Jacques Poitou
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Mise en page et marges



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De la page manuscrite à la page imprimée

Les premiers livres imprimés en Europe occidentale étaient en tous points semblables aux livres manuscrits tels qu'ils étaient depuis l'invention du codex : pas de page de titre, pas de numérotation de page, un texte dense, souvent imprimé en grand format sur deux colonnes, les paragraphes étaient distingués soit par des lettrines peintes à la main, soit par des lettres imprimées rehaussées de rouge, soit par un signe particulier (le pied de mouche : ¶). Les notes (ou gloses), quand notes il y avait, entouraient le texte, elles étaient imprimées dans un corps plus petit (voir Labarre 2001 : 59 sq.).

voirSupports du texte écrit

Les nouvelles techniques et l'augmentation considérable de la diffusion, c'est-à-dire de la commercialisation, des livres qu'elles engendrent entraînent des modifications radicales de l'organisation du livre et de la page : en quelques décennies (fin XVe, début XVIe siècle), le livre et la page acquièrent l'aspect qui les caractérise encore cinq siècles plus tard.

La même organisation vaut, à quelques détails près dus aux contraintes techniques, pour les pages d'un document dactylographié. Mais si, dans les techniques d'imprimerie, de même que dans les manuscrits anciens, le texte peut figurer à la fois sur le recto et le verso de chaque feuille, un seul côté est utilisé pour un texte frappé avec une machine à écrire : la frappe des caractères sur le papier au travers d'un ruban avec une machine à écrire mécanique n'a pas pour seul effet de laisser des traces d'encre sur le papier, mais aussi une empreinte en relief, plus ou moins importante selon l'épaisseur du papier, mais aussi plus ou moins visible sur le verso, ce qui le rend difficilement utilisable.

voirMachine à écrire

La même habitude s'est perpétuée avec les imprimantes standard pilotées par l'ordinateur, malgré des conditions techniques radicalement différentes. Il est certes possible d'imprimer les feuilles recto-verso. Mais le mécanisme d'entraînement des feuilles n'étant pas toujours d'une fiabilité totale (du moins avec des imprimantes non professionnelles), seul le recto est la plupart du temps utilisé.


Dimensions de la page

Dans le cas de livres imprimés, la page constitue une face d'un feuillet, lui-même subdivision d'un cahier obtenu par pliage d'une feuille de papier une ou plusieurs fois. Une feuille pliée une fois donne deux feuillets, soient quatre pages (format in-folio). Pliée quatre fois, une feuille donne huit feuillets, soient 16 pages (in-octavo ou in-8º) – format actuellement le plus courant pour les livres. Un livre est constitué de plusieurs cahiers cousus ou collés les uns aux autres. Dans les techniques traditionnelles d'imprimerie, on imprime en même temps toutes les pages recto d'un même cahier, puis toutes les pages verso.

Dans le cas des documents dactylographiés, la largeur de la page est conditionnée par la largeur de la machine à écrire. Dans les faits, on a utilisé en France des feuilles de format 21 cm x 27 cm, avant la généralisation du format A4 (21 x 29,7 cm) dans le dernier quart du XXe siècle.

En ce qui concerne l'impression numérique à l'aide d'imprimantes, on a utilisé d'abord du papier en bande continue pliée en accordéon, guidé dans l'imprimante par des perforations situées de chaque côté (papier-listing), avant d'utiliser des feuilles individuelles de format A4 ou A3 (ou plus grand) en fonction des capacités de l'imprimante.

Ces normes de format ont été conçues par l'Allemand Walter Porstmann et adoptées par l'institut allemand de normalisation (connu sous le sigle DIN) en 1922, puis progressivement dans bon nombre de pays, mais pas aux USA, et en France seulement en 1967. Elles correspondent à la norme internationale ISO 216.

Les dimensions des feuilles sont définies mathématiquement pour tous les formats : la longueur est égale à la largeur multipliée par racine de deux. Le format A0 correspond à une feuille de 1 m2 (soit 0,84 m x 1,189 m) et le format A4 à une feuille A0 pliée en 4. Les formats de la série B correspondent à une feuille de 1 m de long.


Marges

Le texte s'inscrit dans un rectangle de dimension inférieure à la page ; sur chaque côté du rectangle, les marges sont laissées vierges. Cependant, elles peuvent être aussi le lieu d'une utilisation partielle : les marges latérales pour des intertitres (avec ce que les logiciels de traitement de texte appellent un retrait négatif), pour la numérotation des lignes ou des paragraphes, voire, plus rarement, pour les notes, les marges supérieure et inférieure pour le titre courant et le pied de page.

– Sur la dimension des marges par rapport à la dimension de la page, voir Tschichold (in Klemke 1988), Perrousseaux (1996 : 42 sq.) ou Meier 1992.


Corps de texte et division en paragraphes

Le texte occupe l'essentiel de la page. Il peut être divisé en alinéas ou paragraphes : deux termes employés généralement pour désigner les mêmes subdivisions du texte (alinéa < latin a linea = quitter la ligne (et aller à la suivante) ; paragraphe < grec paragraphos = signe placé à côté du paragraphe signalant son début ou sa fin).

Les moyens les plus utilisés pour le marquage de la division en paragraphes sont le retrait de première ligne (un cadratin ou plus) et l'interlignage. Dans ce second procédé, le paragraphe est séparé du précédent ou du suivant par une ligne vierge plus ou moins haute. Ces deux procédés sont utilisés séparément ou ensemble. Le retrait de première ligne est, au moins en France, le procédé le plus traditionnel.

Deux autres moyens sont également disponibles, mais nettement moins utilisés : l'indication, dans la marge, d'un signe particulier (pied de mouche ou numéro) et la lettrine, c'est-à-dire la première lettre du paragraphe représenté dans un corps beaucoup plus grand (équivalent à deux ou trois lignes de texte au moins), éventuellement dans une police différente (qui peut être une police fantaisie), les autres lettres du premier mot étant, si l'on suit les règles de l'Imprimerie nationale, en petites capitales.

voirLettrine

Pour la disposition du texte sur les lignes horizontales, quatre possibilités :

– la justification à gauche (appelée dans l'imprimerie traditionnelle : fer à gauche) ;
– la justification à droite (fer à droite) ;
– la justification à gauche et à droite (en pavé) ;
– le centrement.

Les usages établis sont à peu près les suivants :

1. Pour les textes imprimés (y compris ceux que l'on produit à l'aide de l'ordinateur), les extrémités des lignes sont alignées à gauche et à droite, sauf la dernière ligne, laissée incomplète (ou creuse). Cette justification du texte est obtenue à l'aide de trois procédés :

– des variations des espaces entre les mots (l'espace normal est à peu près égal à un tiers de cadratin) ; dans la composition avec des caractères en plomb, on utilisait des "espaces fines" supplémentaires pour obtenir la justification ;
– la coupure des mots, réglementée par des conventions bien établies en partie motivées par un souci de lisibilité (p. ex., on ne rejette pas à la ligne suivante une syllabe muette : sylla-be) ;
– le recours à des lettres plus étroites, procédé utilisé dans les tout premiers temps de l'imprimerie occidentale – voir à ce sujet Wild 1995 sur la typographie de la Bible de Gutenberg.

voirCoupure de mots

2. La non justification du texte (ou d'une partie du texte) résulte soit d'une intention particulière (distinguer ce texte du reste), soit d'une contrainte technique : ainsi, si le texte est disposé en colonnes étroites, c'est-à-dire avec peu de mots par ligne, la justification peut entraîner des espaces disproportionnés, voire même une impossibilité pure et simple de justification (cas d'un seul mot long moins large que la largeur de la colonne).

3. Certains types de textes (p. ex. les menus) et aussi certaines parties de certains textes (p. ex. les indications figurant sur la page de titre) sont centrés.

4. En dactylographie, le texte peut seulement être aligné à gauche ou centré plus ou moins précisément.

Les interlignes sont, au sens premier, "des lames de fonte dont le principal emploi est de séparer les lignes entre elles" (Fournier 1997 : 69). Dans un logiciel de traitement de texte, ce qu'on appelle interligne n'est pas à proprement parler une ligne entre les lignes, mais la hauteur de la ligne, c'est-à-dire la distance entre deux lignes, et elle est mesurée en points. La définition de l'interligne conditionne l'esthétique et la lisibilité. Un interlignage paraît normal s'il est d'à peu près un cinquième plus grand que le corps (soit à peu près 15 pour un corps de 12 points).


Références bibliographiques

Fournier, Pierre-Simon, 1764. Manuel typographique... Paris : Barbou. Document en ligne, consulté le 2006-12-18.
http://jacques-andre.fr/faqtypo/BiViTy/Fournier-Manuel.html.

Klemke, Werner (ed.), 1988. Leben und Werk des Typographen Jan Tschichold. München / New York / London / Paris : Saur.

Labarre, Albert, 2001. Histoire du livre. 9e édition. Paris : PUF. Que sais-je ? 620.

Meier, Hans Ed., 1992. Règles fondamentales de mise en page. Cahiers GUTenberg 13. Document en ligne, consulté le 2004-03-15.
http://cahiers.gutenberg.eu.org/cg-bin/article/CG_1992___13_5_0.pdf.

Perrousseaux, Yves, 1996. Mise en page et impression. Notions élémentaires. Reillanne : Perrousseaux.

Wild, Adolf, 1995. La typographie de la Bible de Gutenberg. Cahiers GUTenberg 22. Document en ligne, consulté le 2004-03-15.
http://misraim3.free.fr/judaisme/typographie_de_la_bible.pdf.


© Jacques Poitou 2017.