Jacques Poitou
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Règles typographiques, codes et usages



Différence avec l'orthographe ! L'orthographe est dûment codifiée par des textes réglementaires élaborés ou adoptés par les plus hautes autorités de l'Etat, elle est consignée dans des ouvrages spécifiques (les dictionnaires), et les fautes d'orthographe sont sanctionnées dans les examens et concours (5 fautes = zéro au certificat d'études primaires quand il existait encore).

Rien de tel pour la typographie. Il existe bien des normes définies pour certains types de textes (les enveloppes, les courriers administratifs, p. ex.), mais sur un plan général, il y a seulement des conventions, des usages, différents selon les langues, selon les pays, selon les techniques employées, selon les supports, selon les publications. Dans le domaine très limité de la bibliographie, chaque chercheur sait trop bien que les conventions varient d'une publication scientifique à l'autre. Les usages dominants ne sont pas les mêmes pour le français, l'anglais ou l'allemand. Ils ne sont pas non plus les mêmes pour le français en France, en Suisse ou au Canada.

Dans le souci d'une uniformisation des usages, l'Office des publications des Communautés européennes a élaboré ses propres conventions pour les langues de l'UE  ; l'objectif clairement affiché (dans la préface) est "l'élaboration de conventions d'écriture uniformes pour toutes les institutions [européennes], et ce dans toutes les langues". Le Code de rédaction interinstitutionnel qu'il publie est actuellement disponible dans toutes les langues officielles de l'UE.

Mais il reste que chaque institution, chaque éditeur peut définir des conventions qui doivent être respectées dans le domaine où s'exerce son autorité. Cela vaut pour l'Office des publications de l'UE. Cela vaut aussi pour chaque périodique, qui a sa propre "marche", ainsi qu'on appelle l'ensemble de ces conventions. C'est aussi le cas de l'Imprimerie nationale pour les rares publications dont elle a l'entière maîtrise. Mais il faut rappeler qu'il ne s'agit pas là de règles que chacun (en dehors de l'Imprimerie nationale) aurait à respecter sous peine de sanction.

voirRésumé de quelques règles typographiques pour l'impression papier

L'Imprimerie nationale a derrière elle une tradition d'édition de qualité, même si ses activités actuelles sont centrées sur la production de documents administratifs et sécurisés (p. ex. passeports, visas, cartes d’identité, permis de conduire, cartes grises, attestations d’accueil, livrets d’épargne, titres de séjour, chèques bancaires, billets de spectacle et d’événements sportifs, chèques cadeaux, étiquettes de sécurité, cartes plastiques avec ou sans microprocesseurs... – liste figurant sur son site). Mais la mission de cette institution, créée en 1640 à l'instigation de Richelieu un siècle après que François Ier eut institué les premiers "imprimeurs du Roy", n'est pas (et n'a jamais été) de fixer, au nom de l'Etat, des normes en matière de typographie.

– Sur l'histoire et le patrimoine de l'Imprimerie nationale, voir Jimenes 2006 et sur le même site Garamonpatrimoine, le dossier photographique d'Eric de Chazournes :
http://www.garamonpatrimoine.org/chazournes/patrimoine_in.pdf.

Quant à l'Académie française, créée en 1635, ses statuts lui assignent comme "principale fonction" de "donner des règles certaines à notre langue et [...] la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences" (art. 24), et l'article 26 précise : "Il sera composé un Dictionnaire, une Grammaire, une Rhétorique et une Poétique sur les observations de l'Académie." Une grammaire a été publiée en 1932, mais elle est vite tombée dans l'oubli, rhétorique et poétique n'ont jamais vu le jour. Quant au dictionnaire, la dernière édition date de... 1935. Une nouvelle édition, la neuvième, est en cours de rédaction, le premier volume est paru en 1992 et à la date d'aujourd'hui [2017-03-27], c'est-à-dire un quart de siècle plus tard, les académiciens ont déjà réussi à atteindre la lettre R (renommer) – patience ! En tout cas, rien dans les missions de ladite Académie ne concerne la typographie, qui était l'affaire des imprimeurs.

Il existe d'autres "codes typographiques", dont les plus connus figurent plus bas dans la bibliographie. Leurs auteurs sont des personnes morales (corporations, associations) ou physiques (imprimeurs, enseignants) et ils ne présentent pas tous les mêmes conventions. Le Code typographique (unique), parfois évoqué et invoqué, est un mythe, il n'existe pas.

Lacroux (voir Lacroux 2007) écrivait dans une contribution à la liste Typographie le 2000-01-25 : "Il n'y a pas de "code" typographique. Plus important encore : les conventions orthotypographiques ne se trouvent pas que dans les prétendus "codes"... Quantité de conventions dites typographiques ne dépendent plus des seuls "typographes" (au sens large)... même si ce sont leurs prédécesseurs qui les conçurent et, heureusement, les imposèrent. Là réside l¹erreur fondamentale de ceux qui veulent "réformer" un machin qui n¹existe pas... ou "moderniser" un ensemble de conventions qui ne dépendent plus d¹eux depuis longtemps."
(https://listes.irisa.fr/wws/arc/typographie/2000-01/msg00185.html)

Et indépendamment de ce que les uns et les autres recommandent, prescrivent ou voudraient imposer, quels sont les usages réels des locuteurs-scripteurs ? Plutôt que de comparer dans le détail les différents "codes" les uns avec les autres, on s'efforcera dans ces pages de confronter les pratiques réelles des locuteurs-scripteurs aux conventions présentées ici ou là (p. ex. dans le Lexique de l'Imprimerie nationale).

Par delà toutes les différences dans les usages, un principe ne semble guère être contesté ni contestable : un principe de cohérence. Si une convention donnée est adoptée pour un texte, alors, elle doit être respectée dans l'ensemble du texte ou de l'ouvrage. A moins que l'on estime que la question de la forme visuelle de l'écrit n'a pas d'importance pour le texte en question : ce peut être le cas dans des formes de communication écrite rapide. Et de toute façon, postuler un principe de cohérence n'implique pas qu'il soit effectivement respecté strictement au fil de textes longs, écrits en plusieurs étapes, etc. Mais ce principe de cohérence n'est en lui-même que l'un des aspects d'un principe fondateur de la communication linguistique : l'unicité du code.


Références bibliographiques

Abrégé du Code typographique à l'usage de la presse. 6e édition. Paris, 2000. Guides du centre de formation et de perfectionnement des journalistes.

André, Jacques, 2007. Petites leçons de typographie. IRISA. Document en ligne, consulté le 2007-07-24.
http://jacques-andre.fr/faqtypo/lessons.pdf.

Code de rédaction interinstitutionnel de l'Office des publications des Communautés européennes. Document en ligne, consulté le 2007-01-06.
http://publications.europa.eu/code/fr/fr-000100.htm.

Code typographique. Choix de règles à l'usage des auteurs et professions du livre. 17e édition. Paris : Fédération CGC de la Communication, 1993.

Félici, James, 2003. Le Manuel Complet de Typographie. Traduit de l'anglais. Paris : Peachpit Press.

Guéry, Louis, 1996. Dictionnaire des règles typographiques. Paris. Les guides du centre de documentation et de perfectionnement des journalistes.

Guibert, Robert, 1997. Le nouveau code typographique. Les règles typographiques de la composition à l'usage des auteurs, des professions du livre et des utilisateurs d'ordinateurs. Paris : Fédération de la Communication CFE/CGC.

Guide du typographe romand. Règles et grammaire typographiques pour la préparation, la saisie et la correction des textes. 5e édition. Lausanne : Groupe de Lausanne de l'Association suisse des typographes, 1993.

Jimenes, Rémi, 2006. L'Imprimerie nationale. Université de Tours. Document en ligne, consulté le 2008-12-08.
http://www.garamonpatrimoine.org/jimenes.pdf.

Lacroux, Jean-Pierre, 2007. Orthotypographie. Document en ligne, consulté le 2007-10-20.
http://www.orthotypographie.fr/intros/telecharger.html.

Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale. 3e édition. Paris : Imprimerie nationale, 2002.

Perrousseaux, Yves, 1996. Mise en page et impression. Notions élémentaires. Reillanne : Perrousseaux.

Perrousseaux, Yves, 2002. Manuel de typographie française élémentaire. Reillanne : Perrousseaux.

Ramat, Aurel, 1994. Le Ramat typographique. Charles Corlet.

N.B. Les éditons mentionnées ici sont celles que j'ai consultées. Il est possible qu'il y en ait de plus récentes. JP.


© Jacques Poitofu 2016.