Jacques Poitou
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Chiffres romains


Les chiffres romains tels qu'ils sont utilisés aujourd'hui mettent en jeu sept signes :

I (1), V (5), X (10), L (50), C (100), D (500), M (1000).


Emplois actuels des chiffres romains

Les chiffres romains ne sont plus utilisés qu'avec valeur sémantique de nombres ordinaux, marqués ou non comme tels (Napoléon III = le troisième Napoléon ; cf. d'ailleurs Napoléon Ier). Et ils ne le sont que dans un nombre limité de cas et en concurrence avec les chiffres dits arabes. Ils sont utilisés conformément à des conventions traditionnelles, ou aussi en alternance avec des chiffres arabes ou des lettres (distinction entre plusieurs suites ordonnées). Pour les nombres cardinaux, on utilise exclusivement les chiffres arabes.

voirChiffres arabes

Exception : dans le domaine du rugby, les chiffres romains sont employés pour indiquer le nombre de joueurs et de là, les noms des clubs ou des équipes : le XV de France, le rugby à XV, le rugby à XIII ; le XV néo-zélandais, le XV des All Blacks.
– Voir aussi l'utilisation de chiffres romains dans les bandes dessinées d'Astérix et Obélix, pour faire couleur locale.

Actuellement, trois jeux de chiffres romains sont disponibles selon les techniques dont on dispose, grandes capitales, minuscules, petites capitales :

I V X L C D M      i v x l c d m      I V X L C D M

On emploie parfois les petites capitales, en alternance avec les grandes capitales, pour marquer une hiérarchie.

voirPetites capitales

A une époque post-classique, et bien au-delà, on a parfois écrit les chiffres romains en minuscules, en harmonie avec les autres types de caractères employés pour le texte (onciale, minuscule caroline, écriture humanistique) : i v x l c d m. Le dernier i d’un nombre (ou d’une partie d’un nombre) a été parfois remplacé par j :

rom
(Pline 1497 : V, v et vii, Weltchronik, Blat 256)

A partir du XVIe siècle, on utilise de plus en plus les petites capitales à la place des minuscules.

Emplois conventionnels

– millénaires et siècles (les chiffres arabes sont également employés et, dans l'écriture d'autres langues – anglais, allemand p. ex. –, (presque) exclusivement) : le IIIe millénaire, le XVIe siècle – ou : le IIIe millénaire, le XVIe siècle

– années : on a longtemps écrit en chiffres romains l'année de parution des livres imprimés en France ; cet usage, concurrencé dès le XVIe siècle par l'emploi des chiffres arabes, a pratiquement disparu dans le courant du XIXe siècle.

– années du calendrier républicain : la Constitution de l'an III

– numéros d'ordre des souverains : Juan Carlos Ier, Elizabeth II, Henri IV

– numéros d'ordre des régimes politiques : le IIIe Reich, la Ve République

– numéros d'ordre de grandes assemblées (en concurrence avec les chiffres arabes) : Vatican II, le XXe congrès du parti communiste soviétique, le 46e congrès de la CFDT

– subdivisions d'une pièce de théâtre : acte V, scène II – ou : acte V, scène II

– subdivisions d'un livre (en concurrence avec les chiffres arabes, dans les ouvrages récents, surtout pour les numéros des chapitres) : livre IV, tome III, chapitre XII – ou : chapitre XII, chapitre 12

– heures sur un cadran (en concurrence avec les chiffres arabes)

– numéros des arrondissements dans les grandes villes (en concurrence avec les chiffres arabes, qui sont majoritairement employés aujourd'hui) : Paris XIXe – ou : Paris 19e

– numéros des universités françaises (en concurrence avec les chiffres arabes) : université Paris III, université Paris 8

– numéros des armées (en concurrence avec les chiffres arabes) : la VIIIe armée britannique – ou : la 8e armée britannique

Emplois en alternance avec les chiffres arabes

– numéros des principales divisions d'un document, mais d'autres conventions, plus récentes, existent ;

voirTitres et intertitres

– numéros des pages liminaires d'un document (préface, introduction, sommaire, etc.) en petites capitales ou, à défaut, en minuscules (la numérotation des pages du texte proprement dit étant alors en chiffres arabes) ; mais la numérotation des pages est aussi, souvent, continue dans tout le document et en chiffres arabes ;

– indication du mois dans les dates écrites entièrement en chiffres (24-III-2007), mais cet usage est rare aujourd'hui en français ; il est plus fréquent dans d'autres langues (p. ex. en polonais) ;

voirDate et heure

– numéros des rangées dans les mots croisés, les numéros des colonnes étant en chiffres arabes (mais les chiffres arabes sont parfois les seuls employés) ;

– numéros d'ordre d'alinéas ou d'éléments d'une énumération, en minuscules (i, ii, iii), en alternance avec des chiffres, des lettres latines minuscules ou des lettres grecques minuscules.


Origine et forme des chiffres

A l'origine des chiffres romains se trouve, selon Ifrah (1994 : I, 462-476), la pratique d'encoches faites sur les bâtons des bergers. Dans la péninsule italienne, le même principe de numération avait été utilisé, avant les Romains, par les Etrusques.

Le système, décimal, structuré par 5 et 2, correspond à une comptabilité sur les cinq doigts des deux mains. En voici les formes originelles selon Ifrah (1994 : I, 456) :

ifrah

Selon les données fournies par Ifrah, la forme des signes pour 500 et 1 000 n'est pas attestée dans des inscriptions latines. Ifrah la déduit des signes utilisés antérieurement dans la péninsule italique et des évolutions postérieures.

1. Une entaille simple : I. La forme correspond aussi à celle d’un doigt.

5. On ajoute au signe de l'unité une entaille supplémentaire. Le signe évolue ensuite vers la lettre V ; il correspond à la moitié supérieure du signe pour 10.

10 (= 5 × 2). On représente une croix, qui correspond au chiffre V doublé.

50 (= 10 × 5). On ajoute à la représentation de V une entaille supplémentaire  ; ce signe correspond à la moitié supérieure du signe pour 100. Il prend ensuite la forme d’une ancre et se confond finalement avec la forme de la lettre L.

100 (= 50 × 2) : le double du signe de 50, qui se simplifie en C (initiale de centvm).

500 (= 100 × 5) : on utilise la moitié du signe pour 1 000 – un demi-cercle incliné avec une demi-croix , qui évolue comme le signe pour 1 000 et est finalement confondu avec la lettre D.

1 000 (= 500 × 2) : le signe pour 1 000 correspond à une croix dans un cercle. Il évolue vers un 8 horizontale, puis vers la combinaison d'un C, d'une barre verticale et d'un C inversé, et est finalement remplacé par M (initiale de mille).

Exemple : sur un ouvrage de Descartes publié en 1661, la date est indiquée ainsi :

descartes

La forme des chiffres peut aussi être issue de (ou influencée par) l’utilisation de lettres grecques inutilisées dans l’écriture du latin.

L'évolution de la forme des chiffres vers celle des lettres est, pour l'essentiel, achevée au Ier siècle av. J.-C., mais des variantes nombreuses continuent à exister bien au-delà (voir plus bas).

Chiffres et lettres

trajan Pour distinguer les lettres employées comme chiffres des lettres employées en tant que telles, on met parfois une barre horizontale au-dessus des chiffres. Voir, p. ex., l'inscription de la colonne Trajan à Rome (IIe s. de notre ère).
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Une autre convention, pratiquée à partir du Moyen Age, consiste à mettre un point après le chiffre romain ou à mettre un point avant et un point après.


Formation des nombres

Ordre : chiffres en ordre décroissant, de gauche à droite.

MDCLXVI = 1 666

Mode additif : la valeur des chiffres s'additionne.

1 867 = MDCCCLXVII = 1 000 + 500 + 100 + 100 + 100 + 50 + 10 + 5 + 1 +1

Mode soustractif (utilisé plus tardivement) : un chiffre (un seul en principe) est soustrait du chiffre de rang supérieur qui le suit.

IV = – 1 + 5 = 4
IX = – 1 + 10 = 9
XL = – 10 + 50 = 40
XC = – 10 + 100 = 90, etc.

Deux chiffres sont parfois soustraits : XIIX = 18.

bethune Mais ce principe n’est pas adopté systématiquement : on aligne souvent 4 chiffres de même valeur ; c’est le cas, notamment, de IIII, généralement employé sur les cadrans d’horloge.

Ci-contre : horloge du beffroi de Béthune (France, 62).
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Exemples

MMCDLXXIX = 1 000 + 1 000 + (– 100 + 500) + 50 + 10 + 10 + (– 1 + 10) = 2 479
1973 M CM LXX III
    = 1000 M
        900 = (– 100 + 1 000) CM
            70 = 50 + (2 × 10) LXX
                3 = (3 × 1) III

Ces modes de formation des nombres peuvent engendrer des suites assez longues :

MMMMDCCCLXXXVIII = 4 888

Pour en faciliter la lecture, on a parfois placé un espace entre milliers, centaines et dizaines, ou un point après chacun de ces groupes :

1729 =
M DCC XXIX        M. DCC. XXIX.        .M. DCC. XXIX.


Nombres supérieurs à 4 999

Les sept chiffres I, V, X, L, C, D et M permettent d'écrire des nombres jusqu'à 4 999 (MMMMCMXCIX). Au-delà, plusieurs systèmes ont été utilisés.

Premier système

D’autres signes, pour 5 000, 10 000 et au-delà, sont définis à partir des chiffres anciens pour 500 et 1 000, en ajoutant un demi-cercle ou un cercle supplémentaire :

rom

Codes Unicode des signes spéciaux : U+2183, U+2180, U+2181, U+2182.

Deuxième système

On indique les milliers et les centaines respectivement par un M et un C (parfois en lettres supérieures minuscules : XIIIm = 13 000) :

rom
(Pline 1829 : 397, 401)

Cette même technique a parfois été utilisée pour des nombres moins importants multiples de 20 : XVXX = 300 (cf. les Quinze-Vingt).

Troisième système

Barre horizontale au-dessus du chiffre, signifiant "x 1 000" :

rom
(= 4 872 ; d'après Ifrah 1994 : I, 480)

Ce système entre en conflit avec l'utilisation de la barre horizontale pour distinguer les chiffres des lettres (voir plus haut l'exemple de la colonne Trajan). Et devant des chiffres indiquant les milliers, le surlignement peut aussi pour signifier "× 100". Ainsi, dans l’Histoire naturelle de Pline (1829 : 608, 436, 442), on peut lire :

rom

Mais Pline indique que l’on n'utilisait pas de nombres supérieurs à 100 000 :

Non erat apud antiquos numerus ultra centum millia : itaque et hodie multiplicantur haec, ut decies centena millia, aut saepius dicantur.
Les anciens n'avaient pas de nombre au delà de cent mille ; aussi aujourd'hui encore compte-t-on par multiples de cent mille, et l'on dit dix fois cent mille, ou plus.(Pline 1850 : 421)

De nos jours, pour les nombres supérieurs aux milliers, on n’emploie plus les chiffres romains.


Variantes

Voir Capelli (1928 : 413-420) pour la présentation des variantes – nombreuses – des chiffres romains utilisés au Moyen Age. Plus récemment, voici les variantes indiquées par Lefevre (1855 : 110) pour 1 000, 10 000, 100 000 et 1 000 000 :

rom


Références bibliographiques

Capelli, Andriano, 1928. Lexicon abbreviaturarum. Wörterbuch lateinischer und italienischer Abkürzungen. 2. Auflage. Leipzig : J.J. Weber. Document en ligne sur le site de l'université de Köln, consulté le 2007-12-15.
http://inkunabeln.ub.uni-koeln.de/vdibProduction/handapparat/nachs_w/cappelli/cappelli.html.

<CIL> Berlin-Brandeburgische Akademie der Wissenschaften. Corpus Inscriptionum Latinarum. Documents en ligne, consulté le 2007-04-01.
http://cil.bbaw.de/dateien/datenbank.php.

[Descartes 1661] Principia mathesos universalis seu introductio ad geometriæ methodum Renati des Cartes. Amsterdam : apud Ludovicum Danielem Elzevirios. Document en ligne, consulté le 2007-04-01.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k574839.

Ifrah, Georges, 1994. Histoire universelle des chiffres. Deux volumes. Paris : Laffont. Collection Bouquins.

Lefevre, Théotiste, 1855. Guide pratique du compositeur d'imprimerie. Paris : Didot. Document en ligne, consulté le 2009-03-18.
http://books.google.fr/books?id=xBMIAAAAQAAJ.

Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale. 3e édition. Paris : Imprimerie nationale, 2002.

[Pline 1497] C. Plinii Secundi naturae historiarum libri XXXVII. Venise : B. Benali, 1497. Document en ligne sur le site de l'université Paris 5, consulté le 2007-04-01.
http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=01573&p=521&do=page.

[Pline 1829] Caii Plinii secundi Historiæ naturalis. Volumen secundum. Paris : Lemaire, 1829. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2007-04-01.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23623d.

[Pline 1850] Histoire naturelle de Pline, avec la traduction en français par E. Littré. Tome 2. Paris : Dubochet, 1850. Document en ligne sur le site de l'université Paris 5, consulté le 2007-04-01.
http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=39197x02&do=chapitre.

Steffens, Franz, 1910. Paléographie latine. Trèves : Schaar & Dathe, Paris : Champion. Document en ligne sur le site de l'université de Fribourg, consulté le 2007-12-05.
http://www.paleography.unifr.ch/steffens_fr/.

[Weltchronik] Schedel, Hartmann, 1493. Weltchronik. Köln/London/Madrid... : Taschen, 2001.


© Jacques Poitou 2009.