Jacques Poitou
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Pandémie de Covid-19 (2019, 2020, 2021, ?) : les mots pour le vivre, les mots pour le dire
    – Enquête lexicale, contextuelle et diachronique

 

        Vn mal qui répand la terreur,
        Mal que le Ciel en ſa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peſte (puis qu'il faut l'appeler par ſon nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Acheron,
        Faiſoit aux animaux la guerre.
Ils ne mouroient pas tous, mais tous eſtoient frappez.

               La Fontaine (1678 : 9-10)

A dreadful Plague in London was,
        In the Year Sixty Five,
Which ſwept an Hundred Thouſand Souls
        Away ; yet I alive !

             H.F. ; Defoe (1722 : 287)*


* Le petit poème cité ci-dessus est signé "H.F." ; il s'agirait de l'oncle de Defoe, Henry Defoe (Defoe 1959 : 1317).
N.B. 1. Dans les textes anciens, au <s> actuel correspondent un
s rond (uniquement en fin de mot) et un s long : ſ.

N.B. 2. Les indications étymologiques sont celles données par les ouvrages qui figurent dans les références bibliographiques. Je ne mentionne précisément ces ouvrages que dans le cas de divergence entre eux et bien sûr de citation. Les définitions citées le sont, sauf exception, en romain avec minuscule initiale. L'orthographe du texte (hors citations) tient compte des Rectifications de 1990.

Les termes qui figurent ici ne sont pour la plupart pas nouveaux. Simplement, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, ils sont l'objet d'emplois nouveaux dans l'usage courant ou se chargent de connotations particulières en liaison avec la situation de discours. – On ne traitera pas ici des termes médicaux spécialisés utilisés par les professionnels. On laissera également de côté les incessantes polémiques, grandes et petites, raison de vivre de la classe politique et dont se repaissent les médias. On ne traitera pas non plus des multiples rumeurs et pseudo-théories qui circulent, notamment sur les réseaux sociaux, et qui visent globalement à déligitimer les mesures prises pour enrayer l'épidémie, en arguant que celle-ci ne serait finalement pas aussi grave que les autorités nationales, européennes et internationales l'affirment.

âgé, ainé
après
asymptomatique
avant
geste barrière
boucler
cap
cas
churchillien
circuler, circulation
click and collect
cloche
cluster
confinement
contact
contamination
hors de contrôle
coronavirus
couvre-feu
crise
dépistage
dérogatoire
distantiation sociale
dose
épicentre
épidémie
croissance exponentielle
freinage
gel hydroalcoolique
héros
immunité
jauge
première ligne
se laver les mains
masque
molécule
le François Molins de la santé
morts
Noël
retour à la normale
jusqu'à nouvel ordre
pass sanitaire
patient zéro
pic, plateau
plage statique, dynamique
post-
prévisible
quarantaine
quoi qu'il en coute
rebond
recrudescence
reconstruire
risque
rouge
soignant
stations de ski
stade 1, 2, 3
stop and go
taux
test
tracking
vacances
vaccin
deuxième vague
vert
vis
visibilité
vivre
Wuhan

âgé, ainé : les personnes âgées, nos ainés

La valeur référentielle des syntagmes nos ainés et les personnes âgées est un ensemble de personnes ayant une même caractéristique : leur âge est égal ou supérieur à un âge donné, qui peut être 60, 65, 70 ou 75 ans. Il s'agit donc d'un ensemble d'extension variable. Selon les données de l'INSEE pour l'année 2020, les 60-64 ans représentent 6,1 % de la population, les 65-74 ans 11,8 % et les 75 ans ou plus 9,5 % – 17, 9 millions de personnes en tout.
      Source des statistiques : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381474, consulté le 2020-04-18.

En l'occurrence, cet ensemble est lui-même assimilé à un sous-ensemble de l'ensemble des personnes fragiles, personnes vulnérables ou personnes à risque. Outre les personnes âgées, celles-ci comprennent des personnes dont l'état de santé est tel qu'elles risquent plus que d'autres d'être atteints par la maladie ou par une forme plus sévère de la maladie. L'analyse des facteurs de risque relève des professionels de santé et ne sera donc pas abordée ici. Mais vers la mi-avril, il est question que toutes ces personnes – dix-huit millions – soient astreintes à un confinement prolongé pendant de longs mois, en l'absence de vaccin. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprime dans ce sens le 11 avril, de même que le président de la République dans son adresse aux Français du 13 avril, et le président du conseil scientifique institué au ministère de la Santé, Jean-Paul Delfraissy, lors de son audition par la commission des lois du Sénat le 15 avril.

Voici les propos des deux derniers (transcription d'après les vidéos) :

– Emmanuel Macron : "Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps."
  https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/04/13/adresse-aux-francais-13-avril-2020, consulté le 2020-06-06.

Jean-Paul Delfraissy : "Nous avons, à la sortie du confinement, dix-huit millions de personnes qui sont à risque d'être contaminées et de continuer à développer une forme grave. Donc, ces dix-huit millions de personnes, c'est pas un scoop, eh bien, on continuera le confinement, dans des conditions, pour combien de temps, je ne sais pas, en attendant peut-être qu'on trouve un médicament préventif, mais il faudra poursuivre le confinement parce qu'elles sont à risque de développer une forme grave."
https://videos.senat.fr/video.1577778_5e96a82ed2cf3.audition-de-mm-jean-francois-delfraissy-et-de-aymeril-hoang-sur-les-mesures-de--tracage--numeriqu?timecode=481000, consulté le 2020-06-06

Ces perspectives suscitent immédiatement un tollé chez les intéressés et leurs représentants, mais aussi des critiques de différents professionnels ; quelques jours plus tard, elles sont clairement abandonnées : pas de déconfinement par tranches d'âge. Les mêmes inquiétudes reviennent à l'automne, et la même réponse y est apportée. Mais quelques mois plus tard, le 2021-01-24, Delfraissy relance la même idée sur BFMTV :

Est-ce qu'il faut toujours privilégier ma génération ? Je me mets dedans*. C'est une vraie question. Et c'est pour ça que je me permets de ré-indiquer cette fois-ci – je sais qu'en disant ça, j'aurai de nouveau un certain nombre de gens qui vont faire de la controverse, mais je m'assume. Il me semble que dans les deux mois qui viennent, la recommandation pour les personnes les plus âgées, les plus fragiles, d'aller vers ce que j'appelerais une forme d'auto-isolement volontaire, voulue de leur part, pour se protéger en particulier vis-à-vis des variants anglais et peut-être d'autres variants, en attendant qu'elles soient vaccinées m'apparait quand même quelque chose qui je dirais d'un point de vue strictement sanitaire, bien sûr que ce serait à elles de décider, ce ne serait en aucun cas obligatoire […] [transcription d'après la vidéo]
    https://www.bfmtv.com/sante/face-aux-variants-delfraissy-recommande-aux-personnes-agees-et-fragile-un-auto-isolement-de-deux-mois_AV-202101240191.html, consulté le 2021-01-29.

* Delfraissy a 72 ans. Au fait, suit-il ses propres recommandations ?

Dans le contexte du Covid-19, ces deux termes les personnes âgées et nos ainés ont relégué à l'arrière-plan un autre terme renvoyant au même ensemble de personnes : les séniors. Sémantiquement, la différence est sensible : alors que le terme sénior valorise les traits connotés positivement des individus considérés (ils sont actifs, ils voyagent, ils dépensent, etc.), personnes âgées en valorise plutôt les traits connotés négativement (ils ne sont plus "dans la force de l'âge", ils sont fragiles, ils coutent cher à la Sécurité sociale, etc.). – sénior et troisième âge ont supplanté depuis quelque temps vieux et vieillesse. Nos ainés, c'étaient les petits vieux en vieux français…

vieux
     Formulaire de demande de pension pour les vieux, nos ainés d'antan. 1968.

les personnes âgées et nos ainés diffèrent également par les connotations dont ils sont chargés. Par rapport à personnes âgées, nos ainés suggère leur appartenance à la même famille que les plus jeunes, à sa propre famille, et se charge de connotations affectives. Il s'agit ici d'un nos inclusif (moi qui parle et ceux à qui je m'adresse) avec cependant comme présupposé que moi et ceux dont je parle n'ont pas les mêmes caractéristiques d'âge : nos ainés peut difficilement être employé par des locuteurs qui se rangeraient eux-mêmes dans cette catégorie. Dans l'adresse télévisée du président de la République le 13 avril 2020 figurent quatre occurrences de nos aînés, mais Emmanuel Macron n'a que quarante-deux ans.

âgé, désubstantival < âge < latin aetas + suffixe -age. Comme âge en français, aetas peut signifier la durée de la vie, mais aussi, par polarité positive sur une échelle graduée, le grand âge, c'est-à-dire la vieillesse (phénomène bien connu pour la catégorie des adjectifs de dimension). De même âgé : cf. à l'âge de sept ans, Il est âgé de sept ans en face de il est très âgé, une personne âgée – un enfant âgé de sept ans n'étant pas (pas encore) une personne âgée…

ainé, adjectif < ancien-français ainzné < ainz (= avant < latin ante, même sens) + (= participe passé de naitre (latin nascere < nasci = naitre (FEW 7, 20-22 et 27, 645) ; équivalent de bas-latin ante natus, calque du grec πρόγονϛ. Le sens actualisé ici ("personne plus âgée que telle autre" [Petit Robert]) est dérivé du sens premier ("qui est né le premier" [id.]).


après, post-

après : substantif masculin désignant le temps qui doit suivre la période de confinement < (par ellipse) expressions substantivales après confinement (ou après-confinement), après crise (ou : après-crise), après-virus, sur le modèle de après-guerre : l'après. Voir aussi les expressions le monde d'après, le jour d'après, de même sens, jour renvoyant à une même durée de dimension non spécifiée. Egalement employé comme préfixe substantival : l'après-coronavirus, l'après-covid-19, l'après-épidémie.

post (< latin post, préposition = après) : préfixe concaténé à confinement, coronavirus ou covid. De même sens que après, il n'est employé que comme préfixe. Après la fin du confinement, l'emploi de substantifs du type post-x concurrence fortement ceux du type après-x.

L'après sera-t-il comme l'avant ? Au début du confinement, l'après est l'objet de multiples propositions et spéculations sur les changements de politique qui pourraient ou devraient y voir le jour. La vie normale étant à l'arrêt, l'après est considéré en quelque sorte comme une page blanche sur laquelle on pourrait écrire tout ce que l'on veut.

En tout cas, il apparait que dans la vie quotidienne des gens, l'après ne se traduira pas avant un certain temps par un retour à la normale, c'est-à-dire à l'avant. Les autorités nationales et internationales disent et répètent qu'il faudra apprendre à vivre avec ce virus. Et à l'automne 2020, avec le reconfinement, on prend conscience que l'après, ce ne sera qu'après de longs mois et que ça ne se fera pas du jour au lendemain.

> préposition après < bas-latin : ad pressum < préposition ad + supin de premere = serrer de près (origine incertaine).


asymptomatique

Adjectif = exempt de symptômes (v. image ci-contre). Parfois utilisé également comme substantif : les asymptomatiques. Dans le contexte du Covid-19, on qualifie ou désigne ainsi des personnes atteintes de la maladie sans le savoir.

Terme de médecine, asymptomatique est suffisamment employé par les médias pour devenir plus ou moins familier aux non-professionnels. D'où son utilisation dans une campagne d'appel aux dons de la Croix-Rouge : "La précarité est très souvent asymptomatique" (affiches dans le métro parisien, mi-mai).

symptomes
Symptômes du Covid-19.
Affiche gouvernementale placardée sur des abribus (extrait).

  La toux, l'un des symptômes, a donné lieu à plusieurs blagues diffusées sur Internet : "Je viens de tousser face à mon ordinateur, et ça a aussitôt déclenché l'antivirus." – "Il n'y a plus que six nains avec Blanche-Neige : Atchoum a été placé en quarantaine."

< préfixe privatif a- + adjectif symptomatique < symptôme (= "manifestation spontanée d'une maladie permettant de la déceler, qui est perçue subjectivement par le sujet ou constatée objectivement par un observateur" [TLFi]) < bas-latin symptoma < grec σύμπτωμα (sýmptōma = "affaissement", "événement malheureux", "coïncidence", et spécialement "coïncidence de signes" < préfixe sun- (= "avec, ensemble") + verbe piptein (= "tomber", "survenir") (Rey 1998 : 3723).

– Même racine que le terme mathématique asymptote (= "droite dont une courbe s'approche de plus en plus sans jamais la rencontrer" [Rey 1998 : 242]).


avant

Substantif masculin ou adverbe ou préposition avec ellipse (= avant l'épidémie). Employé également comme préfixe substantival : l'avant-coronavirus, l'avant-épidémie.

< latin ab ante = ab, préposition = "à partir d'un point donné dans le temps" (Freund 1924 : 1,2) + ante, adverbe = antérieurement à un point donné dans le temps.

On entend souvent dire que l'avant, c'était il y a longtemps, il y a une éternité, il y a un siècle, comme si le choc subit du confinement représentait une fracture telle qu'il reléguait la période antérieure dans un passé définitivement révolu et donc lointain : en quelque sorte, l'intensité du choc se traduit sur l'axe temporel par une dilatation de l'écart entre l'avant et le moment présent.


barrière : geste barrière, mesure barrière

barriere
Substantifs composés (geste barrière, masculin ; mesure barrière, féminin) de type copulatif (coréférentialité des deux composants et du composé) désignant des comportements primordiaux aptes à freiner le développement de l'épidémie et recommandés par les autorités : se laver les mains, tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir, utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter, saluer sans se serrer la main et éviter les embrassades.

barrière est le plus souvent accordé en nombre avec geste : des gestes barrières.

barrière : évolution d'une désignation d'un objet concret (XVe s. : "assemblage de pièces de bois, de métal qui ferme un passage" [TLFi]) au sens d'obstacle non nécessairement lié à un objet concret (à partir du XVIIe s. ; cf. barrière douanière, barrière de dégel) et de là à celui de protection.
< (par dérivation) barre < latin vulgaire barra ; origine inconnue. Selon FEW (1, 255-261), il pourrait s'agir d'un emprunt au celtique, avec un glissement de sens de "pointe, branche" à "barre".

Les gestes barrières ont pour fonction essentielle de limiter la propagation des minuscules gouttelettes susceptibles d'être contaminées et que l'on émet lors de la respiration, de la toux ou de l'éternuement par le nez ou par la bouche. Il s'agit d'entraver leur diffusion dans l'atmosphère (éternuer dans son coude), d'en entraver la réception (distanciation physique), d'en limiter la diffusion par le toucher (se laver les mains, utiliser des mouchoirs en papier). A ces gestes simples s'ajoute une mesure de plus grande ampleur : le confinement.

Ces mesures peuvent être complétées par l'aération des locaux fermés, la désinfection des objets que l'on est souvent amené à toucher (comme les boutons ou les poignées de porte), le port de protections supplémentaires (masques), l'isolement pendant un certain temps des objets que l'on a touchés (p. ex. les livres d'une bibliothèque publique… quand elle est réouverte).

En février 2021, Emmanuel Macron lance un défi à deux youtubeurs, McFly et Carlito : faire une vidéo en faveur des gestes barrières ; si elle est vue plus de dix millions de fois, ils pourront ensuite tourner une vidéo à l'Elysée. Défi relevé aussitôt, et en quelques jours, la vidéo est vue plus de dix millions de fois (plus de quinze millions début juillet).
    https://www.youtube.com/watch?v=t4h8j9xLyxQ, consulté le 2021-05-23.
Le 23 mai 2021, les deux youtubeurs mettent en ligne la vidéo tournée à l'Elysée, au cours de laquelle le président de la République – appelé "directeur des Gaules" – se prête à un concours d'anecdotes (match nul 4:4). Elle est vue plus de dix millions de fois en moins de deux jours (plus de quinze millions début juillet).
    https://www.youtube.com/watch?v=neqCdyadqFA, consulté le 2021-05-25.
Un sondage réalisé peu après indique une forte progression des opinions positives pour Macron parmi les jeunes générations.


boucler, bouclage

Le bouclage d'un quartier, d'une commune, d'une agglomération est un aspect particulier de ce qu'on appelle du terme plus général de confinement : il s'agit d'interdire la circulation entre ces zones et l'extérieur, sauf raison particulière, la liberté de circuler au sein de chacune de ces zones restant assurée. C'est la mesure prise par les autorités de Wuhan le 23 janvier, avant qu'elle soit complétée par l'interdiction de sortir de sa résidence. C'est aussi la mesure appliquée dans certains quartiers de Madrid fin septembre, avant qu'elle soit décidée pour l'ensemble de la ville au vu de la recrudescence de l'épidémie.

boucler : "boucler un lieu, un quartier, une zone = l'encercler, l'isoler en vue d'une opération pilitaire ou policière" (TLFi). Le sens de fermer (< attacher avec une boucle), qui apparait à partir du XVIe siècle n'est mentionné que dans la 4e édition du dictionnaire de l'Académie (1762) : boucler un port, considéré comme vieilli dans la 5e édition (1835). La 8e édition (1932) indique un nouvel emploi : boucler quelqu'un = le mettre en prison. (v. FEW 1 : 590-592, Rey 1998 : 458)

< boucle = anneau (par métonymie de la forme) < bosse d'un bouclier (emplacement de l'anneau par lequel on le tient) < latin buccula = "joue, bouche", visière (Freund 1924 : 1, 366) ; = diminutif de bucca = joue.

bouclage : nom d'action formé sur le verbe.


cap

Dans le contexte du Covid-19, cap s'emploie principalement dans deux acceptions :

  – pour désigner un repère particulier sur une échelle graduée que l'on dépasse ; il s'agit le plus souvent du nombre de personnes contaminées, dépistées ou décédées, le repère étant un chiffre rond : tel pays franchit le cap des dix mille morts. Souvent complément d'objet de franchir ou dépasser.

– pour désigner un objectif situé sur une échelle temporelle. Peut-être complété par un syntagme indiquant la caractéristique de cet objectif  : le cap du déconfinement. Peut être également complément d'objet du verbe fixer sans autre précision : le président a fixé / doit fixer un cap.

Dans la première acception, un cap correspond à des données objectives, indépendantes d'une volonté individuelle, et le terme se charge de connotations négatives. Dans la seconde, le cap est le résultat d'une action volontaire, et le terme est connoté positivement : les gens veulent avoir un cap. Emmanuel Macron : "Rien n'est pire que l'incertitude et l'impression d'une morosité sans fin. Il faut de la cohérence, de la clarté, un cap. Savoir ensemble où nous allons et comment y aller. C'est difficile, car la pandémie est par essence imprévisible et mondiale." (propos tenus au Journal du dimanche, 2020-11-21)

Cet emploi de cap est dérivé par métaphore du sens qu'il a dans le lexique de la marine : "point d'orientation vers lequel un navire se dirige" (Robert 1984 : 1, 626), lui-même dérivé de son sens géographique : "pointe de terre élevée qui s'avance dans la mer" (id.). C'est là la spécialisation dans le lexique géographique d'un sens plus général du terme galloroman capus = la partie la plus haute, la partie en saillie, l'extrémité d'objets (FEW 2, 334-348), lui-même issu d'un sens figuré du latin caput = tête. – caput est lui-même à l'origine d'une riche famille de termes dans lesquels le sens propre initial est diversement transparent en français d'aujourd'hui : capitale, caporal, chef, achever, etc.

La toponymie est révélatrice de l'origine provençale de l'emploi géographique du terme. Sur la côte méditerranéenne, nombre de lieux portent le nom de cap, tandis que sur les côtes de la Manche et de l'océan Atlantique, rares sont les caps (cap Fréhel…) : ce sont surtout des pointes (pointe du Raz…).


cas

L'emploi du susbtantif masculin cas dans le domaine médical n'est pas très ancien. Le premier dictionnaire de référence à le recenser est le Littré (1873 : 1, 498) : "maladie considérée dans le sujet particulier qui en est affecté". cas établit en quelque sorte un lien entre la personne affectée et la maladie qui l'affecte, il désigne la personne non en tant que telle, mais en tant qu'instanciation de la maladie et dépouillée de ses autres attributs. Les expressions cas confirmé, probable, possible indiquent la valeur de vérité du rapport entre l'individu et la maladie. cas bénin, cas grave, cas mortel définissent l'intensité de l'effet de la maladie sur l'individu, c'est-à-dire l'altération qu'il en subit : faible, forte, entrainant sa fin comme être vivant. cas manifeste toujours une distorsion par rapport à l'état normal ; c'est, au sens aristotélicien, un accident.

En liaison avec le Covid-19, on distingue au moins trois sortes de cas : les cas confirmés (par un test) – qu'ils soient symptomatiques ou asymtomatiques –, les cas probables, qui présentent des symptômes de la maladie sans que celle-ci ait été confirmée par un test, les cas contacts (ayant été ou étant en contact avec un cas confirmé ou probable).

La présentation quotidienne du nombre de nouveaux cas est l'une des grandes rengaines des médias, surtout s'ils peuvent présenter des chiffres impressionnants. Mais ces chiffres donnent-ils une image réelle du développement de l'épidémie ? Dans son Point épidémiologique hebdomadaire du 3 septembre 2020 sur le Covid-19, Santé publique France indique une "forte sous-estimation du nombre de cas" en France jusqu'au déconfinement et précise :

Au cours de la vague épidémique et jusqu’à la levée des mesures de confinement de la population, tous les patients présentant des signes de COVID-19 n’ont pas systématiquement bénéficié d’un test biologique pour confirmer une infection (recommandations ministérielles du 13 mars 2020). Le nombre réel de cas de COVID-19 en France était donc supérieur au nombre estimé de cas confirmés pendant cette période.
Depuis le déconfinement, il est demandé que les patients présentant des symptômes évocateurs du COVID-19 ainsi que les sujets contacts d’un cas confirmé soient dépistés pour le SARS-CoV-2 [1]. A compter de cette date et grâce au système SI-DEP, le nombre de cas confirmés permet désormais, théoriquement, d’estimer le nombre réel de cas de COVID-19 en France. Ce nombre peut cependant être sous-estimé du fait de l’absence de dépistage systématique de personnes infectées symptomatiques ou asymptomatiques.
 https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-3-septembre-2020, consulté le 2020-09-06.

Le 2020-10-23, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris, s'exprime dans le même sens sur RTL : "Tous les jours, on égrène les cas positifs. Autour de 30 000. La réalité, je pense que vous en avez conscience, est bien supérieure. Ça, c'est ceux qu'on dépiste. Il y a beaucoup de personnes, positives, contaminantes, qui sont dans la rue sans le savoir et sans que personne ne le sache. Probablement trois fois plus. Probablement trois fois plus."
   https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/coronavirus-la-deuxieme-vague-peut-etre-pire-que-la-premiere-dit-martin-hirsch-7800909573, consulté le 2020-10-23.

Autant dire que la comptabilité des cas et les comparaisons à différents moments ou entre différents pays n'a pas grand sens : tout dépend de la façon dont les cas sont recensés. Mais le 2020-10-23, les médias français n'en titrent pas moins sur le fait que la France a franchi le cap du million de cas.

– Parmi les nouveaux cas, le 17 décembre : Emmanuel Macron, président de la République, qui n'est de loin pas le premier – ni sans doute le dernier – des chefs d'Etat et de gouvernement à être contaminé. Du coup, il s'isole, comme ses cas contacts, parmi lesquels Jean Castex, Premier ministre, et Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale (respectivement numéros 2 et 4 dans l'ordre protocolaire). Des dirigeants européens qui ont été récemment en contact avec Emmanuel Macron se mettent aussi à l'isolement, par précaution.

Selon une enquête menée sous l'égide de l'Inserm sur un échantillon représentatif de la population entre mai et début juin, 4,5 % de la population ont été en contact avec le virus et ont développé des anticorps, soient trois millions de personnes – beaucoup plus que le nombre de cas confirmés. Les disparités sont importantes selon l'âge, les régions et les conditions de vie.
    https://presse.inserm.fr/premiers-resultats-des-enquetes-de-sante-publique-de-linserm-sur-la-covid-19-facteurs-de-risque-individuels-et-sociaux/41032/, consulté le 2020-10-09.

< latin casus < verbe cadere = tomber. Dès le latin, de l'idée concrète de chute est dérivée celle de quelque chose qui survient de façon imprévue, comme un objet qui tombe – "ce qui se passe, advient, arrive inopinément, accident, événement, cas, circonstance imprévue, occasion, hasard" – et de là à "événement fâcheux, cas malheureux, accident, malheur, désastre" (Freund 1924 : 1 : 375-377 et 440).

En français, le terme a signifé à partir du XIIIe siècle "situation spéciale par rapport à la loi, délit, forfait", puis à partir du XIVe siècle "affaire quelconque, cause, situation où l'on se trouve" (FEW 2, 480). La première édition du dictionnaire de l'Académie donne comme sens général "accident, aventure" (1, 148).


churchillien

Adjectif : caractérise une attitude de combat sans concession et quel qu'en soit le prix, contre un ennemi – discours churchillien, accents churchilliens, etc.

Cet adjectif est employé pour caractériser certains discours fermes de chefs d'Etat et de gouvernement face à l'épidémie de Covid-19 avec l'annonce de mesures draconiennes de distanciation sociale – confinement – et de soutien à l'économie, quel qu'en soit le cout : discours churchillien, accents churcilliens. Le terme a été employé notamment à propos du discours télévisé du président de la République, Emmanuel Macron, le 16 mars ("Nous sommes en guerre.") ou de celui du Premier ministre britannique, Boris Johnson, le 23 mars.

< Winston Churchill (1874-1965), nommé Premier ministre du Royaume uni le 10 mai 1940, jour de l'attaque allemande contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, célèbre pour la fermeté de son attitude dans la guerre face à l'Allemagne nazie. Dans son premier discours de Premier ministre à la Chambre des Communes (1940-05-10), il prononce une phrase souvent citée : "I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat." – Je n'ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur –, souvent réduite à une expression binaire "du sang et des larmes". – Churchill reste en fonction jusqu'au 26 juillet 1945.

    – Ci-contre : statue de Churchill (détail) à Paris, avenue Winston Churchill, 2018-06-18.
     Une main anonyme lui a gentiment collé un petit pansement sur le bout du nez.

churchill

Voici la fin de ce discours :

  […] I would say to the House, as I said to those who have joined this government: “I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat.”

We have before us an ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many long months of struggle and of suffering. You ask, what is our policy ? I can say : It is to wage war, by sea, land and air, with all our might and with all the strength that God can give us ; to wage war against a monstrous tyranny, never surpassed in the dark, lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim ? I can answer in one word : It is victory, victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival. Let that be realised ; no survival for the British Empire, no survival for all that the British Empire has stood for, no survival for the urge and impulse of the ages, that mankind will move forward towards its goal. But I take up my task with buoyancy and hope. I feel sure that our cause will not be suffered to fail among men. At this time I feel entitled to claim the aid of all, and I say, “come then, let us go forward together with our united strength.”

Texte : https://winstonchurchill.org/resources/speeches/1940-the-finest-hour/blood-toil-tears-and-sweat-2/, consulté le 2020-04-12.
    Enregistrement audio : https://winstonchurchill.org/resources/speeches/1940-the-finest-hour/blood-toil-tears-sweat/, consulté le 2020-04-12.

Une autre citation de Churchill est employée quand l'épidémie régresse sans être éteinte : "Now this is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning." Elle fait partie d'un discours prononcé le 10 novembre 1942, au lendemain de la victoire britannique sur les forces de l'Axe à El-Alamein, sur la côte égyptienne – plus d'un an et demi après le début de la guerre… et deux ans et demi avant la victoire finale.


circuler, circulation

  Le 17 mars, quand le confinement est instauré en France, le virus circule dans tout le pays, c'est-à-dire qu'il se diffuse partout. La cause de cette circulation, c'est le déplacement des personnes et les contacts entre elles. Que le virus se propage par des surfaces contaminées par le toucher ou ou par aérosols, ce sont les relations interhumaines qui sont le vecteur de sa propagation. Dans cette situation, le confinement est le moyen de limiter sa propagation entre limitant les relations entre personnes : il s'agit de casser les chaines de circulation (ou de transmission) du virus. – Le 14 mars 2020, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, disait : "Le virus ne circule pas en France, ce sont les hommes et les femmes qui le font circuler."
     https://www.youtube.com/watch?v=32NJ2sS4UXw, consulté le 2020-09-28.

Plusieurs méthodes sont à même de réduire la circulation des gens, et donc du virus : restreindre les laps de temps pendant lesquels la circulation est autorisée (v. couvre-feu) ; limiter le périmètre dans lequel la circulation est autorisée (v. bouclage, mise sous cloche) ; limiter la durée pendant laquelle la circulation est autorisée ; limiter les motifs pour lesquels la circulation est autorisée (v. dérogation) ; limiter les occasions qui peuvent amener une circulation des personnes.

La circulation du virus peut s'accélérer ou se ralentir, tout comme la circulation routière.

– Ci-contre : autoroute A86, Maisons-Alfort (Val-de-Marne), 2020-04-12, 7 h 33. Circulation routière quasi-nulle en ce dimanche matin. Le confinement permet assurément de freiner la circulation du virus, mais il rend aussi la circulation automobile exceptionnellement fluide – les gens devant rester chez eux et les voitures au garage… Alors qu'en Ile-de-France, on a pu compter jusqu'à 700 km de bouchons, pendant tout le confinement, zéro bouchon. La courbe de la circulation présentée par la Direction des routes d'Ile-de-France sur Sytadin est rigoureusement plate, tout au plus quelques minuscules pustules y apparaissent-elles parfois, mais si rarement. Conséquence : une baisse significative de la pollution atmosphérique, un ciel lumineux et une baisse notoire des accidents sur les routes. – Mais on entend aussi plus souvent que d'habitude les sirènes des ambulances, des pompiers et du Samu.

circuler

Plusieurs grands rassemblements sont considérés comme ayant pu favoriser (ou ayant effectivement favorisé dans les trois derniers exemples) la circulation du virus et contribuer ainsi à la diffusion de l'épidémie dans différents pays :

Chine : sessions plénières de la Conférence consultative politique du peuple chinois et de l'Assemblée populaire pour Wuhan et le Hubei, du 6 au 17 janvier 2020, avec 2 369 participants (= les "deux réunions", 两会, lianghui) ; banquet annuel du quartier Baibuting (à Wuhan) le 20 janvier, avec 40 000 participants ;
Corée du sud : rencontres et offices de l'église Shincheonji, basée à Daegu, courant février 2020 ;
Italie : match de foot de l'Atalanta Bergamasca Calcio (de Bergamo) contre un club espagnol, le 19 février, à Milano ;
France : rassemblement évangélique de 2 500 personnes du 17 au 24 février à Mulhouse ; elles repartent ensuite dans toute la France.

Sur les "deux réunions" à Wuhan, voir  Quiang Gang, 2020-02-10. Questions for Hubei's Delegates. Document en ligne sur China Media Project, consulté le 2020-09-21.
    https://chinamediaproject.org/2020/02/10/questions-for-hubeis-delegates/

Une fois passé le premier confinement, on enregistre toujours des cas de contamination, ce qui veut dire que le virus circule toujours, d'où des appels à la vigilance. On définit alors des zones de circulation active du virus sur la base de plusieurs critères : taux de reproduction, taux de positivité des tests, taux d'incidence. Avec d'autres paramètres (taux d'occupation des hôpitaux, y compris en réanimation), ces zones peuvent être qualifiées de zones à vulnérabilité élevée – ce sont alors des zones rouges, et les préfets sont habilités à y adopter toutes les mesures particulières qu'ils estiment nécessaires pour limiter la circulation du virus : fermeture de lieux, limitation des rassemblements, port du masque, voire confinement strict. A la mi-septembre, une quarantaine de départements sont en zone rouge. Aucun n'est plus en zone verte.

circuler < latin circulari = "former cercle (de personnes) autour de soi, se réunir en cercle pour parler" (Freund 1924 : 1, 463) ; circulation < latin circulatio, déverbal de circulari. Le sens de circuler (et de circulation) évolue au fil du temps. La 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 1,155) indique le seul sens "ſe mouvoir circulairement" et comme domaine d'application le "ſang qui ſe meut dans les veines : le mouvement implique un retour au point de départ, valeur qui ne disparait que dans la 6e édition (1835) : "aller ça et là, aller et venir, "passer, aller de main en main", "se propager, se répandre".


click and collect

Pendant le second confinement, à partir du 30 octobre et pour une durée minimale d'un mois, les commerces non essentiels, les restaurants, les bars, etc. doivent rester fermés. Cela vaut notamment pour les librairies, les papeteries, les fleuristes et autres comemrces de détail. Cependant, la vente par internet ou par téléphone et le retrait au magasin sont possibles : c'est le click and collect. Ce système n'est pas nouveau, mais il est jusqu'à présent surtout pratiqué par les grandes enseignes.

Des protestations s'élèvent, d'aucuns craignant que la fermeture de ces commerces ne constitue une concurrence déloyable au prodit des gros distributeurs, notamment d'Amazon.

Voici la réponse de Cédric O, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance et de la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, chargé de la transition numérique et des communications électroniques, interpelé à ce sujet au Sénat le 2020-11-04 :

  il existe aujourd'hui autour d'Amazon une psychose française qui n'a pas beaucoup de sens. Le e-commerce représente 10 % du commerce en France, et Amazon 20 % de ce e-commerce. […] Il n'y a pas un pays européen où la part d'Amazon soit plus basse qu'en France. […] Le sujet de fond sur lequel nous travaillons, d'ailleurs en lien avec les collectivités territoriales – pour chaque commune, la Banque des territoires finance des places de marché local à hauteur de 20 000 euros –, c'est la numérisation des petits commerces. Seuls 30 % des petits commerces sont numérisés en France, contre 72 % en Allemagne. C'est là qu'est le fond du problème ! Je rappelle que 60 % du e-commerce sont captés par des entreprises françaises comme la Fnac, Cdiscount ou ManoMano. Si nous ne sommes capables ni d'amener les petits commerces à se numériser, ni de doubler le nombre de TPE-PME numérisées, comme en Italie, alors, inexorablement, les petits commerces connaîtront des difficultés dans la durée.
   https://www.senat.fr/seances/s202011/s20201104/s20201104_mono.html, consulté le 2020-11-07.

click, de l'anglais click = appuyer sur le bouton de la souris ou sur le trackpad d'un ordinateur pour déclencher une action < français cliquer = "faire un bruit métallique, résonner" (XIVe s.) < onomatopée (FEW 2 780-781)

collect, de l'anglais collect < français collecter < collecte = "levée des impôts (XIVe-XVe) (FEW 2, 902) < latin collecta = collecte < latin colligere = récolter, rassembler < col- = ensemble + legere = poser.


cloche : mettre sous cloche

Dans le contexte de la pandémie, on appelle ainsi le fait d'isoler un groupe de personnes d'autres personnes. Il peut s'agir soit d'un type de personnes (les personnes âgées ou les clients d'un restaurant), soit d'un lieu déterminé (un quartier, une ville, une région, un pays). La mise sous cloche peut se distinguer du confinement ou de la quarantaine en ce qu'elle n'implique pas nécessairement l'absence de liberté de circulation entre les personnes isolées ensemble.

Cet emploi s'apparente par son effet d'isolement à celui qui vaut en horticulture : "abri de verre servant à hâter la pousse ou la maturité de certaines plantes, de certains fruits ou à les protéger du froid" (TLFi), qui dérive lui-même par métaphore (analogie de la forme) du sens premier de cloche "instrument de bronze à percussion en forme de coupe renversée qui, sous le choc d'un battant à l'intérieur ou d'un marteau à l'extérieur, produit un son retentissant" (TLFi).

< bas-latin clocca, issu d'une racine celtique elle-même probablement issu d'une onomatopée (tintement du battant contre les parois de la cloche).


cluster, mini-cluster

cluster, [kləsˈtəʁ] ou [kləs.ˈtɛʁ] ː terme emprunté à l'anglais, d'origine indo-européenne, issu, par suffixations successives, de indoeuropéen *gel = se mettre en forme de boule > ie. *gleu- (cf. allemand Knäuel = pelote) > anglais clot = "mass of material stuck together" (Oxford : 177), clod = motte (cf. allemand Klotz = bloc, billot) > cluster = "close group of similar things, esp. such as grow together, buch" (Oxford : 177)

Ce terme est utilisé dans plusieurs domaines scientifiques ou techniques (v. p. ex. en phonologie : un cluster consonantique – ou groupe consonantique). Dans le contexte présent, il est utilisé au début du développement de l'épidémie pour désigner un foyer de contamination où plusieurs personnes contaminées en contaminent chacune plusieurs autres. Le cluster de Mulhouse – l'un des premiers foyers de contamination en France – se forme à partir d'un rassemblement religieux qui a lieu mi-février 2020. Il y a ensuite des clusters dans l'Oise, en Savoie, à l'Assemblée nationale, etc. Dans chacun de ces cas, l'un des soucis des autorités est de rechercher le patient zéro à partir duquel s'est développée l'épidémie pour trouver ensuite avec qui il a pu entrer en contact et tenter de circonscrire ainsi le périmètre d'extension de la maladie.

A partir du développement de la maladie sur tout le territoire, cette recherche devient vaine, et l'emploi du terme de cluster régresse en conséquence. Il croît à nouveau quand l'épidémie est en nette régression et qu'apparaissent ici ou là de nouveaux foyers de contamination, en France ou dans des pays étrangers (Allemagne, Corée du sud en mai). On emploie alors également le terme de mini-cluster par lequel est exprimé a priori le faible nombre d'individus concernés Mais ce terme n'est plus guère employé quand l'épidémie connait une certaine recrudescence, bien que les autorités indiquent que le nombre de personnes d'un même cluster est en diminution. Ce qui montre que la différence principale entre mini-cluster et cluster relève plutôt du rapport entre ces groupes de personnes et la situation générale en France.

A l'automne, quand l'épidémie repart fortement, on essaie toujours de circonstruire les clusters et leurs cas contacts, mais ils ne représentent guère plus de 10 % des cas de contamination.


confinement, confiner, confiné ; déconfinement, déconfiner ; reconfinement, reconfiner 

confinement : substantif masculin déverbal < confiner = "reléguer dans un lieu déterminé" (Robert 1984 : 1, 888) ; nom d'action (nomen actionis) signifiant également, par métonymie, le résultat (nomen acti) et la période pendant laquelle dure le confinement.

Dans le contexte de la pandémie, son sens actuel en France se restreint par spécification du lieu : chez soi. Le confinement s'accompagne de la fermeture de tous les espaces susceptibles d'accueillir du public, hormis ceux considérés comme essentiels (commerces alimentaires, pharmacies). – Dans l'usage courant, le terme de confinement remplace assez vite celui de quarantaine, utilisé par référence à l'isolement d'un petit groupe d'individus par rapport à tous, tandis que confinement renvoie à l'isolement de chacun par rapport à tous. – Equivalent injonctif de confinement : "Restez chez vous !"

Mais plus généralement, on parle de confinement pour désigner une restriction de la liberté de circuler, et les périmètres peuvent en être variables. Ainsi, à Wuhan, les premières mesures de confinement mises en place fin janvier concernaient l'interdiction de franchir les limites de la ville. Elles ont été aggravées mi-février par l'interdiction de quitter le périmètre de sa résidence hors dérogation. – Autant dire qu'il y a confinement et confinement.

Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, s'exprime à ce sujet lors d'une conférence de presse le 2021-03-25, alors que l'on parle de nouveau confinement à propos des nouvelles restrictiions qui entrent en vigueur à ce moment : "Je n'alimenterai pas ici le débat sémantique sur la justesse, sur la pertinence du mot confinement. On entend souvent, et je ne sais pas si c'est une légende, que les Inuits ont plusieurs dizaines de mots pour désigner le mot neige. La langue française est riche, elle est très riche, mais elle manque de mots pour qualifier cette situation si particulière qui est la mise entre parenthèses d'un certain nombre de nos libertés et la mise en suspens de notre mode de vie. Ce que je veux dire ici, c'est qu'il n'y a pas un confinement, il y a, passez-moi l'expression, cinquante nuances de mesures qui tiennent compte de la situation épidémique proprement dite et de ce nous savons du virus."
   https://www.bfmtv.com/politique/gouvernement/olivier-veran-il-n-y-a-pas-un-confinement-il-y-a-cinquante-nuances-de-mesures-qui-tiennent-compte-de-la-situation-epidemique-proprement-dite-et-de-ce-que-nous-savons-du-virus_VN-202103250371.html, consulté le 2021-04-13.

Grand Confinement (anglais Great Lockdown) : nom donné mi-avril par le Fond monétaire international (FMI) à la crise économique mondiale consécutive aux mesures de confinement dans les différents pays ; par analogie avec la Grande Dépression des années trente du XXe siècle (appelée souvent crise de 1929 ou crise de 29).

confiné : participe passé de confiner, employé comme adjectif et comme substantif (voir un dessin de Plantu représentant Emmanuel Macron, président de la République, en De Gaulle s'adressant de Londres aux Français en 1940 : "Les confinés parlent aux confinés").

Dessin de Plantu, publié dans Le Monde, 2020-03-17 :
https://www.facebook.com/Plantu.page.officielle/photos/a.698709623533980/3604266672978246/, consulté le 2020-03-31.

– renforcer/durcir le confinement ; renforcement/durcissement du continement. – Ces expressions renvoient pareillement aux mesures contraignantes décidées à l'initiative de l'Etat ou des collectivités locales pour réduire plus encore la présence des individus à l'extérieur de chez eux que ce n'était le cas avec les premières mesures de confinement : fermeture d'espaces publics (marchés, parcs, promenades, plages), limitation de la durée et du périmètre autorisés pour les promenades, limitation de la période où certaines sorties sont autorisées (couvre-feu, interdiction du jogging dans la journée), etc.

  Selon les données de Google, renforcer le cofinement est plus fréquent que durcir le confinement, mais le durcissement du confinement est plus fréquent que renforcement du confinement.
durcir (inchoatif ou factitif) = rendre dur ou devenir dur ; dans le premier sens, équivalent de ancien français endurcir < latin (inchoatif) durescere = devenir dur < adjectif durus = dur
renforcer < ancien français enforcier, renforcier < latin fortia = neutre pluriel de l'adjectif fortis = fort, réinterprété comme féminin du fait de la finale -a.

alléger le confinement ; allègement du confinement. – Expressions employées dans la seconde quinzaine de novembre pour désigner les mesures prévues par le gouvernement pour sortir par étapes du deuxième confinement : première étape du 28 novembre au 14 décembre (réouverture des commerces "non-essenteils", extension des déplacements autorisés, etc.), seconde étape du 15 décembre au 19 janvier (suppression des restrictions des déplacements, réouverture des lieux culturels, etc.), troisième étape à partir du 20 janvier (réouverture des bars, des restaurants, des universités, etc.) – à condition que la situation sanitaire continue de s'améliorer… – L'emploi de cette expression plutôt que celui de déconfinement progressif comme à l'issue du premier confinement est motivé par la volonté de convaincre que les mesures de précaution et de protection doivent absolument perdurer pour que l'épidémie régresse et que l'on revienne à une situation plus normale.

– déverbal < verbe alléger, déadjectival < léger < latin *leuarius < leuis = léger.

déconfinement : cessation du confinement, retour à la liberté de circuler – ou au moins à une certaine liberté de circuler. Le terme commence à être de plus en plus utilisé à la fin de la deuxième semaine de confinement (fin mars, début avril), mais les autorités préviennent que ce n'est pas encore pour tout de suite. déconfinement se charge, dans les pratiques langagières, de multiples connotations : espoir et soulagement de voir ou d'entrevoir – enfin – la fin d'une période difficile, mais aussi craintes que la fin du confinement ne soit suivie d'une recrudescence de l'épidémie et d'une deuxième vague. Plus la date du déconfinement approche, plus il apparait qu'il ne sera pas un changement brusque, mais s'étalera sur une période de plusieurs semaines ou de plusieurs mois : le retour à la normale ne viendra que longtemps après. déconfinement fonctionne comme objet de verbes d'action signifiant une intervention sur la progressivité du processus : commencer, accélérer, ralentir, freiner le déconfinement.
déconfiner, formé à partir de déconfinement et de confiner. Renvoie à l'organisation, la préparation et l'exécution des opérations complexes qu'implique le retour à la liberté de circuler. déconfiner s'emploie dans trois structures syntaxiques différentes :

– sans objet : L'Italie déconfine. L'Italie commence à déconfiner.
– avec objet spécifiant le secteur d'activités concerné par le déconfinement : L'Italie déconfine les sports.
– construction pronominale (coréférentialité du sujet et de l'objet) : L'Italie se déconfine.

reconfinement : instauration d'une nouvelle période de confinement dans le cas de l'apparition d'une nouvelle vague d'épidémie ; le terme apparait dès que la perspective du déconfinement approche, chargé de connotations mêlant crainte et menace (si les mesures de distanciation sociale ne sont pas assez respectées pour que l'épidémie recule, le reconfinement s'imposera…). Mais à l'automne, le reconfinement devient une réalité, en France à partir du 30 octobre.

auto-confinement : décision de se confiner soi-même sans y être obligé ou personnellement incité par une autorité. En décembre, le conseil scientifique institué au ministère des Solidarités et de la Santé prône l'auto-confinement pendant une semaine avant les festivités des 24 et 25 décembre, avec un test juste avant d'aller réveillonner en famille. Le risque que des personnes positives mais asymtomatiques contaminent des membres de la famille pourrait ainsi être minimisé. – On parle également d'auto-confinement en liaison avec la proposition de Delfraissy, présent du conseil scientifique, que les personnes âgées et vulnérables s'auto-isolent.

En liaison avec le confinement mais aussi le déconfinement, on évoque parfois le syndrome de FOGO (fear of going out) ː réticence à sortir de chez soi, ou même carrément refus, de peur d'"attraper le virus".

   Aux origines : contigüité et voisinage…

A l'origine latine de ces termes se trouve l'idée de limite (finis = frontière) commune à deux territoires (cum = avec), d'où l'idée de contigüité et de voisinage : confinis = (sens concret) "qui confine, limitrophe, contigu, voisin, adjacent" (Freund 1924 : 1, 597) ; mêmes valeurs dans l'adjectif substantivé neutre confine = "partie limitrophe, qui avoisine, voisinage, limite, confins, frontières, environs" (id.) et dans confinium = "situation limitrophe, ligne de démarcation, limite commune confins (en parlant de pays, de campagnes)", "voisinage, proximité" (id.). L'étymologie de finis est incertaine : < ? figere = ficher, planter (une borne) – étymologie probable selon Walde (1910 : 294), simple hypothèse selon Ernout & Meillet (2001 : 237).

En français, confins (masculin, pluriel) = "parties d'un territoire formant la limite extrême où commence un territoire immédiatement voisin" (TLFi). Le verbe dénominal confiner a un premier sens correspondant aux sens des termes latins ("frontière ou limite entre deux lieux ou choses qui se touchent", d'où voisinage (TLFi) comme p. ex. dans La France confine avec l'Italie, la France et l'Italie confinent. Le second sens part de l'idée d'une limite entre deux espaces contigus pour n'en retenir que le premier et désigner ainsi l'espace en deça de la limite.

   De la peste au Covid-19

Jadis : la peste

Giovanni Boccaccio sur la peste à Firenze (Florence) en 1348 : "O combien de grands palais, combien de belles maisons, combien de nobles habitations pleines auparavant de famille, de seigneurs et de dames, vit-on toutes vides sans qu'il y restât le moindre serviteur ! O combien de lignées dignes de mémoire, combien de très grandes hoiries, combien de fameuses richesses vit-on demeurer sans vrai successeur ! Combien d'honnêtes hommes, combien de belles femmes, combien de vaillants et gracieux jeunes hommes, lesquels non seulement un autre, mais Galien, Hippocrate et Esculapius, s'ils vivaient, eussent jugé être très sains, a-t-on vus dîner le matin avec leurs parents, compagnons et amis, qui le soir s'en allaient souper en l'autre monde avec leurs prédécesseurs !" (Décaméron, Boccace 1913 : 17-18)

Edgar Poe sur les vagues de peste à London (Londres) : "At the epoch of this eventful tale, and periodically, for many years before and after, all England, but more especially the metropolis, resounded with the fearful cry of "Plague !" The city was in a great measure depopulated – and in those horrible regions, in the vicinity of the Thames, where amid the dark, narrow, and filthy lanes and alleys, the Demon of Disease was supposed to have had his nativity, Awe, Terror, and Superstition were alone to be found stalking abroad. (The King Pest, Poe 1857 : 365)

Comme aux temps anciens lors des grandes épidémies de peste – la Grande Peste de 1347-1352 causa la mort d'un tiers de la population –, le confinement, c'est-à-dire la limitation des interactions sociales, parfois qualifié de méthode moyenâgeuse, a semblé être la mesure la plus efficace, voire la seule susceptible d'enrayer la progression d'une grande épidémie, du moins en l'absence d'un vaccin. Comme le titre Le Canard enchaîné du 18 mars :

canard

Le premier pays à imposer à une population le confinement en liaison avec cette épidémie est la Chine, dans l'agglomération de Wuhan et dans sa région, le Hubei (60 millions d'habitants). Décrété le 23 janvier 2020, alors que l'on compte moins de mille cas et seulement une dizaine de morts, renforcé à la mi-février avec interdiction de toute sortie, il ne commence à être assoupli qu'au bout de deux mois, le 24 mars, quand on n'enregistre plus de cas de contamination dans le secteur, et la ville est réouverte le 8 avril (voir les récits de Chen 2020 et Fang Fang 2020). – Début mars, les cas de Covid-19 se multiplient dans le nord de l'Italie, et le 10 mars, le gouvernement décide le confinement de tout le pays. Tout s'accélère alors. Nombre de pays prennent des mesures semblables, selon des modalités diverses et pour une durée variable. Plusieurs milliards de gens – près de la moitié de l'humanité – sont ainsi confinés pendant de longues semaines. En France, le confinement est instauré à partir du 17 mars – on compte alors plus de 7 500 cas et 175 morts ; il est maintenu jusqu'au 10 mai. Un nouveau confinement est instauré le 30 octobre face à la seconde vague de l'épidémie ; il est levé partiellement début décembre.

Selon une étude de l'Imperial College London, les mesures de confinement ont permis d'éviter entre 20 000 et 120 000 décès liés au coronavirus dans la période allant jusqu'au 31 mars (2 500 en France).
  https://www.imperial.ac.uk/news/196556/coronavirus-measures-h/, consulté le 2020-04-12.

D'où un calcul mentionné dans ce tweet présidentiel en date du 2020-04-11 :

macron

Les deux conséquences du confinement sont l'arrêt d'une partie plus ou moins importante de l'activité économique et la restriction des libertés individuelles (liberté de circuler). D'où diverses oppositions à cette mesure, que ce soit au nom de la défense de l'économie ou de la liberté, tandis qu'à l'inverse, des voix s'élèvent aussi, au nom de la protection de la santé, en faveur d'un confinement plus rigoureux, voire "total", soit par arrêt de pans dits "non essentiels" de l'économie encore en activité, soit par limitation plus stricte des possibilités de sortir de chez soi. Semblablement, le déconfinement, qui s'accompagne d'un redémarrage des activités économiques, suscite diverses critiques au nom de la protection de la santé (parce que trop rapide) ou au nom de la défense de l'économie (parce que trop lent).

Le secteur le plus durablement touché : les boites de nuit, fermées le 14 mars 2020 et qui ne devraient pas rouvrir de si tôt. Un recours présenté en mai 2021 au Conseil d'Etat pour leur réouverture fin juin 2021 est rejeté. Finalement, elles devraient rouvir, avec une jauge de 75 % et l'obligation du pass sanitaire, le 9 juillet – à moins que du fait de la remontée des contaminations…

– Seule interaction physique mais à distance pendant le confinement : chaque jour à 20 heures, concert d'applaudissements ou de bruits divers pour manifester sa reconnaissance aux soignants et son soutien. Ce rite est venu d'Italie, où le confinement est instauré une semaine avant la France.

Outre les soignants, les remerciements vont aussi aux autres catégories de gens grâce au travail desquels la vie peut continuer – en premier lieu les caissières (profession aux quatre cinquièmes féminine) : en raison de la fermeture des marchés, c'est surtout dans les grandes surfaces que l'on va s'approvisionner et c'est donc avec les caissières que l'on a finalement le plus de contacts réels. Les caissières et d'autres personnels (éboueurs, balayeurs) – appelés parfois "premiers de corvée" par différence avec les "premiers de cordée" (terme employé à plusieurs reprises par le président de la République en 2017-2018) – sont évidemment les plus visibles pour le grand public.

– Ci-dessus à gauche : extrait d'un dessin de Plantu mis en ligne sur son compte Facebook le 2020-04-02.
– Ci-contre : Maisons-Alfort (Val-de-Marne), rue du 18 juin 1940, 2020-04-02.
merci

Mais dans son audition à l'Assemblée nationale le 16 juin, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, n'oublie pas de remercier également toutes les "personnes de l'ombre qui ont géré la crise partout sur le territoire", "très loin des technocrates désincarnés, des bureaucrates coupés du réel, des ronds-de-cuir qui ne travaillent pas, ou de hauts fonctionnaires froids et désincarnés décrits par certains".
   
– Audition de Jérôme Salomon :http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/covid19/l15covid191920020_compte-rendu#, consulté le 2020-06-20.

Sur la vie confinée, une vidéo du groupe Les Goguettes, T'as voulu voir le salon (sur l'air de Vesoul, de Jacques Brel, avec Clémence Monnier et Valentin Vander), mise en ligne le 21 avril, connait aussitôt un vif succès (elle est vue plus de quatre millions de fois).
  https://www.youtube.com/watch?v=BFOJtRFlY-8, consulté le 2020-05-02.


contact

Dans le contexte de cette épidémie, le substantif masculin contact est employé le plus souvent pour désigner des personnes qui ont cotoyé ou cotoient des personnes contaminées ou susceptibles d'être contaminées car présentant des symptômes. Ce sont en d'autres termes des contacts de cas (confirmés ou non confirmés). On les appelle aussi personnes contacts (parfois écrit avec trait d'union personnes-contacts) ou cas contacts (cas contacts des cas confirmés)  – deux composés de type copulatif dont les deux composants varient en nombre. Les autorités distinguent les "contacts à risque" des "contacts à risque négligeable". Ainsi, relèvent entre autres des contacts à risque les personnes "ayant eu un contact direct avec un cas, en face à face, à moins d’1 mètre, quelle que soit la durée (ex. conversation, repas, flirt, accolades, embrassades). En revanche, des personnes croisées dans l’espace public de manière fugace ne sont pas considérées comme des personnes-contacts à risque" (Guide méthodologique d’investigation des cas et des personnes-contacts, pour la réalisation du contact-tracing, durant la période suivant le confinement – publié par Santé publique France, 2020-05-07, p. 4). Enfin, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé précise le 17 septembre que la relation de contact n'est pas transitive : "Les cas contacts de cas contacts ne sont pas des cas contacts."

L'identification des contacts (problématique du tracing), leur dépistage (problématique des tests) et leur isolement (problématique de la quarantaine ou du confinement) sont un élément essentiel de la politique menée pour circonscrire autant que possible l'épidémie, aussi bien à son commencement que par la suite, et surtout quand elle est en régression, de façon à éviter une deuxième vague.

< latin contactus = "contact, attouchement, maniement", d'où "contagion, mauvais exemple" (Freund 1924 : 1, 635) < contingere = toucher quelque chose ou quelqu'un < préfixe con signifiant l'association + tangere = toucher.

Le sens actualisé dans le contexte du Covid-19 est le fruit d'une longue évolution à partir du sens du terme latin. La 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694) indique seulement : "Attouchement de deux corps. Le contact immediat de deux corps. Il n'eſt en uſage que dans le dogmatique." contact peut désigner un état (être en contact) ou l'action menant à cet état (mettre X et Y en contact, établir un contact entre X et Y). Dans une deuxième étape, le sens se spécialise par l'attribution de la propriété [+ humain] à l'un des deux éléments en contact ou aux deux. Dans un troisième temps, atteint au XXe siècle, contact désigne aussi, par métonymie, une personne qui est en contact avec une autre.

Tout comme cas, contact reste masculin quel que soit le sexe de la personne désignée – de même que victime reste féminin : Marie est l'un des cas contacts de Pierre, qui a été l'une des victimes du virus.


contaminer, contaminant, contaminé, contamination

contaminer (XIIIe siècle) = souiller par un contact impur > transmettre une infection. Terme initialement religieux, il n'est employé en médecine qu'à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, à la place de contagionner (Rey 1998 : 868). Le sujet du verbe peut désigner une personne déjà infectée ou le principe infectant : Pierre / le virus a contaminé Marie. Hors du domaine médical, contaminer, au sens de exercer une influence nocive sur quelqu'un, véhicule les mêmes valeurs péjoratives que ses autres emplois : contaminer, c'est d'une certaine façon dégrader.

< latin contaminare = "mettre en contact ensemble, fondre, mêler, unir ensemble", "gâter, souiller, tacher, infecter, corrompre, altérer qqche (par qqche)" (Freund 1924 : 1, 634). Un rapport a été établi avec tangere = toucher, mais l'étymologie de contaminare reste obscure.

contamination : < latin contaminatio. Substantif déverbal, suffixe -tion, de genre féminin, avec valeur de nom d'action (nomen actionis).

contaminé, contaminant : respectivement participes passé et présent de contaminer, ils fonctionnent comme adjectifs et également comme substantifs et désignent alors des personnes : contaminé renvoie à l'état d'une personne, contaminant à l'effet du contact de cette personne avec d'autres. Dans le cas du coronavirus, on estime qu'un contaminé peut être le contaminant de deux ou trois personnes (voir plus bas l'indicateur mathématique R0).


contrôle : hors de contrôle

Cette expression réapparait dans l'usage pour signifier que dans un pays, l'épidémie progresse rapidement et que l'on ne voit ni comment ni quand elle pourrait être freinée. Cette progression se manifeste par l'augmentation des nouveaux cas enregistrés de contamination.

L'emploi de cette expression ne signifie pas que les cas seraient si nombreux que les administrations sanitaires ne parviendraient plus à les enregistrer tous, encore que cela puisse être le cas : dans une telle situation, certains affirment que le nombre de cas est largement sous-estimé. Cela ne signifie pas non plus que l'on ne parvient plus à tracer les cas et les contacts : même quand l'épidémie n'est pas dite "hors de contrôle, on n'y parvient pas toujours.

Cette expression est employée, selon les moments, à propos de l'Italie, de l'Espagne, de l'Inde, du Brésil, des Etats-Unis, etc., mais, semble-t-il, moins à propos de petits pays où pourtant la progression de l'épidémie est rapide (comme la Belgique, la république Tchèque ou la Suisse au mois d'octobre) – sans doute est-ce dû au fait que ce qui frappe le plus, ce sont toujours les gros chiffres de contamination en valeur absolue et non par rapport à la population. Elle est aussi, semble-t-il, moins employée… à propos de la France. Cependant, même si l'on n'a pas entendu dire que la situation était hors de contrôle en France fin octobre 2020, le 16 novembre, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, peut dire : "Nous sommes en train de reprendre progressivement le contrôle, mais nous n’avons pas terminé le combat." (dépêche Reuter)

   A l'origine : une roue

contrôle est dérivé par préfixation de rôle, issu du latin rotulus = petite roue, diminutif de rota = roue. En français, rôle a signifie un rouleau de papier (FEW 10, 511-517). La 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 2, 423) le présente ainsi : "on appelloit ainſi une ou pluſieurs feuilles de papier, de parchemin, collées bout à bout, ſurquoy on eſcrivoit des actes, des titres. […] Aujourd'huy en termes de Pratique, Rôle ſignifie Un feuillet d'eſcriture". D'où la signification initiale de contrôle : "Regiſtre qu'on tient pour la verification d'un rôle, d'un autre regiſtre, &cc. [sic]" (id.).

Le sens actuel (notamment dans le contexte de l'épidémie n'est enregistré que dans la 8e édition du dictionnaire de l'Académie (1932) : "Examen, surveillance des actes d' une personne ou d' un groupe de personnes".


coronavirus, covid

Substantif masculin, composé déterminatif. Le composé désigne une sous-catégorie de ce que désigne le second composant virus, le premier composant corona renvoie à la spécificité de cette sous-catégorie, sur le modèle courant p. ex. dans les langues germaniques (cf. anglais letter box, allemand Briefkasten). Terme générique donné à une catégorie de virus d'origine animale découverts dans la seconde moitié du XXe siècle.

    – Ci-contre : coronavirus vu par Plantu (extrait d'un dessin mis en ligne sur son compte Facebook le 2020-04-25).
virus

corona < latin corona = couronne. Cette spécification de virus a été choisie du fait qu'au microscope, le virus apparait sous l'aspect d'une sphère entourée d'une petite couronne d'éléments saillants, comme des petites clous.

virus < latin uirus, substantif neutre ; = "liquide muqueux, humeur, jus, suc des animaux et des plantes", "bave, venin, poison" (Freund 1924 : 3, 591) ; français virus, [vi.ʁys], substantif masculin, pluriel identique au singulier, XVe siècle. Dans la langue familière courante, être contaminé par le virus se dit fréquemment attraper le virus ou choper le virus – même si celui-ci est si minuscule qu'il est parfaitement invisible à l'œil nu…

  En latin, le terme désigne d'abord le "suc des plantes, humeur (sperme) ou venin des animaux" (Ernout & Meillet 2001 : 740), mais son sens est semble-t-il dès l'origine indoeuropéenne associé à l'idée de nocivité, spécialement pour l'homme ; cf. ancien indien višám = poison. En français, le contenu sémantique de virus se précise progressivement au fur et à mesure que se développent les connaissances scientifiques. En témoignent les définitions successives des dictionnaires :

– Dictionnaire de l'Académie, 1ère édition, 1694 : "Terme de medecine & de chirurgie, qui n'eſt guere en uſage que pour ſignifier le venin des maux veneriens. (t. 2, 646) – Venerien : "Qui eſt de Venus" (p. 629)
– Dictionnaire de l'Académie, 6e édition, 1835 : "principe, inconnu dans sa nature, qui est l'agent de la contagion, et qui paraît être le produit d'une sécrétion morbide" (t. 2)
– Dictionnaire de Littré, 1873 : "principe de transmission de plusieurs maladies contagieuses" (t. 4, 2504)
– Dictionnaire de l'Académie, 8e édition (et dernière complète…), 1932 : "toxine, agent de contagion des maladies infectieuses" (t. 2)

virulent < latin uirulentus = "venimeux, empoisonné" (Freund 1924 : 3, 591). Attesté au XIVe siècle, virulent hérite du sens latin en liaison avec le sens de virus : = "Qui a du virus" (Dictionnaire de l'Académie 1694 : 2, 646). Au plus tard à partir du XVIIIe siècle, on l'emploie à propos des comportements humains sans plus de liaison avec un virus, mais en conservant l'idée de force inhérente au sens initial : "plein d'agressivité, de vivacité, de vigueur." (TLFi)

viral : adjectif, relatif au virus. S'emploie fréquemment actuellement à propos d'informations, de médias qui se propagent rapidement – comme un virus – sur Internet du fait notamment du fonctionnement des réseaux sociaux.

Il existe différentes variétés de coronavirus, dont les trois qui ont fait le plus parler d'elles depuis le début du siècle sont :

– le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère ; anglais SARS – Severe acute respiratory syndrome coronavirus), apparu en 2002-2003 en Chine et qui s'est répandu également surtout en Asie du sud-est ; plusieurs centaines de morts ;

– le MERS-CoV (MIddle East respiratory syndrome coronavirus), apparu en 2012 au Moyen Orient ; plusieurs centaines de morts ;

– le Sars-CoV-2, apparu en Chine en 2019 et qui s'est rapidement répandu dans le monde entier (et d'abord surtout en Europe, puis aux Etats-Unis). La pneumonie causée par ce virus a été appelée Covid-19 (Coronavirus disease, année 2019) par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, dans les premiers temps (de mi-janvier à mi-février), on a parfois employé les termes de nouveau coronavirus ou de coronavirus chinois. Le terme générique de coronavirus s'est ensuite imposé avant d'être concurrencé par covid.

 
En mars, Donald Trump, président des Etats-Unis d'Amérique, emploie pour désigner ce virus l'expression "chinese virus". Le vice-président américain Mike Pompeo parle, lui, de "Wuhan virus", et au terme d'une réunion du G7, le 25 mars 2020, il indique : "The Chinese Communist Party poses a substantial threat to our health and way of life, as the Wuhan virus clearly has demonstrated". Lors d'un meeting électoral en Caroline du nord le 2020-10-21, Trump précise sa façon de voir les choses : "I mean you could almost use a ‘corona’ word but that sounds like a beautiful town in Italy. No, this is the China plague or the China virus, that’s where it came from, we have to be accurate. […] We were beating them by leaps and bounds, then we got hit with the plague. The ink hadn’t even dried on our trade deal with China, wonderful deal, and this happened. […] This should have been stopped at China, they should have been able to stop it. They stopped it going into the rest of China but they didn’t stop it from going into Europe, the United States or the rest of the world. We’re going to find out why too."
   https://www.skynews.com.au/details/_6203709945001, consulté le 2020-10-23.
Du Covid-1 au Covid-19

Kellyane Convay, conseillère particulière du président Trump, s'en prend le 15 avril 2020 à l'Organisation mondiale de la santé et déclare sur Fox News :

This is Covid-19, not Covid-1, folks. You would think that people charged with the World Health Organization facts and figures would be on top of that.

    https://edition.cnn.com/2020/04/15/politics/kellyanne-conway-covid-19-coronavirus/index.html, consulté le 2020-11-23.

Début octobre, Kellyane Convay annonce qu'elle a été testée positive au Covid-19, suite à une réunion à la Maison blanche le 26 septembre.

Indépendamment des variations linguistiques sur son nom, le virus se propage à une vitesse fulgurante dans le monde entier et contamine des millions de gens. Selon les chiffres cités par Canque (2020), on recense 41 cas le 11 janvier, 73 332 le 18 février, plus de 2 500 000 le 22 avril, environ 4 500 000 le 14 mai. Fin juillet, on en est à plus de 17 millions, mi-novembre, on approche des 60 millions et à la fin de l'année 2020, on dépasse les 83 millions. Quant au nombre de morts

"America first", proclamait Donald Trump. En tout cas, à partir du 27 mars 2020, les Etats-Unis sont le premier pays au monde pour le nombre de personnes enregistrées comme contaminées : 83 800 (plus qu'en Chine) le 2020-03-26. Réaction de Trump (2020-03-26) : "I think it's a tribute to our testing. You know, number one, you don't know what the numbers are in China. China tells you numbers. […] You just don't know, what are the numbers ? But I think it's a tribute to the testing. We're testing tremendous numbers of people, every day the way the system works. […] It's a tribute to the amount of testing that we're doing. We're doing tremendous testing. And I'm sure you're not able to tell what China is testing or not testing. I think that's a little hard." – Dès le 11 avril, les Etats-Unis sont le premier pays au monde pour le nombre de morts (plus de 20 000), mais pour le nombre de morts par million d'habitants, les Etats-Unis restent – encore en septembre – derrière la Belgique, l'Espagne et l'Italie. – Grande nouvelle le 28 avril : le nombre de morts dus au coronavirus aux Etats-Unis dépasse désormais celui des morts américains pendant la guerre du Vietnam (1960-1975) – plus de 58 000 (et plusieurs centaines de milliers de Vietnamiens). Le 20 janvier, quand la présidence Trump se termine, on atteint 405 000 morts, soit plus de 1 200 par million d'habitants (à peu près 15 % de plus qu'en France à la même date) : le nombre de morts dépasse maintenant celui des soldats américains tués au cours de la seconde guerre mondiale. Et ce n'est pas fini.
  https://www.bbc.com/news/world-us-canada-52056586, consulté le 2020-03-27.
  Source des statistiques : https://coronavirus.jhu.edu/us-map, consulté le 2020-04-17 sq.

Le 14 aout, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, aborde entre autres la question de l'état de la connaissance que l'on a de ce nouveau virus : "Il faut rester humble et modeste. Il faut avouer que nous ne savions rien au mois de janvier, que nous avons appris, mais que nous avons appris encore peu de choses. Il reste encore beaucoup d'incertitudes sur ce virus."
   https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-14-aout-2020, consulté le 2020-08-20.

   Un virus à visage humain

Le virus, avec lequel il faut vivre, est parfois doté de qualités, d'activités et de sentiments normalement attribués à des êtres humains :

"le virus ne prend pas de vacances" (Emmanuel Macron, sur Twitter, 2020-08-06) ; Jean Castex précise le 2020-10-22 que le virus n'en prend pas non plus à la Toussaint.
"le virus se moque bien des polémiques, des susceptibilités et des états d’âme" (Olivier Véran, Assemblée nationale, 2020-10-01).
"Le Covid-19 ne respecte pas les frontières ou les lignes de front" (Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS, point de presse, 2020-10-13).
"il [le virus] n'est pas fatigué de nous" (Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, point de presse, 2020-11-09).
"Le virus a fêté ses un an, les un an de sa découverte (Olivier Véran, conférence de presse, 2020-11-19).

   Usage, genre : masculin ou féminin ?

Dans l'usage courantcoronavirus est le terme le plus employé pour le virus (à la place du terme spécifique Sars-CoV-2, mot bien trop étrange), mais également pour la maladie, en concurrence avec Covid, fréquent sans mention de l'année. Fréquente également la troncation corona (de même structure syllabique que le virus Ebola, qui s'est répandu en 2013, surtout en Afrique), mais pour la désignation de la maladie, Covid gagne rapidement du terrain.

En France, tous ces substantifs sont d'abord systématiquement employés au masculin, et les gens, fidèles à leur habitude, ne prêtent guère attention aux arguties de l'Académie française qui prône le féminin pour Covid. Mais au fil des semaines, le féminin semble cependant gagner du terrain, sans doute moins parmi l'ensemble de la population que dans la bouche des autorités et dans certains médias. Au Québec, Covid-19 est féminin (comme maladie) et écrit souvent en majuscules comme le fait également l'OMS dans ses publications en français : la COVID-19. En Belgique et en Suisse, il semble y avoir quelques hésitations, mais l'usage du masculin y reste au moins majoritaire pendant un temps.

covid peut fonctionner aussi comme adjectif invariable : des patients covid, en face de des cas de Covid-19. On peut également préciser : patient covid+ et patient covid-.

   variant

Le 14 décembre, les autorités britanniques signalent l'apparition d'un variant du virus, appelé au moins provisoirement VUI-202012/01 (Virus under investigation, année 2020, décembre, numéro 01), mais on l'appelle couramment variant britannique ou variant anglais. On dit qu'il est plus contagieux que le Sars-CoV-2. A cette date, plus d'un millier de cas ont été détectés au Royaume uni et quelques-uns dans différents autres pays européens. Aussitôt, des mesures sont prises pour empêcher sa propagation : fermeture temporaire des liaisons aériennes, ferroviaires et maritimes avec le Royaume uni, dépistage, etc. – En janvier 2021, on signale l'apparition d'autres variants : un variant sud-africain, un variant brésilien… En février, ces variants représentent déjà la moitié des nouveaux cas de Covid-19. Pire : au printemps apparait un variant indien, qui fait des ravages en Inde et se propage dans d'autres pays. Fin mai, le gouvernement français impose une quarantaine à tous les voyageurs venant du Royaume uni, où il semble se développer.

Ces différents variants ont des noms scientifiques officiels compliqués, mais on ne les nomme couramment que par référence aux pays où ils sont d'abord apparus. L'OMS déconseille ces dénominations géographiques et leur imagine le 2021-05-31 de nouveaux noms avec des lettres grecques : Alpha pour le britannique, Bêta pour le sud-africain, Gamma pour le brésilien, Delta pour l'indien, etc. D'autres variants font moins parler d'eux : fin juin 2021, le variant Epsilon, le variant Lambda, provisoirement le dernier à être enregistré.

Au début de l'été 2021, le variant Delta est perçu en Europe comme la principale menace, vu la recrudescence des cas au Royaume uni surtout, mais aussi au Portugal et dans d'autres pays, y compris en France. Du coup, les frontières intereuropéennes qui commençaient à se rouvrir ont tendance à se refermer.

– Comme substantif masculin, variant est absent du Littré et de la 8e édition du Dictionnaire de l'Académie. Le TLFi l'indique seulement comme terme "vieilli" de biologie génétique. Dans le même contexte, le masculin variant n'est guère en concurrence avec le féminin variante, d'usage courant dans d'autres domaines.
< participe présent de varier < latin variare.

Les nouveaux variants suscitent l'imagination des humoristes. Exemples : le variant suisse reste neutre, quel que soit le test PCR, antigénique ou sérologique ; pour le variant bordelais, pas de souci, on a les Médoc ; le variant normand est difficile à prévoir : p'têt' bien qu'oui, p'têt qu'non ; avec le variant italien, on en prend pour Milan ; contrairement aux apparence, le variant bénin est grave ; etc.

   Autres termes

drive-corona : substantif composé, de genre masculin, le second composant spécifiant le premier = méthode de test de dépistage du coronavirus, telle que la personne testée reste au volant de son véhicule et subit le test par la fenêtre ouverte. Utilisée d'abord en Corée du sud, elle est apparue en France en mars.

drive = "service permettant de retirer une commande tout en restant à bord de son véhicule", "point de retrait d'une telle commande" (Le Petit Robert 2019) (ex. : le drive de Leclerc, d'Auchan, etc.). < anglais drive-in < drive = conduire. Désignant dès les années trente du XXe siècle un cinéma en plein air dans lequel on regarde le film en restant dans sa voiture, son sens a été étendu à la possibilité de récupérer une commande en restant au volant de sa voiture, d'abord dans des fast food, puis pour des chaines de grande distribution.

corona-bonds (pluriel) : projet d'obligations émises par l'Union européenne ou la zone-euro pour financer les dettes des pays européens, dettes en très forte croissance liées aux conséquences de la crise de Covid-19.

corona-sceptique, corona-scepticisme : on qualifie ou appelle corona-sceptiques les gens, quel que soit leur fonction, qui nie la gravité de l'épidémie de Covid-19. Parmi les plus puissants corona-sceptiques ont figuré ou figurent le président brésilien Jair Bolsonaro (1955-) et le président américain Donald Trump (1946-).

coronapiste : ainsi sont parfois appelées les pistes cyclables temporaires aménagées dans des grandes villes au moment du déconfinement ; l'objectif est clairement d'encourager les gens à prendre leur vélo plutôt que la voiture et les transports en commun, pour lesquels on redoute une trop grande affluence ne permettant pas la distanciation physique. De fait, entre le 11 et le 31 mai, le trafic des vélos augmente à Paris de 54 % par rapport à la même période de 2019.

   Divers

Aucun rapport entre ce virus et la bière mexicaine Corona, créée il y a un siècle. Couronne n'est pas un mot très rare : il existe à Dortmund (Allemagne) une brasserie Kronen – équivalent allemand de couronne. – En Belgique, une boutique Shop&Go propose début mars "le vaccin du moment : deux Corona achetées, 1 Mort Subite offerte".
  https://www.lalibre.be/lifestyle/food/la-promotion-osee-d-une-enseigne-shopgo-deux-corona-achetees-une-mort-subite-offerte-5e5e9012d8ad584dd8865383, consulté le 2020-06-05.

– Dans l'album des aventures d'Asterix et Obélix Astérix et la Transitalique (auteurs Jean-Yves Ferri et Dider Conrad), publié en 2017, l'un des conducteurs de chars en concurrence, dûment fêté par ses supporters, s'appelle Coronavirus. Il est assisté de Bacillus et apparait masqué.

– Le 29 janvier 2020, Charlie Hebdo publie en une un dessin où on lit : "Macronavirus – 3 ans qu'il nous crache à la gueule !". Selon les médias, ce mot-valise a été repris fin avril sur des banderoles accrochées par quelques individus à leur fenêtre ("Macronavirus, à quand la fin ?").

– Selon Global News, des parents de Raipur (Inde) ont baptisé leurs jumeaux nés le 27 mars 2020 Covid et Corona.
  https://globalnews.ca/news/6773086/coronavirus-covid-corona-twins-india/, consulté le 2020-04-28.

Coronasutra : inventaire des positions sexuelles permettant ou non la distanciation physique d'un mètre cinquante entre les deux partenaires.


couvre-feu

Le couvre-feu était initialement un "Uſtencile de cuivre ou de fer, qu' on met ſur le feu, pour le couvrir & le conſerver la nuit", selon le dictionnaire de l'Académie (1694 : 1, 452), qui n'en donne que ce seul sens. Mais FEW (2, 1143) note dès le XIIIe siècle cuevrefeu "signal donné le soir, pour ordonner de couvrir le feu, d'éteindre les lumières, de ne plus sortir". D'où l'expression sonner le couvre-feu (Littré 1873 : 1, 876). Il s'agissait alors d'abord d'éviter les incendies nocturnes.

De nos jours, couvre-feu est employé essentiellement au sens de "Interdiction de circuler, de sortir de chez soi par mesure de police ou en vertu d'un ordre de l'autorité militaire" (TLFi). C'est une mesure décrétée surtout dans le cadre d'une guerre (p. ex. en France pendant l'Occupation ou pendant la guerre d'Algérie, pour les musulmans algériens). Le couvre-feu vaut pour une période définie, généralement la nuit, et le cas échéant pour des catégories de populations particulières (p. ex. les mineurs – c'est-à-dire les moins de dix-huit ans, pas ceux qui travaillent dans les mines – dans certaines villes de France).

Dans le cadre de l'épidémie de Covid, le couvre-feu s'apparente au confinement – interdiction de sortir de chez soi, fermeture de tous les lieux destinés à accueillir le public – et s'en différencie par le fait qu'il est limité à une tranche horaire précise. Suite à une forte recrudescence du nombre de contaminations et du nombre de patients admis en réanimation, il est décrété pour quatre semaines le 17 octobre de 21 heures à 6 heures, en Ile-de-France et dans huit autres métropoles (Aix-Marseille, Lille, Lyon, etc.). Le but est de limiter au maximum les rassemblements, surtout dans les lieux clos, sans respect des gestes barrière (distanciation physique, port du masque). Une semaine plus tard, le couvre-feu est étendu, il concerne désormais 54 département et 46 millions de personnes et il est prévu qu'il dure six semaines.

Fin octobre, le couvre-feu cède la place à un nouveau confinement, qui cède la place à un nouveau couvre-feu de 20 heures à 6 heures. Début janvier, il est avancé à 18 heures dans différents départements de l'est de l'hexagone avant d'être généralisé le 16 janvier.

Pour les mêmes raisons et à la même époque, des mesures du même type sont adoptées dans d'autres pays de l'Union européenne.


crise

La pandémie de Covid-19 est une crise qui affecte le monde entier. Crise sanitaire d'abord – on parle aussi d'une crise du coronavirus ou d'une crise du Covid-19 –, qui engendre une crise économique, financière, politique, etc. On parle aussi d'une catastrophe, voire d'un séisme. crise désigne les faits eux-mêmes et par métonymie la période affectée par ces faits. La crise marque une rupture, une séparation par rapport à l'avant, et elle débouche sur un après qui portera, d'une façon ou d'une autre, l'empreinte de la crise. Rupture par rapport à l'ordinaire, rupture imprévue et non voulue, toute crise est connotée négativement, même si ultérieurement, on peut se réjouir de ses effets éventuellement bénéfiques ; la crise est alors qualifiée dans une certaine mesure de salutaire.

Cet emploi de crise correspond à la définition donnée par le TLFi : "situation de trouble, due à une rupture d'équilibre et dont l'issue est déterminante pour l'individu ou la société". Emploi qui n'apparait qu'au XVIIe siècle et qui est dérivé par extension au fonctionnement de la société du terme originellement médical défini ainsi dans la 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 1, 286) : "Effort que fait la nature dans les maladies, qui eſt d'ordinaire marqué par une ſueur, ou par quelque autre ſymptome, & qui donne à juger de l'évenement d'une maladie".

< latin crisis = "crise, changement subit et décisif d'une maladie en bien ou en mal" (Freund 1924 : 1, 682) < grec κρίσις (krísis) = "triage, séparation diversion : jugement, sentence : procès, contestation : décision ou moment décisif d'une affaire ; crise d'une maladie" (Alexandre 1874 : 616) < verbe κρίνειν (krínein) = "trier, séparer, choisir" (p. 815).


dérogatoire : attestation de déplacement dérogatoire

  Pendant la longue période de confinement en France, aucune sortie n'est autorisée, sauf dérogation. Si l'on veut sortir de chez soi, il faut être muni d'un papier dûment rempli dont le titre est :
derog
On doit respecter les limitations qui sont précisées sur ce papier et le présenter en cas de contrôle, sans quoi on s'expose à une contravention de cent trente-cinq euros (ou plus si on récidive). A partir du 6 avril, on peut également présenter sur son smartphone cette attestation complétée sur le site du ministère de l'Intérieur. Pendant les cinquante-cinq jours du confinement, 20,7 millions de contrôles sont effectués, avec 1,1 million de contraventions à la clé, selon Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur.
  https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/christophe-castaner-notre-doctrine-c-est-la-confiance_13786888/,
consulté le 2020-05-28.


– Par dérogation, on a droit à des déplacements brefs "pour les besoins des animaux de compagnie". Ci-contre : image abondamment diffusée entre confinés, par mail ou SMS.
chien

A partir du 11 mai, plus besoin de cette attestation dérogatoire pour se déplacer dans un rayon de 100 kilomètres autour de son domicile, celle-ci restant obligatoire pour des déplacements au-delà de cette limite. Mais dès l'annonce de cette nouvelle disposition surgit une question angoissante : s'agit-il de 100 kilomètres à vol d'oiseau ou par route ? Et le gouvernement précise très vite : 100 kilomètres à vol d'oiseau. Voici le premier alinéa de l'article 3 du "décret n° 2020-548 du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire" :

Tout déplacement de personne la conduisant à la fois à sortir d'un périmètre défini par un rayon de 100 kilomètres de son lieu de résidence et à sortir du département dans lequel ce dernier est situé est interdit à l'exception des déplacements pour les motifs suivants [suit la liste des motifs]
  https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/5/11/2020-548/jo/texte, consulté le 2020-05-14.

A partir du 2 juin, plus besoin de dérogation pour se déplacer dans tout l'hexagone. A partir de la mi-juin, la circulation est libre à l'intérieur de l'Union européenne. Mais des restrictions réapparaissent pendant l'été pour certaines régions et certains pays : obligation de dépistage, quarantaine obligatoire, régions déconseillées, régions ou pays interdits, etc. Et l'attestation de déplacement dérogatoire redevient de mise fin octobre avec la nouvelle période de confinement, y compris quand celui-ci est allègé. A partir de décembre, elle ne concerne plus que les dérogations au couvre-feu, mais revient courant mars avec l'adoption de nouvelles mesures de restriction des déplacements, dans une version plus élaborée, pour ne pas dire beaucoup plus compliquée, en trois pages – tellement compliquée qu'elle est remplacée quelques heures seulement après sa publication par une version légèrement plus simple…

  Cette version compliquée a amené quelque humoriste à mettre en ligne la couverture d'un nouveau Que sais-je ? : "Remplir l'attestation", d'un certain Jean Lénarque.

– dérogatoire, adjectif = "qui contient une dérogation" ; dérogation = "action de déroger à une loi, à une convention, à une autorité" ; déroger = "manquer aux prescriptions d'une loi, d'une convention, s'écarter d'un principe directeur" (TLFi).

< latin derogatorius, même sens qu'en français < derogatum, supin de derogare = déroger à une loi ; derogatio = "abolition d'une disposition de loi, dérogation à une loi, restriction (Freund 1924 : 1, 788)
< de : préposition-préverbe (signifie le détachement) + rogatorius ; rogatio = demande (interrogation, prière), "loi proposée, proposition ou projet de loi" (Freund 1924 : 3, 126) < rogare = interroger.


distanciation sociale

Dans le contexte du Covid-19, on appelle distanciation sociale (traduction de l'anglais social distancing) les mesures permettant de limiter les contacts physiques entre personnes et par voie de conséquence la circulation de maladies infectieuses. Parmi les mesures de distanciation, prises au sens le plus large du terme :

  – la fermeture des lieux publics où les gens sont suceptibles de se rassembler (établissements d'enseignement, lieux de travail, salles de spectacle, lieux de promenade, etc.) ;
– l'arrêt des transports en commun ;
– l'interdiction ou la limitation de rassemblements sur la voie publique ;
– la supressions des échanges entre zones géographiques (villes, agglomérations) ;
– le confinement individuel de personnes sur leur lieu d'habitation ;
– l'interdiction de contacts rapprochés entre personnes (obligation d'une distance minimale entre personnes, interdiction des contacts physiques comme poignées de mains et embrassades).

Dans un sens plus étroit, la distanciation sociale, appelée aussi plus précisément distanciation physique, ne comprend que l'obligation de garder une distance minimale entre personnes – un mètre ou un mètre cinquante – c'est-à-dire une distance spatiale : il faut, au sens concret, garder ses distances avec autrui.

La limitation des contacts physiques pendant la période de confinement entraine un recours accru aux technologies numériques – téléphone, mail, internet, visioconférence, télétravail, enseignement à distance, téléconsultation, commerce électronique, etc. – qui permettent de maintenir malgré tout des liens sociaux.

Conséquence de l'obligation de distanciation physique : les queues – bien allongées (un mètre minimum entre chaque personne et souvent beaucoup plus) – devant tous les magasins d'alimentation, où n'est accepté en même temps qu'un nombre limité de clients. Queues parfois très longues : 70 personnes devant l'hypermarché Leclerc de Vitry-sur-Seine à 08:15 le 2020-04-14. – Ci-contre : entrée du supermarché Auchan, 15/17 rue du Professeur Cadiot, Maisons-Alfort (Val-de-Marne), 2020-04-30, 16:34.
queue

   Du théâtre de Brecht au Covid-19

Le terme distanciation est lui-même récent en français : le TLFi indique 1959 comme date de la première attestation. C'était la traduction de l'allemand Verfremdung, concept à la base du "théâtre épique" de Bertolt Brecht (1898-1956) : selon le TLFi, c'est le "fait pour un auteur, un metteur en scène, un acteur de créer une certaine distance entre le spectacle et le spectateur, afin de développer l'esprit critique de celui-ci, par le choix du sujet, par certaines techniques de mise en scène, par le jeu des acteurs". Dans ses pièces de théâtre comme dans ses écrits sur le théâtre et dans sa pratique de metteur en scène, notamment au Berliner Ensemble après 1949, Brecht a developpé les techniques permettant d'obtenir un Verfremdungseffekt, en abrégé V-Effekt (Verfremdung = action de rendre fremd [= étranger]). C'est de distanciation intellectuelle et psychique qu'il s'agit pour Brecht : les acteurs et les spectateurs ne doivent pas s'identifier aux personnages. – Le TLFi donne deux autres valeurs du terme ("recul pris vis-à-vis de ce qu'on dit, de ce qu'on fait, de ce qu'on montre", et "écart, refus de relation existant entre différentes classes sociales"), mais elles n'ont rien à voir avec ce que l'on comprend dans le contexte actuel par distanciation sociale.

distanciation peut renvoyer à l'action de se distancer ou au résultat de cette action (nomen actionis, nomen acti) < distancer < distance = "intervalle mesurable qui sépare deux objets, deux points dans l'espace" (TLFi) < latin distantia (même sens) < verbe distare = être distant < dis-, préfixe signfiant la division ou la séparation (Freund 1924 : 1, 837-838) + stare = se tenir debout.


dose

Les différents vaccins mis en circulation à partir de l'hiver 2020-2021 se prennent en deux doses (vaccins Pfizer, Moderna et AstraZenica) ou une seule (vaccin Johnson & Johnson), diversement espacées. Le rythme de la vaccination dépend donc du nombre de doses dont la France peut progressivement disposer.

– dose = "Quantité déterminée de qch, p. ex. d'un médicament", XVe siècle (FEW 3 : 148)
< grec. δόσις (dósis) = action de donner, don, dose, potion (Alexandre 1874 : 392)


épicentre

L'épidémie de Covid-19 est apparue d'abord en Chine, à Wuhan, qui en a été l'épicentre. Par la suite, on a considéré comme nouveaux épicentres de l'épidémie les zones géographiques où elle était la plus intense : l'Italie fin février, l'Europe en mars, puis les Etats-Unis, le Brésil, l'Inde, et à nouveau l'Europe à l'automne. Ont ainsi été considérés comme épicentres des continents, des pays, des régions ou même des métropoles. La caractéristique commune à toutes ces zones qualifiées d'épicentres est à la fois un taux de contamination élevé et croissant, et un écart important entre ce taux de contamination et celui d'autres zones, avoisonnantes ou non.

Cet usage du terme épicentre ne correspond que partiellement au sens donné par les dictionnaires de référence ("point de départ, origine d'un courant nouveau, d'un réveil d'énergie" [TLFi]), dans la mesure où il n'implique pas nécessairement que l'épidémie s'étende à partir de la zone considérée, même si cela peut être aussi le cas. Ainsi, en aout, la Sardaigne a été traitée de "nouvel épicentre", non pas parce que l'épidémie s'étendait ailleurs par des voyageurs venant de cette ile : ce sont au contraire des cas importés qui y ont entrainé une recrudescence de l'épidémie. – En d'autres termes, le contenu sémantique de épicentre dans ce contexte perd son sème [+ dynamique].

Ce n'est de toute façon qu'un emploi métaphorique d'un terme de géophysique qui n'apparait qu'à la fin du XIXe siècle : "zone de l'écorce terrestre la plus violemment atteinte par des secousses telluriques, constituant le foyer apparent, superficiel d'un tremblement de terre" (TLFi).

< ἐπί (ẻpí, préposition-préverbe, qui signifie ici le recouvrement) ÷ centre

épicentre a acquis une valeur dynamique vers le milieu du XIXe siècle : "le point où les choses, comme sollicitées par quelque force, se réunissent et atteignent leur plus grande action, d'où elles émanent, se répandent et exercent leur influence, etc." (Littré 1874 : 1, 526) Il n'avait jusque là qu'une valeur statique ; voir p. ex. la définition qu'en donne la 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 1, 155) : "Le milieu, le point du milieu de chaque choſe" – tout en ajoutant : "Il ſe prend auſſi pour le lieu où les choſes tendent naturellement comme au lieu de leur repos."
< latin centrum, terme de géométrie = "branche du compas, solidement fixée et autour de laquelle se meut l'autre pour tracer un cercle", d'où "centre du cercle" (Freund 1924 : 1, 459).
< grec κέντρον (kentron) = "aiguillon pour piquer les bœufs ; aiguillon au propre et au fig. dans tous les sens ; tout ce qui pique, comme épine, piquant, éperon, clou, fouet garni de pointes : en t. de math. centre" (Alexandre 1874 : 776).


épidémie, pandémie

épidémie = "maladie infectueuse qui frappe en même temps et en un même endroit un grand nombre de personnes soumises aux mêmes influences" (Robert 1984 : 2, 584), "augmentation inhabituelle et subite du nombre d'individus atteints d'une maladie transmissible existant à l'état endémique dans une région ou une population donnée ; apparition d'un nombre plus ou moins élevé de cas d'une maladie transmissible n'existant pas normalement à l'état endémique dans une région donnée" (TLFi). La définition donnée par la première édition du Dictionnaire de l'Académie est plus vague : "Il ſe dit de toutes ſortes de maladies populaires & contagieuses." (1, 378).

< latin médiéval epidemia < grec ἐπιδημία (ẻpidīmía) < ἐπιδήμioς (ẻpidīmìos) = "qui est, qui se fait, qui circule parmi le peuple" (Alexandre 1874 : 544) < ἐπί (ẻpí, préposition-préverbe, qui signifie ici le recouvrement) + δῆλοσ (dīmos) = peuple.

pandémie = "épidémie qui s'étend à la quasi-totalité d'une population" (TLFi). Formé sur le modèle de épidémie avec le préfixe pan- < grec πᾶν (pãn) = tout. En l'occurrence, l'OMS a considéré le Covid-19 comme une pandémie à partir du 11 mars, quand l'épidémie, jusque là circonscrite à quelques pays (Chine, Corée, Italie), s'est étendue au monde entier.


exponentiel : croissance exponentielle

exponentiel : terme d'origine mathématique qui, dans la langue courante, caractérise la croissance de plus en plus rapide d'un phénomène. Ainsi, si une personne contaminée en contamine deux, et que ces deux personnes en contaminent à leur tour chacune deux, le nombre de cas contaminés passe de 2 à 4, puis à 8, puis à 16, 32, etc. Si cela se répète seulement 25 fois, soit en termes mathématiques 2 puissance 25, avec 25 en exposant : 225, on obtient = 67 108 864 cas. Et si l'on continue, on tend vers l'infini…

En liaison avec l'épidémie de Covid-19, le terme de croissance exponentielle n'est employé qu'à partir d'un nombre important de cas (même si la fonction est la même dès le départ) – c'est-à-dire quand l'épidémie devient, ou risque de devenir, hors de contrôle.

Le TLFi donne de exponentiel la définition suivante : "fonction où l'inconnue figure en exposant" – exposant étant défini ainsi : "expression numérique ou algébrique indiquant la puissance à laquelle une quantité est élevée et que l'on écrit à droite et un peu au-dessus de cette quantité, généralement en petits caractères".

< latin exponere (< ex + ponere = poser) = mettre à l'écart (ou à la vue), exposer : l'exposant se détache des autres caractères ou chiffres du fait qu'il est écrit un peu au-dessus de la ligne de base et dans une taille plus réduite.


freinage : mesures de freinage

A partir de l'hiver 2021, on désigne sous le terme générique de mesures de freinage l'ensemble des mesures destinées à limiter la circulation du virus et sa diffusion : couvre-feu, confinement, jauges, femetures d'espaces recevant du public. Le recours à ce terme permet d'éviter de parler de confinement, vu les réticences croissantes qu'un confinement ou un nouveau confinement suscite parmi la population.

< frein = "partie métallique de la bride, placée dans la bouche du cheval pour le contenir, le diriger", d'où, par métaphore "ce qui ralentit ou met un terme au développement de quelque chose" (TLFi).
< latin frenum = mors, bride, d'où moyen d'empêcher, d'entraver, barrières, limites < (sans doute) frendere = mâcher, broyer avec les dents, grincer des dents (Walde 1910 : 216)


gel hydroalcoolique

L'emploi de gel hydroalcoolique est recommandé pour se laver les mains, l'un des gestes barrière, en concurrence avec le savon. Composé d'alcool, d'eau oxygénée et de glycérine et vendu en petits flacons, il a le pouvoir de tuer virus et bactéries. Fortement demandé à partir de la popularisation des mesures barrière, d'où des ruptures de stock pendant plusieurs semaines selon les endroits. Mais à partir du déconfinement, on en trouve partout, des distributeurs de gel hydroalcoolique sont installés aux abribus, à l'entrée des magasins, etc.

gel = "substance assez ferme, élastique et transparente, résultant de l'évaporation d'un liquide contenu dans une suspension colloïdale" (TLFi), employé de là dans le domaine des cosmétiques (2e moitié du XXe siècle). Ce sens est dérivé par métaphore des sens premiers de gel (< latin gelu = gel, gelée ; cf. anglais cold, allemand kalt) : congélation de l'eau (processus), eau congelée (résultat), d'où la désignation d'un état intermédiaire entre le liquide et le solide.

hydroalcoolique < préfixe hydro- (< grec υδωρ = eau) + alcoolique < alcool < espagnol alkohol (= esprit de vin) < arabe kuḥul (= antimoine utilisé comme poudre fine pour noircir paupières et cils) (FEW 19,98).

    – ci-contre : pharmacie du Centre, 16 avenue de la République, Maisons-Alfort (Val-de-Marne), 2020-04-28.
pharma

Du gel hydroalcoolique issu des vignobles français. – En juin, on annonce que les ventes de vin ayant été globalement en recul pendant le confinement (surtout les effervescents : -17 % par rapport à 2019), quelque deux millions d'hectolitres de vins non vendus doivent être distillés et transformés – entre autre – en gel hydroalcoolique.
   https://www.larvf.com/premier-jour-de-metamorphose-du-vin-en-gel-hydroalcoolique,4681488.asp, consulté le 2020-06-26.

Une autre recette de solution hydroalcoolique circule sur Internet – recette éprouvée, mais attention ! pas pour se laver les mains : eau (hydro) + Ricard (alcool).


héros

Les soignants de toutes catégories, en première ligne dans la "guerre" contre le Covid-19, sont souvent présentés comme des héros, du fait de leur engagement au service des malades, dans des condiitions difficiles liées à la pénurie de lits et d'équipements de protection et aux risques inhérents à leur travail : plusieurs milliers de médecins ont été contaminés et 51 sont morts (dont 46 médecins libéraux, selon les dépositions à la commission d'enquête de l'Assemblée nationale). Cependant, interrogés dans les médias, des soignants refusent cette qualification : ils se disent simplement des soignants, maintenant et comme toujours.

  N.B. Indépendamment de l'emploi générique normal du masculin pluriel pour représenter l'ensemble des soignants, la répartition des soignants par sexe est très diverse selon les professions. Les femmes sont très fortement majoritaires parmi les aides-soignants et les infirmiers (catégories les plus nombreuses parmi les personnels de santé), elles sont par contre nettement en minorité parmi les médecins. – Globalement, les héros sont donc en majorité des héroïnes.

Cet emploi du terme héros correspond à l'une des définitions du terme donnée par les dictionnaires de référence : "homme, femme qui incarne dans un certain système de valeurs un idéal de force d'âme et d'élévation morale", "homme, femme qui fait preuve, dans certaines circonstances, d'une grande abnégation" (TLFi). Voir aussi les définitions de la première édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 1, 561-562) : "Selon l'antiquité payenne ce titre ſe donnoit à ceux qui par une grande valeur ſe diſtinguoient des autres hommes. Il ſe dit encore aujourd'huy des hommes qui font des actions de valeur extraordinaire. Il ſe dit auſſi quelquefois pour un homme qui excelle en quelque vertu."

Mais cette valeur sémantique est elle-même historiquement dérivée d'une autre, avec laquelle elle coexiste aussi bien français qu'en latin (heros) ou en grec (ἥρως) : "héros, demi-dieu, fils d'un dieu ou d'une déesse" (Freund 1924 : 2, 92), "héros, demi dieu, proprement, grand homme élevé au rang des dieux après sa mort" (Alexandre 1874 : 659).

héros est employé aussi fréquemment pour des personnes décédées dans et du fait de l'exercice de leur métier, éventuellement en association avec le terme martyr. Le contenu sémantique de héros se charge alors d'un nouveau sème [+ mort] et peut, le cas échéant, être délesté d'autres. L'ophtalmologue de Wuhan Li Wenlian, décédé du Covid-19 quelques semaines après avoir informé ses collègues sur les dangers du virus et avoir été sanctionné pour cela, a ainsi été qualifié de héros.


immunité, immuniser

– immunité = "résistance d'un organisme à l'action d'un poison ou d'un agent pathogène, qui peut être naturelle ou acquise (soit artificiellement au moyen d'un vaccin ou d'un sérum approprié, soit de façon spontanée à la suite d'une première infection surmontée)" (TLFi)

Le virus Sars-CoV-2 serait inoffensif si l'on était immunisé contre lui. Mais qui bénéficie d'un telle immunité ? Ceux qui ont déjà été atteints par la maladie et en sont guéris ? On ne sait pas exactement, faute de recul, s'ils sont vraiment et durablement immunisés. Ceux qui sont vaccinés contre ? Il n'y a pas encore de vaccin. Peut-être y a-t-il d'autres facteurs favorisant une immunité – on a évoqué le vaccin contre la tuberculose (le BCG), la nicotine… mais ce ne sont que des hypothèses sans preuve. Si une part suffisamment importante de la population était immunisée (on appelle cela l'immunité collective), le virus serait en grande partie empêché de circuler – mais ce n'est pas le cas.

certficat d'immunité, passeport d'immunité. –  Dans le courant du mois d'avril, certains envisagent l'instauration de certificats de ce genre. Ils seraient délivrés aux personnes guéries et/ou présentant des anticorps et les dispenseraient de certaines obligations de protection. C'est, entre autre, une suggestion avancée dans un plan de déconfinement par la maire de Paris. L'idée n'est pas nouvelle : déjà lors de l'épidémie de peste à Londres en 1665, des documents semblables, des "Certificates of Health", étaient parfois établis à des gens qui avaient fui la ville infectée (Defoe 1722 : 170). Mais l'idée fait long feu. Le 24 avril 2020, l'OMS met en garde contre un tel document : "At this point in the pandemic, there is not enough evidence about the effectiveness of antibody-mediated immunity to guarantee the accuracy of an “immunity passport” or “risk-free certificate.” People who assume that they are immune to a second infection because they have received a positive test result may ignore public health advice. The use of such certificates may therefore increase the risks of continued transmission."
  https://www.who.int/news-room/commentaries/detail/immunity-passports-in-the-context-of-covid-19, consulté le 2020-05-28.

L'acception médicale du terme, employée à partir du milieu du XIXe siècle, est dérivée dans ce domaine spécifique du sens juridique originel : "exemption des impoſts, devoirs, charges &c." (dictionnaire de l'Académie, 1ère édition (1694 : 1, 590) ; cf. immunité parlementaire, diplomatique.

Le terme d'immunité collective est suffisamment employé par les médias pour devenir plus ou moins familier aux non-professionnels. D'où son utilisation dans une campagne d'appel aux dons de la Croix-Rouge : "Contre les vulnérabilités, l'immunité peut être que collective." (affiches dans le métro parisien, mi-mai)

< latin immunitas < adjectif immunis = "libre de toute obligation de toute corvée, franc de, dispensé de, exempt de toute charge" < in = préfixe négatif + munus = "service, office, devoirs, fonctions" > "don, présent, faveur, grâce" (accordés par ceux qui sont en fonction) ; < racine indoeuropéenne *mei = échanger. – commun, commune, etc. sont de même origine. (Freund 1924 : 2, 160, 527, Walde 1910 : 502).


jauge

Dans les premiers temps du déconfinement, on emploie le terme de jauge pour désigner le nombre de personnes qui pourront être accueillies dans des espaces clos : pour que le principe de la distanciation physique soit satisfait, l'espace disponible par personne doit être de 4 m2. Un local de 16 m2 ne peut donc accueillir que 4 personnes. Ce principe vaut dans les entreprises, les commerces, les établissements d'enseignement, etc. Pour les salles de spectacle, on parle de demi-jauge : une place sur deux doit rester libre.

Tous ces réglements commencent à être assouplis à partir de la fin-juin. Mais ce n'est que provisoire. Suite au second confinement, en décembre, il est à nouveau beaucoup question de jauge, surtout en liaison avec les commerces (qui rouvrent), les établissements religieux (où les cultes peuvent être à nouveau délébrés) ; les salles de spectacle restant fermées, la question d'une jauge ne s'y pose pas.

jauge = "instrument, dispositif, objet étalonné servant à prendre des mesures, à mesurer ou à fixer le contenu ou la capacité d'un récipient (TLFi) < "instrument composé de deux perches, avec lequel on mesurait la capacité d'un récipient" (Rey 1998 : 1910) < francique *galga = verge, branche (cf. moyen-haut-allemand galge > Galgen = potence).


ligne : première, deuxième, troisième ligne

Dans son adresse télévisée du 16 mars 2020, Emmanuel Macron, président de la République, déclare : "Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale."
  https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19, consulté le 2020-03-29.

Dans le cadre de cette mobilisation, on distingue plusieurs catégories de personnes selon leur degré d'implication dans l'action menée contre le Covid-19, et ces catégories sont appelées, comme à la guerre, des lignes.

  En première ligne se trouvent évidemment les soignants.
En deuxième ligne viennent tous ceux qui contribuent à "assurer la continuité de la vie de la nation" (approvisionnement, transport, nettoyage, surveillance, etc.).
Enfin, le Premier ministre, Edouard Philippe, mentionne une "troisième ligne" – celle de tous ceux qui, en restant confinés chez eux, aident les premières lignes et "participent à l'effort national" (conférence de presse, 2020-03-28).

< latin linea = "fil de lin, fil, cordon, ficelle" (Freund 1924 : 2, 376 ; de nombreux autres sens en sont dérivés…) < substantivation au féminin de lineus = en lin < linum = Iin.


mains : se laver les mains

Se laver les mains très régulièrement est l'un des gestes barrière prônés pour enrayer la progression de l'épidémie.

  laver = "rendre quelque chose (plus) propre au moyen d'un liquide (et d'un produit nettoyant)" (TLFi). Issu du latin lauare (même sens), laver fonctionne comme terme générique pour toute opération de nettoyage de son propre corps, quels que soient les produits, les méthodes et les instruments utilisés : eau et savon, eau et dentifrice, gel hydroalcoolique, gant et gel-douche, etc. On se lave les mains, les dents, le visage, etc. En français comme en allemand, le possesseur des mains, coréférentiel au sujet, est représenté par un pronom réfléchi (au datif en allemand) : Je me lave les mains. Ich wasche mir die Hände. En anglais, il est représenté par un adjectif possessif : I wash my hands.

– Le lavage des mains apparait dans le nom donné à deux vastes opérations anti-corruption, dans lesquelles moult hommes politiques ont été inculpés et condamnés : l'opération Mani pullite (mains propres) en Italie dans les années 1990, et l'opération Lava jato (lavage au jet) au Brésil à partir de 2015.

se laver les mains de quelque chose, s'en laver les mains : l'expression remonte à un épisode de la vie d'un prédicateur juif de Galilée appelé en grec Ἰησοῦς (’Iesoũs), en latin Iesus et en français Jésus. Cet épisode est relaté dans les quatre évangiles, mais seul celui de Matthaìos (français Matthieu) mentionne le lavage des mains. Ledit prédicateur est arrêté et conduit devant le préfet romain de Judée, Pontius Pilatus (Ponce Pilate). Voici le texte de Matthieu :

  Or, Jésus se tenait devant le gouverneur ; et le gouverneur le questionna, il dit : Es-tu le roi des Juifs ? Et Jésus dit : Tu le dis. Mais, aux accusations des grands prêtres et des anciens, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : N'entends-tu pas comme ils témoignent contre toi ? Et Jésus ne répondit à aucune question, de sorte que le gouverneur fut très étonné.
A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que voulait la foule. On avait alors un prisonnier fameux appelé Barabbas. Et comme ils étaient rassemblés, Pilate leur dit : Qui voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus appelé le Christ ? Car il savait qu'on l'avait livré par envie.
Et comme il était assis au tribunal, sa femme lui envoya dire : Rien entre toi et ce juste ! Car aujourd'hui il m'a beaucoup fait souffrir en songe.
Mais les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de demander Barrabas et de perdre Jésus. Le gouverneur leur répondit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils dirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que vais-je faire de Jésus appelé le Christ ? Ils dirent tous : Qu'il soit crucifié ! Il dit : Quel mal a-t-il donc fait ? Mais ils criaient de plus belle : Qu'il soit crucifié !
Pilate vit que rien ne servait à rien mais que cela tournait plutôt au tumulte ; il prit de l'eau, se lava les mains devant la foule et dit : Je suis innocent de ce sang. A vous de voir. Et tout le peuple répondit : Sur nous ce sang et sur nos enfants. Alors il leur livra Barabbas ; quant à Jésus il le fit flageller et le livra pour le crucifiement.
    (La Bible. Nouveau Testament 95-96 ; Evangile selon Matthieu XVII, 11-26)

   Se laver les mains : une idée neuve dans le monde médical européen au XIXe siècle

  Un médecin hongrois, Semmelweis Ignác Fülöp (1818-1865 ; ci-contre), est à l'origine de cette innovation. Praticien à Wien (Vienne), puis à Pest, il découvre que la cause de la forte mortalité des femmes qui viennent d'accoucher est leur contamination par les mains d'étudiants en médecine qui ont manipulé des cadavres. Il préconise alors de se désinfecter les mains avant toute intervention. Méthode immédiatement rejetée par la plupart des sommités de l'époque, qu'il traite sans ménagement d'assassins. Attaqué et dénigré, Semmelweis sombre dans la folie et meurt à l'âge de quarante-sept ans. Un demi-siècle plus tard, Louis Pasteur confirme la justesse de sa découverte. – En 1924, Louis Destouches, connu plus tard sous le nom de Céline, consacre sa thèse de médecine à la biographie de Semmelweis. Conclusion du docteur Destouches : "sa découverte dépassa les forces de son génie. Ce fut, peut-être, la cause profonde de tous ses malheurs." (Céline 2019 : 101).

– Voir l'émission de France Culture du 2020-04-20 : "Semmelweis" de Louis-Ferdinand Céline, choisi et lu par André Dussollier.
   https://www.franceculture.fr/emissions/lectures-du-soir/semmelweis-de-louis-ferdinand-celine, consulté le 2020-09-22.
   – Source de l'image : Győry (1905).
semmelweis

masque, masquer

Les trois définitions suivantes circonscrivent le sens de masque comme objet concret : "objet de matière rigide dont on se couvre le visage pour se donner un aspect autre que l'aspect normal", "masque d'étoffe servant à dissimuler une partie de son visage" (Robert 1984 : 4, 402-403) ; "objet recouvrant et représentant parfois tout ou partie du visage, qui est porté dans diverses occasions de la vie sociale selon les peuples et les époques." (TLFi). Voir aussi Littré (1873 : 4, 364-365). – On laissera ici de côté les valeurs dérivées.

La 1ère édition du dictionnaire de l'Académie (1694) donne les deux définitions suivantes : "Morceau de velours noir doublé que les Dames ſe mettent ſur le viſage, pour éviter le haſle, & ſe conſerver le teint", "Faux viſage qu'on met pour ſe déguiſer" (t. 2, 31) – la première définition disparait des éditions ultérieures.

masque est attesté avec ce sens au XVIe siècle. En est dérivé le participe passé masqué, puis le verbe masquer. L'origine lointaine de ces termes est inconnue. Selon FEW (6-1 : 429-441), masque est "vraisemblablement issu d'un substrat pré-indoeuropéen" (à rapprocher de basque maskal (= "crotte, saleté recueillie sur le bord du vêtement") et de mazkaro (= "sale"). Mais il semble qu'il remonte à un terme bas-latin masca, associé à l'idée de noir et qui désigne une sorcière, une "personne démoniaque noire". Voir d'ailleurs, le substantif féminin masque, qui "désigne une fille, une femme laide ou rusée, effrontée" (TLFi).

viet

– à gauche : Ho-Chi-Minh-Ville (Viet Nam), 2004. Protection contre un virus ? contre la pollution ? contre la reconnaissance faciale ? Non : contre le soleil.

– à droite : Paris, métro, 2020-06-07.
masque

– De la même famille que masque, les substantifs mascarade, mascaron et le verbe démasquer, employé surtout actuellement dans son sens dérivé "faire connaître quelqu'un pour ce qu'il est, sous ses apparences trompeuses" (Robert 1984 : 2, 100).

Différents types de masques : ils sont nombreux ! D'où des spécifications selon leur sphère d'utilisation (masque d'escrime, masque de plongée, masque de carnaval, etc.), selon ce contre quoi ils protègent (masque à gaz, masque anti-pollution) ou selon leur matière (masque de velours, masque de cire, etc.)

Masque de fer, aussi. L'homme au masque de fer est une énigme célèbre de l'histoire française. Voici l'affaire, telle que la présente Voltaire (1820 : 133-136) :

On envoya dans le plus grand secret au château de l'île Sainte-Marguerite, dans la mer de Provence, un prisonnier inconnu, d'une taille au-dessus de l'ordinaire, jeune et de la figure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier, dans la route, portait un masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier, qui lui laissait la liberté de manger avec le masque sur son visage. On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. Il resta dans l'île jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille, l'an 1690, l'alla prendre à l'île Saint-Marguerite, et le conduisit à la Bastille toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette île avant la translation, et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans le château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire, et pour les dentelles ; il jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande chère, et le gouverneur s'asseyait rarement devant lui. […]
Cet inconnu mourut en 1703, et fut enterré, la nuit, à la paroisse Saint-Paul. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que, quand on l'envoya dans l'île Sainte-Marguerite, il ne disparut dans l'Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l'était, sans doute […]

   Masques de protection contre bactéries et virus

Protections contre la peste

Ci-contre : contre la peste en Italie, les médecins portaient un vêtement de cuir, des gants et un masque recouvrant le nez et la bouche et dans lequel on mettait des épices censées protéger d'une contamination. – Dessin édité au XVIIe siècle en Allemagne : "Der Doctor Schnabel von Rom" (Le docteur Bec, de Rome). (in : Holländer 1921 : 170-171).

Ail, rue, tabac et vinaigre (London, 1665).Voici comment le sous-sacristain John Hayward et sa femme se protègent contre la peste : "He never uſed any Preſervative againſt the Infection, other than holding Garlick and Rue in his Mouth, and ſmoaking Tobacco ; this I alſo had from his own Mouth ; and his Wife's Remedy was waſhing her Head in Vinegar, and ſprinkling her Head-Cloths ſo with Vinegar, as to keep them always Moiſt ; and if the ſmell of any of thoſe ſhe waitd on was more than ordinary Offenſive, ſhe ſnuft Vinegar up her Noſe, and ſprinkled Vinegar upon her Head-Cloths, and held a Handkerchief weted with Vinegar to her Mouth.
" (Defoe 1722 : 105)
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En liaison avec le Covid-19 sont fréquemment nommés le masque chirurgical et le masque FFP2 (filtering face piece). Le masque chirurgical a pour fonction essentielle de protéger ceux qui entourent celui qui le porte des projections qu'il émet (p. ex., protection d'un patient pendant une opération). Le masque FFP2 (normes américaine et chinoise équivalentes : N95, KN95), masque respiratoire, sert à se protéger d'une éventuelle contamination par autrui, et il est donc essentiel pour les soignants. Trois type de masques FFP existent (FFP1, FFP2 et FFP3) selon le niveau de filtration et de protection. Ces masques ne sont efficaces que quelques heures et doivent donc être renouvelés sans cesse.

– La vidéo suivante donne une idée des équipements de protection nécessaires pour les soignants qui s'occupent des cas les plus graves (intubation team), dans un hôpital de Wuhan (Chine), 2020-02-24 (en chinois, sous-titrage en anglais) :
  https://www.youtube.com/watch?v=544pGYpAKUA, consulté le 2020-04-07.

Le port d'un masque est-il utile pour les non-professionnels qui ne sont pas malades eux-mêmes ou en contact direct avec les malades ? Certains professionnels disent que oui, d'autres sont plus circonspects. Divergences qui ne sont qu'un cas particulier de celles qui traversent les milieux scientifiques, tant ce virus, cette pandémie et son traitement posent de questions nouvelles.

  George Gao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, est catégorique : "The big mistake in the U.S. and Europe, in my opinion, is that people aren’t wearing masks. This virus is transmitted by droplets and close contact. Droplets play a very important role – you’ve got to wear a mask, because when you speak, there are always droplets coming out of your mouth. Many people have asymptomatic or presymptomatic infections. If they are wearing face masks, it can prevent droplets that carry the virus from escaping and infecting others."

Michael Ryan, directeur exécutif chargé du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire, défend l'opinion inverse : "There is no specific evidence to suggest that the wearing of masks by the mass population has any potential benefit. In fact, there's some evidence to suggest the opposite in the misuse of wearing a mask properly or fitting it properly." (Genève, 2020-03-30)

– Interview de George Gao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, Science, 2020-03-27.
https://www.sciencemag.org/news/2020/03/not-wearing-masks-protect-against-coronavirus-big-mistake-top-chinese-scientist-says
– WHO stands by recommendation to not wear masks if you are not sick or not caring for someone who is sick. CNN, 2020-03-31.
https://edition.cnn.com/2020/03/30/world/coronavirus-who-masks-recommendation-trnd/index.html
(sites consultés 2020-04-02)

– Point de presse de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, notamment sur la question des masques, 2020-04-06.
https://www.who.int/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---6-april-2020
(consulté le 2020-04-06)
Advice on the use of masks in the context of COVID-19, 2020-04-06. Document en ligne sur le site de l'OMS, consulté le 2020-05-12.
https://www.who.int/publications-detail/advice-on-the-use-of-masks-in-the-community-during-home-care-and-in-healthcare-settings-in-the-context-of-the-novel-coronavirus-(2019-ncov)-outbreak
– Wearing face masks in the community during the COVID-19 pandemic : altruism and solidarity. The Lancet, 2020-04-16. Document en ligne, consulté le 2020-05-12.
https://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736(20)30918-1.pdf

Quoi qu'il en soit, on assiste à une ruée sur les masques (accompagnée début mars d'une ruée sur les pâtes et sur le papier-toilette), avant que le 3 mars, ils soient réquisitionnés par l'Etat, leur vente libre interdite et leur attribution réservée aux soignants. A partir de début avril, les voix favorables à la généralisation du port de masques pour les non-professionnelsdans les lieux publics se multiplient en France, qu'elles viennent de professionnels de santé (entre autres de l'Académie nationale de médecine) ou d'autres personnes. Des recommandations à l'obligation, il n'y a qu'un pas, franchi le 7 avril à Sceaux ou à Royan, où des arrêtés municipaux rendent obligatoire le port d'un masque – arrêtés annulés peu après. Mais de quels types de masques s'agit-il ? Et pour quelle utilisation ? – Questions qui restent occultées par l'exigence de plus en plus forte et indifférenciée de masques pour tous, et par diverses polémiques.

infirmiere
Dans le cadre de cette pandémie, l'un des problèmes essentiels, lié à l'explosion quasi-simultanée des besoins, est la pénurie mondiale d'équipements de protection et leur attribution prioritaire aux personnels soignants. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, estime à quarante millions par semaine le besoin de masques en France (2020-03-28). Voir le communiqué de l'OMS en date du 3 mars : "La pénurie d’équipements de protection individuelle ‎met en danger le personnel soignant dans le monde ‎entier".

https://www.who.int/fr/news-room/detail/03-03-2020-shortage-of-personal-protective-equipment-endangering-health-workers-worldwide,
consulté le 2020-03-28.
– Ci-contre : extrait d'un dessin de Plantu publié dans Le Monde, 2020-03-23.

Chaque pays étant confronté (différemment) au même problème, il y a concurrence entre les pays, mais aussi entraide internationale. Ainsi, à la mi-février, plusieurs pays européens fournissent 56 tonnes (la France seule : 17) d'équipements de protection à la Chine, qui en manque cruellement, bien qu'elle en soit le principal pays producteur. Un mois plus tard, c'est la Chine qui fournit des masques (70 milliards du 1er mars au 31 mai) à nombre de pays, dont la France, qui en manque non moins cruellement, avant que sa propre production, très insuffisante, monte en puissance. Entraide qui vaut, par ailleurs, pour l'échange d'experts, d'information, voire pour l'accueil dans des pays voisins de patients issus de régions où la capacité d'accueil des établissements hospitaliers est saturée (comme le Grand Est en France, le nord de l'Italie ou les Pays-Bas) à la fin mars 2020. 

A propos de la politique des masques pour les soignants, Emmanuel Macron indique le 18 mai 2020 :

 
Il y a eu une doctrine restrictive pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui, je pense, était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée, et nous n'avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu des manques, qu'il y a eu des tensions. C'est ça qu'il faudra regarder pour le corriger et pour prévenir, et donc, on voit bien que ça nous ramène à changer de logique en profondeur sur certains de ces sujets qui paraissaient totalement innocents. Mais ayons collectivement l'honnêteté de dire qu'au début du mois de mars même, encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques, parce que nous n'aurions jamais pensé être obligés de restreindre en quelque sorte la distribution de ceux-ci pour les soignants." [BFMTV, texte d'après la vidéo]
  https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/emmanuel-macron-nous-n-avons-jamais-ete-en-rupture-de-masques-1248351.html, consulté le 2020-05-25.

Roselyne Bachelot : les masques, la petite charrette du préfet et le seigneur du château

Roselyne Bachelot (1946-) était ministre en charge de la santé en 2009 au moment de l'épidémie de grippe A H1N1, qui fit finalement peu de victimes. Elle fut virulemment critiquée pour les mesures de prévention qu'elle avait décidées et qui avaient couté cher. Mais dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, il se dit que finalement, elle n'avait peut-être pas eu complètement tort… Lors de son audition à l'Assemblée nationale le 1er juillet 2020, elle indique qu'à la fin de ses fonctions comme ministre en 2010, l'Etat disposait d'un stock d'un milliard de masques chirurgicaux et de 728 millions de masques FFP2 (fin février 2020, le stock n'est plus que de 110 millions de masques chirurgicaux). Extrait de son audition (transcription d'après la vidéo) :

J'ai entendu un représentant d'un syndicat de médecins dire "Nous n'avions pas de masques dans nos cabinets." Mais enfin, des médecins qui n'ont pas de masques dans leur cabinet, qui se constituent pas un stock… […] Mais enfin… on attend que le préfet ou le directeur de l'ARS [= Agence régionale de santé] vienne avec une petite charrette porter des masques ? Mais qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé ? Il faut quand même un peu se prendre en main, dans ce pays. C'est ça, la leçon qu'il faut tirer. Tant qu'on attendra tout du seigneur du château, on est mal.

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9291235_5efc869b1fbc2.impact-gestion-et-consequences-de-l-epidemie-de-coronavirus-covid-19--audition-de-mme-marisol-tour-1-juillet-2020, consulté le 2020-07-03.

   masques alternatifs

Outre les masques chirurgicaux et FFP2, une troisième catégorie de masques apparait dans la troisième semaine de mars : les "masques alternatifs" ou "grand public", pour tout un chacun. C'est la réponse des autorités aux demandes des gens. Il s'agit de pièces de tissu que l'on peut même confectionner soi-même (du coup, les merceries sont autorisées à rouvrir le 24 avril, et c'est bientôt la ruée sur les élastiques). En vente libre à partir de fin avril, y compris dans les grandes surfaces, ils peuvent être lavables et réutilisables plusieurs fois, à la différence des masques chirurgicaux. Ils ont pour fonction d'empêcher l'éjection de substances par la bouche comme les postillons ou par le nez – source éventuelle de contamination si l'on est soi-même contaminé avec ou sans symptômes. Ces masques alternatifs sont évidemment une protection plus commode et plus efficace contre les postillons qu'un parapluie

– Ci-contre, extrait de On a marché sur la Lune (Hergé, 1953), p. 103.
http://bellier.co/on%20a%20marche%20sur%20la%20lune%201950/vue103.htm,
consulté le 2020-04-04.

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  – Consignes de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansem) sur les masques alternatifs en tissus :
  https://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/8b84af4a1602bb9fe55d9ab6728982fa.pdf, consulté le 2020-05-25.

Masques barrières. Guide d'exigences minipales, de méthodes d'essais, de confection et d'usage. AFNOR SPEC S76-001. – Ce document, disponible gratuitement (c'est exceptionnel ! Faut juste s'inscrire pour le télécharger.) sur le site de l'Afnor, indique tout ce qu'il faut faire et tout ce qu'il ne faut pas faire avec ces masques barrière (fabrication, pose, retrait, nettoyage, etc.). Parmi toutes ces indications, dont on peut douter qu'elles soient suivies scrupuleusement par le commun des mortels, ce conseil à l'intention des barbus : "il est conseillé de le porter sur une peau nue (c'est-à-dire, sans présence des cheveux au contact avec la peau de l’utilisateur et, pour certaines personnes, une peau rasée)".

– Des mille et une manières de fabriquer soi-même un masque rudimentaire avec un bout de tissu, en voici une – un masque en 30 secondes avec un bout de tissu, deux élastiques et… une certaine dextérité – sur le compte Twitter de Guillaume Auda :
  https://twitter.com/i/status/1246714690396446721, consulté le 2020-04-05.

Cependant, l'utilisation de masques par tout un chacun – comme complément aux gestes barrières – n'est pas anodine, et le masque, s'il peut protéger, peut être aussi un réceptacle de virus. Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, précise à ce sujet (2020-04-22) :

  Le masque grand public – que nous encourageons fortement –, c'est un complément au bon respect des gestes barrières. Le Premier ministre a été très clair dimanche [2020-04-15]. Il a insisté sur le fait que les masques grand public ne remplaceront jamais les gestes barrières, que porter un masque grand public et considérer que l'on peut s'affranchir de tout le reste, qu'on peut toucher les gens, qu'on peut s'en approcher, qu'on peut éviter de tousser dans son coude, qu'on peut éviter d'utiliser des mouchoirs et éviter de se laver les mains, est potentiellement une fausse sécurité. […] Il faut apprendre à le poser, à l'adapter correctement à son visage, à couvrir absolument – c'est très important – le nez et la bouche, à savoir l'enlever et se laver les mains, et surtout à ce qu'on comprenne tous ensemble quels sont les gestes à risques, les situations à risques. Et donc nous aurons à developper tous ensemble une pédagogie collective pour apprendre aux personnes les plus vulnérables, pour apprendre à notre entourage, à nos proches, l'usage du masque comme une mesure supplémentaire, comme une mesure complémentaire à tout ce que nous avons déjà appris pendant le confinement et avant.  [texte d'après la vidéo]

– Informations et recommandations du gouvernement français sur l'utilisation des masques (page mise à jour le 27 avril) :
https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/masques-grand-public, consulté le 2020-05-02.
– Santé publique France : Utilisation des masques, en particulier non médicaux, dans l'espace public […], 5 mai 2020.
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/synthese-rapide-des-connaissances/utilisation-des-masques-en-particulier-non-medicaux-dans-l-espace-public-dans-le-cadre-de-la-lutte-contre-le-covid-19.-synthese-rapide-covid-19,
consulté le 2020-08-13.

– Recommandations de l'OMS sur l'usage des masques par le grand public, avril 2020 :
https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/when-and-how-to-use-masks, consulté le 2020-06-03 (lien caduc !).
– Recommandations de l'OMS sur l'usage des masques par le grand public, 5 juin 2020 :   
https://www.who.int/publications/i/item/advice-on-the-use-of-masks-in-the-community-during-home-care-and-in-healthcare-settings-in-the-context-of-the-novel-coronavirus-(2019-ncov)-outbreak, consulté le 2020-06-07.
masquemasquemasquemasquemasque De l'art de porter un masque et de le jeter. Paris ; 1ère photo : rue de Rivoli (2020-05-28) ; 2e : place du Palais Royal (2020-05-28) ; 3e : place de la Nation (2020-05-29) ; 4e : forum des Halles (2020-06-03) ; 5e : rue Saint-Antoine (2020-05-28).

Le 12 aout, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, indique la règle ABCD de port du masque : A – quand on est à risque, B – quand on est dans un lieu bondé, C – quand on est dans un endroit clos et D quand la distance d'un mètre entre les personnes ne peut pas être respectée.
    https://www.youtube.com/watch?v=FVBazuO3F3o, consulté le 2020-08-13.

Dans un communiqué en date du 2020-09-07, l'Académie nationale de médecine analyse ainsi la situation concernant le port obligatoire du masque :

Initialement mal comprise dans sa signification altruiste et réfutée en raison de la pénurie de masques médicaux, puis décriée pour les dangers présumés d’une mauvaise utilisation, complexifiée par l’accumulation de normes injustifiées et de précautions excessives, cette simple mesure de bon sens a finalement été vilipendée au prétexte fallacieux du manque de publications scientifiques attestant sonefficacité. Une pléthore d’affirmations souvent contradictoires entretient la confusion générale et alimente le discours des contempteurs du masque obligatoire, les plus extrêmes n’hésitant pas à dénoncer son caractère liberticide.
Le port du masque dans la communauté n’est pas facultatif ; se masquer pour protéger les autres est un geste altruiste dont l’efficacité collective est certaine quand tout le monde l’applique ; il rend chaque citoyen solidaire dans la réponse mondiale à la pandémie.

Elle rappelle en outre que :

1. les masques en papier, jetables, dits "chirurgicaux", doivent être utilisés préférentiellement lors des activités de soins et de façon systématique pour les personnes malades ou en isolement ;
2. dans l’espace public, les masques en tissu, lavables, doivent être préférés aux masques jetables pour d’évidentes raisons économiques et écologiques.

   http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2020/09/20.9.7-Du-bon-usage-masques.pdf, consulté le 2020-09-08.

Mais en janvier 2021, on dit que les masques en tissu ne fournissent pas une protection suffisante contre le variant "britannique" qui commence à se répandre en Europe, et qu'il faut donc privilégier les masques chirurgicaux ou les masques FFP2.

Et la loi de 2010 ? Elle stipule bien : "Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage." Mais l'article 2 de ladite loi précise qu'elle ne s'applique pas "si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels".

– Loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public :
  https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2010/10/11/JUSX1011390L/jo/texte, consulté le 2020-04-06.

voirVoir aussi Stades.

   masques inclusifs, visières transparentes

On appelle masques inclusifs des masques faits de deux bandes de tissu entre lesquelles est insérée une fenêtre de plastique transparent qui laisse voir la bouche. Ils sont destinés à la communication avec les sourds qui lisent sur les lèvres. Grâce à de tels masques, les sourds ne sont plus exclus de la communication – d'où la qualification d'inclusifs pour ces masques. A la rentrée de septembre, ces masques doivent être distribués également aux enseignants d'école maternelle.

Apparaissent aussi des visières en plastique transparent. Elles sont parfois utilisées par des professionnels de santé (p. ex. les dentistes) en complément du masque. Mais elles sont aussi portées par des non-professionnels, à la place du masque. Avantage : elles sont plus agréables à porter qu'un masque. Inconvénient : elles n'assurent pas la même protection que les masques.

On en voit deux sortes. Certaines, appuyées sur le front, recouvrent tout le visage. D'autres, appuyées sur le menton, ne recouvrent que la partie inférieure du visage et sont donc encore moins efficaces comme protection contre le virus.

   guerre des masques

On a appelé guerre des masques la concurrence acharnée que se livrent des pays (ou des officines) pour obtenir des masques des pays producteurs et exportateurs, avec des pratiques diverses plus ou moins licites (interdiction des exportations, réquisitions, détournements, vols, non-respect des commandes, etc.). Raison de cette "guerre" : l'explosion des besoins, surtout (début avril) en Europe, mais aussi en Amérique du nord, qui en produisent trop peu. La Chine est le principal pays producteur et exportateur, et ses propres besoins sont moindres depuis que l'épidémie y est pour l'essentiel jugulée. – On a parlé également d'une guerre des masques entre l'Etat et les collectivités territoriales.

   Divers

– Le 26 février 2020, le Canard Enchaîné titre : "Coronavirus : mesures de précaution avant les municipales – LREM devient "La République en masques" !"


molécule

= (en biochimie) "(nouveau) produit" (TLFi).

La lutte contre le Covid-19 s'accompagne d'intenses activités de recherche dont le but est de trouver ou de créer des molécules aptes à guérir de la maladie, à en atténuer les effets ou à la prévenir, avec l'espoir de l'élaboration d'un vaccin dans un avenir pas trop lointain. Plusieurs molécules plus ou moins "prometteuses" sont ainsi évoquées, voire testées et débattues parmi les professionnels, mais elles sont aussi l'objet de prises de position parfois très tranchées chez les non-professionnels. Parmi elles, l'hydroxychloroquine, préconisée par Didier Raoult, directeur de l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (Marseille), fait beaucoup parler d'elle, en raison des espoirs, des critiques et des polémiques qu'elle suscite, comme dans un feuilleton à multiples rebondissements : chez les non-professionnels, la vivacité des prises de position sur cette molécule semble être inversement proportionnelle aux compétences de leurs auteurs en la matière.

Cette valeur sémantique du terme de molécule est dérivée du sens qu'il a en chimie : "la plus petite partie d'un corps pur (simple ou composé) qui soit capable d'exister à l'état libre et dans laquelle soient conservées la composition et les propriétés chimiques caractéristiques du corps" (TLFi). Définition qui n'apparait pour la première fois que dans le dictionnaire de Littré (1873 : 3, 596). La 4e édition du dictionnaire de l'Académie (1762) indique seulement : "petite partie d'un corps". Et Féraud (1787 : 2, 673) précise : "Ce mot n'est usité que parmi les Savans, et il y aurait de la pédanterie à s'en servir dans le discours ordinaire."

< latin moles = "masse informe, grande, lourde, charge, poids, fardeau" (Freund 1924 : 2, 503) + suffixe diminutif sur le modèle de corpusculum = "petit corps, le plus souvent empl. en parlant des atomes, corpuscule, atome, corps élémentaire" (Freund 1924 : 1, 667). Cf. en français actuel : groupuscule, minuscule, testicule, etc.


Molins : le François Molins de la santé

salomon Chaque soir (ou presque) pendant le premier confinement entre 19 h et 20 h, Jérôme Salomon (1969-), directeur général de la Santé (ci-contre, à gauche), donne des informations précises et chiffrées sur le développement de l'épidémie de Covid-19 en France et sur la situation dans les hôpitaux. Ses interventions sont retransmises en direct sur les chaines d'information en continu. Elles sont tellement rituelles que quand Salomon est absent plusieurs jours de suite, on s'inquiète : qu'est-ce qui se passe ? est-ce qu'il est tombé malade ?

François Molins (1953- ; ci-contre, à droite) était procureur de la République au tribunal de grande instance de Paris de 2011 à 2018. Il apparaissait régulièrement sur les écrans pour donner des informations précises sur les actes terroristes qui ont marqué la France à partir de 2012 et sur les enquêtes en cours.

  – Source des photos : captures d'écrans de télévision.

molins

On compare souvent le rôle et le style, sobre et factuel, des deux hommes, chacun dans son domaine, mais tous les deux fort médiatisés et, d'après les sondages, appréciés des publics. Il est vrai qu'en France, on se sent menacé par le virus comme on s'est senti menacé par le terrorisme, l'action contre l'un et l'autre conditionnant directement la vie quotidienne. D'où, pour parler de Salomon, des expressions comme le Molins de la santé, le nouveau François Molins, etc. Molins fonctionne alors comme un substantif, dont le contenu sémantique est constitué de certaines des propriétés attribuées à François Molins : sobriété, rigueur, fiabilité, etc.

Deux différences toutefois entre Molins et Salomon. A la différence de Molins, qui s'en tenait aux faits, Salomon fait œuvre de pédagogie : il veut également convaincre le public que ce virus est dangereux, et pas seulement pour les personnes âgées ou à risques, et que l'évolution de l'épidémie et sa régression souhaitée dépendent du respect par tout un chacun de règles précises de comportement (confinement et gestes barrières). Seconde différence : alors que Molins s'exprimait face à des journalistes, dans le cas de Salomon, pas de journaliste présent – distanciation sociale oblige. C'est l'attachée de presse du directeur général de la Santé, Virginie Saint-Marc, qui lit, en voix off, les questions que lui transmettent les journalistes. A l'écran, on ne voit que Salomon et les interprètes qui traduisent ses propos en langue des signes.

Une fois la première vague passée, Salomon n'apparait plus guère à la télévision. Dans le courant de l'année 2021, ce sont le Premier ministre, Jean Castex, et le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, qui interviennent régulièrement à la télévision, souvent accompagnés de plusieurs autres ministres, pour faire le point sur l'épidémie et les mesures décidées. Le président de la République, Emmanuel Macron, n'intervient que pour les grandes décisions.


morts

Le nombre de morts et ses variations quotidiennes sont les principales informations rappelées en boucle dans les médias de toutes catégories. Il dépend – n'est-ce pas, monsieur de La Palice ? – de ceux que l'on prend en compte : morts à l'hôpital, dans les établissements de santé – maisons de retraite, Ehpads –, morts à domicile, Covid confirmé ou suspecté : les pratiques varient d'un pays à l'autre. En outre, quand des morts ainsi comptabilisés souffrent d'autres pathologies (et c'est souvent le cas), quelle est la cause de leur mort, Covid ou autre ? En tout cas, il ressort des statistiques que la grande majorité des morts comptabilisés sont des personnes âgées et des personnes affectées par d'autres pathologies.

Les chiffres présentés le plus souvent par les médias indiquent le nombre de morts en valeur absolue et non par rapport à la population. Au printemps, les médias citent régulièrement le nombre de morts en Italie, en Espagne ou au Royaume uni, qui dépasse rapidement les dix mille, mais pas celui, bien inférieur, de la Belgique, où le nombre de morts comptabilisés par million d'habitants est supérieur. Ci-dessous, les chiffres à la date du 2020-08-02 selon les autorités françaises pour la France et les données collectées par l'université Johns Hopkins (Baltimore) pour les autres pays.

  Allemagne Belgique Espagne France Irlande Italie Luxembourg UE Royaume uni Suisse
Nombre de morts 91 665 25 241 81 482 111 916 5 035 128 068 822 744 065 130 014 10 904
– par million d'habitants 1 102 2 185 1 722 1 668 1 014 2 126 1 313 1 662 1 940 1 267
Pour Andorre et Monaco, les chiffres sont respectivement 127 et 33 morts, soit 1649 et 1057 morts par million d'habitants.

A la date du 2021-08-02, les dix pays du monde aux taux de mortalité les plus élevés (nombre de morts par million d'habitants) sont tous des pays européens, par ordre décroissant : le Pérou (6 100), la Hongrie (3 073), la République tchèque (2 840), la Bosnie-Herzégovine (2 774), la Macédoine du nord (2 646), San Marin (2 629), le Monténégro (2 621), la Bulgarie (2 620), le Brésil (2 609) et la Slovaquie (2 298).

A l'inverse, les pays (de plus d'un million d'habitants) qui connaissent, à la date du 2021-07-03, les taux de mortalité les moins élevés sont la Tanzanie (0,3 par million d'habitants), le Laos (0,9), le Burundi (3,1), la Chine (3,3 – hors Hong Kong, Macao et Taiwan), la Nouvelle Zélande (5,2), l'Erithrée (5,7), Singapour (6,3), le Burkina Faso (7,9), le Bénin (8,1) et le Nigéria (9,8).

Sources, consultées le 2021-01-01 sq. :
   – statistiques Covid-19 : https://coronavirus.jhu.edu/map.html, https://www.ecdc.europa.eu/en/covid-19-pandemic
   – statistiques pour la France : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/carte-et-donnees, https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19
   – population 2020 : https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/europe-pays-developpes/population-naissances-deces/
     pour les pays non recensés par l'Ined: https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/

– L'université Johns Hopkins est un établissement d'enseignement et de recherche réputé, notamment dans le domaine médical. Le décompte des cas de Covid-19 et de morts qui y est présenté est le résultat d'un traitement automatisé de sources locales, développé par Lauren Gardner, co-directrice du Hopkins’s Center for Systems Science and Engineering, et Dong Ensheng, actuellement en thèse. Les chiffres ainsi obtenus sont souvent repris dans les médias : l'AFP indique qu'ils "font référence", mais présente aussi ses propres comptages, parfois légèrement différents. En fait, si le tableau présenté par l'université John Hopkins est commode, les chiffres sont comme ils sont… Pour la France, on peut constater des écarts aberrants et croissants par rapport aux données fournies par les autorités françaises. Ainsi, le 2020-09-12 sont comptabilisés 38 540 cas et 8 morts de plus que dans les sources françaises ; deux mois et demi après, le 2020-11-27, les écarts se sont amplifiés : 51 877 cas et 84 morts de plus que selon les autorités françaises. Au 2021-06-06, les écarts sont de 61 608 cas et 162 morts.
  – Voir l'interview de Lauren Gardner dans Science, 2020-04-06 :
  https://www.sciencemag.org/news/2020/04/every-day-new-surprise-inside-effort-produce-world-s-most-popular-coronavirus-tracker, consulté le 2020-09-12.

Une approche différente pourrait être le calcul de la surmortalité par rapport à une moyenne d'années antérieures. Selon l'INSEE, en France, la mortalité en 2020 excède de 9,1 % celle de 2019, soit 55 500 morts de plus – toutes causes et tranches d'âge confondues.
    https://www.insee.fr/fr/statistiques/5347349, consulté le 2021-08-02.

Enfin, un autre mode de calcul, considéré à maintes reprises comme le seule valable par le président américain Donal Trump, consiste à rapporter la mortalité au nombre de cas confirmés : on obtient alors pour les Etats-Unis un taux de 1,69 % – inférieur à celui de l'Union européenne (2,37 %) – ce qui permettait à Trump d'affirmer que les Etats-Unis avaient le taux de mortalité le plus bas du monde. (chiffres du 2021-01-29).
    – Interview de Trump (2020-08-04) : https://www.youtube.com/watch?v=hTbIjlMZCf4, consulté le 2020-08-13.

De toute façon, un bilan global et une comparaison entre les différents pays ne pourront être élaborés qu'une fois l'épidémie terminée.

"Et alors ?"

Le 24 avril, en réponse à une question sur le nombre officiel de morts au Brésil, qui dépasse celui de la Chine, le président brésilien, Jair Messias Bolsonaro, répond : "Et alors ? Je suis désolé. Que voulez-vous que je fasse ? Mon nom est Messias, mais je ne peux pas faire de miracles." [texte traduit d'après la vidéo]

Des voix s'élèvent régulièrement pour indiquer que le nombre officiel des morts est ici ou là sous-estimé par rapport à la réalité : pour l'Iran, le Brésil, la Chine ou l'Inde, certains avancent des chiffres vingt fois supérieurs aux statistiques officielles, mais pour la France aussi, certains parlent de milliers de morts non comptabilisés. L'OMS estime fin mai que le nombre de morts est sans doute trois supérieur au chiffre officiel de 3,7 millions.

Quoi qu'il en soit, les chiffres officiels de la mortalité, si impressionnants soient-il, restent sans commune mesure (du moins à cette date…) avec ceux de grandes pandémies antérieures : en 1918-1919, la grippe espagnole avait causé la mort d'au moins vingt millions de personnes, et peut-être deux ou trois fois plus ; la peste de Londres en 1665 a emporté un cinquième de la population (voir Defoe 1722), la Grande Peste du XIVe siècle un tiers de la population européenne (voir Boccace), la peste de Marseille en 1720 plus d'un quart de la population (voir Bertrand 1721), celle d'Athènes au Ve siècle avant notre ère sans doute une proportion semblable (voir Thucydide). Sans commune mesure non plus avec les millions de gens qui meurent de la faim ou d'un environnement insalubre dans le monde – entre quinze et vingt millions par an en tout selon l'OMS et la FAO.

Tout est relatif : même si la mortalité du Covid-19 en France est inférieure à d'autres causes habituelles de mortalité (cancer, maladies cardiovasculaires), elle est aussi nettement supérieure à la grippe qui tue annuellement plus de dix mille personnes.

La peste* à Athènes et à Thèbes – selon Lucrèce et Sophocle

Après Thucydide, Titus Lucretius Carus (Lucrèce) évoque longuement la peste d'’Athīnai (Athènes) au livre VI de De rerum natura (Lucrèce 1868 : 142) :

    
   Incomitata rapi certabant funera uasta.
       Nec ratio remedii communis certa dabatur :
       Nam, quod ali dederat uitaleis aeris auras
       Voluere in ore licere, et coeli templa tueri,
       Hoc alieis erat exitio, letumque parabat.

(C'étaient partout des funérailles, sans cortège et désolées, qui se pressaient à l'envi. Et nul traitement précis pour assurer la guérison commune : tel remède qui avait permis à l'un de continuer à respirer les souffles vivifiants de l'air, à contempler les espaces célestes, hâtait la fin des autres et les vouait à la mort. [Lucrèce 1947 : 314-315])

Sofoklīs (Sophocle) : Œdipe roi. – Thībai (Thèbes) est frappée d'une épidémie de peste dont elle ne pourra être délivrée que par le sacrifice du roi, Œdipe, coupable de parricide et d'inceste. Voici les lamentations du Chœur (Sophocle 1964 : 222) :

Ah ! je souffre des maux sans nombre. Tout mon peuple est en proie au fléau, et ma pensée ne possède pas d'arme qui nous permette une défense. Les fruits de ce noble terroir ne croissent plus à la lumière, et d'heureuses naissances ne couronnent plus le travail qui arrache des cris aux femmes. L'un après l'autre, on peut voir les Thébains, pareils à des oiseaux ailés, plus prompts que la flamme indomptable, se précipiter sur la rive où règne le dieu du Couchant [= Hadès, maitre des Enfers].
Et la Cité se meurt en ces morts sans nombre. Nulle pitié ne va à ses fils gisant sur le sol ; ils portent la mort à leur tour, personne ne gémit sur eux.
Epouses, mères aux cheveux blancs, toutes de partout affluent au pied des autels, suppliantes, pleurant leurs atroces souffrances. Le péan éclate, accompagné d'un concert de sanglots.

 * Selon les spécialistes, peste ne désigne ici vraisemblablement pas la même maladie que la "peste noire" du XIVe siècle.

Lors de ses points de presse quasi-quotidiens pendant le confinement, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, précise que le nombre de morts n'est pas l'indicateur le plus pertinent d'évolution de l'épidémie ; la mortalité n'est d'ailleurs ni la première information qu'il donne ni celle qu'il met en avant. Ce qui importe, ce sont le nombre d'entrées dans les établissements hospitaliers et le nombre de personnes en réanimation par rapport aux capacités disponibles – deux critères qui permettent d'évaluer comment les hôpitaux pourront tenir (maitre mot !) et rester à même d'accueillir de nouveaux patients. Autre indicateur utile : R0, indicateur mathématique qui détermine le nombre de personnes qu'un seul individu contaminé peut lui-même contaminer ; si ce nombre est supérieur à 1, la maladie s'étend, s'il est inférieur à 1, elle régresse toute seule comme une grande ; voir à ce sujet les explications précises – et sérieuses – de Benoît Mâsse, professeur à l'université de Montréal. Selon les précisions données par le Premier ministre lors de sa conférence de presse du 2020-04-19, le R0 est de 0,6 dans la France confinée, grâce au confinement. Après quinze jours de déconfinement, il reste inférieur à 1, mais remonte au-dessus courant juillet. D'autres indicateurs sont pris en compte par la suite : taux d'incidence, taux de positivité…

Le R0 de la pandémie. Explications de Benoît Mâsse, 2020-03-20. Document en ligne sur le site de l'UdeM, consulté le 2020-04-06.
  https://nouvelles.umontreal.ca/article/2020/03/20/le-r0-de-la-pandemie/

   nouveau record

nouveau record est une expression fréquemment employée dans les médias en liaison avec l'augmentation du nombre de décès liés au coronavirus dans un pays ou dans le monde. Le nouveau record est parfois qualifié dans les médias de triste : triste nouveau record. Suite à la mort de plus de 2 200 personnes aux Etats-Unis dans une même journée (2020-04-14), la presse a, dans une belle unanimité, repris l'expression sombre record employée dans une dépêche de l'AFP.

Cet emploi du substantif masculin record correspond à l'un des sens qu'en indique le TLFi : "résultat supérieur à tout ce que l'on connaissait jusqu'alors, dans un domaine ou une situation comparable". Sens qui n'est lui-même qu'une extension référentielle par appauvrissement sémantique du premier sens historiquement attesté en français (fin XIXe siècle) de "performance sportive officiellement enregistrée et encore jamais égalée dans la même catégorie et la même spécialité" – sont effacés deux des sèmes initiaux : [+ domaine sportif] et [+ apprécié positivement]. record ne figure pas dans les dictionnaires de référence avant la 8e édition du dictionnaire de l'Académie (1932), où seul le sens "sportif" est mentionné.

< (fin XIXe s.) anglais record, de même sens que le sens "sportif" du français. Mais ce sens n'est qu'une spécialisation dans un domaine particulier d'un sens plus général de fait digne d'être enregistré, ou simplement d'enregistrement (cf. tape recorder = magnétophone), de témoignage : "piece of convicted evidence or information, account of fact preserved in permanent form, document or monument preserving it" (Oxford, 867).

Le Guinness World Records (Livre Guinness des records) édité chaque année transforme les records qu'il enregistre en un bon business. Il a été créé en 1955 par deux employés de la brasserie Guinness, elle-même fondée à Dublin (Irlande) au XVIIIe siècle.

< français record, recorder (XIIe siècle) < bas-latin recordare < latin recordari = "penser à qqche de passé, l'avoir présent à la mémoire, se ressouvenir, se souvenir" (Freund 1824 : 3, 44) < cor, cordis (= cœur) + préfixe re- signifiant le retour ou le renouvellement.

   Quelques autres termes indiquant une augmentation

repartir à la hausse : locution verbale employée à l'indicatif présent et utlisée fréquemment lorsque le nombre quotidien des morts du fait de l'épidémie est en augmentation après une baisse enregistrée auparavant. Le sujet du verbe est "le nombre de morts" ou le nom du pays concerné : le nombre de morts / l'Italie repart à la hausse.
franchir/dépasser la barre / le cap des x morts : locution verbale dont le sujet est un nom de pays, et dans laquelle x est un chiffre rond : les Etats-Unis ont franchi la barre des cent mille morts.
approcher des x morts : locution verbale dont le sujet est un nom de pays, et dans laquelle x est un chiffre rond : la Grande Bretagne approche des vingt mille morts.

   au plus bas

Locution adjectivale, formée de la préposition à et du superlatif analytique de l'adjectif bas.

Cette locution fonctionne comme épithète ou attribut de syntagmes comme : le nombre de morts (quotidiens/journaliers), le bilan des décès, les décès, avec indication du nom du pays où ils sont enregistrés et, le cas échéant, indication du laps de temps pris en considération. Elle apparait de plus en plus dans les médias dans la seconde quinzaine d'avril, quand l'épidémie semble régresser en Europe. Dans les pratiques langagières liées au Covid-19, au plus bas est en quelque sorte l'antinomique de nouveau record.

< adjectif bas = de peur de hauteur, envisagé ici sur une échelle graduée < bas-latin bassus < cognomen Bassus en latin classique < grec βάθωσ = profond, bas.

   mort et décès

mort signifie, comme latin mors, le fait de mourir, et par métaphore la personne morte. Dans la langue administrative, on emploie le terme de décès, de mêmes valeurs sémantiques, < latin decessus = action de s'en aller, départ > mort ; < verbe decedere = partir > mourir ; < préposition-préverbe de = détachement + cedere = marcher, avancerx est mort = x est décédé = x est parti (avec ce dernier terme, on évite l'expression du choc brutal de la fin de vie). Autre expression employée dans le domaine militaire, mais uniquement à propos de l'ennemi : x a été neutralisé (plutôt que tué, liquidé ou abattu).


Noël

Tandis qu'approche Noël, l'épidémie de Covid-19 frappe fortement tous les pays d'Europe, à l'exception peut-être de la lointaine Islande. Le nombre des contaminations explose et avec elles, également le nombre de morts. Des mesures sont adoptées dans les différents pays pour limiter les contacts entre les gens : fermeture des établissements recevant du public, couvre-feu, etc.

Mais Noël est traditionnellement le moment de rencontres familiales ou entre amis. La Saint-Sylvestre est également le moment de nombreux rassemblements festifs. Difficile de l'empêcher par un confinement strict : il faut "sauver Noël", dit-on.

D'où l'inquiétude croissante que ces moments soient suivis d'une augmentation substantielle des cas de contamination : les réveillons sont des "usines à Covid" (Jean Castex). Et ce d'autant plus que le temps froid est réputé propice à la prolifération du virus. On craint ce que certains appellent une "troisième vague", qui ne serait en fait que l'amplification de la deuxième, et qui nécessiterait un troisième confinement.

Indépendamment des mesures adoptées, les autorités de tous les pays multiplient les appels à la prudence et à la responsabilité.

De son côté, le bureau régional Europe de l'OMS publie le 16 décembre des recommandations spécifiques pour cette période : "Conseils à la population et aux pouvoirs publics pour limiter les risques pendant les congés de fin d’année".
https://www.euro.who.int/en/health-topics/health-emergencies/coronavirus-covid-19/news/news/2020/12/minimizing-the-covid-19-risk-advice-to-individuals,-communities-and-governments-for-the-winter-holidays, consulté le 2020-12-16.

En tout cas, beaucoup de gens se font tester les jours précédant Noël. Du coup, le nombre de nouveaux cas enregistrés augmente (avec un léger décalage par rapport à la date du test) : de 11 795 nouveaux cas le 22 décembre et 14 929 le 23, on passe à 21 634 le 24 et 20 262 le 25, pour retomber à 3 093 le 26 – chute normale, la plupart des labos étant fermés – et remonter à 8 822 le 27…


normal : retour à la normale

Le retour à la normale correspond à une période postérieure à celle du confinement et se caractérise par la suppression de ce que les mesures liées à la pandémie ont modifié dans tous les aspects de la vie par rapport à la situation d'avant. C'est un retour à la situation d'avant, considérée comme normale.

Cette expression se charge de connotations diverses selon la situation et les dispositions matérielles et psychiques des locuteurs :

– espoir : le retour à la normale doit signifier la disparition de tous les désagréments liés au confinement : liberté de circulation restreinte, magasins, cafés, restaurants, chômage partiel, hôtels fermés, perte de clients, de revenus, etc. ;
patience : le retour à la normale est séparé du temps présent par un laps de temps relativement long pendant lequel il va falloir patienter ;
craintes : l'après-confinement sera difficile, la situation économique sera délicate et demandera des sacrifices plus ou moins importants ; autre crainte (de part de ceux qui voudraient un changement radical de politique) : dans l'après-confinement sera menée la même politique qu'auparavant – crainte qui se double d'une revendication exprimée sur quelques rares banderoles accrochées à des fenêtres pendant le confinement (ou ailleurs) : "pas de retour à l'anormal" (ci-contre, Paris, place de la Bastille, 2020-06-07).

anormal

L'avenir dira ce qu'il en sera – une fois l'épidémie terminée – et ce que cette période aura entrainé comme changements dans nos conditions d'existence. Qu'en sera-t-il de la prévention et de l'anticipation en matière sanitaire ? Qu'en sera-t-il de l'autonomie des pays de l'Union européenne en matière de médicaments et d'équipements sanitaires ? Quelles conséquences durables aura l'augmentation importante de l'utilisation qui a été faite du numérique pendant les périodes de confinement ? L'augmentation de l'utilisation du vélo constatée lors du déconfinement se poursuivra-t-elle ?

Mais à l'automne 2020, on ne parle plus guère de retour à la normale, tant on a conscience qu'on en est encore loin. Les plus optimistes évoquent l'été 2021, les plus pessimistes commencent à déprimer… Avec l'apparition du variant Delta à la fin du printemps 2021, l'échéance est repoussée à 2022, voire 2023.

retour à la normale < (par ellipse) retour à la situation normale ; adjectif normal < latin normalis ; < substantif norme < latin norma. Malgré cette étymologie ancienne, l'usage courant actuel de norme/normal est récent. Attestés en français dès le XIIIe siècle, ils ne figurent pas dans les premières éditions du Dictionnaire de l'Académie (à la différence du dérivé énorme) et n'apparaissent dans les dictionnaires de référence qu'au XIXe siècle. Littré (1873 : 3, 748) donne les définitions suivantes :

  normal = "terme de géométrie : "droite passant par le point de tangence et perpendiculaire, soit à la tangente d'une courbe, soit au plan tangent d'une surface", (sens figurés) "qui est conforme à la règle, régulier", "qui sert de règle" ;
norme = "se dit quelque fois d'une règle, loi, d'après laquelle on doit se diriger".

Ces valeurs sont issues du latin, mais norma désigne d'abord une équerre (et normalis = "fait à l'équerre, d'équerre" – seul sens), et de là seulement une règle (Freund 1924 : 2, 581).


ordre : jusqu'à nouvel ordre

Locution prépositionnelle = "jusqu'à ce qu'un nouvel ordre, une nouvelle disposition vienne préciser ou modifier la situation" (TLFi), sens qui se développe à partir du XVIIe siècle parallèlement aux autres sens de ordre issus du latin.

< latin ordo = "rang, ordre, disposition, arrangement convenable" (Freund 1924 : 3,661) ; dans la langue militaire, "poste, rang, ordre de bataille" ; "par suite, en vertu d'expressions comme centuriō prīmī ordinis, ōrdinēs dūcere, ōrdō en vient à désigner un commandement, ōrdinem alicuī dare, adimere, et même celui qui l'exerce" (Ernout & Meillet (2001 : 467).

Pendant le confinement, cette locution figure, en liaison avec le terme "fermeture", sur des papiers affichés sur nombre de boutiques de commerces dits "non essentiels". La limite ultérieure du laps de temps ainsi défini est censée coïncider avec la fin de la période de confinement. Mais il s'avère petit à petit que ce ne sera pas un retour à la situation d'avant, du fait des mesures particulières que les commerçants devront prendre : respect de la distanciation physique entre clients, limitation du nombre de clients à l'intérieur des boutiques, protection du personnel, etc.

Variantes. Les affiches collées sur les commerces présentent de nombreuses variantes, qui expriment en partie les regrets ou les espoirs des commerçants.

  – Au lieu de jusqu'à nouvel ordre, on trouve d'autres expressions de même valeur référentielle : temporairement | pour une durée indéterminée | pendant la période de confinement | pour un délai indéterminé
Certains précisent que la décision de fermeture n'est pas de leur fait, avec référence aux décisions du gouvernement : nous sommes dans l'obligation | fermeture obligatoire.
Certains pensent à l'après : nous espérons vous revoir bientôt | nous espérons du fond de cœur vour revoir très vite | Au plaisir de vous revoir bientôt, d'ici là, prenez soin de vous | A très vite

Quelques variantes orthographiques et syntaxiques apparaissent également :

  Nous sommes ferme pour une durée indéterminé | Suite au décret gouvernementale | nous sommes dans l'obligation de fermé ce salon | Suite aux annonces gouvernementale | Suit "coronavirus" fermes jusqu'a nouvelle ordre | cose coronavirus nous sommes actuellement fermé de nouvel ordre d'état | Compte tenue des circonstances actuelles les horaires de notre boutiques sont […] | Chèrs Clients au besoin nous sommes à votre disposition pour préparer vos commandes et venir les retirer Prennez soin de vous | Compte tenue des circonstances actuelles Les horaires de votre boutiques sont […]

(Liste non exhaustive des variantes collectées lors d'une enquête de terrain à Maisons-Alfort, dans un rayon de moins d'un kilomètre, attestation de déplacement dérogatoire dûment remplie sur smartphone, 2020-04-08 et 2020-04-18.)

– Plusieurs photos disponibles sur Internet indiquent une variante sans ambigüité : "FERMÉ POUR FERMETURE. NOUS ROUVRIRONS À L'OUVERTURE". Le cinéma Le Sirius (Le Havre) l'indique aussi sur son site.

Après la fin du confinement le 11 mai, dans la première phase du déconfinement, apparaissent sur les panneaux publicitaires installés à Paris par Clearchannel des affiches comme "Bienvenue dehors | Vous nous avez manqué", "Cette affiche n'a rien à vendre | On est juste très heureux de vous revoir" ou "Les beaux jours n'ont jamais été aussi beaux". – C'est que la publicité commerciale n'a pas encore redémarré…


pass sanitaire

L'idée d'un pass sanitaire commence à circuler dès les premiers reculs de la maladie en avril 2020 : on parle alors de certificat ou de passeport d'immunité. Il s'agirait de dispenser de certaines restrictions ou contraintes (comme le port du masque) les gens qui présentent suffusamment d'anticorps, c'est-à-dire essentiellement ceux qui ont eu le Covid-19 (avec ou sans symptômes) et en sont guéris. Vite rejetée à ce stade, l'idée réapparait avec force dès les débuts de la vaccination. Pourraient bénéficier de ce pass sanitaire les personnes vaccinées, celles présentant un test négatif de moins de 72 ou 48 heures, et celles ayant eu le Covid-19 et guéries. Le pass sanitaire serait utilisé dans le cas de grands rassemblements et, bien sûr, dans le cas du passage de frontières.

Le principe du pass sanitaire (appelé aussi digital green pass) est acté en mars 2021 par l'Union européenne. Sa mise en place est décidée en France en mai 2021, comme d'habitude non sans moult polémiques : saisi par un groupe de députés dits "de gauche", le Conseil constitutionnel le valide le 31 mai. Il est adopté par le Parlement européen le 8 juin par 546 voix pour contre 93 contre et 51 abstentions. Le 12 juillet, Emmanuel Macron annonce qu'il sera désormais obligatoire pour la fréquentation des lieux publics (musées cinémas, salles de spectacle, restaurants, cafés, etc.) – mesures adoptées le 26 juillet par le Parlement français. Dans le même temps, des dizaines de milliers de gens (extrême-droite, extrême-gauche, antivaccins, gilets jaunes, complotistes…) manifestent contre, dénoncent une "dictature" et prétendent défendre la "liberté". Des manifestations analogues ont lieu dans d'autres pays de l'Union européenne. – Ce pass a simplement la forme d'un QR-code que l'on peut présenter sur papier ou sous forme numérique (p. ex. dans l'application TousAntiCovid).

L'orthographe passe est également employée, notamment sur les sites gouvernementaux, mais elle est, selon les statistiques de Google (consulté le 2021-06-01), très fortement minoritaire. Ces deux orthographes correspondent à des origines étymologiques différentes, elles-mêmes issues d'une seule…

pass

> anglais pass = "permission or authorization to pass" (Oxford) < verbe pass < français passer < latin passare < latin passus = pas…
> français passe, initialement au sens de passe-partout = "clef susceptible d'ouvrir plusieurs serrures différentes dans un même bâtiment" (TLFi). Mais l 'emploi du s'est étendu à tout autre système (carte, badge, etc.) permettant l'entrée dans un lieu – v. p. ex. pass Navigo (pour le métro parisien).


patient zéro, Wuhan

On appelle patient zéro la personne contaminée à partir de laquelle se développe l'épidémie, par transmission du virus, dans un cluster.

patient, substantif. – Le sens de malade, attesté selon Rey (1998 : 2609) depuis le XIVe siècle, n'est présent dans les dictionnaires de référence qu'à partir de Littré (1874 : 3, 1006) : "celui qui est entre les mains des chirurgiens, ou, en général, le malade". Dans la 1ère édition du Dictionnaire de l'Académie (1694 : 2, 199) figure uniquement le sens hérité du latin "Qui ſouffre les adverſitez, les injures, les mauvais traitemens, &c. avec moderation"
< latin adjectif patiens = participe présent de patior "souffrir, éprouver (un mal), endurer, supporter, tolérer, subir" (Freund 1924 : 2, 717)

zéro employé ici sur un axe temporel à partir du sens général de "point de départ d'une échelle de graduations" (TLFi). Cet emploi est lié à la place de zéro dans le système de numération décimale 0, 1, 2, etc.
La 1ère édition du Dictionnaire de l'Académie (1694 : 2, 668) donne cette définition de zéro : "On appelle ainſi en Arithmetique un o, qui de luy-meſme ne fait aucun nombre, mais qui eſtant adjouſté aux autres nombres ſert à les multiplier par dix."
< italien zefiro < zephirum < arabe ṣifr traduction de indien śūnya = vide, nul (FEW 9, 156-158)

L'épidémie apparait en Chine fin 2019. A partir du 10 décembre 2019, plusieurs personnes ayant un lien avec le marché de gros de fruits de mer Huanan à Wuhan (Hubei) sont hospitalisées suite à des symptômes suggérant un coronavirus ; ce marché est fermé par les autorités le 1er janvier 2020. Mais d'autres personnes présentant les mêmes symptômes n'ont pas de lien avec ce marché. En tout cas, le 27 décembre, Zhang Jixian (张继先, ci-contre, en tenue de travail), 54 ans, directrice du Département de médecine respiratoire et de soins intensifs à l’Hôpital de la médecine chinoise et occidentale intégrée de la province du Hubei, alerte les autorités sur l'existence d'une pneumonie liée à une nouvelle forme de coronavirus. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est elle-même informée officiellement le 3 janvier. Le 20 janvier, Zhong Nanshan (钟南山), 83 ans, pneumologue de renom, indique que la transmission du virus d'homme à homme est confirmée. Le confinement de Wuhan est décidé dans la foulée. Moins de deux mois après, l'épidémie y est pour l'essentiel endiguée, et le confinement commence à être levé dans le Hubei. – Sur la vie à Wuhan pendant le confinement, voir les témoignages de Chen 2020 et Fang Fang 2020.

Un autre praticien de Wuhan a été beaucoup plus médiatisé que Zhang Jixian : Li Wenliang (李文亮, 1986-2020), ophtalmologiste, membre du parti communiste. Informé du nouveau coronavirus, Li informe à son tour le 30 décembre ses collègues du danger d'une grave épidémie. Il est alors réprimandé par les autorités municipales pour avoir propagé ce qu'elles dénoncent comme une "fausse rumeur". Comme on sait, les faits lui donnent raison, mais entre temps, Li est lui-même contaminé : il meurt le 7 février. Sa mort suscite beaucoup d'émotion en Chine, tandis qu'à l'étranger, on le présente comme un "martyr", un "martyr de la liberté" (Le Point, 2020-02-07), voire comme un "martyr du coronavirus qui ébranle le système chinois" (Le Monde, 2020-02-07). – Courant février, les plus hauts responsables du Parti à Wuhan et dans le Hubei sont limogés. On célèbre désormais Li comme un médecin modèle, mais les autorités chinoises préfèrent oublier vite cette affaire : aucune mention de Li dans le document cité plus bas de juin 2020 Fighting Covid – mais le président Xi Jinping est, lui, cité quarante-huit fois en soixante-cinq pages.

zhang

– Source de la photo :
 https://cn.chinadaily.com.cn/a/202003/12/WS5e69e349a3107bb6b57a607e.html, consulté le 2020-09-13.
– Interview de Zhang Jixian par China Daily (en chinois, sous-titrage en anglais) :
 https://www.youtube.com/watch?v=IQH4zHX0_aA, consulté le 2020-03-28.
Autres documents :
– Wang, Chen, Horby, Peter W., Hayden, Frederick G., Gao, George F., 2020. A novel coronavirus outbreak of global health concern. The Lancet, 2020-01-24.
 https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)30185-9, consulté le 2020-04-06.
– Chronologie établie par la Chine sur le partage d'informations et la coopération internationale face à l'épidémie, Renmin Ribao, 2020-04-06 (en anglais).
 http://en.people.cn/n3/2020/0407/c90000-9676554.html, consulté le 2020-04-07.
– Congressional Research Service, 2020. COVID-19 and China : A Chronology of Events (December 2019-January 2020). [Il s'agit d'un service du Congrès des Etats-Unis]
 https://crsreports.congress.gov/product/pdf/r/r46354, consulté le 2020-09-13.
– State Council Information Office of the People's Republic of China, 2020. Fighting Covid : China in Action. [Document du Conseil d'Etat de la république populaire de Chine].
 http://www.xinhuanet.com/english/2020-06/07/c_139120424.htm, consulté le 2020-06-10.

Voir au sujet de Li Wenliang les articles suivants de la presse chinoise (sites consultés le 2020-04-01) :
– Ringing the alarm. Wuhan doctor awarded for making first warning of novel disease before outbreak, Global Times, 2020-02-06 :
  https://www.globaltimes.cn/content/1178756.shtml
– Rebuked coronavirus whistleblower vindicated by top Chinese court, Caixing, 2020-02-06, reproduit ici :
  https://asia.nikkei.com/Spotlight/Caixin/Rebuked-coronavirus-whistleblower-vindicated-by-top-Chinese-court

Deux témoignages personnels sur la vie confinée à Wuhan

– Wuhan confidentiel – le témoignage de Chen Bingtao

Chen Bingtao (1989-) vit et travaille en France. Il revient à Wuhan pour les fêtes du Nouvel An. Il y arrive le 18 janvier. Le 23 janvier, la ville est bouclée. Son séjour, qui ne devait durer que quelques jours, durera deux mois. Le 20 mars, il parvient à rentrer en France… où le confinement vient d'être instauré. Dans Wuhan confidentiel, il raconte simplement ce qu'il a vu, ce qu'il a fait pendant ses longues journées, comment s'est organisée très concrètement la vie confinée à Wuhan (comment s'occuper, comment s'approvisionner, les applications de traçage numérique, etc.), et aussi ses impressions de retour dans la France confinée. – Son livre (Chen 2020) est publié début mai en e-book et début septembre en livre.

– Wuhan Diary / Wuhan ville close – le journal de Fang Fang

Wang Fang (汪芳, 1955-), connue sous son nom d'écrivaine Fang Fang – 方方, prononcé en français, sur France Culture, [fɑ̃.fɑ̃]… –, vit à Wuhan. Du 25 janvier au 25 mars 2020, elle tient un journal qu'elle met chaque soir en ligne sur le réseau Weibo, elle y écrit ce qu'elle vit, ce qu'elle entend dire, ce qu'elle pense. C'est aussitôt un grand succès, malgré de vives critiques d'internautes et des difficultés récurrentes avec la censure. Début avril, on annonce sa publication prochaine à l'étranger, en anglais et en allemand (Fang Fang 2020), et en français en septembre. Aussitôt, les réseaux sociaux chinois s'enflamment et Global Times consacre six articles à l'affaire en avril et mai. On reproche à Fang Fang de parler trop des difficultés et des inquiétudes, de demander aussi des comptes aux responsables, et de ne pas mettre assez en avant les succès obtenus dans la lutte contre l'épidémie. On estime surtout que ce journal sera inévitablement utilisé en Occident comme arme de propagande contre la Chine, et l'on crie à la "trahison". Après la sortie de ce journal, Fang Fang se plaint de ne plus pouvoir publier en Chine.

Y a-t-il eu d'autres cas de Covid-19 avant ceux enregistrés fin décembre 2019 en Chine et en janvier 2020 dans d'autres pays ? Et d'où vient ce virus ?? La question du patient zéro et de l'origine de l'épidémie est toujours l'objet de recherches, mais aussi de spéculations, de suspicions et d'accusations diverses contre la Chine, surtout de la part des Etats-Unis.

  – En juin, une étude publiée sous l'égide de l'université Harvard, "Analysis of hospital traffic and search engine data in Wuhan China indicates early disease activity in the Fall of 2019", suggère que l'épidémie de Covid-19 aurait commencé dès l'été 2019. Elle s'appuie sur une analyse des images satellites des parkings des hôpitaux et des recherches dans le moteur de recherche chinois Baidu sur "toux", "diarrhée", etc. Elle est ausstôt relayée par différents médias et mentionnée par Donald Trump sur Twitter le 10 juin, mais bien que publiée à Harvard, elle ne semble pas avoir été prise très au sérieux par les communautés scientifiques…
   https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/42669767/Satellite_Images_Baidu_COVID19_manuscript_DASH.pdf consulté le 2020-09-13.

Cependant, dans le courant de l'année 2020, on assiste dans le monde occidental à une recrudescence de China bashing, à partir des critiques sur la gestion de l'épidémie par la Chine et des doutes sur les chiffres officiels de contamination et de mortalité. S'y ajoutent en même temps les critiques récurrentes sur sa politique vis-à-vis de Hong Kong, de Taiwan, du Xinjiang, etc.. Ces critiques s'amplifient en 2021 après l'intronisation de Joe Biden comme président des Etats-Unis.

– Lire à ce sujet la tribune de Richard Horton, rédacteur en chef de The Lancet, publiée le 2020-08-03 dans le Guardian : "This wave of anti-China feeling masks the west's own Covid-19 failures".
   https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/aug/03/covid-19-cold-war-china-western-governments-international-peace, consulté le 2020-08-05.

Une critique récurrente, en Chine et ailleurs, est que les autorités chinoises n'ont pas pris assez tôt les mesures nécessaires pour enrayer la pandémie. – Pour la France, Jean-Paul Delfraissy, président du conseil scientifique institué au ministère des Solidarités et de la Santé, exprime le 2020-09-11 un regret du même ordre : "ne pas avoir poussé plus à un confinement de quelques jours avant, qui nous aurait fait gagner un peu de temps, mais c'était extrêmement difficile". (déclaration sur Europe 1). – Au Royaume uni, le variant "britannique" est découvert en octobre 2020, mais l'alerte n'est donnée qu'à la mi-décembre 2020, alors qu'il s'étend dangereusement dans le pays et qu'il en a déjà gagné d'autres.
   https://www.europe1.fr/sante/delfraissy-regrette-de-ne-pas-avoir-pousse-pour-un-confinement-quelques-jours-avant-3991110, consulté le 2020-09-17.

Plus aucun cas de Covid-19 n'est signalé à Wuhan à partir de juin 2020… jusqu'au 2021-08-02 : dix-neuf cas ! Sur les mesures prises en réponse, voir l'article publié le lendemain par Global Times :
    https://www.globaltimes.cn/page/202108/1230397.shtml, consulté le 2021-08-03.

   Statistiques : cas, morts, masques

Cas et morts par million d'habitants en Chine, au 2021-08-03 :

  cas/million morts/million
Chine hors Hong Kong, Macao et Taiwan 67 3
     – dont : Hubei 11 506 761
     – dont : reste (= sans Hubei) 18 0,1
– Hong Kong 1 594 28
– Macao 90 0
– Taiwan 789 30

– Sources, consultées le 2021-01-01 sq. : outre celles indiquées ici, https://data.stats.gov.cn/english/easyquery.htm?cn=E0103 (population Chine), https://chp-dashboard.geodata.gov.hk/covid-19/en.html (covid Hong Kong), https://macaonews.org/ho-pledges-good-job-also-for-next-stage-of-covid-19-prevention-work/ (covid, Macao)
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/05/coronavirus-age-mortalite-departements-pays-suivez-l-evolution-de-l-epidemie-en-cartes-et-graphiques_6038751_4355770.html (covid Hubei).

Selon une étude du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies dont Caixin et la presse internationale se font l'écho, 4,43 % de la population de Wuhan (soit environ 500 000 personnes) ont développé des anticorps révélant un contact antérieur avec le virus, soit dix fois plus que les 50 000 cas officiellement recensés. – A comparer avec les résultats d'une étude semblable menée en France après le premier confinement par l'Inserm : selon cette étude, 4,5 % de la population française ont été en contact avec le virus, soit vingt fois plus que les quelque 150 000 cas officiellement recensés en mai.
https://edition.cnn.com/2020/12/29/asia/china-coronavirus-seroprevalence-study-intl-hnk/index.html, consulté le 2020-12-31.
https://www.scmp.com/news/china/science/article/3115725/did-half-million-people-wuhan-contract-coronavirus, consulté le 2020-12-31.
https://presse.inserm.fr/premiers-resultats-des-enquetes-de-sante-publique-de-linserm-sur-la-covid-19-facteurs-de-risque-individuels-et-sociaux/41032/, consulté le 2020-10-09.

Lors d'une cérémonie organisée le 8 septembre 2020 à Beijing, le président Xi Jinping indique qu'entre le 15 mars et le 6 septembre, la Chine a exporté 151,5 milliards de masques, 1,4 milliard de combinaisons de protection et 209 000 respirateurs.
    Source : trois dépêches de l'agence Xinhua.

Conclusion du président Xi (début septembre 2020) : "China has made major strategic achievements in the battle against COVID-19, demonstrating the notable advantages of the Communist Party of China's leadership and the country's socialist system, the great strength of the Chinese people and the Chinese nation, the profound heritage of Chinese civilization, and the nation's sense of responsibility as a major and responsible country."
    http://www.xinhuanet.com/english/2020-09/08/c_139352989.htm, consulté le 2020-09-17.

Fin juin 2021, plus de 1,2 milliard de doses de vaccin ont été administrées en Chine continentale. A Taiwan, 8,2 % de la population ont reçu une première dose.


pic et plateau

   pic = "partie d'une courbe, d'un diagramme correspondant à un maximum" (TLFi).

Dans le contexte de l'épidémie de Covid-19, pic peut désigner plusieurs choses selon les faits considérés. Ce peut être 1. le moment où la propagation de l'épidémie atteint le niveau le plus élevé (évalué selon le nombre de contaminations supplémentaires pendant un certain laps de temps) ; 2. le moment où le nombre de nouveaux décès est maximal pendant un certain laps de temps ; 3. le moment où le nombre de personnes hospitalisées est maximal (soit dans tout un pays, soit dans une région, soit dans un département) ; 4. le moment où le nombre de personnes en soins intensifs ou en réanimation est maximal.

Dans tous les cas, le pic constitue la borne d'une phase ascendante, et son arrivée rapide est donc à la fois crainte et souhaitée pendant cette phase, car le pic est associé à l'espoir du départ d'une phase descendante proche, espoir temporé par le fait que le pic peut être suivi d'un plateau (voir plus bas).

< (par analogie de la forme) sommet d'une montagne < "montagne dont le sommet, vu à distance, semble former une pointe" (TLFi) < (par analogie de la forme) "outil constitué par un fer légèrement courbé à une ou deux pointes, fixé à un manche de bois et utilisé notamment pour creuser un sol dur, détacher ou fendre des blocs de roche, démolir un mur" (id.). – pic fait partie de la famille nombreuse du verbe piquer < galloroman *pikkare = piquer. "Ce verbe est né de l'impression que fait un mouvement rapide suivi d'un petit bruit sec et remonte à un radical expressif pikk- : le p pourrait exprimer le déclenchement du mouvement, le k son aboutissement et la voyelle i son acuité." (Rey 1998 : 2750 ; v. aussi FEW 8, 451-474).

   plateau = partie d'une courbe caractérisée par l'absence ou la quasi-absence de mouvement ascendant ou descendant.

< "étendue de terrain plan" (TLFi) < (par dérivation) adjectif plat = "qui n'est ni concave, ni convexe et ne présente ni creux, ni reliefs (ou peu prononcés)" (id.)
< latin populaire *plattus < grec πλατύϛ (platús) = "large" > "ample, spacieux, vaste, qui s'étend au loin ; ouvert, découvert, exposé à tous les yeux" (Alexandre 1874 : 1131).

 très haut plateau : plateau qui suit le pic et dont le niveau est encore très élevé.


plages statiques, plages dynamiques

Pendant le confinement, les plages sont interdites au public : il s'agit d'y éviter des rassemblements sans distanciation physique.
Le 3 mai 2020, les gendarmes aperçoivent sur la plage déserte de Carnon (Hérault) une femme allongée sous un parasol. Ils accourent pour la verbaliser. C'est une poupée gonflable. Ils tweetent (@Gendarmerie_34) : "En surveillance des plages, les gendarmes ont porté secours à une poupée abandonnée par son propriétaire. #RépondrePrésent #TousMobilisés." – avec la photo ci-ontre.
herault
Dans la première pase du déconfinement, les plages restent interdites et ne rouvent progressivement qu'à partir du 2 juin, mais avec quelques limitations. On distingue à certains endroits des plages dynamiques, où l'on a le droit de se promener, mais pas de s'asseoir et de rester sur place, et des plages statiques, où l'on peut s'asseoir éventuellement en petits groupes tout en maintenant la distance avec d'autres groupes. Ces limitations sont petit à petit assouplies.

– Ci-contre : plage de Deauville (Calvados), 2020-09-16. Arrêté de la mairie. Sur la place statique, des piquets espacés indiquent les endroits autour desquels les petits groupes de gens peuvent s'installer.
plage
Bains de soleil autorisés, groupes de dix personnes maximum, jeux de ballon interdits, et bien sûr, mettre ses déchets dans les poubelles. Dispositions valables jusqu'au 13 septembre.

plage = "partie plate mais inclinée du rivage de la mer, formée de sable, de graviers ou de galets, et qui est soumise à l'action des vagues et des marées" (TLFi) < italien piaggia < grec πλάγιοϚ = oblique.


prévisible

Adjectif = qui peut être prévu < verbe prévoir et adjectif visible
< latin paeuisum, supin de praeuidere = voir auparavant, prévoir < préposition-préverbe prae = devant, en avant + verbe uidere = voir. D'origine indoeuropéenne ; cf. gotique witan, vieux-haut-allemand wiȥȥen = savoir.

Hommes politiques, journalistes, professionnels de santé, personnalités diverses ou simples quidams, certains affirment que pour telle et telle raison, la pandémie de Covid-19 était prévisible ; et d'accuser dans la foulée les autorités de ne l'avoir ni prévue ni anticipée et de ne faire alors qu'improviser – alors que s'ils avaient été, eux, aux commandes… On entend des propos semblables à l'automne, avec la recrudescence de l'épidémie.

Emmanuel Macron, président de la République, leur adresse ses félicitations lors d'une réunion de la cellule interministérielle de crise (2020-03-20) : "Je félicite toutes celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu'elle a eu lieu." (transcription d'après la vidéo)

Le fait est que cette épidémie prend tout le monde de court, depuis la Chine jusqu'aux autres pays. En France, à en juger par les tweets de ses principaux responsables, la classe politique, toutes couleurs confondues, ne semble rien voir venir avant le 13 mars, date de l'annonce par le gouvernement de la fermeture des établissements d'enseignement. Pourtant, l'épidémie fait déjà rage dans le nord de l'Italie voisine. Le 29 février, le gouvernement a décrété le stade 2. Il a déjà annoncé plusieurs mesures, dont l'interdiction des rassemblements de plus de cinq mille personnes en milieu clos. Le 3 mars, il décrète la réquisition des stocks de masques. Les médias parlent sans cesse du développement de l'épidémie. Les gens s'inquiètent, ils font des stocks de pâtes et de papier-toilette, etc. Mais la classe politique, elle, a d'autres chats à fouetter – les retraites, le 49-3, les élections municipales…

 
Deux tweets comme illustration de cet aveuglement. – Jean-Luc Mélenchon (France insoumise), 1er mars : "Si on nous interdit les rassemblements de plus de 5000 personnes, nous ferons un rassemblement de 5000 personnes puis un espace, puis un rassemblement de 5000 personnes et ainsi de suite." – Fabien Roussel (parti communiste), 29 février : "Interdire les rassemblements de plus de 5000 personnes "et en même temps" décider d'utiliser le 49-3, c’est grosse ficelle ! Ça veut dire qu'il sera interdit de manifester la semaine prochaine contre le 49-3 !!" – De leur part, pas d'autre tweet qui ait trait à l'épidémie entre le 29 février et le 11 mars ; de François Bayrou (Modem), Olivier Faure (parti socialiste), Stanislas Guérini (République en marche) et Christian Jacob (Les Républicains), zéro tweet ; un seul (1er mars) de Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts) ; de Marine Le Pen (Rassemblement national), trois (1er et 9 mars).

Epidémie de peste et prédictions à ’Athīnai (Athènes) en 430 avant notre ère

Dans La Guerre du Péloponnèse, Thoukudídīs (Thucydide) décrit l'épidémie de peste* qui a frappé Athènes en 430 et il évoque aussi les prédictions antérieures (II, 54) :

Comme on pouvait s'y attendre, les gens évoquaient en ces jours de malheur d'anciennes prédictions et notamment ce vers qu'à en croire les personnes âgées, une voix prophétique avait naguère prononcé : "Viendra la guerre dorienne et la peste avec elle." Il est vrai qu'il s'éleva à ce sujet une contestation et que certains soutinrent que, dans le vers tel qu'on le répétait jadis, il s'agissait de famine (limos) et non de peste (loimos). Mais naturellement, en la circonstance, l'opinion prévalut que c'était bien la peste que ce vers avait annoncée, car les gens s'arrangeaient pour mettre leurs souvenirs en accord avec leurs souffrances du moment. Si une autre guerre dorienne doit survenir un jour et si la famine vient alors à se déclarer, je pense qu'on citera l'autre version de cette prophétie.
    (Hérodote-Thucydide 1964 : 823-824)

Epidémie de peste à London (Londres), 1665 : impréparation des autorités

Surely never City, at leaſt, of this Bulkand Mignitude, was taken in a Condition ſo perfectly unprepar'd for ſuch a dreadful Viſitation, whether I am ſo ſpeak of the Civil Preparations, or Religious ; they were indeed, as if they had had no Warnin, no Expectation, no Apprenhenſions, and conſequently the leaſt Proviſion imaginable, was made for it in a publick Way ; for Example.
The Lord Mayor and Sheriffs had made no Proviſion as Magiſtrates, for the Regulations which were to be obſerved ; they had gone into ni Meaſures for Relief of the Poor.
The Citizens hat no publick Magazines, or Store-Houſes for Corn, or Meal, for the Subſiſtence of the Poor ; which, if they had provided themſelves, as in such Caſes is done abroad, many miſerable Families, who were now reduc'd to the utmoſt Diſtreſs, would habe been reliev'd, and that in a better Manner, than now could be done.
   (Defoe 1722 : 108)

* Selon les spécialistes, peste à Athènes ne désigne vraisemblablement pas la même maladie que la "peste noire" du XIVe siècle ou celle de Londres.


quarantaine, quatorzaine

< quarante. quarantaine (XIIe siècle) désigne d'abord simplement une période de quarante jours. Sont mentionnés dans FEW (2 : 1491) les exemples suivants : les quarante jours du carême, un service militaire de 40 jours, trêve de 40 jours pendant laquelle l'offensé ne peut venger son injure, service et prière que l'on faisait pour un mort pendant les 40 jours qui suivaient le décès.

Mais le terme de quarantaine est utilisé à partir du XIVe siècle pour désigner un séjour de quarante jours pendant lesquels les voyageurs d'un navire doivent rester isolés au port quand ils viennent d'un pays affecté par une maladie contagieuse. La mesure décidée pour la première fois en 1377 à Ragusa (actuellement Dubrovnik, en Croatie), initialement de trente jours, a été rapidement étendue à quarante et adoptée dans d'autres ports de mer Adriatique et de la Méditerranée (Venezia, Genua, Marseille, etc.). Elle est signalée sur le bateau par des pavillons (voir ci-contre les explications du capitaine Haddock). Dans le code maritime actuel, c'est le pavillon à damier, appelé Québec (Q comme quarantaine), qui signale la maladie contagieuse.

– Ci-contre : Hergé (1946). Le Temple du Soleil. p. 16 et 17.
http://bellier.co/le%20temple%20du%20soleil%20tintin%20belge%201946/vue16.htm
(et suivante), consulté le 2020-03-28.

herge

Dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, le terme de quarantaine a été utilisé au début (expression mettre/placer/mise/placement en quarantaine), mais il a rapidement cédé la place à celui de confinement. C'est que la quarantaine consiste en l'isolement d'un petit groupe déterminé d'individus par rapport aux autres, tandis que confinement renvoie à l'isolement de chacun par rapport à tous. Quand les mesures de confinement régressent dans différents pays, et d'abord en Chine, le terme de quarantaine connait une certaine recrudescence : on désigne ainsi les mesures d'isolement prescrites 1. aux étrangers à l'entrée dans certains pays ; 2. aux personnes présentant des symptômes de Covid, à celles ayant été testées positives mais asymptomatiques et à leurs contacts. On parle aussi, plus précisément, de quatorzaine – terme renvoyant au nombre de jours que doit durer l'isolement. Début septembre, on signale que ces quatorzaines sont mal appréciées et souvent peu respectées. Dans le même temps, on indique que le risque de contaminer autrui n'est important que pendant quelques jours. Le 11 septembre, la quarantaine est réduite à sept jours, et la quatorzaine se transforme ainsi en septaine. Quant à savoir si celle-ci est strictement respectée… on sait que souvent, ce n'est pas le cas.


quoi qu'il en coute

Cette expression est utilisée à trois reprises le 12 mars 2020 par le président de la République, Emmanuel Macron, dans son adresse aux Français, dans laquelle il indique des mesures importantes de lutte contre la pandémie.

Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte.
Aussi, tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu'il en coûte, là aussi.
L'ensemble des gouvernements européens doit prendre les décisions de soutien de l'activité puis de relance quoi qu'il en coûte.
    https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais, consulté le 2021-05-30.

Elle est reprise de nombreuses fois ensuite, et est aussi substantivée : "le quoi qu'il en coute".
Le fond de l'affaire est que la lutte contre l'épidémie et ses conséquences économiques et sociales prime sur toute autre considération, notamment d'ordre financier. En clair, l'augmentation du déficit budgétaire et de la dette est acceptée comme mesure temporaire indispensable.


rebondir, rebond

Dans le contexte du déconfinement et du recul de l'épidémie, rebond et rebondir s'emploie dans deux perspectives opposées :

rebond de l'épidémie, des contaminations, voire des morts. On exprime ainsi une augmentation, éventuellement minime, du nombre de contaminations enregistrées, parfois circonscrite à un espace très réduit (comme à la mi-juin dans quelques cités résidentielles de Beijing). Ces termes sont alors associés à des connotations de crainte, crainte d'une nouvelle vague et crainte que de tels rebonds surviennent également en France.

rebond de l'économie, de la consommation, de l'emploi. Il est alors associé à un sentiment d'espoir – espoir que la chute considérable de l'activité économique soit rapidement surmontée et que des mesures efficaces soient prises dans ce sens.

rebond s'emploie également, pas seulement dans ce contexte, à propos de personnalités politiques qui cherchent (ou trouvent) un moyen pour impulser une relance de leur politique et accroitre ainsi (ou retrouver) leur popularité dans l'opinion publique.

Dans tous les cas, rebond correspond à un changement assez brutal par rapport à une période antérieure plus calme.

    A l'origine : les abeilles

L'origine lointaine de bond, bondir, rebond, rebondir rebondir est sans doute une onomatopée imitant le bourdonnement des abeilles : c'est le sens de latin bombus = "son sourd, bas, bourdonnement (des abeilles, son des cors, applaudissements)" (Freund 1924 : 1, 351). Du bruit des abeilles, on passe à celui d'un "projectile creux et rempli de poudre qui se lance avec un mortier" (idem) – d'où est issu le terme français actuel bombe.
bombus > bombire > bas-latin bombitare > français bondir = retentir > faire un bond, "réagir sous l'emprise d'une émotion" (TLFi) ; selon Rey (1998 : 443), "le passage au sens actuel de "faire des sauts", attesté timidement au XIIIe siècle, s'expliquerait par un changement de registre où l'impression auditive de sons montants et descendants a dû se substituer une impression visuelle."

> rebondir, avec préfixe re-, qui exprime le nouveau commencement d'une action, d'où "faire un bond", "reprendre de la force, de la vigueur, réagir" (TLFi).


reconstruire, reconstruction

Quand le déconfinement s'accélère, après des semaines de ralentissement ou d'arrêt de l'économie, l'heure est à la reconstruction. reconstruire s'emploie sans complément d'objet (Il faut reconstruire), dans une construction réfléchie (La France doit se reconstruire) ou avec mention de ce qui doit être reconstruit : le monde, l'économie, le modèle économique, la société, le pacte social, le système de santé – l'avenir. La reconstruction se situant – à ce stade – au niveau de l'intention, les bonnes intentions sont manifestées par différentes expressions : il faut reconstruire en plus juste, plus social, plus écologique, en harmonie avec la nature – bref, de toute façon, en mieux.

Indépendamment de ces grands projets, la reconstruction concerne aussi les patients atteints d'une forme grave de Covid-19 et qui ont passé des jours ou des semaines en réanimation avec un respirateur artificiel : ils doivent se reconstruire physiquement et psychiquement et passer par plusieurs semaines de rééducation.

reconstruire = "remettre en état de fonctionnement, réorganiser" (TLFi) ; reconstruire = préfixe re- + verbe construire < latin construere. reconstruction = substantif déverbal avec valeur de nom d'action < latin constructio < supin de construere.

< latin construere = "mettre des matériaux les uns sur les autres, entasser, accumuler, amasser, apporter sur un point, entasser en masse" (Freund 1924 : 1, 629-630) ; ne s'emploie qu'au sens concret et en grammaire (construire une phrase). < con- exprimant l'association + struere = (au sens concret) "réunir plusieurs parties, élever en entassant couche surcouche, assembler, rassembler" (Freund 1924 : 3, 326-327)

La première édition du dictionnaire de l'Académie (1694 : 2, 506) ne donne de construire que le sens de "Baſtir, faire un edifice" et le place à la rubrique Structure. Il est alors en concurrence avec bâtir (< germanique *bastjan). L'extension de ces emplois (construire d'autres choses qu'un édifice) n'est attestée que dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec Littré, elle se poursuit au-delà.


recrudescence

A partir du mois d'aout 2020, la plupart des pays d'Europe connaissent une augmentation des cas de contamination – pour laquelle on emploie de plus en plus souvent le terme de recrudescence – avec une augmentation consécutive des hospitalisations et des entrées en réanimation. Cette recrudescence est plus ou moins forte selon les pays (en septembre, elle apparait la plus forte en Espagne et en France), et au sein d'un même pays, selon les régions. En septembre, elle est plus forte dans des grandes villes comme Marseille ou Bordeaux, mais elle gagne eptit à petit du terrain.

Dans la seconde quinzaine d'octobre 2020, cette recrudescence de l'épidémie s'accélère en Europe, qui compte désormais le plus grand nombre journalier de cas et de morts.

– Le terme recrudescence n'est mentionné dans les dictionnaires de référence qu'à partir de Littré (1874 : 4, 1526) : "Terme de médecine. Retour des symptômes d'une maladie, avec une nouvelle intensité, après une rémission momentanée"
< latin recrudescere "redevenir saignant", en parlant de blessures, se rouvrir", "devenir plus violent, plus cruel, plus terrible ; s'aggraver, empirer" (Freund 1924 : 3, 45)
< crudescere < crudus = "sanglant, saignant, découttant de sang, etc." < cruor = "sang d'une blessure, flots de sang, sang répandu (par oppos. à sanguis, sang en général)" (Freund 1924 : 1, 686, 687 ; v. aussi FEW 2, 1368-1370). – cru, crudité sont de même origine.


risque

En liaison avec le Covid-19, risque est employé dans de multiples cotextes : les personnes à risque (appelée aussi personnes fragiles ou personnes vulnérables) – chez qui la maladie peut être plus sévère, voire létale –, risque de transmission du virus (risque d'attraper le virus) lors de contacts physiques, risque que prend telle ou telle autorité en adoptant telle ou telle mesure. Le risque encouru est toujours lié à la question d'une contamination.

= "danger éventuel plus ou moins prévisible" (Robert 1984 : 6, 42)
< ancien-italien risco (italien moderne rischio ; cf. allemand actuel Risiko) = écueil > "risque que court une marchandise, surtout sur un bateau" < latin populaire *resecum = écueil < latin resecare = découper < secare = couper (selon FEW 10, 290-294, étymologie contestée par Pierre Guiraud, selon Rey (1998 : 3260). – De même origine : scier

> adjectif risqué : se dit de certains comportements ou de certaines mesures.


rouge, vert, etc. : couleur des départements et des zones

Le mardi 28 avril, le Premier ministre, Edouard Philippe, indique que, pour la période du déconfinement à partir du 11 mai, les départements seront classés en départements rouges et verts selon le taux de cas nouveaux de Covid-19, les capacités hospitalières et les possibilités de dépistage. Dépendront de ces couleurs les limitations plus ou moins importantes aux déplacements ou aux activités, avec des contraintes plus fortes dans les départements rouges. La carte, dévoilée partiellement le 30 avril par Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, est actualisée jusqu'au 7 mai. Y figure une zone orange qui disparait le 7 mai. Ces cartes et les couleurs des départements sont immédiatement dans toutes les conversations, et les chaines d'information en continu de s'en donner à cœur joie… Le 7 mai restent finalement "dans le rouge" (comme on dit, et Olivier Véran précise qu'il ne s'agit ni d'une punition ni d'une mauvaise note) les Hauts de France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche Comté et l'Ile-de-France – soient les 2/5e de la population –, tout le reste de la France est "dans le vert". Pour le déconfinement, les différences concrètes entre zones rouges et vertes concernent surtout les parcs et jardins ainsi que les établissements d'enseignement, mais elles apparaissent finalement moins importantes que celles entre l'Ile-de-France (en zone rouge) et la province : en Ile-de-France se pose plus qu'ailleurs la question cruciale, mais ô combien épineuse, des règles sanitaires et notamment de distanciation physique dans les transports. On craint une augmentation considérable du trafic routier francilien et une trop forte affluence dans les transports en commun, mais ces craintes s'avèrent globalement non fondées. Dans les jours qui suivent le déconfinement, les métros – au moins en journée – restent quasiment vides. Par contre, la circulation des vélos semble en nette augmentation. – Le 15 juin, toute la France métropolitaine est en vert… et le 28 juin, lors des élections municipales, on assiste – mais ça n'a rien à voir – à une vague verte dans les grandes villes de France…

Un moins plus tard, le 24 juillet, le gouvernement établit une liste rouge (moins traumatisante qu'une liste noire…) des pays "à risque" : les voyageurs arrivant de ces pays devront se soumettre immédiatement à un test de dépistage. Parmi ces pays, le Brésil, les Etats-Unis, l'Inde.

Mais pendant l'été, on parle aussi de zones rouges pour désigner les zones de circulation active du virus en France, caractérisées par un niveau de vulnérabilité modérée ou élevée. Ces niveaux sont déterminés à partir des données hospitalières (nouvelles admissions à l'hôpital et en réanimation), mais aussi à partir de deux chiffres : le taux d'incidence – c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas en une semaine rapporté à la population, le seuil d'alerte étant de 50 pour 100 000 habitants – et le taux de positivité – c'est-à-dire le pourcentage de personnes testées positives par rapport à l'ensemble des personnes testées.

On obtient ainsi des cartes de France sur lesquelles les zones rouges ressemblent aux pièces d'un puzzle qu'il s'agirait de compléter… Ci-dessous carte de l'hexagone sur laquelle seules ont été conservées les zones rouges (au 2020-09-19 ; carte d'origine sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé).

carte
L'utilisation du rouge pour des interdictions plus nombreuses correspond à la signalétique des feux tricolores, et elle est motivée par la répartition des couleurs dans la nature, indépendamment de toutes les symboliques nombreuses attribuées aux couleurs. Comme l'indique Frutiger (2000 : 298), "Le rouge, couleur primaire, a été choisi comme la plus signifiante de toutes les couleurs pour les signaux d'interdiction, de diretives ou de dangers. Quantitativement parlant, le rouge n'est présent dans le paysage que par petites touches, jamais par de grandes surfaces. Son usage découle donc du fait qu'il est, dans la nature, la plus voyante des teintes, et qu'il n'apparaît, toujours en tant que couleur primaire, que de manière ponctuelle (sur les fleurs, par exemple). Inversement, le vert, toujours présent sur de grandes surfaces, ne convient pas pour les signaux."

– La presse avait rapporté qu'en Chine, lors de la Révolution culturelle, des gardes rouges avaient demandé que les couleurs des feux tricolores soient inversées, de façon à ce que le rouge – couleur du socialisme, de la révolution, de la marche en avant de l'humanité, etc. – soit attribué à l'autorisation d'avancer. Le Premier ministre, Zhou Enlai, les en avait dissuadés.

carte Le 23 septembre, la palette de couleurs s'enrichit (à gauche, carte d'origine sur le site du ministère). A la place du rouge, on distingue maintenant le rose pour les zones d'alerte, le rouge pour les zones d'alerte renforcée et le rouge écarlate pour les zones d'alerte maximale. Au delà, c'est l'état d'urgence sanitaire en noir et blanc. Toutes ces zones sont définies par le taux d'incidence, le taux d'incidence pour les vieux (c'est-à-dire les gens de plus de 65 ans, nouveau critère) et le taux d'occupation des lits en réanimation. A chaque zone correspondent des restrictions spécifiques. Mais d'autres cartes sont aussi publiées par les autorités, avec d'autres couleurs, celles des zones de vulnérabilité, avec différentes nuances de bleu selon le taux de vulnérabilité.

– A droite : la France du couvre-feu (à partir du 2020-10-23 et pour une durée annoncée de six semaines).
carte

A l'automne, la vogue des cartes en couleurs diminue : c'est que la France devient quasiment unicolore. Fin octobre, il n'y a plus que trois départements qui ne sont pas en vulnérabilité élevée : l'Indre, la Manche et l'Orne.

D'autres pays utilisent également des codes de couleur pour distinguer les régions selon le risque épidémique.

Dans le contexte du Covid-19, ces couleurs se chargent de multiples connotations. Au vert est attachée la perspective heureuse d'une plus grande liberté, au rouge plus ou moins foncé celle de restrictions, de contraintes plus importantes : il faut prendre son mal en patience – mais pendant combien de temps encore ?

rouge < latin rubeus. Couleur définie dans la 1ère édition du Dictionnaire de l'Académie (2,423) par référence à ce que l'on connait de rouge : "Qui eſt ſemblable à celle du feu, du ſang." Les éditions suivantes du même dictionnaire reprennent une définition semblable, avec la seule référence au sang dans la 8e édition (1935). Dans le TLFi, ajout d'une caractéristqiue physique : "d'une couleur qui parmi les couleurs fondamentales se situe à l'extrémité du spectre, et rappelle notamment la couleur du coquelicot, du rubis, du sang".

vert < latin viridis. Même type de définition dans la 1ère édition du Dictionnaire de l'Académie (2, 630), qui indique pour verd, verte : "La plupart eſcrivent vert. Qui eſt de la couleur des herbes, des feüilles d' arbre." Définition différente dans le TLFi : "qui se trouve entre le bleu et le jaune".


ski : stations de ski

Les stations de sport d'hiver sont l'objet de craintes concernant les risques de contamination. Au mois de mars, la station autrichienne de Ischgl (Tyrol) est un foyer important de contamination, lié à la fréquentation d'un bar : des milliers de gens de plusieurs dizaines de pays sont contaminés. Mais l'enjeu économique est important, surtout pour les pays alpins : Allemagne, Andorre, Autriche, Espagne, France, Italie et Suisse.

En France, les stations de ski sont fermées le 17 mars avec le premier confinement. La question de leur réouverture se pose à l'approche de l'hiver 2020-2021. Fin novembre, le Premier ministre, Jean Castex, annonce que les remontées mécaniques resteront fermées pendant les vacances de Noël sauf pour quelques catégories de personnes, est-il précisé après (notamment les sportifs de haut niveau), tandis que l'accès aux stations restera ouvert. On pourra donc aller voir la neige, et ski de fond et raquettes resteront possibles, mais pas le ski de piste. Les professionnels concernés expriment leur colère et craignent une concurrence d'autres pays où le ski alpin resterait possible. D'où les efforts – vains – de la France pour qu'il y ait une position commune des pays de l'Union européenne. Les élus des départements ou régions concernées introduisent un recours au Conseil d'Etat (on sait que les élections régionales doivent avoir lieu en 2021…) – rejeté le 2020-12-11.

Cependant, dans le courant du mois de décembre, l'épidémie continuant à se développer, différentes mesures restrictives ou dissuasives sont envisagées, en ordre dispersé, pour les vacances de Noël dans les autres pays concernés : fermeture complète des stations, limitation de l'accès à des catégories de population (populations locales, sportifs de haut niveau, etc.), obligation de quarantaine à l'arrivée ou au retour, etc.

La fermeture des stations est prolongée tout l'hiver 2020-2021.

ski < vieux-norrois skīð = ski (< morceau de bois) < germanique *skīda = morceau détaché d'autre chose ; cf. allemand Scheit = bûche, scheiden = séparer, scheitern = échouer (< se décomposer en morceaux).


soignant

hommage
Substantif le plus souvent employé au masculin pluriel, à valeur générique, pour désigner l'ensemble des professionnels de santé, dont la fonction est de participer au traitement, à l'encadrement et au transport de personnes malades : médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, etc. Son emploi est en concurrence avec le collectif personnel soignant (cf. aussi personnel de santé, personnel médical), dont il constitue en quelque sorte une variante courte. Quand il s'agit de représenter une seule personne, on utilise le plus souvent le terme spécifique correspondant à sa fonction (la/une chirurgienne, le/un infirmier, etc.).

Paris, rue Saint-Antoine, 2020-05-11.

– Dans cette affaire sérieuse, de vie ou de mort, les fantaisies graphiques correspondant à l'écriture dite "inclusive" telles que soignant.e.s ou soignant.es sont reléguées aux oubliettes. Selon les statistiques de Google (consultées le 2021-08-02), elles n'apparaissent (en liaison avec "covid") que sur moins de 1 % des pages web recensées, et généralement – comme d'habitude – de façon incohérente. Idem pour "professionnel.es de danté" et "professionnel.le.s de santé" – à la place de "professionnels de santé".

< participe présent du verbe soigner < (par dérivation) soin (substantif). Cependant, soignant est attesté antérieurement au verbe, ce qui amène à le dériver d'une locution avoir soin de.

L'étymologie de soin/soigner est incertaine. Deux hypothèses sont avancées : selon FEW (17 : 272-282), il dériverait du bas-latin sonium (= souci) ; selon Rey (1998), il serait à relier au francique *sunnja – hypothèse rejetée par FEW en raison de la différence de genre.


stade : stade 1, 2, 3, 4

Les différents stades de développement d'une épidémie ont été définis en France dans le Plan national de prévention et de lutte "Pandémie grippale" adopté en 2011, à la suite de l'épidémie de grippe A H1N1 de 2009. Ces quatre stades sont :

  – stade 1 : freiner l'introduction du virus sur le territoire national
– stade 2 : freiner la propagation du virus sur le territoire
– stade 3 : atténuer les effets de la vague épidémique
– stade 4 : revenir à la situation antérieure

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_Pandemie_Grippale_2011.pdf, consulté le 2020-03-30.

stade = (dans ce contexte) "chacune des phases d'une évolution, qui se succèdent selon un ordre généralement connu et immuable et qui sont caractérisées par des phénomènes notoires" (TLFi) < latin stadium < grec στάδιον (stádion) = "stade, mesure de 600 pieds grecs : carrière de la longueur du stade, course, combat dans le stade" (Alexandre 1874 : 1307). Selon Rey (1998 : 3629), stade est employé à partir du début du XIXe siècle avec le sens ici en cause dans le domaine médical, "probablement d'après l'anglais stadium (1669)" et avec le sens plus général indiqué plus haut à partir du troisième quart du XIXe siècle.

    Brève chronologie des stades en France

– Document de synthèse : rapport de la mission d'information de l'Assemblée nationale, 3 juin 2020.
http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/covid19/l15b3053_rapport-information.pdf, consulté le 2020-06-07.

"il se passe un truc où il y a trois Chinois qui meurent…"

Didier Raoult
, professeur de microbiologie, spécialiste des maladies infectieuses, directeur de l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, le 21 janvier, sur sa chaine Youtube : "C'est un monde de fous… Moi, ce qui se passe, le fait que des gens soient morts de coronavirus en Chine, vous savez, je ne me sens pas tellement concerné. […] Le monde est devenu complètement fou, c'est-à-dire qu'il se passe un truc où il y a trois Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale, l'OMS s'en mêle, ça passe à la radio et à la télévision…"
    https://www.youtube.com/watch?v=qoBoryHuZ6E, consulté le 2020-08-20 ; transcription d'après la vidéo.

Les premiers cas liés au Sars-CoV-2 sont enregistrés fin janvier en France : il s'agit de trois personnes de retour de Wuhan. L'épidémie semble très lointaine, et les mesures draconiennes prises par la Chine (le confinement) bien chinoises : cinquante millions de personnes confinées ! Inimaginable en France. Les manifestations d'hostilité vis-à-vis des gens de type asiatique se multiplient dans le pays. Les restaurants asiatiques sont désertés. Les économistes s'inquiètent des répercussions des mesures de confinement prises en Chine sur l'économie mondiale.

Courant février, tout s'accélère. Plusieurs clusters sont repérés aux Contamines-Montjoie, à Mulhouse, dans l'Oise. On y instaure les premières mesures de limitation des contacts entre personnes. On en arrive au stade 2. Les possibilités de rassemblement sont restreintes. Les cas de contamination se multiplient. L'inquiétude monte. Début mars, le passage au stade 3 parait de plus en plus inévitable et imminent : demain ? après-demain ? Dans les magasins, les rayons pâtes et papier-toilette sont dévalisés. Le 11 mars, les visites sont suspendues dans les Ehpads (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) (voir Robine 2020).
pates
 Rayon pâtes de l'hypermarché Leclerc, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), 2020-03-03.

   Confinement

Le stade 3 est déclenché le 14 mars. De nombreux lieux publics, les établissements d'enseignement, les cafés et les restaurants, les salles de spectacles, les musées sont fermés. On appelle à éviter tout rassemblement. Il faut freiner, ralentir au maximum l'extension de l'épidémie : face à l'afflux de cas graves, il faut que les établissements hospitaliers puissent tenir. A partir du 17 mars, 12 heures, le confinement généralisé de la population est décidé pour deux semaines. Un renforcement du confinement avec notamment la fermeture des marchés, sauf dérogation, est décrété le 23 mars. L'état d'urgence sanitaire est adopté par la "loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19". Le 27 mars, le confinement est prolongé jusqu'au 15 avril.

Décret du 16 mars : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/3/16/PRMX2007858D/jo/texte, consulté le 2020-03-30.
Arrêté du 23 mars : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2020/3/23/SSAX2007864A/jo/texte, consulté le 2020-03-30.
Loi du 23 mars : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2020/3/23/PRMX2007883L/jo/texte, consulté le 2020-03-30.

Face à la généralisation du confinement dans de nombreux pays, les responsables et les spécialistes de l'économie évoquent une crise sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, voire même depuis la crise de 1929. Les plans qui sont élaborés un peu partout portent sur des dizaines et des centaines de milliards d'euros. Malgré les mesures prises pour le limiter, le chômage et le chômage partiel explosent. Le nombre de gens qui ont recours à l'aide alimentaire s'accroit.

On s'attend généralement à ce que le confinement dure en France au-delà du 15 avril : jusqu'à la fin du mois ? plus tard ? et les vacances d'été ?? Réponse précise d'Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, le 7 avril : "Le confinement durera aussi longtemps qu'il est nécessaire qu'il dure." (dans "Bourdin direct". N.B. Belle phrase pour l'entrainement à l'analyse syntaxique !). En tout cas, le 1er avril, Le Canard enchaîné titre :

avril

Economie au ralenti, villes désertées, trafic routier, ferroviaire et aérien réduit : une conséquence en est une baisse temporaire, mais importante, de la pollution. Dans les villes, la nature reprend ses droits, comme on dit, et les oiseaux s'en donnent à cœur joie. Y compris les pigeons sur les voitures confinées sous un arbre…

    – Ci-contre, Maisons-Alfort (Val-de-Marne), rue Jean-Jaurès, 2020-04-20.

    – Fin mars, on a vu des canards se promener tranquillement devant la Comédie française :
    https://www.youtube.com/watch?v=e3FgDKS0tx0 , consulté le 2020-08-07.
    – Voir aussi cette vidéo de cerfs se promenant dans les rues de Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne)
    (sur le compte Twitter de Matthieu Weimann, 2020-04-12).
    https://twitter.com/i/status/1249292472443908097, consulté le 2020-04-13.
voiture

Cependant, le 13 avril est annoncée – sans surprise – la prolongation du confinement jusqu'au 11 mai. On en retient surtout que le déconfinement commencera à cette date, et on ne parle désormais plus que de ça… La date du 11 mai cristallise tous les espoirs… et toutes les craintes  – sans parler des incessantes petites polémiques.

Le plan de déconfinement est préparé à partir de début avril par un haut fonctionnaire inconnu du grand public, Jean Castex, immédiatement appelé "monsieur Déconfinement". Trois mois plus tard, il est nommé Premier ministre (3 juillet).

   Déconfinement

Enfin arrive ce 11 mai tant attendu, après cinquante-cinq jours de confinement. On dit que les carnets de rendez-vous des coiffeurs sont pleins, certains auraient même ouvert leur salon dès 0 h 01…

Comme dans les autres pays, le déconfinement apparait très progressif et se décompose en plusieurs phases (terme issu du grec φάσις, qui renvoie aux phases de la lune et à l'apparition d'une étoile – seul sens attesté dans les dictionnaires de référence avant le 6e édition du Dictionnaire de l'Académie – 1835). A chaque phase correspond une restriction des restrictions, c'est-à-dire une extension des libertés. Si pendant le confinement, on ne pouvait aller se promener qu'à un kilomètre autour de chez soi, en phase 1 du déconfinement, la limite est portée à cent kilomètres, en phase 2 (à partir du 2 juin), cette limite disparait, ensuite les frontières nationales devraient s'ouvrir, puis les frontières de l'Union européenne. Petit à petit, annonce Edouard Philippe, Premier ministre, le 28 mai, "la liberté va redevenir la règle, la restriction l'exception".

En phase 1, il y avait des zones vertes et des zones rouges, en phase 2, toute la métropole est en vert sauf l'Ile-de-France qui passe en orange (quand même moins humiliant et traumatisant que le rouge), avec des critères et des seuils différents. Mais vert ou orange, les autorités rappellent sans relâche la nécessité du respect de la distanciation physique et des gestes barrières.

metrometro
metrometrometro
Le métro parisien, dont soixante stations sont fermées, est décoré de milliers de petites affiches sur les murs, sur les portes, sur les sièges, sur le sol. Elles rappellent les règles à respecter.
Les craintes liées à l'utilisation des transports en commun ont un effet immédiat : le recours accru au vélo, avec l'aménagement de nouvelles pistes cyclables (les coronapistes). Du 11 au 31 mai, on enregistre à Paris 54 % de passages de vélos de plus que dans la même période de 2019. Hausse qui se poursuit ensuite.
  https://www.velo-territoires.org/wp-content/uploads/2020/06/Bulletin-frquentation-vlo-et-dconfinement-2.pdf,
consulté le 2020-06-05.

– Ci-contre : Paris, rue de Rivoli, 2020-05-28.

Le 15 juin, l'Ile de France passe en zone verte et le retour à une certaine normalité s'accélère dans tout le pays. Dans son adresse aux Français du 14 juin, le président de la République indique qu'ainsi se tourne "la page du premier acte de la crise". On ignore combien d'actes la pièce aura au bout du compte.

– Une vidéo des Goguettes se situe dans l'atmosphère de ces temps de déconfinement. C'est une tragédie, avec la princesse Chloroquine et le consul Altovirus : O postillons maudits !
    https://www.youtube.com/watch?v=Nf8nA8_p5Y8, consulté le 2020-06-23.

velo

Les dispositions du déconfinement sont précisées par le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé.
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000042105897, consulté le 2020-09-07.

Des mesures de distanciation physique continuent d'être prônées, spécialement pour les lieux clos, où le port du masque est rendu obligatoire à partir du 20 juillet (voir photos ci-dessous), avant de l'être début aout à l'extérieur dans certaines communes ou certains lieux et fin aout dans tout Paris et la petite couronne. Des restrictions de plus en plus importantes valent également pour les voyages dans ou à partir de nombreux pays étrangers. Pratiquement, c'est comme comme un confinement à l'intérieur de l'hexagone…

boulanger eglise
A gauche : boulangerie Les 2 A-Mie, Séméac (Hautes-Pyrénées), 2020-08-26 ; "en cas de désaccord", les numéros de téléphone de l'Elysée et de Matignon sont indiqués…

Ci-dessus : église d'Ormonville-la-Petite (Manche), 2020-07-22.
A droite : église Sainte-Marguerite, Paris-11e, 2020-10-14.
eglise

Cependant, avec les vacances, les migrations estivales et le relâchement des mesures de protection, on assiste à une recrudescence plus ou moins forte des cas de contamination un peu partout en Europe – et à de nouvelles mesures, en France et ailleurs.

Concernant le port du masque, désormais obligatoire dans les entreprises, les établissements scolaires et à l'extérieur dans de nombreuses villes, Emmanuel Macron répond ainsi aux récriminations lors d'une visite dans une entreprise pharmaceutique à Villeneuve-la-Garenne le 2020-08-28 :

Comme vous, je n’aime pas porter un masque, mais on doit un peu apprendre à vivre avec ça. C’est gênant, c’est pénible. Les gestes barrières, nous qui sommes un peuple latin, ce n’est pas naturel dans nos habitudes. Mais c'est une contrainte qui est raisonnable, que nous devons accepter pendant un temps, parce qu'elle permet de ralentir la circulation de ce virus et justement, elle permet à l'activité économique de repartir dans de bonnes conditions.
    https://www.youtube.com/watch?v=QCMKrcK0LcI, consulté le 2020-09-05 (transcirption d'après la vidéo).

Masques : le bon exemple

En visite à Condom (Gers) le 2020-09-18 pour les journées du patrimoine, Emmanuel Macron se prête à une séance photo avec des enfants. Un parent :
– On pourrait pas faire une photo sans le masque ?
– Non non non… Ben oui, regardez, si moi, je donne pas l'exemple, je vais me faire rouspéter, et après, tout le monde va dire : On peut l'enlever.
– Dix secondes !
– Non non, y a pas de…Non non, faut faire gaffe.

    https://www.bfmtv.com/politique/si-je-ne-donne-pas-l-exemple-je-vais-me-faire-rouspeter-macron-refuse-d-oter-son-masque-pour-une-photo_AV-202009180223.html,
    consulté le 2020-09-18 (transcription d'après la vidéo).

Et pourtant… deux mois plus tard, le 17 décembre, on apprend qu'Emmanuel Macron a été testé positif. Il se rétablit rapidement.

A propos des opposants au port obligatoire du masque et des actions judiciaires menées à ce sujet, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, indique le 2020-09-08 sur France Inter que pour éviter une seconde vague, il faut "qu'on passe plus de temps et d'énergie à porter correctement son masque qu'à saisir les tribunaux pour qu'on fasse en sorte d'interdire le porte de masques en milieu extérieur."
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-08-septembre-2020, consulté le 2020-09-08 (transcirption d'après la vidéo).

Masques… comme le Coca et le Nutella

Courant aout, la production et l'importation de masques pour le grand public sont plus importantes que la demande. Conséquence : on s'attend à une forte baisse du prix de vente des masques. Réaction de Thierry Cotillard, président d'Intermarché, interviewé le 2020-08-08 par le Journal du dimanche : "Les masques vont devenir un produit d'appel au même titre que le Coca-Cola ou le Nutella, toutes les enseignes s'apprêtent à faire des offres comerciales pour la rentrée." – En janvier 2018, en toute illégalité, Intermarché avait vendu des pots de Nutella à 70 % de réduction, ce qui avait entrainé des bousculades et des scènes de quasi-émeute dans certains magasins.
    https://www.lejdd.fr/Societe/covid-19-les-prix-des-masques-vont-baisser-a-la-rentree-3984864, consulté le 2020-09-06 (réservé aux abonnés).

   A la rentrée de septembre

Début septembre, c'est la rentrée scolaire, après d'un semestre d'interruption : masques obligatoires pour enseignants et élèves de plus de onze ans, dans le contexte de recrudescence de l'épidémie. Le 26 aout, le Canard enchaîné titre :

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La recrudescence de l'épidémie, avec des chiffres journaliers de cas confirmés en très nette augmentation, entraine de nouvelles séries de mesures de restriction dans les zones considérées comme les plus menacées (zones d'alerte renforcée, zones d'alerte maximale), pour les rassemblements et les lieux de rassemblement. Restrictions plus importantes dans les zones d'alerte maximale : Marseille à partir du 23 septembre, Paris et la petite couronne à partir du 4 octobre, d'autres grandes villes peu après. A Marseille, vives réactions à ces mesures, dénoncées par les professionnels concernés (propriétaires de bars et restaurants) et par la classe politique locale (toutes couleurs confondues). Des recours sont déposés devant les tribunaux (comme aussi à Madrid, bouclé fin septembre, ou à Berlin, mi-octobre). Mi-octobre, face à ce qu'on nomme désormais "deuxième vague", les mesures restrictives s'accroissent en particulier dans les métropoles où le virus circule le plus activement : à partir du 17 octobre, un couvre-feu y est instauré de 21 heures à 6 heures du matin, et moins d'une semaine plus tard, il est étendu et concerne désormais 54 départements, qui comprennent plus des deux tiers des habitants. Généralement bien respecté, le couvre-feu a néanmoins donné lieu à 4 777 verbalisations en moins d'une semaine (information donnée par le Premier ministre le 2020-10-22).

Mesures "difficiles à prendre", dit le gouvernement, mesures "difficiles à comprendre", disent les élus marseillais les plus modérés. – Mais quelques jours plus tôt, le 15 septembre, Michael Ryan, directeur exécutif chargé du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire à l'OMS, pose la question ainsi : "So, what is more important ? Are children back at school ? Are the nightclubs and the bars open ? I think these are decisions that we have to make in coming into the winter months.” Et lors de son audition au Sénat, le 24 septembre, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, évoque "des études qui montrent qu'il y a quatre fois plus de risques d'être contaminé au Covid quand on a fréquenté un bar dans les jours avant, que quand on n'a pas fréquenté de bars." (transcription d'après les vidéos)

Cette recrudescence n'est pas limitée à la France : en octobre, elle affecte plus ou moins fortement tous les pays d'Europe, y compris ceux qui paraissaient jusqu'alors relativement épargnés comme les pays d'Europe orientale. Dans la seconde quinzaine d'octobre, les pays de l'Union européenne les plus touchés (nouveaux cas pour 100 000 habitants) sont la république Tchèque, la Belgique, les Pays-Bas, la France, et en Europe hors UE, la Suisse, mais les choses évoluent vite : mi-octobre, l'Italie faisait figure de "bon élève" (comme on a dit) parmi les pays européens, quinze jours après, les chiffres de contamination et de mortalité s'envolaient. – Des mesures restrictives (couvre-feu, confinement, fermeture des magasins, des restaurants, des écoles, etc.) sont prises un peu partout en Europe.

   Reconfinement

Vu la forte recrudescence des cas de contamination que le couvre-feu n'a pas permis d'endiguer, toute la France est reconfinée le 30 octobre et pour une durée d'un mois : seuls les commerces essentiels, les écoles, les collègues et les lycées restent ouverts, le télétravail est obligatoire quand les conditions le permettent, les déplacements ne sont autorisés que par dérogation (dans un rayon d'un tout petit kilomètre pour promenade et activités sportives individuelles en plein air et pendant une toute petite heure par jour), les parcs, jardins et forêts restent ouverts.

Du fait d'une certaine amélioration des différents indicateurs sanitaires (on dit que le pic est passé), le confinement est allègé le 28 novembre. Il est levé le 15 décembre, mais des restrictions demeurent, les conditions sanitaires ne s'étant pas améliorées autant que prévu. Entre autres, bars, restaurants et bien sûr discothèques restent porte close.

  Les représentants des secteurs fermés ou pour lesquels la réouverture est différée ou soumise à des restrictions (bars, restaurants, stations de ski, universités, églises, etc.) expriment leur mécontement, leur incompréhension, voire leur colère, en soulignant les uns et les autres leur souci des mesures barrière, les efforts qu'ils ont faits en ce sens et les conséquences dramatiques des décisions gouvernementales pour eux ou pour leurs clientèles. Argument récurrent : si les métros et les TGV fonctionnent, pourquoi pas nous ? – Leurs voix sont souvent relayées par des élus locaux soucieux de leur électorat. Au début du reconfinement, un député, Jean-Christophe Lagarde (UDI), appelle même les maires à prendre des arrêtés (illégaux) pour l'ouverture des magasins de proximité…
– Ci-contre : dans des cafés fermés à Paris, de gros ours en peluche ont été installés à la place de consommateurs humains. Photo 2021-03-28, rue de Charonne.
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   Déconfinement partiel

Après une baisse des contaminations et des hospitalisations, on arrive vers le 10 décembre sur un plateau élevé, avec près de 14 000 nouveaux cas par jour. Du coup, la levée des restrictions au 15 décembre est moins forte qu'initialement envisagé. Les déplacements de 6 h à 20 h sont libres. Mais, à la seule exception du 24 décembre, un couvre-feu est instauré de 20 h à 6 h, y compris le 31 décembre. Les salles de spectacle, de sport, les musées, etc. restent fermés pour au moins trois semaines. Dans sa conférence de presse du 2020-12-10, le Premier ministre, Jean Castex, dit à ce sujet : "Même si tous ces établissements disposent de protocoles sanitaires, la logique que nous devons suivre est d’éviter d’accroître les flux, les concentrations, les brassages de public à un moment où nous devons continuer de les réduire autant que possible." Le 2 janvier 2021, le couvre-feu est avancé à 18 heures dans 15 départements de l'est de la France (ceux au taux d'incidence le plus élevé sont les Alpes maritimes et les Ardennes). Une semaine après, il est étendu à d'autres départements et généralisé à tout l'hexagone à partir du 16 janvier. Mais cela n'empêche pas le virus de continuer sa progression, en même temps qu'apparaissent de plus en plus de contaminations au variant britannique du virus, qui représente bientôt la très grande majorité des cas.
    https://www.youtube.com/watch?v=sBFUFOGC1RU, consulté le 2020-12-11.

Les semaines passent, les mesures de restriction se multiplient dans les départements les plus touchés (confinement à Dunkerque et dans les Alpes maritimes le week-end à partir de fin février, etc.). Le 2021-03-01, Emmanuel Macron, en visite dans un centre d'apprentissage, dit qu'il faut "tenir" encore quelques semaines, "de quatre à six semaines" – cela mènerait jusqu'aux vacances de Pâques. Mais mi-mars, des mesures de restriction plus strictes sont décidées pour l'Ile-de-France, les Hauts-de-France et les Alpes maritimes, avant d'être étendues début avril à tout l'hexagone – pour quatre semaines. On ne s'attend pas à une levée des restrictions avant l'Ascension…

   Levée progressive des restrictions

Le 19 mai, première levée des restrictions : les terrasses des cafés et des restaurants, les musées, les salles de spectacle rouvrent (avec des jauges précises). Et le 29 mai, grand concert test au palais omnisport de Bercy, avec notamment le groupe Indochine. Il s'agit en réalité d'une expérience clinique coordonnée par l'Assurance maladie – Hôpitaux de Paris : 5 000 personnes y assistent, dument sélectionnées, testées négativement au préalable et masquées, qui doivent se faire tester une semaine après ; dans le même temps, un second groupe de 2 500 personnes sélectionnées dans les mêmes conditions doit servir de groupe contrôle. L'objectif est de voir si l'impact de ce type de rassemblement sans distanciation physique possible sur le développement éventuel de contaminations.

Nouvelle phase de la levée des restrictions le 9 juin. L'obligation du masque à l'extérieur est pour l'essentiel levée le 2021-06-17 et le couvre-feu supprimé le 2021-06-20. On commence à avoir l'impression que l'on tient le bon bout… Les instituts de sondage notent une hausse substantielle de la popularité du président de la République et du Premier ministre… D'autres restrictions sont levées le 2021-07-01.

Mais déjà, une nouvelle menace plane sur l'Europe : le variant Delta, avec une quatrième vague dès l'été. Au Royaume uni, principal pays touché fin juin, on constate une augmentation substantielle des cas de contamination, qui ne s'accompagne cependant pas, du fait du déploiement de la vaccination, d'une augmentation des décès ou des cas graves nécessitant des soins critiques (réanimation). Mi-juillet, c'est au tour de l'Espagne, des Pays-Bas, de la France…

   Stade 4

La date du retour à l'état antérieur est sans cesse repoussée… – Quousque tandem abutere, coronauirus, patentia nostra ?


stop and go

Terme employé depuis plusieurs décennies en économie signifiant une alternance de mesures de freinage et de relance économique. Dans le contexte de l'épidémie, on l'emploie à partir de l'automne pour désigner l'alternance entre deux types de périodes : des périodes normales où vaut pleinement la liberté de circuler et conséquemment l'absence d'entraves pour l'activité économique, et des périodes de restrictions de cette liberté avec ses conséquences sur l'économie. Alternance vécue en France avec les deux périodes de confinement, de mars à mai et à partir d'octobre.

< anglais stop and go = arrêt et démarrage
stop < latin vulgaire stuppare = boucher (avec de l'étoupe)" (TLFi), apparenté à allemand stopfen = remplir entièrement, boucher
go < germanique *gangjan < indo-européen *ghengh = marcher.


taux

Le traitement de épidémie de Covid-19 engendre la présentation d'une multitude de taux : taux de contamination, taux de mortalité, taux de positivité, taux d'incidence, taux de vulnérabilité, taux d'hospitalisation, taux d'occupation des lits en réanimation, etc. – tous déclinés selon les lieux (quartier, ville, département, région, pays, continent), selon différents laps de temps (jours, semaines, quinzaines, mois), selon l'âge des gens (tranches d'âge variables), etc. Tous ces taux peuvent être illustrés par des graphiques (des colonnes, des courbes, des aires, des secteurs), par des cartes multicolores, ou comportant des ronds plus ou moins gros en fonction des taux, leur évolution peut aussi être présentée par une petite vidéo.

taux = "expression arithmétique de la variation dans le temps d'un élément quantifié ou de la relation existant à un moment donné entre deux éléments quantifiés" (in TLFi) < "prix que l'on doit payer pour une amende" (FEW 13,1 : 136 sq.), "Le prix eſtabli pour la vente des denrées" (Dictionnaire de l'Académie, 1ère édition, 1694 : 2, 533).
< taxer = "régler des frais de justice, les amendes" < latin taxare = (rare) "toucher fortement, frapper" > "apprécier (pour ainsi dire par le toucher) la valeur d'un objet, estimer, évaluer, fixer le prix de, taxer" (Freund 1924 : 3, 412)
< latin tangere = toucher ? ou – plutôt selon Ernout et Meillet (1959 : 678) et Walde (1910 : 765) – grec τάσσω = "taxer, évaluer, estimer".


test, tester

test, substantif masculin = "essai effectué par un procédé mettant en parallèle les résultats obtenus avec ceux d'un sujet sain ou normal." (TLFi ; il ne s'agit que de l'un des sens !). – tester, verbe ; testing, nom d'action (en concurrence avec dépistage).

Termes renvoyant, dans le contexte du Covid-19, aux différents tests pratiqués pour savoir si une personne a été contaminée par le coronavirus. Ils sont mis au point dès l'identification en Chine des spécificités du Sars-CoV-2 (10 janvier 2020). Il existe plusieurs méthodes de tests : tests virologiques appelés PCR (Polymerase Chain Reaction), tests sérologiques. La fiabilité de ces tests n'est, dit-on, pas absolue. En outre, si un test PCR permet de savoir si une personne testée est infectée et donc de la traiter et de l'isoler afin qu'elle ne contamine pas son entourage, il ne permet évidemment pas de savoir si une personne testée négative un jour le sera encore les jours suivants… Un test sérologique permet de savoir si une personne a été immunisée suite à une infection, mais cette immunité est-elle suffisante et suffisamment durable ? On ne sait pas exactement. – A ces deux types de tests s'en ajoutent deux autres : des tests dits antigéniques, moins performants, mais plus rapides à analyser (en trente minutes) et… l'utilisation de chiens "renifleurs de virus".

  positif, négatif : peut être dit d'un test (test positif, test négatif) ou d'une personne : il a été testé / il est positif/négatif.
– un faux négatif est le résultat négatif d'un test effectué sur un individu contaminé. On a cité le cas de Julie, 16 ans, testée négative à deux reprises, mais positive lors d'un troisième test et décédée peu après, le 24 mars, à l'hôpital Necker.
test Le 16 mars 2020, le directeur général de l'OMS déclare à propos des tests : "Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté par le virus. / Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez.  / Testez tous les cas suspects. / Si le résultat du test est positif, isolez-les et trouvez avec qui ils ont été en contact étroit jusqu'à deux jours avant l'apparition de leurs symptômes, et testez également ces personnes. [REMARQUE : l'OMS recommande de dépister les contacts des cas confirmés uniquement s'ils présentent des symptômes de COVID-19.]"
N.B. Cette remarque figure dans le texte publié par l'OMS. Elle est pour le moins rarement citée en même temps que ce qui précède par les journalistes et les politiques. Etonnant, non ?

https://www.who.int/fr/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---16-march-2020,
  consulté le 2020-04-25.
– Ci-dessus à gauche : extrait d'un dessin de Plantu publié en aout sur son compte Facebook.

La demande d'un "dépistage massif" de la population se fait de plus en plus forte au fur et à mesure que le confinement approche (en principe) de son terme. Mais dans aucun grand pays, il n'est envisagé au printemps de tester toute la population. – Lors de son audition à l'Assemblée nationale le 16 juin, le directeur général de la Santé indique que 1,8 million de tests PCR ont été réalisés, (dont 1,2 million depuis le 11 mai), soit 2,7 % de la population, sensiblement moins que dans les autres pays d'Europe de l'Ouest. Dans les semaines qui suivent, des campagnes de dépistage sont organisées dans des endroits où l'on assiste à une résurgence de l'épidémie, ou bien où on la craint. Fin juillet, des stands de dépistage libre et gratuit (sans ordonnance) sont organisés un peu partout et l'on y fait la queue. On teste de plus en plus : fin octobre, on dépasse le million et demi de tests par semaine, et plus de vingt millions en tout depuis le début.
test

– Ci-dessus à droite : centre de dépistage installé à Paris, place de l'Hôtel de ville, 2020-09-09, 08:48. Déjà vingt-cinq personnes qui attendent (les premières depuis plus d'une heure), alors que les tests ne commencent qu'à 10 heures. Ce sont surtout des jeunes qui viennent se faire tester. C'est d'ailleurs chez les vingt-trente ans que le taux de contamination est le plus important, souvent sans symptômes, mais non moins contaminants. – A l"été 2021, au même endroit, des tentes sont installées pour la vaccination, et on y fait également la queue.
– audition de Salomon : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/covid19/l15covid191920020_compte-rendu#, consulté le 2020-06-30.

A l'automne, face à la recrudescence de l'épidémie, des campagnes de dépistage massif sont organisées : en Slovaquie (début novembre), en Autriche, et à la mi-décembre dans deux villes françaises, Charleville-Mézières et Le Havre. Mais ces opérations reposent sur la base du volontariat. En Chine, des opérations de dépistage à grande échelle sont menées dans différentes villes dès qu'apparait un foyer de contamination qui risquerait de s'étendre. La méthode est visiblement efficace, mais dans le cas de la Chine, le dépistage est obligatoire.

   Aux origines des tests : une cruche…

< anglais test = "critical examination or trial of person's or thing's qualities" (Oxford 1105) < "ce qui permet de déterminer la qualité ou la pureté de quelque chose" (TLFi) < "alchemist's cupel used in treating gold and silver" (Weekley 1924 : 878)

< vieux-français : teste (XIIIe s.) = pot

< latin testa = "vase de terre cuite, pot cruche, urne de terre" < "terre cuite, brique, tuile" (Freund 1924 : 436) < indoeuropéen ; cf. avestique tašta = coupe, tasse (Walde 1910 : 777). – tête et ses nombreux dérivés sont de même origine : le passage du pot à la tête se fait, sur la base d'une analogie de forme, par l'intermédiaire de la boite crânienne. "Il est inutile de supposer que le sens de "crâne" provient de l'habitude qu'avaient les Barbares de boire dans des crânes", précise Ernout & Meillet (2001 : 688).

   dépistage

< dépister (XVIe s.) = "découvrir une maladie, une personne malade, grâce à des méthodes scientifiques" (TLFi), fin XIXe s. < "terme de chasse qui désigne l'action de découvrir le gibier en suivant sa traca" (Rey 1998 : 2757) < de- + -pister
piste (XVIe s.) = "trace des animaux sur le sol où ils ont marché" (Littré 1873 : 3, 1134) < italien pista, pesta < latin pistus, participe de pinsere = "broyer, piler, tasser, battre" (Freund 1924 : 2, 807) ; cf. aussi bas-latin pistare.


tracking, tracing, traçage

tracking : substantif masculin, issu de l'anglais (participe présent du verbe track) ; désigne au sens le plus général le suivi par des moyens numériques et l'analyse de comportements ou de déplacements. Le terme s'emploie notamment dans le domaine du marketing : il s'agit de pister le comportement d'individus sur Internet de façon à cibler les publicités qui lui sont adressées.

  Ce terme n'est pas entièrement nouveau. En 2000, la Commission générale de terminologie et de néologie le définit ainsi "Suivi des effets d'une opération commerciale au cours de son déroulement" et donne pistage comme équivalent français. En 2009, elle ajoute son emploi dans le domaine postal ("vérification de l'acheminement des objets postaux, qui s'appuie sur leur identification à partir de méthodes numériques") – équivalent français : suivi. Le dictionnaire Larousse donne une autre définition : "réglage, sur un magnétoscope, du mouvement de la bande magnétique, de telle sorte que la tête de lecture suive bien les pistes" – ce qui ramène quelques années en arrière… et loin du Covid-19. Le Petit Robert 2019 en ligne ne mentionne pas ce terme.

http://www.culture.fr/franceterme/, consulté le 2020-04-09.
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais, consulté le 2020-04-09.

Différents méthodes de tracking (on emploie également le terme de tracing ou de traçage) sont utilisées ou utilisables en liaison avec le Covid-19. Elles reposent essentiellement sur les potentialités des smartphones, notamment le suivi du déplacement des appareils (bornes des opérateurs téléphoniques, GPS) et des connexions entre appareils (bluetooth). Elles diffèrent par leurs finalités (suivre l'évolution de la maladie, suivre des individus contaminés) et leurs conditions d'utilisation (obligation ou volontariat, stockage des données, etc.). Comme toutes les innovations, notamment numériques, elles suscitent évidemment réticences et oppositions.

  Les premiers pays à avoir utilisé une méthode numérique de traçage sont des pays d'Extrême Orient :

– En Chine, une application permet de suivre les déplacements d'une personne et, en repérant les contacts qu'elle a eus, elle lui indique si elle a ou non le droit de se déplacer librement. Si le QR code apparait en vert, c'est bon. S'il est rouge, hop ! en quarantaine ! Voir Chen (2020 : 146), qui décrit en détail le fonctionnement du QR code dans le métro de Wuhan.
– En Corée du sud, une application permet de suivre les déplacements antérieurs d'une personne infectée et prévient alors toutes celles qu'elle a croisées.
– A Singapour, une application de permet de se signaler si l'on est testé positif ou si l'on a des symptômes. Ses contacts antérieurs sont alors aussitôt prévenus.

– Pour plus de précisions, voir la note parlementaire de Mounir Mahjoubi "Traçage des données mobiles dans la lutte contre le Covid-19", 2020-04-06.
https://fr.scribd.com/document/455371921/Tracage-des-donnees-mobiles-dans-la-lutte-contre-le-Covid-19-Note-parlementaire,
consulté le 2020-04-09.

En France, une application de traçage reposant sur le volontariat est développée, StopCovid, et son utilisation approuvée le 27 mai par l'Assemblée nationale et le Sénat. A la différence d'applications développées dans d'autres pays, StopCovid ne recourt ni aux technologies de Google ni à celles d'Apple, mais elle fonctionne évidemment avec Android et iOS… Disponible à partir du 2 juin, elle n'est téléchargée qu'un million et demi de fois dix jours plus tard et ne semble donc pas d'une grande efficacité. A la mi-aout, on indique qu'elle n'a donné lieu qu'à soixante-douze notifications. Lors d'une émission de télévision le 24 septembre, le Premier ministre, Jean Castex, dit qu'il ne l'a lui-même pas téléchargée. En octobre, elle est remplacée par une nouvelle application, TousAntiCovid, téléchargée plus de neuf millions de fois en un mois, mais tous ceux qui la téléchargent l'activent-ils ?

< anglais track : verbe = "follow the course or trail of (someone or something), typically in order to find them or note their location at various points" (New Oxford American Dictionary, sur macos)
< anglais trace : verbe = "find or discover by investigation", "find or describe the origin or development of", "follow or mark the position of (something) with one's eye, mind or finger" (id.)
< français trace = "veſtige, piſte, marque, impreſſion que laiſſe une choſe à l'endroit où elle a paſſé" (Dictionnaire de l'Académie, 1ère édition, 2, 582) < ancien-français tracier < latin tardif *tractiare < tractum, supin de trahere (= tirer, traîner ) = "suivre à la trace, chercher, traquer, poursuivre" (FEW 13/2 143-147)
< racine indoeuropéenne ; deux hypothèses correspondant à des sens différents : tirer ? ou pied (empreinte laissée par le pied) ? (Walde 1910 : 787-788, Ernout & Meillet 2001 : 698-699).


vacances d'été 2020

Dans nos représentations, les vacances sont corrélées à l'été (cf. les grandes vacances), même si l'extension des congés a créé d'autres types de vacances (vacances d'hiver, de printemps, d'automne), à la liberté (absence des contraintes professionnelles) et au voyage. C'est la période où le plus de gens sont en congé. Les vacances se distinguent du reste du temps par un changement d'activité (cessation temporaire des activités professionnelles obligées au profit d'activités librement et individuellement choisies) et souvent par un changement de lieu (partir en vacances).

Dans la situation spécifique de l'été 2020 et de la poursuite de l'épidémie, la période des vacances se double de caractéristiques spécifiques :
vac

– un relâchement dans le respect des obligations liées à la lutte contre l'épidémie : développement des relations sociales autrement que par le biais des technologies numériques, avec des rassemblements familiaux, festifs, culturels, sportifs, diminution du respect de la distanciation physique d'un mètre entre deux individus, relâchement dans le port du masque là où il est devenu obligatoire (relâchement favorisé par les fortes chaleurs), etc.
– une recrudescence de l'épidémie dans la plupart des pays de l'Union européenne – c'en est la conséquence. Le 11 aout, Emmanuel Macron rappelle dans un tweet : "L'épidémie ne prend pas de vacances."
– les restrictions des déplacements : si les déplacements à l'intérieur de l'hexagone ne connaissent pas de restrictions, celles-ci sont plus nombreuses pour les voyages à l'étranger :

vacances à l'intérieur de l'Union européenne (et des autres pays d'Europe occidentale), des restrictions variables, mais croissantes selon les pays concernent les voyages vers ou de retour des zones définies comme zones à risques ;
en dehors de l'Union européenne, une petite liste établie par l'UE indique les pays sûrs sans restriction de voyages : 11 pays au 8 aout, dont le Rwanda, l'Uruguay et la Chine ("sous réserve de réciprocité" pour ce dernier pays… ce qui n'est pas le cas), et une autre liste "rouge" indique les pays à risque élevé avec des restrictions importantes pour l'entrée dans un pays d' UE en provenance de ces pays ; en tête de liste : les Etats-Unis.

   – Précisions sur les déplacements au sein de l'Union européenne :
   https://reopen.europa.eu/fr/, consulté le 2020-08-13.

En outre, les restrictions concernant les voyages à l'étranger sont sujettes à des modifications imprévisibles.

– Ci-dessus : deux extraits d'un dessin de Plantu (Vacances pourries) publié en aout sur son compte Facebook.

Conséquences : peu de voyages à l'étranger pour les résidents français, qui passent donc leurs vacances en France (qu'ils partent en vacances ou non), et peu de touristes étrangers en France, alors qu'il y en avait eu quatre-vingt dix millions en 2019. Paris, qui avait accueilli près de quarante millions de touristes en 2019, semble désert, surtout pendant la première quinzaine d'aout quand nombre de Parisiens sont partis.

Globalement, le tourisme est en berne, avec toutes les conséquences que cela a, pour l'économie, pour l'emploi et pour la vie des gens.

… Le temps passe et, au printemps 2021, l'épidémie n'est pas encore maitrisée. Du coup se repose la question : qu'en sera-t-il des prochaines vacances d'été ? Mais peu à peu, l'horizon semble s'éclaircir.

– vacances (féminin pluriel) n'est attesté qu'à partir de la seconde moitié du XIXe siècle au sens actuel. Littré (1873 : 4, 2405) définit le terme ainsi : "temps durant lequel les études cessent dans les écoles, dans les colléges". Le premier sens attesté, au siingulier, est celui d'un emploi officiel inoccupé temporairement, d'une "période où les tribunaux interrompent leurs travaux" (fin XVIe, TLFi). Mais le sens de loisir – lié à l'absence de contraintes professionnelles – est déjà attesté en latin.

> latin uacantia, féminin < neutre pluriel de uacans, participe présent de uacare = "loisir, vacance" (Freund 1924 : 3, 535) > latin uacare : "être vide, libre, inoccupé, vacant, n'avoir pas, être sans" > "être libre de travail, inoccupé, oisif, avoir le temps, le loisir" > "être libre pour une chose, avoir le loisir de s'en occuper, et par suite, s'en occuper, y donner ses soins, vaquer à ; s'adonner à" (Freund 1924 : 3, 536)


vaccin

Un vaccin pour le Sars-CoV-2 ? Les scientifiques de différents pays s'activent pour en trouver un. A la fin de l'été, plusieurs vaccins sont en phase de test. On en annonce pour l'automne… peut-être, ou plus vraisemblablement pour 2021. On parle en tout cas de course contre la montre entre les pays, les enjeux économiques, politiques, sanitaires étant énormes.

Deux expressions temporelles, qui reviennent fréquemment dans les échanges langagiers, désignent le même laps de temps : tant qu'on n'a pas trouvé de vaccin, jusqu'à ce qu'on ait trouvé un vaccin. Le terme ultime ne correspond pas exactement à ce qui est exprimé : entre la découverte d'un vaccin, sa production en masse et la vaccination de toute une population, il peut s'écouler un certain temps…

Quoi qu'il en soit, le terme vaccin se charge de connotations plus que positives : le vaccin est vu comme la solution au problème de la pandémie – l'espoir, donc, et le rêve ! Jusqu'à ce qu'on en ait trouvé un, la situation relèverait plutôt du cauchemar… Faute de vaccin, les espoirs se reportent sur un usage dit "massif" des tests et des masques, mais les autorités rappellent sans cesse l'importance décisive du respect des gestes barrières et de la distanciation sociale : tests et masques ne sont pas la panacée. Et le vaccin lui-même permettrait-il à lui seul de mettre rapidement fin à l'épidémie ?

… Courant octobre 2020, les choses s'accélèrent, plusieurs vaccins sont annoncés. Le 18 novembre, le Canard enchaîné titre ː

canard

Des incertitudes demeurent : le vaccin immunise les personnes contre des formes graves de la maladie, mais bloque-t-il aussi la transmission du virus ? combien de temps l'immunité dure-t-elle ? faudra-t-il un rappel au bout de quelques mois ? Faute de recul, on n'en sait évidemment encore rien.

Quoi qu'il en soit, la vaccination commence le dimanche 27 décembre 2020 dans tous les pays de l'Union européenne avec deux, et bientôt quatre vaccins homologués par les autorités sanitaires. Les médias donnent l'âge des premiers vaccinés (en Allemagne Edith, 101 ans, en France Mauricette, 78 ans, etc.), qui sont applaudis, filmés. Les premiers à être vaccinés sont les résidents et les personnels vulnérables des Ehpads, viennent ensuite les vieux et autres personnes fragiles et vulnérables, et petit à petit le reste de la population adulte, mais le rythme de vaccination dépend du nombre de vaccins produits, achetés et livrés. Les commandes et la répartition sont gérées par l'Union européenne, ce qui évite une foire d'empoigne dont les pays les moins riches de l'UE risqueraient de faire les frais. D'après des sondages publiés en décembre, la moitié des personnes interrogées disent ne pas vouloir se faire vacciner, mais il semble que petit à petit, on en ait de plus en plus envie, et le plus tôt possible. Pourtant, à la fin du printemps 2021, on s'inquiète d'un ralentissement de la vaccination dans la population. Plus inquiétant encore : le taux de vaccination des soignants est nettement inférieur à celui de la population générale…

Evidemment, le démarrage de la campagne de vaccination début janvier étant plus précautionneux et plus lent en France que dans d'autres pays européens, on assiste à une explosion de polémiques – "naufrage", "fiasco", "scandale d'Etat", etc. etc. Mais fin janvier 2021, ce retard au démarrage est rattrapé, et un million cinq cent mille personnes ont déjà reçu une première dose. Fin février, on en est à trois millions, dix millions le 9 avril, 20 millions le 15 mai, 40 millions fin juillet… Le rythme des vaccinations, conditionné les premiers mois par le rythme des livraisons et donc de la production, est à peu près le même dans tous les pays de l'Union européenne et il s'accélère au fil de l'augmentation des livraisons. Au printemps, la Hongrie est nettement en avance dans la vaccination par rapport aux autres pays de l'UE, car elle utilise aussi des vaccins non encore homologués par les autorités européennes (Spoutnik V et Sinopharm).

Avec la reflux des contaminations, la levée des restrictions et le début de l'été, le rythme de la vaccination se ralentit en France. Dans le cas particulier des soignants de diverses catégories, le taux de vaccination est estimé très insuffisant, et les voix se multiplient en faveur de l'obligation de vaccination pour eux. Mais l'annonce par Emmanuel Macron le 12 juillet 2021 que la vaccination sera obligatoire pour les soignants et d'autres professions et que le pass sanitaire sera désormais obligatoire pour pénétrer dans les lieux publics entraine immédiatement une forte accélération du nombre de doses injectées.

Mais globalement, c'est, au printemps 2021, dans les pays développés d'Europe et d'Amérique du nord (qui ont réservé la plus grande partie de la production) et en Chine (1,3 milliards de doses administrées) que la vaccination est la plus avancée. La situation est tout à fait différente dans les pays à bas revenu ou à revenu moyen, surtout en Afrique, où la vaccination ne démarre que très lentement, en raison de multiples obstacles, et d'abord d'ordre financier. Le 12 juin, les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume Uni) s'engagent à fournir un milliard de doses aux pays du sud – en 2021 et 2022. Le directeur général de l'OMS s'en félicite deux jours après lors de son point de presse, mais il fait remarquer que "the virus is moving faster than the global distribution of vaccines. […] These communities need vaccines and they need them now, not next year."
    https://www.pscp.tv/w/1PlKQPNjvoMxE, consulté le 2021-06-15.

Même dans des pays à revenu supérieur, comme en Australie, en Corée du sud, au Japon ou en Nouvelle Zélande, de même que sur l'ile de Taiwan, les taux de vaccination sont très en deça de ceux de l'UE, eux-mêmes inférieurs à ceux d'Israel, des Etats-Unis ou du Royaume uni (situation à fin mai 2021). Mais les choses changent vite.

Parmi les différents vaccins en circulation, trois font un peu plus parler d'eux.

– Le vaccin AstraZenica est d'abord décommandé aux plus de soixante-cinq ans et quelques semaines après, il est décommandé aux moins de cinquante-cinq ans, en raison de quelques dizaines de cas de thrombose, dont certains mortels (sur quelques dizaines de millions d'injections) ; d'où une méfiance accrue des gens vis-à-vis de ce vaccin, et cela même si on pu voir à la télévision Olivier Véran et Jean Castex se le faire injecter. En outre, il serait moins efficace contre les variants que d'autres vaccins. Bref, concrètement, plus personne n'en veut, et pas seulement en France. Mais alors, que faire des doses livrées ?
– Le second vaccin qui fait parler de lui est le vaccin russe, appelé Spoutnik V, dont l'homologation par les autorités sanitaires européennes ne doit pas intervenir avant la fin du printemps 2021. Mais les capacités de production de la Russie sont limitées, et en Russie même, la vaccination de la population est (fin mai) très en retard par rapport aux pays de l'Union européenne.
– Le vaccin chinois de Sinovac a une efficacité variable (selon les études), mais d'au minimum de 50,65 %, c'est-à-dire moins que les vaccins occidentaux, mais suffisamment pour être pris en considération par l'OMS. Lors d'une conférence à Chendu le 2021-04-11, Gao Fu, directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, évoque entre autres cette question et les pistes pour augmenter l'efficacité de la vaccination. C'est aussitôt présenté dans certains médias occidentaux comme "un aveu de faiblesse rare de la part d'un haut responsable chinois" (Le Monde, 2021-04-10). – Voir les précisions de Gao Fu dans Global Times 2021-04-11. Selon des études préliminaires mentionnées par Zhong Nanshan cité par Global Times le 2021-08-02., ce vaccin protège à 100 % de formes sévères dans le cas du variant Delta, et à 63,2 % de formes asymptomatiques
    https://www.globaltimes.cn/page/202104/1220774.shtml, consulté le 2021-04-13.
    https://www.scmp.com/news/china/science/article/3129053/china-considers-mixing-covid-19-vaccines-offer-more-protection, consulté le 2021-04-14.
    https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-who-china-vaccines-idUSKBN2BN1K8, consulté le 2021-04-14.

    https://www.globaltimes.cn/page/202108/1230331.shtml, consulté le 2021-08-03.

A la date du 2021-06-01, sept vaccins sont homologués par l'OMS (on les appelle par le nom de l'entreprise qui les produit) : Pfizer, Moderna, AstraZenica, Janssen, un vaccin indien et deux vaccins chinois, Sinopharm et Sinovac. Seuls les quatre premiers sont homologués dans l'Union européenne.  Le vaccin Janssen ne nécessite qu'une dose, les trois autres deux.

A l'été 2021 commence à se poser la question d'une troisième dose : fin juillet, elle commence à être injectée à certaines personnes en Israel, mais le 2021-08-04, le directeur général de l'OMS rappelle que la priorité devrait‡ aller d'abord aux pays où le taux de vaccination est encore très faible :

So far, more than 4 billion vaccine doses have been administered globally. More than 80% have gone to high- and upper-middle income countries, even though they account for less than half of the world’s population. / I understand the concern of all governments to protect their people from the Delta variant. / But we cannot accept countries that have already used most of the global supply of vaccines using even more of it, while the world’s most vulnerable people remain unprotected. / […] / We need an urgent reversal, from the majority of vaccines going to high-income countries, to the majority going to low-income countries. / Accordingly, WHO is calling for a moratorium on boosters until at least the end of September, to enable at least 10% of the population of every country to be vaccinated.
    https://www.who.int/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-4-august-2021, consulté le 2021-08-04.

   diplomatie vaccinale

On a appelé diplomatie vaccinale la politique menée tant par la Russie que par la Chine pour la diffusion de leurs vaccins à des pays étrangers – cette politique étant dénoncée dans les pays occidentaux comme un moyen de renforcer leur influence. Mais les pays occidentaux ne sont pas en reste : voir les livraisons de vaccins à la Tunisie par la France, à l'Ouzbékistan par les Etats-Unis (pour ne citer que deux exemples).

Dans le cas de l'ile de Taiwan, qui connait une certaine flambée de contaminations au printemps 2021 et qui compte fin mai seulement 1 % de personnes vaccinées, les autorités taiwanaises refusent les doses que la Chine propose de lui livrer. Le Japon décide de lui fournir plus d'un million de doses d'AstraZenica qu'il a approuvé mais n'utilise pas en raison des incertitudes sur les risques qu'il implique… Les Etats-Unis annoncent aussi livrer à Taiwan 750 000 doses du vaccin Pfizer (et le double dans un second temps) prélevées sur leurs importants surplus. Dans le même temps, les autorités taiwanaises accusent la Chine d'utiliser la question des vaccins pour faire pression sur certains des quinze Etats qui ont encore des relations diplomatiques avec Taiwan…

   A l'origine des vaccins : des vaches…

Le sens actuel de vaccin date de la deuxième moitié du XIXe siècle : "substance préparée en laboratoire à partir de microorganismes (tués, inactifs ou atténués) et qui, inoculée à un être vivant, l'immunise ou l'aide à lutter contre une maladie infectieuse (déterminée par le même microorganisme) grâce à la formation d'anticorps spécifiques" (TLFi). C'est là une extension référentielle par appauvrissement sémantique du sens de vaccin depuis le début du XIXe siècle, elle-même liée aux progrès de la science et à la découverte de vaccins pour de nouvelles maladies infectieuses : "matière tirée de certaines pustules qui se forment au pis des vaches, ou de celles qui sont produites par la vaccination, et qu'on inocule pour préserver de la petite vérole" (Dictionnaire de l'Académie, 6e édition, 1835 ; N.B. Jolie définition circulaire : le vaccin, matière éventuellement produite par la vaccination…). De même, Littré (1974 : 4,1406) : "Virus particulier, doué de la propriété de préserver de la variole, ainsi appelé parce qu'il a été recueilli primitivement dans des pustules qui surviennent quelquefois au pis des vaches, et qu'on appelle cow-pox."

< vaccine (XVIIIe siècle) = "maladie éruptive et contagieuse propre à la vache" (FEW 15, 106-107) < adjectif latin uaccinus = se rapporte à la vache < uacca = vache. Selon Ernout & Meillet (2001 : 710), "Le vocabulaire général de l'indo-européen n'avait pas de termes différents pour le mâle et la femelle des animaux domestiques (v. bōs) ; uacca doit être un terme d'éleveur, et le cc géminé de type populaire y est à sa place."

voirPlus de précisions sur bos et d'autres termes semblables en indo-européen ancien

– Comme pour trois des produits utilisés en France, la vaccination nécessite deux doses, on parle de vaccination partielle (avec une dose) ou de primo-vaccinés, et de vaccination complète avec deux doses.

   Faute de vaccin : autres solutions envisageables ?

– Faire du sport sur glace, aller au sauna et boire de la vodka ?

Dans une interview à la télévision fin mars 2020, Alâksandr Pygoravìč Lukašènka (Loukachenko), président du Bélarus, indique plusieurs remèdes contre le Covid-19 : faire du sport, surtout du sport sur glace, aller au sauna, et ne pas se contenter de se laver les mains : boire une bonne rasade de vodka. Selon CNN, ""I once mentioned that people need to go to banya to fight different viruses, this one included, since Covid-19 doesn't like high temperatures and dies at +60 C, as the experts informed me," Lukashenko said, adding that if you don't have hand sanitizer, drink vodka. / "When you get out of sauna you shouldn't just wash your hands — down a shot of vodka,""

   Sources (consultées le 2020-08-09) :
   – CNN, 2020-03-31 : https://edition.cnn.com/2020/03/30/europe/soviet-strongmen-coronavirus-intl/index.html
   – Extrait de l'interview : https://www.youtube.com/watch?v=4IwEJPrPVp4

Pratiquer des injections d'eau de Javel dans le corps ? 

Le 23 avril 2020, Donald Trump, président des Etats-Unis, suggère des injections de désinfectant pour tuer le virus : "And then I see the disinfectant, where it knocks it [= the virus] out in a minute. One minute ! And is there a way we can do something like that, by injection inside or almost a cleaning. Because you see it gets in the lungs and it does a tremedous number on the lungs. So it would be interesting to check that. So, that, you're going to have to use medical doctors with. But it sounds interesting to me."
Le lendemain, suite aux réactions scandalisées et inquiètes à ses propos, Trump affirme que ce n'était qu'une question "sarcastique" adressée aux journalistes… Son concurrent démocrate à l'élection présidentielle, Joe Biden, tweete néanmoins : "I can’t believe I have to say this, but please don’t drink bleach."
  https://www.theguardian.com/world/2020/apr/23/trump-coronavirus-treatment-disinfectant,
consulté le 2020-04-24.

– ci-contre : dessin de Plantu, publié le 2020-03-24 sur son compte Facebook. – Didier Raoult (à droite), directeur de l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (Marseille), a préconisé un traitement (contesté) du Covid-19 à l'hydroxychloroquine, traitement aussitôt recommandé par Trump.
https://www.facebook.com/Plantu.page.officielle/photos/a.698709623533980/3628690823869164/, consulté le 2020-09-24.
trump

Supprimer les consonnes dangereuses ?

L'idée vient d'un professeur de physique en prépa à Dijon, François Pla. Pour éviter les postillons et réduire ainsi la circulation du virus, il faut modifier l'inventaire phonétique, supprimer les consonnes responsables des postillons et les remplacer par des consonnes moins dangereuses ; il s'en explique ici :
  https://www.plaf.org/articles/la_phonetique_du_postillon/, consulté le 2020-05-10.  
  https://www.youtube.com/watch?v=s476F8d_J2Q, consulté le 2020-05-09 (vidéo correspondante, qui n'est pas de François Pla).

– Implorer la protection de Iahvé ? (Psaume XCI, 3-6, in La Bible. Ancien testament II, 1102-1103)

Car c'est lui qui te délivrera du filet de l'oiseleur,
du fléau des malheurs,
de son plumage il te couvrira
et sous ses ailes tu te réfugieras.

Sa vérité est un bouclier et une rondache,
tu ne craindras ni la terreur de la nuit,
ni la flèche qui vole durant le jour,
ni le fléau qui marche dans l'obscurité,
ni la peste qui dévaste en plein jour.

Iahvé, impitoyable vis-à-vis de ses ennemis qu'il promet de châtier par l'épée, la famine et la peste, sauve ceux qui le suivent. Une vingtaine de siècles plus tard, Defoe (1722 : 282-283) voit dans l'intervention divine la véritable raison du recul de l'épidémie de peste à Londres en 1665 :

  […] the Circumſtances of the Deliverance were indeed very remarkable, as I have in part mention'd already, and particularly the dreadful Condition, which we were all in, when we were, to the Surprize of the whole Town, made joyful with the Hope of a Stop of the Infection.
Nothing, but the immediate Finger of God, nothing but omnipotent Power could have done it ; the Contagion deſpiſed all Medicine, Death rag'd in every Corner and had it gone on as it did then, a few Weeks more would have clear'd the Town of all, and every thing that had a Soul : Men every where began to deſpair, every Heart fail'd them for Fear, People were made deſperate thro' the Anguiſh of their Souls, and the Terrors of Death ſat in the very Faces and Countenances of the People.
In that very Moment, when we might very well ſay, Vain was the Help of Man ; I ſay in that very Moment it pleaſed God, with a moſt agreeable Surprize, to cauſe the Fury of it to abate, even of it ſelf, and the Malignity declining, as I have ſaid, tho' infinite Numbers were ſick, yet fewer died ; and the very firſt Week's Bill decreaſed 1843, a vaſt Number indeed !

– En tout cas, à la date du 2021-07-31, le seul pays européen où l'on ne compte aucun mort du Covid-19 est le Vatican. Grâce à la protection du Tout-Puissant ?

La faute au rat de métal ?

Le 25 janvier 2020 commence en Chine la nouvelle année : c'est l'année du rat de métal, geng zi [庚子]. Voici ce qu'en dit Chen Bingtao (2020 : 21-22), Chinois résidant en France, alors de retour à Wuhan pour les fêtes du Nouvel An :

  En Chine, le signe du Rat n'est pas très apprécié. Dans la culture feng shui, il est de mauvais augure, particulièrement lorsqu'il se combine avec l'élément Métal. Geng zi, l'année du Rat de Métal, revient tous les soixante ans. Si l'on remonte dans l'histoire : 1840, année de la guerre de l'opium ; 1900, grande famine en Inde ; 1960, trois années consécutives de famine et de grande pauvreté en Chine ; cinq famines au Chli et cinq tremblements de terre dévastateurs. Que nous prépare 2020 ?

vague : deuxième vague, troisième vague, quatrième vague, etc.

L'expression deuxième vague renvoie à une nouvelle recrudescence de l'épidémie après qu'elle a été jugulée, qu'il s'agisse de faits constatés (comme ponctuellement dans le nord-est de la Chine ou à Singapour en avril, à Séoul, Beijing [Pékin] ou Gütersloh en juin), ou plus encore d'une crainte exprimée alors même que la première vague de l'épidémie n'est pas encore terminée. Au printemps 2020, elle est alors associée à la préparation du déconfinement : on craint que le déconfinement n'entraine une deuxième vague, avec toutes les conséquences que cela aurait – voir le titre du Canard enchaîné du 15 avril : "11 Mai : Macron n'a pas vraiment le choix. Réussir le déconfinement pour éviter la déconfiture." (Le 11 mai est la date envisagée mi-avril pour le début du déconfinement.) Ces craintes reviennent régulièrement ensuite.

Cet emploi de vague est issu d'un sens métaphorique dérivé de son sens premier ("inégalité de la surface d'une étendue liquide [cours d'eau, lac et surtout mer, océan] due aux diverses forces naturelles qui s'exercent sur le fluide en mouvement [pesanteur, courants, vents, etc.], la masse d'eau qui se soulève et s'abaisse en se déplaçant ou en paraissant se déplacer") : "se dit de phénomènes que l'on compare à des vagues, à cause de leur apparition progressive et de leur diminution ultérieure, de leur succession semblable au mouvement apparent des vagues" (Robert 1984 : 6, 737). Mais en l'occurrence, il y a focalisation sur la phase ascendante du phénomène.

< vieux-norrois vágr (cf. moyen-haut-allemand wāge, allemand Woge = grande vague) < germanique *wega < indoeuropéen *u̯eg̑h- ; de même famille que latin uehere (= trainer, transporter…), français véhicule, allemand bewegen (= bouger, remuer), etc.

deuxième vague ou seconde vague ? Selon les indications statistiques de Google, deuxième vague (en co-présence de Covid") est présent sur deux à plus de pages web que seconde vague.

Fin juin 2020, à défaut de deuxième vague, c'est une vague verte qui déferle sur la France, le 28 juin, avec les victoires des écologistes lors des élections municipales à Bordeaux, à Lyon, à Marseille et à Strasbourg, et aussi, comme alliés du Parti socialiste (PS), à Montpellier, à Nantes et à Paris – dans ces deux dernières villes, les majorités PS-écologistes sont reconduites. Soient sept des plus grandes villes de France (Lille échappe aux écologistes et reste de justesse au PS, Nice et Toulouse à droite). Mais le virus n'est pas loin : parmi les nouveaux élus du conseil municipal de Lyon, un cas de Covid-19 est confirmé : ni lui ni neuf autres élus – cas contacts – ne peuvent participer autrement que par procuration à l'élection du nouveau maire vert, le 4 juillet.

Dans le courant de l'été, la recrudescence de l'épidémie est simplement considérée comme la continuation de la première vague, pas comme une deuxième vague. Mais le 2020-09-13, le chancelier autrichien Sebastian Kurz déclare à la télévision : "Il est certain que nous sommes au début d'une deuxième vague." ("Wir stehen definitiv am Beginn einer zweiten Welle"). Même opinion, le 2020-09-18, dans la bouche du Premier ministre du Royaume uni, Boris Johnson : "We are now seeing a second wave coming in. We've seen it in France, we've seen it in Spain, across Europe it's been absolutely, I'm afraid, it's been inevitable that we would see it in this country." Et le 2020-10-12, alors que les deux jours précédents, on a enregistré un total de plus de 40 000 nouveaux cas de Covid-19, le Premier ministre, Jean Castex, dit sur France Info : "La réalité de la deuxième vague est là." S'ensuivent à partir du 17 octobre des mesures restrictives comme le couvre-feu et peu après, le reconfinement. Et déjà monte la crainte d'une troisième vague… qui arrive dans le courant de l'hiver avec le variant britannique, même si elle se confond avec la deuxième qui est loin d'être terminée. Et dès que l'épidémie décroit, on commence à craindre une quatrième vague dans le courant de l'été 2021… qui commence à poindre le bout de son nez début juillet avec une légère remontée du taux d'incidence et s'affirme dans le courant du mois avec une forte remontée des contaminations.
    https://www.bbc.com/news/uk-54212654, 2020-09-19.

En fin de compte, la question-clé est celle des critères qui permettraient de parler d'une nouvelle vague : simple recrudescence de l'épidémie ? ou phénomène d'une ampleur semblable à la première vague ? ou encore plus important ?

   De la vague à la marée

Le 2020-10-08, au vu de la recrudescence des cas de contamination en Ile-de-France (et ailleurs), le directeur de l'Agence régionale de santé, Aurélien Rousseau, déclare à l'AFP que les hôpitaux allaient "prendre une marée très forte". Même utilisation de marée par Olivier Véran le 2020-11-19 : "Ce n’est pas parce que le niveau de la marée est en train de baisser que nous pouvons sortir en toute quiétude dans la rue." (point de presse)


vert

Voir rouge.


vis : serrer la vis, donner un tour de vis

Ces deux expressions sont de même valeur sémantique : on serre la vis en donnant un tour de vis dans le bon sens, et donner un tour de vis ne s'emploie que s'il permet de serrer la vis. Elles s'emploient fréquemment non au début de l'épidémie, mais en liaison avec sa recrudescence après la décrue de la fin du printemps et du début de l'été. On désigne ainsi les mesures contraignantes, et le plus souvent restrictives, décidées par les autorités pour y faire face : port du masque, limitation des rassemblements, fermeture partielle ou totale d'établissements (restaurants, bars, piscines, salles de sport), etc. – jusqu'à l'éventuel bouclage de quartiers ou de villes (comme à Madrid fin septembre, début octobre 2020) ou au reconfinement (comme en France fin octobre).

vis = "Piece ronde de fer ou de bois, qui eſt canelée en ligne ſpirale, & qui entre dans un écrou qui l'eſt de meſme." (Dictionnaire de l'Académie [1694 : 2, 646])
< latin uitis = plante à vrille > cep de vigne (cf. français viticulture) ; apparenté à uiere = courber, tourner (Ernout & Meillet 2001 : 735). Attesté dès le Moyen-Age, le sens de vis, viz découle d'une analogie de sens avec les vrilles d'une plante.


visibilité

C'est l'exigence et la demande qui s'accroissent au fur et à mesure que l'épidémie traine en longueur : il faut avoir de la visibilité sur la levée des restrictions et des fermetures dans tel ou tel secteur, il faut donner de la visibilité, on veut de la visibilité.

Mais cette exigence et cette demande sont bien difficiles à satisfaire, car le développement de l'épidémie est imprévisible dans le détail. En clair, personne ne sait quand l'épidémie sera endiguée. On voudrait bien savoir – mais on ne sait pas. Au terme d'une période de confinement, on croit être au bout du tunnel, mais un autre tunnel ne tarde pas à surgir. Au fil des mois de l'hiver 2021, la perspective d'en avoir fini avec ce virus recule sans cesse.

< visible < latin videre, supin visum = voir.


vivre : vivre avec le virus

L'usage de ce syntagme, avec le Sars-CoV-2 comme référent de virus, commence en février avec l'apparition des premiers cas de Covid-19 en Europe, et sa fréquence d'emploi augmente progressivement ensuite, au fur et mesure que se développe la conscience du caractère durable, prolongé, de l'épidémie tant qu'une grande proportion de la population n'aura pas été immunisée ou vaccinée. On l'emploie de plus en plus dans la perspective du déconfinement, qui ne pourra donc pas être, précisent toutes les autorités, un banal retour à la normale. Dans sa déclaration "sur la stratégie nationale du plan de déconfinement" prononcée le 28 avril à l'Assemblée nationale, le Premier ministre, Edouard Philippe, dit : "Il nous faut donc apprendre à vivre avec le Covid-19, et apprendre à nous en protéger."
  https://www.gouvernement.fr/partage/11519-declaration-du-premier-ministre-sur-la-strategie-nationale-du-plan-de-deconfinement-a-l-assemblee,
consulté le 2020-05-03.

vivre avec le virus est le plus souvent enchâssé dans une structure signifiant une nécessité valant pour la période commençant au moment de l'acte de parole (nous allons devoir / il va falloir vivre avec le virus) ou dans une structure signifiant la nécessité d'un apprentissage dans la même période (nous allons devoir apprendre / il va falloir apprendre à vivre avec le virus). Dans ces expressions, nous représente le locuteur et l'ensemble des membres de la communauté linguistique et du pays, ce qui inclut également les interlocuteurs dans la même situation de discours. virus représente une réalité au niveau de la collectivité et une menace pour un individu (par différence avec vivre avec le sida, dit généralement d'individus réellement malades du sida).

Dans ce contexte, vivre avec le virus implique pour les autorités tout un ensemble de mesures, et dans les conditions dans lesquelles cette expression est le plus souvent utilisée, elle renvoie à un ensemble de régles de comportement pour tout un chacun. Ces règles relèvent pour l'essentiel de la distanciation sociale et des gestes barrières. Celles-ci sont certes popularisées dans la période de confinement, mais en temps de libre circulation, elles nécessitent un nouvel apprentissage dans la mesure où elles n'étaient pas usuelles auparavant, hors et avant confinement. Vivre avec le virus, c'est concilier deux exigences contradictoires : prendre les mesures nécessaires pour enrayer la recrudescence de l'épidémie et faire en sorte que la vie continue, sur les plans économique, social, scolaire, universitaire, culturel, personnel, etc. C'est essayer de vivre le plus normalement possible tout en prenant les précautions nécessaires. Mais c'est aussi ne pas savoir combien de temps cela va durer.

A la rentrée de septembre 2020, vivre avec le virus en région parisienne, c'est d'abord, très concrètement, vivre avec un masque, partout en dehors de chez soi, tout le temps, sauf quand on est assis au café ou au restaurant (mais ceux-ci comptent parmi les principaux foyers de contamination) – tant qu'ils sont ouverts.

vivre < latin uiuere, de même sens. Le sens actualisé dans cette expression est conditionné par le syntagme enchâssé par la préposition avec < latin ab hoc (= à partir de là) selon FEW (24 : 30-31), ou < apud hoc selon Rey (1998 : 270), sémantiquement équivalent au latin cum. Mais selon FEW, l'emploi de con comme préposition a peut-être été rendu impossible en raison de l'homophonie avec le substantif con (= sexe féminin), tandis que con- peut être utilisé innocemment comme préfixe (cf. confiner, contaminer).

Le syntagme enchâssé par avec, quand il ne désigne pas des êtres vivants, représente le plus souvent quelque chose de connoté négativement : il faut vivre avec le virus comme il a aussi fallu, en France, apprendre à vivre avec le terrorisme à partir de 2015, l'un comme l'autre entrainant des modifications de la vie quotidienne (dans le cas du terrorisme, contrôles des sacs, portiques de sécurité, présence militaire dans les espaces publics, etc.).


En guise d'épilogue littéraire : fin de l'épidémie de peste en 194., à Oran (Albert Camus)

Et, en effet, la peste ne s'arrêta pas le lendemain, mais, en apparence, elle s'affaiblissait plus vite qu'on n'eût pu raisonnablement l'espérer. Pendant les premiers jours de janvier, le froid s'installa avec une persistance inusitée et sembla cristalliser au-dessus de la ville. Et pourtant, jamais le ciel n'avait été si bleu. Pendant des jours entiers, sa splendeur immuable et glacée inonda notre ville d'une lumière ininterrompue. Dans cet air purifié, la peste, en trois semaines et par des chutes successives, parut s'épuiser dans les cadavres de moins en moins nombreux qu'elle alignait. Elle perdit, en un court espace de temps, la presque totalité des forces qu'elle avait mis des mois à accumuler. À la voir manquer des proies toutes désignées, comme Grand ou la jeune fille de Rieux, s'exacerber dans certains quartiers durant deux ou trois jours alors qu'elle disparaissait totalement de certains autres, multiplier les victimes le lundi et, le mercredi, les laisser échapper presque toutes, à la voir ainsi s'essouffler ou se précipiter, on eût dit qu'elle se désorganisait par énervement et lassitude, qu'elle perdait, en même temps que son empire sur elle-même, l'efficacité mathématique et souveraine qui avait été sa force. Le sérum de Castel connaissait, tout d'un coup, des séries de réussites qui lui avaient été refusées jusque là. Chacune des mesures prises par les médecins et qui, auparavant, ne donnaient aucun résultat, paraissait soudain porter à coup sûr. Il semblait que la peste à son tour fût traquée et que sa faiblesse soudaine fît la force des armes émoussées qu'on lui avait, jusqu'alors, opposées. De temps en temps seulement, la maladie se raidissait et, dans une sorte d'aveugle sursaut, emportait trois ou quatre malades dont on espérait la guérison. Ils étaient les malchanceux de la peste, ceux qu'elle tuait en plein espoir. Ce fut le cas du juge Othon qu'on dut évacuer du camp de quarantaine, et Tarrou dit de lui en effet qu'il n'avait pas eu de chance, sans qu'on pût savoir cependant s'il pensait à la mort ou à la vie du juge.

Mais dans l'ensemble, l'infection reculait sur toute la ligne et les communiqués de la préfecture, qui avaient d'abord fait naître une timide et secrète espérance, finirent par confirmer, dans l'esprit du public, la conviction que la victoire était acquise et que la maladie abandonnait ses positions. À la vérité, il était difficile de décider qu'il s'agissait d'une victoire. On était obligé seulement de constater que la maladie semblait partir comme elle était venue. La stratégie qu'on lui opposait n'avait pas changé, inefficace hier et, aujourd'hui, apparemment heureuse. On avait seulement l'impression que la maladie s'était épuisée elle-même ou peut-être qu'elle se retirait après avoir atteint tous ses objectifs. En quelque sorte, son rôle était fini.

Albert Camus, La Peste (Camus 1965 : 1437-1438). Première publication du récit : 1947.


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