Jacques Poitou
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Capitales, majuscules et minuscules



voirEmploi des majuscules
voirMajuscules accentuées

On distingue couramment majuscules et minuscules. Dans la tradition de l'imprimerie, on distingue capitales et bas-de-casse. On distingue également les (grandes) capitales et les petites capitales. Il faut y ajouter la lettrine.

voirPetites capitales
voirLettrine

Le terme bas-de-casse est directement lié aux métiers de l'imprimerie et particulièrement à celui du compositeur, chargé de composer les textes avec les caractères en plomb : il prenait les caractères de plomb dans le meuble à compartiments où ils étaient rangés et qu'on appelle une casse, les minuscules – les plus nombreuses – étaient rangées dans les compartiments en bas de la casse, c'est-à-dire le plus près de lui.

casse Dessin d'une casse (extrait de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert)

Capitales et bas-de-casse d'une part, majuscules et minuscules d'autre part relèvent de plans différents. Capitale et bas-de-casse sont des termes de typographie et ils expriment une différence de forme, tandis que la distinction entre majuscules et minuscules est une distinction linguistique qui correspond à une différence de fonction : la majuscule signale quelque chose. On peut distinguer deux types d'emplois de la majuscule :

1. La majuscule à l'initiale d'un mot peut avoir une fonction syntaxique ou textuelle : indiquer le début d'un segment du texte : début de phrase, début d'une division du texte (paragraphe, chapitre, vers, strophe, verset, etc.).

2. La majuscule à l'initiale d'un mot peut avoir une fonction morphosyntaxique ou sémantique : servir à indiquer une valeur particulière de ce mot. En français, les noms propres (à référent unique) "prennent la majuscule". En allemand, les substantifs prennent également la majuscule selon la norme orthographique officielle. On peut relier à cette fonction l'utilisation des majuscules pour les sigles.

Dans les textes standard (imprimés, manuscrits ou réalisés par quelque autre procédé), les majuscules sont réalisées en capitales et les minuscules en bas-de-casse [a]. Mais les minuscules peuvent aussi être réalisées en capitales [b] ou en petites capitales [c]. Et les majuscules sont parfois aussi réalisées en bas-de-casse [d].

[a] Tintin et Milou – [b] TINTIN ET MILOU – [c] TINTIN ET MILOU – [d] tintin et milou

En effet, outre leur utilisation pour les majuscules linguistiques, les capitales peuvent avoir deux autres utilisations :

1. Un texte entier peut être écrit en capitales. C'est le cas de nombreux panneaux, d'enseignes, d'inscriptions. C'est le cas aussi de titres d'ouvrages. Il s'agit de textes courts, sur lesquels on souhaite attirer l'attention, textes qui doivent d'abord être vus avant d'être lus.

2. Les capitales peuvent aussi être employées, dans un texte standard, pour mettre en valeur des segments de texte, mais le contraste graphique entre capitales et bas-de-casse est important et on préfère généralement recourir à d'autres procédés plus discrets, et en premier lieu à l'italique.

Toutes les polices de caractères ne permettent pas l'écriture de tout un texte en capitales. C'est notamment le cas des polices gothiques ou des polices scriptes (ou manuscrites), pour des raisons évidentes de lisibilité ; voir ci-dessous le même texte, écrit avec la police Edwardian Script ITC :

capitales manuscrites

voirPolices gothiques
voirEcritures manuscrites

Dans l'usage courant, les termes de capitale et de majuscule sont souvent confondus, le terme de bas-de-casse est peu utilisé en dehors des milieux des imprimeurs et des correcteurs.

N.B. Sur ce site, j'emploie généralement les termes courants de majuscule (ou de capitale) et de minuscule, et le terme de bas-de-casse uniquement en cas d'ambiguïté évidente.


Origine

Ces deux types de caractères n'ont pas la même filiation. Ils sont issus de deux écritures différentes, qui dérivent cependant toutes les deux d'une même écriture (voir Higounet 2003 : 69 sq.).

Les capitales d'imprimerie ont pour ancêtres les capitales romaines (capitalis monumentalis), c'est-à-dire l'écriture noble utilisée notamment pour les inscriptions gravées dans la pierre. Leur forme s'est fixée au Ier siècle avant notre ère et elle est restée stable depuis (indépendamment des variantes – notamment gothiques – auxquelles ces lettres ont donné lieu).

voirCapitale romaine

Les bas-de-casse sont issues de l'écriture humanistique (littera antiqua) utilisée à partir du XVe siècle en Italie et qui est elle-même une résurgence de la minuscule caroline (VIIIe siècle). La minuscule caroline a elle-même pour ancêtre lointain l'écriture romaine commune, cursive, telle qu'elle était pratiquée au début de l'empire romain, mais de l'une à l'autre, les changements de forme ont été assez importants (par différence avec les capitales).

voirMinuscule caroline


Inventaires légèrement différents

Indépendamment de la question des majuscules accentuées, les inventaires des majuscules et des minuscules présentent ou ont présenté aussi quelques différences.

En français, jusqu'au XVIIe siècle, au V majuscule ont correspondu deux minuscules : v à l'initiale du mot et u aileurs : ouurir vn liure – OVVRIR VN LIVRE. A l"inverse, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, au S majuscule ont correspondu deux s minuscules différents, le s rond en fin de mot et le s long ailleurs : aſſis – ASSIS.

En allemand, on distingue ss et ß en minuscules, ne leur correspond que SS en capitales (anciennement SZ – de même que pour les minuscules).

voirTypographie allemande


Emplois du "tout-capitales"

Si les capitales sont moins aisément lisibles que les bas-de-casse, car elles sont moins différentes les unes des autres du fait, notamment, de l'absence de jambages, elles sont aussi plus visibles, car leur graphisme s'inscrit dans toute la hauteur disponible. D'où leur emploi pour les portions de textes qui doivent être bien visibles.

1. Cela vaut notamment pour les inscriptions dans les villes, mais les usages ne sont pas les mêmes dans tous les pays à écriture latine. Ainsi, les capitales sont beaucoup moins employées en Allemagne qu'en France. Par exemple, les panneaux indicateurs dans les rues et sur les routes y sont généralement en minuscules alors qu'en France, ils sont en majuscules. Cet usage différent est certainement dû à l'influence tardive de l'écriture gothique, longtemps utilisée (les caractères gothiques ne se prêtent pas au tout-capitales).

2. Le deuxième usage fréquent du tout-capitales concerne les titres des ouvrages ou des grandes subdivisions d'un ouvrage.

3. Le tout-capitales est également souvent employé pour l'écriture des patronymes, essentiellement dans des documents administratifs. Cet usage peut être motivé par le besoin de bien distinguer patronyme et prénom. Mais les cas de confusion sont limités aux patronymes de même forme que les prénoms (Pierre Michel se prénomme-t-il Pierre ou Michel ?) et aux prénoms étrangers non reconnaissables comme tels (Yang Liu se prénomme-t-il Yang ou Liu ?). Le risque de confusion disparaît si ces deux éléments du nom sont disposés selon un ordre conventionnel reconnu. C'est le cas en chinois (en Chine), mais en français, deux dispositions linéaires sont en concurrence : une disposition usuelle (prénom – nom) et une disposition administrative (nom – prénom).

4. Le tout-capitales est parfois employé pour mettre en évidence un mot ou une expression dans un texte. Mais il existe d'autres procédés, plus discrets et plus élégants, au premier rang desquels l'italique.

5. Dans les mails, écrire en majuscules est considéré comme une marque d'agressivité, une vocifération.


Références bibliographiques

Diderot, Denis & D'Alembert, Jean Le Rond, 1751 sq. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Document en ligne, consulté le  2008-12-03.
http://portail.atilf.fr/encyclopedie/index.htm.

Higounet, Charles, 2003. L'écriture. 11e édition. Paris : PUF. Que sais-je ? 653.


© Jacques Poitou 2017.