Jacques Poitou
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Charles, Charlot, Charlie


Aux origines : karl, Carolus et Charles

En vieux-haut-allemand (VIIIe siècle), karl (karal) est un substantif qui désigne l'homme, le mari, l'amant. Il est issu de germanique *karlaz, que l'on rattache à la racine indo-européenne *g̑er(ə)- = mûrir, pourrir, vieillir, dont le sens initial serait frotter, user, être usé (par la maladie ou par l'âge). (voir Grimm et Pfeifer 1989).

Du terme ancien sont issus :

– un substantif, Kerl en allemand, qui désigne un homme (d'abord par opposition à la femme), qui se caractérise soit par sa virilité, sa force, son efficacité, soit par sa rudesse, voire sa grossièreté – cf. français gaillard.

– un nom de personne, Karl, latinisé en Carolus, Charles en français, et de là également en anglais.

Le premier chef franc à porter ce nom fut Charles Martel (allemand Karl Martell, latin Carolus Martellus), mort en 741. Son territoire fut partagé à sa mort entre ses fils Carloman (Karlmann, Carlomannus) et Pépin, dit le Bref (Pippin, Pippinus), puis réunifié au profit de Pépin, le premier à porter le titre de roi. A la mort de Pépin, le territoire fut à nouveau partagé entre ses fils Charles et Carloman, puis réunifié au profit de Charles, couronné empereur d'Occident en 800 et connu sous le nom de Charlemagne (Karl der Große, Carolus magnus). Charlemagne a donné son nom à la dynastie des Carolingiens (latin Carolingi), qui a régné en France jusqu'en 987.

De Carolus vient l'équivalent de roi dans des langues slaves : russe король (korol'), tchèque král, tandis que tsar царь (car´) dérive du latin Caesar.

Auprès des écoliers, Charlemagne est connu pour avoir "inventé l'école" – idée popularisée en France en 1964 par la chanson de Robert Gall, mise en musique par Georges Liferman et chantée par la fille de Robert Gall, Isabelle (renommée France pour éviter la concurrence ou la confusion avec Isabelle Aubret) : Sacré Charlemagne. Quarante-cinq ans après, le succès durable de la chanson (pas seulement en France) amena le 27 juin 2009 la municipalité d'Auvillers-les-Forges (Ardennes) à baptiser la rue passant devant l'école primaire de Mon Idée "rue du Sacré Charlemagne", sur proposition des élèves du cours élémentaire. Voici le début de cette chanson :

Qui a eu cette idée folle / Un jour d'inventer l'école (bis) / C'est ce sacré Charlemagne / Sacré Charlemagne / De nous laisser dans la vie / Que les dimanches et les jeudis (bis) / C'est ce sacré Charlemagne / Sacré Charlemagne / Ce fils de Pépin le Bref / Nous donne beaucoup d'ennuis / Et nous avons cent griefs / Contre contre contre lui.

Nombre de rois portèrent ce nom de Charles : dix en France – et il y en eut de toutes les sortes, si l'on en croit les qualificatifs attachés à leur nom : le chauve (Charles II), le gros (Charles III), le bel (Charles IV), le sage (Charles V), le fol (Charles VI), le victorieux (Charles VII), l'affable (Charles VIII). Le dernier, Charles X, fut renversé lors des Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830) :

Charles X, ayant tout perdu, n'avait qu'à disparaître ; du moins, la lenteur majestueuse de sa retraite devait auréoler le couchant de la vieille monarchie d'un ultime et mélancolique reflet de grandeur. (Bertier de Sauvigny 1963 : 455)

– A ces souverains royaux, il faut ajouter le grand Charles, ainsi qu'on appela familièrement Charles De Gaulle, président de la République française de 1959 à 1969, qui mesurait près de deux mètres. De Gaulle fut aussi appelé familièrement Charlot ("Charlot, des sous !" scandaient les mineurs lors de la grande grève de 1963).

De là sont issus différents prénoms masculins et féminins – entre parenthèses, le nombre d'attributions dans l'année de popularité maximale en France entre 1950 et 2010 pour les prénoms attribués plus de 2 000 fois pendant toute la période :

– base Karl : Carla (2 008 en 2004), Carlos (838 en 1972), Carole (6 397 en 1970), Caroline (6 259 en 1978) ;
– base Charles (1 538 en 1989) : Charlène (2 198 en 1990), Charlie (401 en 2010), Charlot (peu attribué pendant la période considérée) – tous deux formes hypocoristiques de Charles, la seconde d'origine anglaise (cf. Jacquot, Jackie) –, Charline (1 121 en 1990), Charlotte (4 597 en 1987).
    Source des statistiques : http://dataaddict.fr/prenoms

Des charlots avant Charlot

Un oiseau. – Selon le TLFi, on appelle charlot un oiseau appelé également courlis.
< provençal charla (= bavarder) < onomatopée exprimant un bruit de paroles. La forme du terme serait due à l'analogie avec le prénom Charlot.

Un bourreau. – Dans le langage de la pègre, on a appelé également charlot le bourreau.
< Charles, prénom de membres d'une dynastie, les Sanson, bourreaux à Paris de père en fils, de 1688 à 1847. Le dernier en titre a raconté l'histoire de sa famille dans Sept générations d'exécuteurs (Sanson 1862).

Un œil au beurre noir. – En argot, un charlot est également un œil au beurre noir, selon le TLFi, selon lequel on peut peut-être rattacher ce sens – comme dans le cas de l'oiseau – au "bruit du coup reçu, cf. lyonnais charat "coup de poing, gifle"".

N.B. Aucun de ces sens n'est mentionné ni dans le Robert (1984), ni dans le Petit Robert (en ligne). Seuls les deux premiers le sont dans le Littré (1874).


Charlie Chaplin, alias Charlot

charlot Charles Spencer Chaplin (1889-1977) se fit appeler Charlie Chaplin dès ses débuts comme acteur. Le personnage comique du vagabond, the Tramp, appelé en français Charlot, fut joué par lui pour la première fois en 1914 dans The Kid Auto Race at Venice, Cal (Henry Lehman, Etats-Unis, titre français : Charlot est content de lui) : chapeau melon, pantalon large, canne, moustache, mimiques, démarche en canard, etc.

– Copie ancienne du film : https://archive.org/details/CC_1914_02_07_KidsAutoRaceAtVenice

Au fil de la diffusion des nombreux films, souvent des courts métrages muets (voir aussi le long métrage Les Temps modernes), où Charlie Chaplin joue le même personnage de Charlot, celui-ci devient vite populaire en Europe. Par antonomase, un charlot désigne un type d'individu, un pitre, un individu pas sérieux ni fiable, souvent dans les expressions une bande de charlots, espèce de charlot !.

– Ce sens n'est que tardivement recensé dans les dictionnaires. Il n'est pas mentionné dans le Robert (édition de 1984) ni dans le Robert étymologique, édition de 1998 (Rey 1998). Il l'est par contre dans la 9e édition du dictionnaire de l'Académie ("Individu peu sérieux, à qui on ne saurait se fier") et dans l'édition actuelle du Petit Robert en ligne ("Personne peu sérieuse, peu compétente").


C comme Charlie

Dans l'alphabet téléphonique international, et donc aussi anglo-américain, Charlie est utilisé pour représenter la lettre C, troisième de l'alphabet.

voirAlphabets téléphoniques

Charlie à Berlin. – Check Point Charlie : ainsi s'appelait à Berlin de 1945 à 1990 le poste-frontière américain situé Friedrichstraße, à la frontière entre le secteur américain et le secteur soviétique. C'était en effet le troisième point de contrôle en venant des zones occidentales : le premier – Alpha – était celui entre la zone britannique et la zone soviétique, à Helmstedt (zone britannique) et Marienborn (zone soviétique), le second – Bravo – était situé à la frontière entre la zone soviétique et le secteur américain de Berlin, à Drewitz (zone soviétique) et Dreilinden (Berlin).

voirPhotos de Check Point Charlie en 1982 et 2004 (cliquer sur les trois premières vignettes).

Charlie au Viet Nam. – Dans l'armée américaine en guerre contre le Viet Nam (1961-1975), on a appelé Charlie les forces du Font national de libération du Viet Nam du Sud (FNL) – appelé Viet Cong par les Américains, VC en abrégé, soit Victor Charlie selon l'alphabet téléphonique, ou simplement Charlie.


Charlie Hebdo et "Je suis Charlie"

colombey Dans les années soixante existait une revue satirique mensuelle, qui se présentait comme "bête et méchante", Hara-Kiri, à laquelle s'ajouta en 1969 un hebdomadaire, L'Hebdo Hara-Kiri.

1er novembre 1970 : "bal tragique" – 146 jeunes meurent dans l'incendie d'une boîte de nuit, le 5/7, dans l'Isère. – 9 novembre 1970 : mort de Charles De Gaulle dans sa propriété de Colombey-les-deux-Eglises. – 16 novembre : L'Hebdo Hara-Kiri titre "Bal tragique à Colombey – 1 mort". Il est aussitôt interdit.

La semaine suivante, un nouvel hebdomadaire, Charlie Hebdo, prend la relève. Il se présente comme un supplément hebdomadaire à un mensuel de bandes dessinées existant, Charlie, dont le rédacteur en chef était Charles Wolinski (1934-2015). – Le nom de ce mensuel était inspiré par une figure principale des Peanuts, Charlie Brown. Pour Charlie Hebdo, le nom de Charlie renvoyait aussi à De Gaulle.

Charlie Hebdo paraît jusqu'en 1981 où il s'arrête, faute de lecteurs. Il renaît en 1992 sous la direction de Philippe Val, puis, à partir de 2009, sous celle de Stéphane Charbonnier, alias Charb (1967-2015).

Caricatures de Muḥammad (Mahomet)

Le 30 septembre 2005, un journal danois, Jyllands-Posten, publie douze caricatures de Mahomet, qui suscitent rapidement une vague de protestations, parfois violentes, dans le monde musulman (protestations officielles, appels au boycott de produits danois, menaces de mort, etc.) et aussi dans la hiérarchie catholique (appels au respect des convictions religieuses et à l'interdiction de ce genre de caricatures). Cependant, plusieurs caricatures sont reprises dans certains journaux occidentaux, au nom de la liberté d'expression. Elles sont également reprises le 8 février 2006 par Charlie Hebdo, conformément à son orientation fondamentalement antireligieuse, avec en une, une caricature de Mahomet par Cabu (Jean Cabut, 1938-2015). Des hommes politiques américains et européens appellent à un "esprit de responsabilité" dans l'usage qui peut être fait de la liberté d'expression.

En 2012, le débat est relancé à l'occasion de la sortie d'une vidéo américaine sur Mahomet et de la publication de nouvelles caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo.

voir2012 : Caricatures de Mahomet – la liberté d'expression en question

Attentats de janvier 2015

charb

Mercredi 7 janvier, vers 11 h 30. – Deux Français, Chérif et Saïd Kouachi, lourdement armés, pénètrent dans les locaux de Charlie Hebdo, dans le 11e arrondissement de Paris, où se réunit le comité de rédaction. Ils font feu et déclarent vouloir "venger le Prophète". Douze morts – des journalistes, des dessinateurs (Charb, Cabu, Wolinski...), d'autres personnes, un policier, plusieurs blessés. Les deux agresseurs prennent la fuite.

Jeudi 8 janvier. – Agression à Montrouge (Hauts-de-seine) : une jeune policière est tuée – l'agresseur, Amedy Coulibaly, de nationalité française, s'enfuit.

Vendredi 9 janvier. – Rapidement identifiés et traqués par la police, les agresseurs de Charlie Hebdo finissent par se retrancher dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Quant à lui, Coulibaly prend en otages les clients d'un supermarché casher dans le 20e arrondissement de Paris. Il en tue quatre (trois Français et un Tunisien). Vers 17 heures, les forces spéciales de la gendarmerie (GIGN) et de la police (RAID) lancent l'assaut simultanément à Dammartin-en-Goële et dans le supermarché du 20e arrondissement. Les tueurs sont abattus. Les otages sont libérés.

Bilan : vingt morts en trois jours.

– Ci contre, dessin de Charb, peu avant l'attentat.

Une heure après le premier attentat, Joachim Roncin, directeur artistique de la revue Stylist, publie sur Twitter "Je suis Charlie".

Joachim Roncin reprend pour la seconde ligne la typographie du titre de l'hebdomadaire. – Le slogan lui-même est la conjugaison à la première personne du singulier de celui issu de 1968 "Nous sommes tous des juifs allemands".

voirNous sommes tous...

charlie
Joachim Roncin expliquera plus tard sa réaction :

Je n’avais pas beaucoup de mots pour exprimer toute ma peine et j’ai juste eu cette idée de faire "Je suis Charlie" parce que notamment, je lis beaucoup avec mon fils le livre "Où est Charlie", ça m’est venu assez naturellement.
Ce que je voulais dire, c’est que c’est comme si on m’avait touché moi, je me sens personnellement visé, ça me tue, quoi.

Où est Charlie ? – Adaptation en français de Where's Wally ? Il s'agit d'une série de livres-jeu pour enfants créée par Martin Handford : les enfants doivent localiser le personnage de Charlie dans une image présentant des foules de gens. Ci-contre, Charlie dessiné par Martin Handford et publié le 10 janvier par les éditions Gründ. – Le crayon que Charlie tient dans la main gauche a symbolisé dans ces journées la solidarité avec les dessinateurs (et autres) assassinés.

wally
La phrase "Je suis Charlie" avec sa typographie est aussitôt reprise sur Internet (plus de cinq millions de tweets en dix jours) et bientôt affichée dans les villes, chez les commerçants, sur les façades des mairies, sur les autoroutes, en France et aussi dans d'autres villes du monde.

Variantes linguistiques

en français : "Je pense donc je suis Charlie", par référence à ce qu'écrivit Descartes (1637 : 33) : "Et remarquant que cete verité, ie penſe, donc ie ſuis, eſtoit ſi ferme & ſi aſſurée que toutes les plus extrauagantes ſuppoſitions des Sceptiques n'eſtoient pas capables de l'eſbranſler, ie iugay que ie pouuois la receuoir ſans ſcrupule pour le premier principe de la Philoſophie que ie cherchois." – Parfois également employée avec négation "Je pense donc je (ne) suis pas Charlie".

en français : "Je suis Charlie, du verbe "suivre"." Phrase de Jean-Luc Godard dans une interview à SoFilm, reprise sur le site d'informations Slate : "Tous les gens disent comme des imbéciles : "Je suis Charlie." Moi, j’aime mieux dire : "Je suis Charlie", du verbe "suivre"." Et je le suis depuis quarante ans. [...] C’est mieux de suivre que d’être."
    Source : http://www.slate.fr/story/101247/jean-luc-godard-charlie-hebdo-sofilm, consulté le 2015-10-05.

en allemand : "Ich bin ein Charlie(ner)", vu à Paris lors de la manifestation du 11 janvier. Clin d'œil à la phrase célèbre prononcée à Berlin-Ouest le 26 juin 1963 par John Fitzgerald Kennedy, président des Etats-Unis : "Ich bin ein Berliner".

voir1963 : Kennedy à Berlin

en anglais : "to be or not to be Charlie", par référence au célèbre monologue de Hamlet dans la pièce de Shakespeare :

To be, or not to be, that is the Question :
Whether 'tis Nobler in the minde to suffer
The Slings and Arrowes of outragious Fortune,
Or to take Armes against a Sea of troubles,
And by opposing end them : to dye, to sleepe
No more ; […]
    (III, 1 ; édition de 1623 : http://internetshakespeare.uvic.ca/Library/Texts/Ham/F1/scene/3.1)

Charlieu – Charlie : la presse a rapporté que la petite ville de Charlieu (département de la Loire) avait été rebaptisée "Charlie" le 8 janvier. En réalité, il semble qu'il ne s'agisse que d'une plaque indiquant l'entrée de la ville sur la D487, où un inconnu avait masqué le u de Charlieu.

Réactions

Le week-end qui suit les attentats, un peu partout en France, des foules nombreuses manifestent leur condamnation des attentats : 3,7 millions selon le ministère de l'Intérieur. A Paris y participent aussi (brièvement) des chefs d'Etat et de gouvernement principalement des pays de l'Union européenne. Des manifestations de moindre importance ont lieu également dans d'autres pays d'Europe et en Amérique du Nord. Des cérémonies plus ou moins importantes et plus ou moins médiatisées ont lieu lors des funérailles des dix-sept victimes, y compris à l'occasion de l'enterrement en Israël des quatre victimes du supermarché casher. Les trois tueurs sont quant à eux enterrés discrètement et leurs tombes restent anonymes.

Le mercredi 14 janvier – une semaine jour pour jour après l'attentat qui a décimé sa rédaction –, Charlie Hebdo sort un nouveau numéro élaboré par les "survivants". C'est la ruée sur les kiosques à journaux, qui sont dévalisés dès avant l'aube. Même chose les jours suivants, et aussi dans d'autres villes d'Europe et d'Amérique du nord. Ce numéro devra finalement être tiré à plus de sept millions d'exemplaires, alors que la diffusion antérieure de Charlie Hebdo tournait autour de 30 000. Peu après, Laurent Sourisseau, dit Riss, grièvement blessé lors de l'attentat, devient directeur de la publication.

Paris, boulevard Voltaire, dimanche 11 janvier 2015.

manif
Une de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015.
Dessin de Renald Luzier, dit Luz.
une

"Union sacrée" ?

Pour autant, si l'on entend parler d'"unité nationale" et d'"union sacrée", l'unanimité n'est pas entièrement au rendez-vous.

Ainsi, deux cents "incidents" sont recensés dès les premiers jours dans les établissements scolaires, selon la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui indique le 14 janvier dans un communiqué que "l’éducation nationale ne laissera prospérer aucun comportement contraire aux valeurs de la République". Sont considérés comme "incidents" le refus d'observer la minute de silence prescrite le 8 janvier dans tous les établissements et l'expression d'opinions divergentes : approbation ou justification des attentats, ou simplement affirmation de circonstances atténuantes (p. ex. "Charlie Hebdo l'a bien cherché"), déclarations diverses ("Je ne suis pas Charlie", "Allah Akbar", etc.). Le 14 janvier, Najat Vallaud-Belkacem indique à l'Assemblée nationale :

même là où il n’y a pas eu d’incident, il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves. Nous avons tous entendu des phrases telles que : "Je soutiens Charlie, mais…", ou encore : "C’est deux poids deux mesures : pourquoi défendre la liberté d’expression ici, mais pas là ?". Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école, qui est chargée de transmettre des valeurs. [souligné par moi, JP]
    Source : http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2014-2015/20150108.asp#P410619

Les dénonciations pour "apologie du terrorisme" se multiplient, y compris à propos d'enfants de moins de dix ans (au moins trois sont auditionnés par la police). Dans les jours qui suivent l'attentat, le site gouvernemental Pharos enregistre près de 3 000 "signalements" par jour pour apologie du terrorisme (35 000 en janvier) – le terme de "signalement" est employé de préférence à celui de dénonciation, connoté trop négativement. Quand les tribunaux sont saisis, les peines prononcées (certes peu nombreuses) sont lourdes, suite aux consignes de fermeté données également par la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

voirDispositions légales adoptées au titre de la "lutte contre le terrorisme"

Au moins deux enseignants sont suspendus à la suite de dénonciations de parents d'élèves. Pour l'un d'entre eux, la suspension est rapidement levée suite à des protestations nombreuses. Par contre, le second, Jean-François Chazerans, est suspendu par le recteur de l'académie de Poitiers, qui saisit le procureur. Celui-ci ouvre une enquête judiciaire pour "apologie d'actes de terrorisme". Aucune poursuite n'est finalement engagée contre Chazerans pour apologie du terrorisme, mais malgré une vaste campagne de solidarité avec lui, il est muté dans un autre établissement en raison des "propos particulièrement inadaptés" qu'il aurait tenus en classe. Selon la décision du rectorat, "les agissements de ce professeur ont porté atteinte, non seulement à l’image de la fonction enseignante, mais à celle du service public de l’Education nationale".

traque
Dessin d'Yves Barros,
publié le 9 janvier sur son site.

http://baractu.canalblog.com/archives/
2015/01/09/31284470.html
Exemple du climat ambiant, le commentaire de Nathalie Saint-Cricq, responsable du service "politique" de France 2, au journal télévisé du 12 janvier à 13 heures :

C’est justement ceux qui ne sont pas Charlie qu’il faut repérer, ceux qui, dans certains établissements scolaires, ont refusé la minute de silence, ceux qui balancent sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien, ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale. (transcription d'après la vidéo) [souligné par moi, JP]

Témoignent aussi de cette ambiance deux propositions de loi déposées par des députés UMP :

1. "Eric Ciotti propose la suppression des allocations familiales aux parents des enfants qui ne respectent pas les valeurs de la République." (15 janvier, précisions sur son site personnel).
2. Bernard Debré et d'autres, constatant que "l’école de Jules Ferry est devenue l’école des différences, de l’indiscipline et parfois du rejet des valeurs de notre République, comme en témoignent les réactions d’élèves dans certains établissements à la suite des attaques terroristes des 7, 8 et 9 janvier 2015.", proposent le port obligatoire d'un uniforme dans les établissements scolaires, et dans chaque classe, l'affichage des paroles de la Marseillaise et "le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge". (21 janvier)
(http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2517.asp).

Par ailleurs, si la condamnation des attentats et la défense du principe de liberté d'expression sont unanimes dans le monde de la politique et de la culture, des voix s'élèvent pour ajouter que cela ne devrait pas exclure un principe de responsabilité et, concrètement, un souci de ne pas blesser inutilement les croyances d'autrui. Voir, p. ex., les réactions de dessinateurs comme Jean Plantu ou Philippe Geluck. Ces "mais" ajoutés à la condamnation des attentats suscitent en retour de vives critiques de la part de défenseurs inconditionnels de Charlie Hebdo.

Voir par exemple, dans Les Inrocks du 26 janvier, la charge de Christophe Conte, contre Geluck, le créateur du Chat : "Il m’avait échappé que la castration obligatoire des chats s’appliquait également à leurs maîtres. […] A la manière des journalistes qui, le cul vissé à leur fauteuil dans des rédactions occidentales capitonnées, mégotent sur l’imprudence de leurs confrères qui s’aventurent sur les zones sensibles avec le risque d’être pris en otages, le dessinateur qui pointe la dangerosité du travail des autres passe pour un bandemou du fusain, un démineur du porte-mine, un couard à pas feutrés multicolores. / Un charlot plutôt qu’un Charlie." Et en accompagenement de l'article, le dessin (ci-contre) de Corinne Rey, dit Coco, une survivante de la tuerie du 7 janvier à Charlie Hebdo.
    Source : http://blogs.lesinrocks.com/billetdur/2015/01/26/cher-philippe-geluck/

La question de limitations éventuellement nécessaires de la liberté d'expression n'est évidemment pas posée seulement en France. Voir notamment, en liaison avec les attentats, les propos tenus le 15 janvier par Jorge Mario Bergoglio, chef de l'Eglise catholique romaine sous le pseudonyme de François, ou l'analyse publiée le 19 janvier par l'édition en anglais du journal chinois Global Times "Free speech mania may intensify clashes".
    (http://www.globaltimes.cn/content/902652.shtml)

chat

Par ailleurs, quelques voix s'interrogent sur la réalité de la liberté d'expression au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et rappellent l'affaire Siné.

Suite à un billet sur Jean Sarkozy publié dans Charlie Hebdo le 2 juillet 2008, Maurice Sinet, dit Siné (1928-2016), fut accusé d'antisémitisme et promptement licencié par le directeur de l'époque, Philippe Val. L'affaire fit grand bruit, Siné eut ses détracteurs et ses défenseurs. Il y eut entre autre, dans L'Express, une caricature de Plantu sous le titre "Censure" : on y voyait Val faisant le salut nazi devant "Charlie Hebdo le journal où on peut tout se permettre" et ajoutant : "Même virer un dessinateur". Mis en examen pour "incitation à la haine raciale", Siné fut finalement relaxé et Charlie Hebdo condamné à lui verser 90 000 euros pour licenciement abusif. – Le 7 janvier 2015, Siné manifeste immédiatement son émotion face à la tuerie, et le numéro spécial du périodique qu'il avait créé suite à son licenciement, Siné mensuel, titre "Achetez Charlie" avec la même typographie que "Je suis Charlie" (14 janvier).

Productivité du modèle "Je suis __"

En liaison directe avec les attentats, le modèle Je suis __ est réutilisé :

– pour manifester sa solidarité avec plusieurs catégories de victimes : "Je suis Ahmed" (prénom du policer abattu le 7 janvier), "Je suis juif" (les quatre personnes assassinées dans l'hypermarché étaient d'ascendance juive), "Je suis policier" (trois sont morts), "Je suis musulman" (l'un des policiers assassinés était de confession musulmane). – Sur les panneaux d'information de la mairie de Paris le 11 janvier, on peut lire : "Je suis policier / Je suis juif / Je suis musulman / Je suis chrétien / Je suis athée / Je suis Français / Je suis citoyen du monde / JesuisCharlie" (première ligne en rouge, les autres en jaunes).

– pour manifester, sur Internet, son approbation de l'action des tueurs : "#JesuisKouachi" (posté sur Twitter le 2015-01-09 ; plus de 47 000 tweets en janvier selon Topsy), "#JesuisCoulibaly" (4 800 tweets selon Topsy)

Avec une négation, ce modèle est aussi utilisé par ceux qui veulent manifester leur distance soit avec le mouvement de solidarité vis-à-vis de Charlie Hebdo tel qu'il s'est développé, soit avec ce périodique lui-même, pour quelque raison que ce soit : "Je ne suis pas Charlie".

La forme du slogan n'est pas nouvelle. En 2012, des élèves de l'ESSEC (Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales) lancent sur Twitter le hashtag #JesuisESSEC" pour faire la promotion de leur établissement. En 2012 également, publicité de Nikon pour ses produits : "JE SUIS / A COUPER LE SOUFFLE".

Du fait de la popularité du slogan, le modèle Je suis X est rapidement utilisé également dans d'autres contextes ; en voici quelques exemples, vus en janvier 2015 :

1. en rapport avec les attentats
– "Je suis Nico" : nom d'un site parodique sur Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, qui s'était glissé au premier rang de la manifestation du 11 janvier à Paris aux côtés des chefs d'Etat et de gouvernement en exercice ; ce site se présente comme "un hommage à l'art de l'incruste".
– "Je suis Mohamed" : pancarte de même format que "Je suis Charlie" lors de manifestations contre la couverture de Charlie Hebdo à Alger, le 16 janvier.
– "Je suis CTD" : sigle de l'imprimerie [Création Tendance Découverte] où s'étaient retranchés les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo et dont le matériel a été détérioré ; collecte organisée par les commerçants de Dammartin-en-Goële pour l'aider à redémarrer l'activité (plus de 100 000 euros collectés jusqu'à fin février).
– "Je suis mon prochain" : prononcé le dimanche 25 janvier par l'évêque Jean-Michel Di Falco (vidéo visible sur le site du Point).
– "Je suis Charles Martel" : slogan anti-immigré (en 732, Charles Martel mit les armées arabes en déroute et les contraignit au reflux).
– "#JesuisDieudonné" : hashtag de solidarité avec l'humoriste Dieudonné M'bala M'bala, mis en examen après avoir écrit sur Facebook "Je me sens Charlie Coulabily".

2. sans rapport avec les attentats
– "#jesuisRaifBadawi" : hashtag de solidarité avec le blogueur condamné en Arabie saoudite à dix ans de prison, mille coups de fouet et une forte amende.
– "#jesuisCHF" : tweets humoristiques à propos de la politique de la Banque nationale suisse et de l'appréciation importante du franc suisse par rapport à l'euro.
– "Je suis Vincent Lambert" : nom d'un tétraplégique en état végétatif chronique ; banderole d'une manifestation à Paris le 25 janvier 2015 contre l'euthanasie, mais ce slogan pourrait a priori servir tout aussi bien à ceux qui sont partisans de l'arrêt des soins dans ce genre de situation.
– "Je suis la Forêt du Limousin" : page de titre du site du Syndicat des exploitants forestiers, scieurs et industriels du Limousin.
– "Je suis Rémi" : en souvenir de Rémi Fraisse, tué en octobre 2014 dans des heurts entre manifestants et forces de l'ordre lors d'une manifestation contre le projet de barrage de Sivens (Tarn).
– "Je suis Syriza" : nom du parti de la gauche radicale qui remporte les élections législatives en Grèce le 25 janvier 2015.

En concurrence avec Je suis Charlie, le slogan est également utilisé à la première personne du pluriel : "Nous sommes Charlie" ou – selon le modèle du slogan de 1968 – "Nous sommes tous des Charlie". Le 10 janvier, le Premier ministre, Manuel Valls, déclare : "Nous sommes tous des Charlie. Nous sommes tous des policiers. Nous sommes tous des juifs de France." – Plus rares, les troisièmes personnes du singulier ou du pluriel : "Le rugby est Charlie", "Paris est Charlie", "La BD est Charlie", "Les auteurs sont Charlie".

Cependant, l'appât du gain n'est pas loin : dans les jours qui suivent les attentats, l'Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) reçoit plus de cinquante demandes de dépôt d'une marque "Je suis Charlie". Demandes toutes refusées. Dans le même temps sont mis en vente sur Internet différents produits dérivés avec le logo "Je suis Charlie" : T-shirts, badges, mugs, parapluies…

Produits linguistiques dérivés

effet Charlie : on appelle ainsi certaines conséquences politiques et économiques immédiates des attentats : fréquentation en nette baisse, par rapport à 2014, des soldes d'hiver (ouvertes le 7 janvier), surtout dans la première semaine (du 7 au 11), augmentation importante des ventes de journaux, hausse importante, selon les sondages, de la popularité du président de la République, du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur. Mais d'autres faits comme l'augmentation considérable des actes islamophobes (128 du 7 au 19 janvier contre 133 dans toute l'année 2014, selon l'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman) ne sont pas mis sur le compte d'un "effet Charlie".

esprit du 11 janvier : expression utilisée à partir des manifestations du 11 janvier et qui a pour contenu essentiel l'invocation de l'"unité nationale", quelles que soient les motivations politiques de ceux qui l'invoquent (mais l'"esprit du 11 janvier" est invoqué essentiellement par les représentants de la majorité présidentielle). Le 20 janvier, dans ses vœux aux Corps constitués et aux bureaux des Assemblées, François Hollande, président de la République, déclare : "L'esprit du 11 janvier doit désormais inspirer notre action dans la durée. C'est exceptionnel que des millions de Français descendent dans la rue non pas pour protester, non pas pour contester, mais pour affirmer leur attachement à ce qui nous unit tous : la République." (transcription d'après la vidéo en ligne sur le site de l'Elysée). – Lors de sa conférence de presse du 5 février, François Hollande emploie une expression légèrement différente : " L'esprit de janvier 2015, c'est l'unité de la République. […] Cet esprit-là, je dois le prolonger avec le gouvernement."

rester Charlie : expression employée généralement à l'infinitif avec valeur d'optatif (marquée parfois explicitement : "Il faut rester Charlie"). C'est le vœu que perdure l'"esprit du 11 janvier".

après-Charlie : période prolongée postérieure aux attentats, énoncée en ce qu'elle diffère de la période antérieure et pose de nouveaux défis : comment gérer l'après-Charlie ?

après-11-janvier : période prolongée postérieure aux manifestations du 11 janvier ; par rapport à l'"après-Charlie", le contenu sémantique inclut potentiellement une dimension internationale (présence dans la manifestation parisienne de plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'Union européenne).

Toponymie : A La Tremblade (Charente-Maritime), une place de la commune est baptisée "place Je suis Charlie" le 9 janvier et inaugurée le 10 janvier. A Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), la place Clément Ader est rebaptisée le 22 janvier "place du 9 janvier" (c'est là qu'a eu lieu l'assaut contre les tueurs retranchés dans l'imprimerie CTD).

Voici, au 1er février, le nombre de pages contenant ces expressions et référencées par Google ; entre parenthèses, les même chiffres quelques mois plus tard, au 5 octobre 2015 : "effet Charlie" (avec article) – 73 500 (10 580) ; "esprit du 11 janvier" – 172 000 (104 000) ; "rester Charlie" – 6 350 (2 980) ; "l'après-Charlie" – 273 000 (50 500) ; "l'après-11-janvier" : 28 000 (23 000).

Ebauche d'analyse linguistique

Dans "Je suis Charlie", Charlie désigne l'hebdomadaire et/ou l'équipe rédactionnelle. Mais Charlie est un prénom, ce qui permet l'identification du locuteur (je) avec l'hebdomadaire, comme si c'était une personne. D'ailleurs, dès le 9 janvier, le conseil municipal de Paris décide à l'unanimité de faire de Charlie Hebdo – un hebdomadaire – un citoyen d'honneur de la ville de Paris (la dernière personne ainsi distinguée avait été Nelson Mandela). La maire, Anne Hidalgo, déclare : "En choisissant de la remettre [cette distinction] à Charlie Hebdo, Paris, notre ville accorde à un journal héroïque le respect dû aux héros." Elle précise que chacun des morts de Charlie Hebdo est "un héros tombé en défendant les valeurs les plus profondes et les plus essentielles de notre humanité".

Selon le dictionnaire de l'Académie (9e édition), est un héros "celui qui se distingue par une valeur extraordinaire, un courage hors du commun, qui obtient à la guerre des succès éclatants, qui exécute de grandes et périlleuses entreprises" ou, par extension, "celui qui se distingue par l'élévation et la force de caractère, par une grande noblesse d'âme, par quelque haute vertu". – On pense à la boutade du docteur Destouches (invalide de guerre à 70 %, médaille militaire et croix de guerre 1914), plus connu sous le nom de Céline : "Une balle dans le ventre, ça ne fait pas un héros, mais une péritonite." (in Gibault 1985 : 283)

Charlie peut se charger d'un contenu sémantique en correspondance avec des propriétés saillantes du référent, et il peut varier selon les locuteurs entre trois pôles :

– l'équipe rédactionnelle en ce qu'elle a été victime d'un attentat et d'un massacre ;
– le contenu journalistique en ce qu'il manifeste le principe général de la liberté d'expression ;
– l'usage spécifique qui est fait par cette équipe rédactionnelle de la liberté d'expression, c'est-à-dire l'orientation politico-idéologique de ce périodique.

Le sujet et le verbe expriment l'engagement du locuteur en faveur de Charlie en fonction des propriétés sémantiques qu'il lui attribue. Cette diversité fait qu'un même locuteur peut a priori affirmer à la fois de lui-même "Je suis Charlie" (condamnation des assassinats) et "Je ne suis pas Charlie" (prise de distance par rapport à l'orientation politico-idéologique du périodique) : voir p. ex. les déclarations d'intellectuels comme Tariq Ramadan, universitaire suisse d'origine égyptienne (interview sur La Chaîne Parlementaire le 15 janvier), ou Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (tribune dans Le Monde du 16 janvier 2015). – Ce n'est d'ailleurs que sur la base de ces négations que peuvent être élaborées des hypothèses sur le contenu sémantique de Charlie.

"Je suis Charlie" est né en liaison avec l'attentat contre Charlie Hebdo, mais cette phrase a été énoncée très généralement comme condamnation de tous les attentats de ces journées. Cependant, une feuille spéciale de l'hebdomadaire Actualités juives diffusée lors de la manifestation parisienne du 11 janvier représentait en gros caractères le slogan "Je suis juif" et en dessous, en plus petit, "Je suis Charlie". Signe que si Charlie fonctionne souvent comme terme générique, il peut fonctionner aussi comme terme d'une opposition binaire Charlie ~ juifs. L'objectif des auteurs de cette feuille spéciale est de faire bien apparaître la spécificité de l'attentat contre le supermarché casher, de façon à ce que les récepteurs prennent conscience de la nécessaire dénonciation de l'antisémitisme.

Dans des expressions comme "Il faut être Charlie tous les jours" (Jean-Louis Borloo le 11 janvier) ou "Il faut rester Charlie", les valeurs syntaxique et sémantique ne sont à l'évidence par les mêmes. Charlie y fonctionne comme un adjectif attribut et signifie la conformité à un certain nombre de principes moraux (tolérance) ou politiques (laïcité, liberté d'expresion, etc.), étiquetés comme "valeurs de la République".

Mais le créateur de cette phrase, Joachim Roncin, ne mettait, lui, rien de tout cela dans cette phrase : juste l'expression d'une émotion et du sentiment qu'il aurait pu être tué lui aussi comme les rédacteurs de Charlie Hebdo.

Documents : l'analyse politique du linguiste américain Noam Chomsky, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT)

"We Are All : Fill in the Blank" (11 janvier) :
https://zcomm.org/znetarticle/we-are-all-fill-in-the-blank/
– traduction en français : http://partage-le.com/2015/01/nous-sommes-tous-noam-chomsky/

"Paris attacks show hypocrisy of West's outrage" (19 janvier) :
http://edition.cnn.com/2015/01/19/opinion/charlie-hebdo-noam-chomsky/


En guise de conclusion...

– Dessin de Serge Wozniak paru dans le Canard enchaîné du 14 janvier 2015.


Références bibliographiques

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Dictionnaire de l'Académie. 9e édition. Document en ligne, consulté le 2015-10-05.
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Gibault, François, 1985. Céline 1894-1932. Le temps des espérances. Paris : Mercure de France.

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Littré, Emile, 1874. Dictionnaire de la langue française. Tome 4. Paris : Hachette. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-03-11.
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Pfeifer Wolfgang (ed.), 1989. Etymologisches Wörterbuch des Deutschen. 3 volumes. Berlin : Akademie Verlag.

Rey, Alain (ed.), 1998. Dictionnaire historique de la langue française. 3 volumes. Paris : Le Robert.

Robert, Paul, 1984. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. 6 volumes. Paris : Le Robert.

Sanson, Henri, 1862. Sept générations d'exécuteurs. 1688-1847. Mémoires des Sanson. 6 tomes. Paris : Dupray de la Mahérie & Cie. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2015-01-13.
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TLFi = Trésor de la langue française informatisé. Document en ligne, consulté le 2015-01-13.
http://atilf.atilf.fr.


– Les informations et déclarations dont la source n'est pas indiquée sont extraites de différents organes de presse, consultés en ligne pendant la période considérée.
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