultat de l'exécution de cette politique, l'extermination elle-même.

Contrairement à d'autres termes analysés ci-dessous, l'expression solution finale ne semble pas s'être banalisée par extension référentielle : elle n'est guère utilisée à propos d'autres faits. La raison en est sans doute ce qui la différencie des autres termes : solution finale est une expression créée par les responsables de la politique d'extermination, et non par les victimes.


génocide

Le terme de génocide (grec ὅλος [genre, race] et suffixe -cide < latin caedere [tuer]) a été créé par un juriste polonais d'acsendance juive, Rafał Lemkin (1900-1959), réfugié aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été utilisé à propos de l'extermination des juifs dans le cadre du procès de Nürnberg (1945-1946) où ont été jugés les plus hauts responsables nazis encore en vie à l'époque. Il a ensuite été défini ainsi par l'ONU dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée le 9 décembre 1948 :

Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.
    http://www2.ohchr.org/french/law/genocide.htm, consulté le 2012-12-18.

Termes juridiques, génocide, apologie d'un génocide et négation (ou minimisation) d'un génocide sont passibles de sanctions par les autorités nationales des pays concernés, selon leurs législations respectives, ou par les autorités internationales (Cour internationale de justice, Cour pénale internationale, Tribunal pénal international).

Ambiguïté linguistique : l'adjectif postposé au substantif génocide peut renvoyer soit aux victimes (génocide juif), soit aux responsables (génocide nazi).

Indépendamment de son acception juridique, le terme de génocide tend à se banaliser dans la langue courante, nombre de communautés cherchant à faire admettre ou décidant qu'elles ont été ou sont vicitimes d'un génocide. La requête "un véritable génocide" dans Google donne des références à des pages qui traitent de l'Ukraine orientale, de la Kabylie, des Rwandais, des musulmans de Birmanie, des SDF brésiliens, des chrétiens d'Irak, de l'avortement, du Yemen, des Bretons, des Saharaouis, de la famine en Ukraine dans les années trente, du Darfour, des Arméniens en 1915, du réchauffement climatique, de Gaza, des Khmers rouges, des Allemands expulsés de leurs maisons après 1945, des Français d'Algérie, etc. (références citées ici en vrac, sites consultés le 2015-04-23).

voirAvatars des projets de loi sur la "pénalisation de la négation du génocide arménien" en France en 2011-2012

Dans l'Antiquité...

Dans une conférence à l'iReMMO le 29 mars 2013 (https://www.youtube.com/watch?v=BjGMgnXg_oo, vers la 43e minute), l'historien israélien Shlomo Sand dit incidemment que selon la Bible, le successeur désigné de Moïse, Josué, fut responsable du "premier génocide de l'histoire". – Voici en tout cas ce qui figure dans l'Ancien Testament sur la conquête du pays de Canaan – la terre "promise" aux Israélites par Iahvé, leur dieu :

[Conquête de Jericho]
Alors le peuple poussa le cri de guerre et ils sonnèrent des trompettes. Or, dès que le peuple entendit le son de la trompette, le peuple poussa le grand cri de guerre, et la muraille tomba sur place, puis le peuple monta vers la ville, chacun devant soi, et ils s'emparèrent de la ville. Puis ils vouèrent à l'anathème tout ce qui était dans la ville, depuis l'homme jusqu'à la femme, depuis le jeune jusqu'au vieux, jusqu'au bœuf, au mouton, à l'âne [passant tout] au fil de l'épée.
(Josué 6, 20-21)

[Conquête de Aï]
Quand Israël eut achevé de tuer tous les habitants de Aï, dans la campagne, dans le désert où ceux-ci les avaient poursuivis, et qu'eux tous, jusqu'à extinction, furent tombés sous le fil de l'épée, alors tous ceux d'Israël revinrent vers Aï et la frappèrent au fil de l'épée. Le total de tous ceux qui tombèrent en ce jour-là, tant hommes que femmes, fut de douze mille, tous gens de Aï. […]
Puis Josué brûla Aï et en fit un tell pour toujours, une désolation, jusqu'à ce jour.
(Josué 8, 24, 25, 28)

Les autres villes de Canaan furen traitées de façon semblable. (La Bible I : 642, 649-650)

Le récit biblique correspond-il à la réalité ? Selon l'Encyclopædia universalis (article "Palestine"), la destruction de cités en Canaan est bien constatée par les archéologues au XIIIe siècle avant notre ère, elle est généralement, mais pas unanimement, attribuée par les chercheurs aux Israélites.


holocauste

holocauste est issu du grec par l'intermédiaire du latin holocaustum. (< grec ὅλος [tout], καυσός [brûlé]). Dans l'Ancien Testament, il désigne le sacrifice d'un animal par le feu pour le dieu Iahvé. Voici les deux premières occurrences du terme dans la Genèse :

Noé sortit donc, ainsi que ses fils, sa femme et les femmes de ses fils avec lui. Tous les animaux, tous les oiseaux, tous les reptiles qui rampent sur la terre, selon leurs familles, sortirent de l'arche.
Noé bâtit un autel à Iahvé, il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, il fit monter un holocauste sur l'autel. Iahvé sentit l'odeur apaisante et Iahvé dit en son cœur : "Je ne recommencerai plus à maudire le sol à cause de l'homme, car l'objet du cœur de l'homme est le mal, dès sa jeunesse, et je ne recommencerai plus à frapper tout vivant comme je l'ai fait : […]. (Genèse VIII, 18-21, La Bible I , 26-27)

Après ces événements, il advint que l'Elohim éprouva Abraham. Il lui dit : "Abraham !" Il dit : "Me voici !" Il dit : "Prend ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va-t-en au pays de Moriah et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai." Abraham se leva de bon matin, sangla son âne, prit ses deux serviteurs avec lui, ainsi que son fils Isaac, fendit les bois de l'holocauste, se leva et s'en alla vers l'endroit que lui avait dit l'Elohim. Au troisième jour, Abraham leva les yeux et vit l'endroit au loin. […] Abraham prit les bois de l'holocauste et les mit sur son fils Isaac. Il prit en sa main le feu et le couteau, puis tous deux marchèrent ensemble. Isaac dit à Abraham, son père : "Mon père !" Il dit : "Me voici, mon fils !" Il dit : "Voici le feu et les bois, mais où est le mouton pour l'holocauste ?" Abraham dit : "Elohim se pourvoira du mouton pour l'holocauste, mon fils." Ils arrivèrent à l'endroit que lui avait dit l'Elohim, et Abraham y bâtit l'autel. Il disposa les bois, attacha Issac, son fils, et le plaça sur l'autel par dessus les bois. "Puis Abraham prit le couteau pour égorger son fils. Mais l'ange de Iahvé l'appela du haut des cieux, et dit : "Abraham ! Abraham !" Il dit : Me voici !" Il dit : "N'étend pas la main et ne lui fais rien, car maintenant, je sais que tu crains l'Elohim et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique." Abraham leva les yeux et vit qu'il y avait un bélier pris dans la broussaille par ses cornes. Abraham alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils. (Genèse XXII, 1-14, La Bible I 66-67)

Et voici les exigences strictes de Yahvé concernant l'holocauste :

Iahvé appela Moïse et, de la Tente du rendez-vous, il lui parla, en disant :
"Parle aux fils d'Israël et tu leur diras :
Quand un homme d'entre vous offrira une offrande à Iahvé, si c'est du bétail, ce sera du gros ou du petit bétail que vous offrirez pour votre offrande.
Si son offrande est un holocauste de gros bétail, il offrira un mâle parfait, il l'offrira à l'entrée de la Tente du rendez-vous pour qu'il soit agréé à la face de Iahvé. Il appuiera sa main sur la tête de l'holocauste qui sera agréé pour lui, pour faire propitiation pour lui.
On immolera le jeune taureau devant Iahvé puis les fils d'Aaron, les prêtres, offriront le sang et répandront le sang tout autour, sur l'Autel qui est à l'entrée de la Tente du rendez-vous. Puis on écorchera l'holocauste et on le morcellera en ses morceaux. Les fils d'Aaron, les prêtres, mettront le feu sur l'Autel et disposeront des bois sur le feu. Puis les fils d'Aaron, les prêtres, disposeront les morceaux, la tête et la fressure, sur les bois qui sont sur le feu qui est sur l'Autel. On lavera dans l'eau son intestin et ses pattes. Puis le prêtre fera fumer le tout sur l'Autel.
C'est un holocauste par le feu, une odeur apaisante pour Iahvé.
[Suivent des prescriptions semblables pour le petit bétail – agneaux, chèvres – et pour les oiseaux – tourterelles, petits de colombe.]
(Lévitique I, 1-17, La Bible I, 295-296)

A partir du Moyen Age, holocauste en est venu petit à petit à être utilisé pour désigner une tuerie d'êtres humains, quelles qu'en soient les motivations et les circonstances ; disparaissent donc du contenu sémantique initial de holocauste trois sèmes : [+ animal], [+ offrande au dieu], [+ feu].

Dans les pays anglo-saxons et en Allemagne (entre autres), c'est le terme le plus utilisé pour désigner l'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été notamment popularisé par la diffusion à la télévision de la série américaine Holocaust en 1978. Mais il est aussi contesté, l'extermination des juifs n'étant en rien un holocauste tel que défini dans l'Ancien Testament.

holocaust Dans le centre de Berlin, tout près de la porte de Brandebourg, a été érigé un vaste "mémorial pour les juifs assassinés d'Europe" (Denkmal für die ermordeten Juden Europas), ouvert au public en 2005. Il est couramment appelé "Holocaust-Denkmal".

Photo @ Jacques Poitou, février 2009.

De même que génocide, holocauste se banalise. Lui est souvent associé l'adjectif véritable, comme pour convaincre que la qualification des faits concernés en holocauste est incontestable. La requête "un véritable holocauste" dans Google donne des références à des pages qui traitent du Congo, de Gaza, de l'esclavage, de la mémoire, de l'eau, de l'Irak, de la guerre de 14-18, des Amérindiens, des tigres de Sibérie, des personnes convaincus de sorcellerie, des oiseaux, des animaux, des PME, des Frères musulmans, du Vietnam, etc. (références citées ici en vrac, sites consultés le 2015-04-13)


hurban

Le mot hébreu hurban (hourban, yiddish hurbn = destruction) a été l'un des premiers à être utilisés. Il était employé auparavant en référence aux deux destructions du temple à Jerusalem, en 581 avant notre ère par les Babyloniens et en 70 de notre ère par les Romains. Selon Serge Klarsfeld :

En Israël, on a longtemps utilisé le mot "Hourban" (catastrophe), qui a servi même en France pendant la guerre quand, par exemple, la Gestapo a liquidé la Maison des enfants juifs à Izieu. Sabine Zlatin, sa directrice, était absente, étant allée à Montpellier y chercher un nouveau refuge pour les enfants dont elle avait la charge. Elle a reçu alors un télégramme la prévenant du passage de "Monsieur Hourban" à Izieu.
Le mot est tombé en désuétude en Israël, en France et dans plusieurs autres pays quand est sorti le film Shoah, de Claude Lanzmann.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/30/contre-le-bannissement-du-mot-shoah-des-manuels-scolaires_1564775_3232.html, consulté le 2012-12-15.


shoah

Le terme shoah, au sens de calamité, catastrophe, est un terme hébreu attesté plusieurs fois dans la Bible, par exemple :

Sur toi surviendra un malheur
que tu ne sauras conjurer,
un désastre fondra sur toi,
dont tu ne pourras annuler l'effet.
Sur toi surviendra soudain
une dévastation [= shoah] que tu ne soupçonnais pas. (Isaïe, XLVII,11, La Bible II, 167)

Le terme shoah figure dans la Déclaration d'indépendance d'Israël (14 mai 1948) et dans la traduction en français publiée sur le site du ministère israélien des Affaires étrangères ("La Shoah qui anéantit des millions de juifs en Europe").

http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/1900_1949/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel, consulté le 2012-10-26.

Une Journée de la Shoah a aussi été inaugurée en Israël en 1951. Mais shoah n'a commencé à être utilisé massivement en France pour désigner l'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale que dans les années quatre-vingt dix du siècle dernier, à la suite de la sortie en 1985 du film Shoah de Claude Lanzmann, constitué de quelque dix heures de témoignages d'anciens détenus des camps d'extermination et d'anciens fonctionnaires et militaires allemands. Voici ce que dit Lanzmann du choix du titre :

Si, après la diffusion de Shoah, le film est devenu éponyme, si celui-ci a donné son nom à ce que, pendant les douze années où j'ai travaillé à sa réalisation, je ne parvenais pas à nommer, parce qu'il s'agissait en vérité de quelque chose d'innommable, sans précédent dans l'histoire des hommes, je ne l'avais ni voulu, ni prévu. J'aurais trouvé juste que mon film soit sans nom. Choisir, comme je m'y suis résolu au dernier moment, le terme Shoah, alors que je ne comprends, ni ne lis, ni ne parle l'hébreu, était pour moi une autre façon de ne pas nommer. Mais même pour ceux qui maîtrisent la langue hébraïque, le mot Shoah, qui revient à plusieurs reprises dans la Bible, est inadéquat car il ne désigne pas spécifiquement un pareil massacre de masse commis par les hommes contre d'autres hommes, il peut s'agir aussi bien d'un tremblement de terre ou d'un tsunami.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/30/contre-le-bannissement-du-mot-shoah-des-manuels-scolaires_1564775_3232.htm, consulté le 2012-12-15.

Le succès du film, présenté peu après sa sortie à la télévision, utilisé également dans les établissements scolaires, a eu pour conséquence que le terme shoah a rapidement été utilisé pour désigner ce qui était le contenu du film, l'extermination des juifs elle-même, et – surtout – du fait de sa transformation en nom propre, pour présenter ce fait historique comme caractérisé par sa singularité absolue, sans qu'aucun autre massacre de masse ne puisse lui être comparé. Soient deux questions prêtant à analyses et à controverses : le rapport entre la politique de l'Allemagne nazie vis-à-vis des juifs et sa politique globale vis-à-vis de populations considérées comme indésirables (Slaves, Tsiganes, etc.), et le rapport entre l'extermination des juifs en Europe et d'autres massacres de masse commis ailleurs et à d'autres moments.

Cette conception de la singularité absolue de l'extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale est l'une des raisons pour lesquelles l'Etat d'Israël a été longtemps réticent à considérer les massacres d'Arméniens en 1915 comme un "génocide", selon le journal israélien Haaretz du 2011-12-27  :

The possibility of officially recognizing the Armenian genocide was for years weighed in terms of Israel's foreign-policy interests in Turkey, on the one hand, and fear over the loss of the concept of "Holocaust" as an exclusive Jewish "property" on the other.
    http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-mustn-t-politicize-the-armenian-genocide-1.403807, consulté le 2012-12-17.

La même logique apparaît dans l'éditorial du journal Le Monde du 27 janvier 2015 :

[…] l’adoption de lois mémorielles qui ont eu un effet pervers. Elles ont conduit d’autres communautés à ériger leur mémoire en Histoire et à entrer dans une détestable compétition "victimaire" avec les juifs. Au risque de nier la singularité absolue du massacre des juifs (et des Tziganes) d’Europe par le régime nazi.
     http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/27/shoah-l-histoire-contre-les-fanatismes_4564244_3232.html#DwfMwPxDRpWskVeQ.99, consulté le 2015-04-21.

– Pour la défense du terme de shoah en liaison avec cette conception, voir (p. ex.) Kaspi (1994).

D'emploi plus récent que génocide ou holocauste, le terme shoah s'est jusqu'à présent nettement moins banalisé. La requête "une véritable shoah" dans Google donne cependant des références à des pages qui traitent de quelques autres situations (territoires occupés de Palestine, Rwanda, etc.).

shoah, aghet, nakba

Des équivalents de catastrophe dans d'autres langues sont utilisés semblablement comme noms propres pour désigner des tragédies affectant la destinée des communautés concernées :

– en arménien : "aġet" [aghet] est parfois utilisé pour désigner le massacre de centaines de milliers d'Arméniens en 1915 ;
– en arabe : "nakba" est utilisé pour désigner l'expulsion et la fuite de centaines de milliers d'Arabes de territoires attribués à Israël ou conquis par lui en 1948 en Palestine.


Références bibliographiques

Encyclopædia universalis. Version Education (accès restreint). Article "Palestine", Document en ligne, consultés le 2012-07-14.

Kaspi, André, 1994. Qu'est-ce que la Shoah ? Cahiers de la Shoah 1. Document en ligne, consulté le 2015-04-07.
http://www.anti-rev.org/textes/Kaspi94a/.

La Bible. Ancien testament. 2 volumes. Paris : Gallimard, 1971. Bibliothèque de la Pléiade.

Le Trésor de la langue française informatisé. Document en ligne, consulté le 2012-12-20.
http://atilf.atilf.fr.


© Jacques Poitou 2017.