Jacques Poitou
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Emplois de la majuscule



Le principe de l'emploi de la majuscule en français est simple : elle s'emploie pour la première lettre d'une phrase et d'un nom propre. Mais l'application de cette règle générale n'est pas aussi simple. Elle dépend de ce que l'on appelle phrase et de ce que l'on appelle nom propre. Elle dépend aussi de quelques autres conventions linguistiques et sociales et de quelques traditions. En fin de compte, l'emploi de la majuscule est aussi complexe dans la pratique que le principe en est simple.

voirCapitales, bas-de-casse, majuscules, minuscules
voirMajuscules accentuées


Majuscule de phrase

"Une phrase commence par une majuscule et se termine par un point.", apprend-on et enseigne-t-on à l'école primaire depuis des générations. Quoi de plus simple, donc ? Pourtant, la réalisation concrète apporte son lot de problèmes, que l'on peut regrouper en deux types :

Texte réalisé dans un même alinéa

Quelques problèmes se posent en liaison avec les points de suspension, d'interrogation et d'exclamation et de deux-points, voire aussi avec le discours rapporté.

O rage, ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! (Corneille)

Texte réalisé en plusieurs alinéas

En principe, l'alinéa commence par une majuscule. Le retour à la ligne est ainsi doublement marqué. Ce principe vaut pour la plupart des types d'alinéas, y compris pour les vers (du moins dans leur présentation classique). Dans le cas particulier d'énumérations, chaque item correspondant à un alinéa, les usages sont plus flottants. Pour l'Imprimerie nationale, la majuscule est de mise quand l'alinéa commence directement par le texte ou "par un numéro ou une lettre de classification suivi d'un point" et pas quand l'alinéa commence par un tiret. Resterait un autre cas : l'alinéa commençant par un numéro ou une lettre suivi d'une parenthèse...


Majuscule de mot

La situation est encore plus complexe... même si le principe est, ici encore, simple : un nom propre prend une majuscule initiale. On distinguera deux cas, selon qu'il s'agit d'un mot unique ou d'une expression composée de plusieurs mots.

Mot unique

Les noms de peuples ou les habitants de régions géographiques prennent la majuscule (de même que les noms des membres de dynasties), mais pas les adeptes de doctrines, de religions, de courants de pensée.

les Français, les Japonais, les Parisiens, les Européens, les Israéliens, les Capétiens, de même : les Noirs, les Blancs, mais : il apprend le chinois, la cuisine marocaine
les chrétiens, les juifs, les francs-maçons, les romantiques, les nazis, les gaullistes, les communistes

Les points cardinaux prennent la majuscule s'ils désignent une zone géographique, pas s'ils désignent une direction. Quelques flottements concernent leur usage dans des expressions complexes (le pôle Nord ou le pôle nord, l'Atlantique nord ou l'Atlantique Nord).

Il habite à l'est, au sud-est de Paris. Le vent vient du nord.
le Nord de la France, l'Afrique du Nord, l'Allemagne de l'Ouest, la Corée du Nord, il est passé à l'Ouest, les pays du Sud

Certains noms communs sont employés comme noms propres et prennent alors la majuscule.

un vieux chêne, mais : le Chêne et le Roseau (allégories)
la genèse du roman, mais : la Genèse (livre de la Bible)
la libération de Marseille, mais : la Libération (période historique unique en France)
l'empereur Napoléon, mais : l'Empereur (pour désigner Napoléon)
le général de Gaulle, mais : le Général (pour désigner celui du 18 juin)
il ne va pas à l'église, mais : l'Eglise perd de l'influence (institution)

Pour quelques rares mots, majuscule et minuscule marquent des valeurs sémantiques différentes.

– le mot état prend une majuscule dans le sens de "Autorité politique souveraine, civile, militaire ou éventuellement religieuse, considérée comme une personne juridique et morale, à laquelle est soumise un groupement humain, vivant sur un territoire donné" (TLFi) et dans l'expression consacrée par l'usage les Etats généraux (convoqués en France par le roi, p. ex. en 1789) : le chef de l'Etat, l'Etat français, un ministre d'Etat, un coup d'Etat, une affaire d'Etat, une thèse d'Etat, un secret d'Etat ;

– de même : bourse (la Bourse de Wall Street ou d'ailleurs, une bourse universitaire d'un an), cour (la Cour de Louis XIV, la cour de l'école).

Majuscule de mot : expression composée de plusieurs mots

Les choses se compliquent et conséquemment, les usages sont encore plus flottants. Plusieurs principes peuvent être défendus, et leurs effets sont contradictoires. Voici ceux qui paraissent le plus souvent à l'œuvre :

– une seule majuscule à l'initiale du premier mot (ou du premier mot plein : nom, adjectif) : le Club de boules de Garchizy ;
– majuscules à tous les mots pleins : le Club de Boules de Garchizy ;
– majuscule au mot (le plus) caractéristique (p. ex. le nom propre qui y figure) : le club de boules de Garchizy.

Chacun de ces principes a ses adeptes. Les deux premiers sont les plus simples à appliquer ; le troisième nécessite de définir quel est "le" mot caractéristique.

Les conventions présentées ci-dessous sont sauf exception celles de l'Imprimerie nationale ; elles correspondent globalement au troisième principe. Il faut rappeler que ces conventions ne constituent pas la norme obligatoire pour le français en tous lieux et en toutes circonstances. On verra aussi quelques-uns des problèmes qu'elles posent.

Noms propres géographiques, monuments

S'ils comportent eux-mêmes un nom propre, seul ce nom prend la majuscule.

le bois de Boulogne, le château de Versailles, la tour Eiffel, le musée du Louvre, la république socialiste du Viet Nam, la rue Bonaparte, l'Asie mineure

Sinon, seul le mot caractéristique prend la majuscule.

l'océan Atlantique, la mer Rouge, la baie des Trépassés, la gare de l'Est, la place Rouge, le fleuve Jaune, le pont Neuf, la galerie des Glaces, le golfe Persique, les îles Britanniques

Mais pour certains noms, l'usage est différent.

la Cour carrée, le Palais de Justice (de Paris), le Bassin parisien, la République française
le Nouveau Monde, le Tiers Monde

Noms d'institutions

S'ils comportent eux-mêmes un nom propre, seul ce nom prend la majuscule.

le conseil général du Var, le lycée Henri-IV, l'université Lumière Lyon 2, le musée d'Orsay, le conseil municipal de Fontainebleau, la bibliothèque Sainte-Geneviève, l'agence Barnett, la mairie de Créteil, le tribunal administratif de Perpignan

Sinon, seul le mot caractéristique prend la majuscule.

la faculté des Lettres, le ministère de l'Intérieur, le ministère de l'Education nationale

Mais pour les institutions uniques en leur genre ou considérées comme d'importance nationale, le premier terme prend la majuscule.

la Bibliothèque nationale de France, le Collège de France, l'Ecole normale supérieure (bien qu'il y en ait plusieurs !), l'Assemblée nationale, la Sécurité sociale, les Nations unies, l'Organisation internationale du travail, le Conseil de l'Europe, le Gouvernement (celui de la France), l'Armée rouge, l'Académie française, la Société générale

Noms de personnes

Quand on ne s'adresse pas à la personne, pas de majuscule au titre.

le président de l'université de Lausanne, le professeur Tournesol, le maréchal Joukov, le docteur Max Hilaire, l'abbé Pierre, mademoiselle Cunégonde, le président Mao, le roi Dagobert, le maire de Montcuq

Dans la correspondance, les titres de celui ou celle à qui l'on s'adresse prennent habituellement la majuscule. Ainsi, si l'on écrit au président du club de boules de Garchizy, il est de bon ton de commencer sa missive par Monsieur le Président et l'on écrira pour finir Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, etc. C'est ce qu'on appelle la "majuscule de courtoisie".

Mais les conventions d'utilisation de la majuscule dans les titres ne sont pas homogènes.

– le Général (pour désigner, p. ex., de Gaulle), le Maréchal (pour désigner, p. ex., Pétain à une certaine époque : Maréchal, nous voilà...), mais : le pape (pourtant unique !, la majuscule est aussi possible), le roi (même chose) ;
– le ministre de l'Intérieur, mais : le Premier ministre (on peut expliquer la majuscule par un souci de désambiguïsation : le Premier ministre ne doit pas être confondu avec un premier ministre (p. ex. le premier ministre de la Culture de la Ve République), mais pourquoi pas de majuscule à ministre ? ;
– le président de la République ou le Président de la République (très fréquent dans les textes officiels ; pensez ! un président de la République sans majuscule alors que le Premier ministre y a droit, lui...).

De fait, l'utilisation de la majuscule obéit ici partiellement à un autre principe, lié à des préséances et à des conventions sociales établies. Plus on s'élève dans la hiérarchie, plus on emploie la majuscule. Selon Grevisse (Le bon usage), trois personnes au moins ont droit, en toutes circonstances, à la majuscule initiale pour leurs titres honorifiques : Son Excellence, Son Altesse et Sa Sainteté... (mais pas, en principe, pour le nom de leur fonction : Son Excellence le consul de Poldévie, Son Altesse le roi Ottokar IV). Le Général, celui qui a fait un discours un certain 18 juin, a droit à la majuscule, mais pas le gardien (même si je désigne ainsi spécifiquement celui de mon immeuble) ni le facteur (le mien).

voirEmploi de monsieur, madame, etc. et de leurs abréviations

Noms d'événements, de périodes historiques

Seul le mot caractéristique prend la majuscule et, le cas échéant, l'adjectif qui le précède.

la guerre des Six Jours, la révolution d'Octobre, la monarchie de Juillet, la Grande Guerre (celle que je préfère, celle de 14-18), la guerre du Viet Nam, l'Ancien Régime, le Quaternaire, la Renaissance, les Temps modernes, Mai 68, la Libération, la bataille de Berlin, l'édit de Nantes, la Longue Marche, la fête des Pères

Mais les conventions de l'Imprimerie nationale ne donnent pas des résultats homogènes.

la Révolution française, mais : la révolution d'Octobre, la révolution des Œillets
l'Empire romain, l'Empire ottoman, mais : l'empire du Milieu
le Salon de l'automobile, l'Exposition universelle, mais : le concile du Vatican, la conférence de Paris, le XXe congrès du parti communiste soviétique
le Pacte atlantique, mais : le pacte de Varsovie
le Nouvel An, mais : le Jour de l'an
le Vendredi saint, mais : le mercredi des Cendres
le 1er Mai (mais en quoi mai est-il caractéristique ?)

Noms de partis

Majuscule initiale au premier terme du nom s'il s'agit de la dénomination officielle (complète ou abrégée).

le Parti communiste français, le Parti (nom officiel abrégé), mais : le parti communiste, les partis communistes d'Europe occidentale

Titres d'œuvres et de périodiques

voirTitres d'œuvres et de périodiques

Textes juridiques

Majuscule au mot caractéristique.

l'édit de Nantes, le code Napoléon, la loi du 29 juillet 1881

Mais : le Code civil, la Constitution de 1958 (majuscule systématique pour le mot Constitution quand il désigne un texte juridique précis)

Vocabulaire informatique

Dans les logiciels, les noms de menus s'écrivent habituellement avec une majuscule, de même que les noms de commande.

Cliquer sur Nouvelle fenêtre dans le menu Fichier.

Les usages concernant le mot internet (avec ou sans majuscule initiale) sont flottants. Il est présenté sans majuscule et précédé de l'article dans la liste de termes publiés par le Journal Officiel du 16 mars 1999.

N.B. Sur les pages de ce site, j'emploie Internet avec majuscule et sans article quand il constitue à lui seul le groupe nominal (comme un nom propre) et avec minuscule quand il fonctionne comme adjectif épithète : sur Internet, le développement d'Internet, un site internet. De même : un site web.

Remarques

Comme on peut le constater, ces conventions n'obéissent pas à un principe unique et simple.

Un principe de bienséance et de préséance interfère avec la convention consistant à attribuer la majuscule au mot caractéristique : une institution ou une personne considérée comme importante n'est pas traitée de la même façon qu'une autre : cf. l'Ecole normale supérieure et l'école normale de Pau ; le Général et le facteur.

Des usages anciens, donc établis, s'inscrivent en faux contre ces conventions : cf. le Bassin parisien et le mont Blanc ; l'Arc de Triomphe (deux majuscules – en hommage aux victoires ou aux morts qu'il célèbre ?). Voir aussi la majuscule à laquelle a droit la Révolution française – et elle seule...

La détermination du "mot caractéristique" peut s'avérer problématique : ainsi, dans département d'études linguistiques, le "mot caractéristique" est sans nul doute linguistique, ce qui devrait amener à écrire département d'études Linguistiques (majuscule sur l'adjectif comme dans océan Atlantique), ce qui ne correspond pas à l'usage. Ou alors département d'Etudes linguistiques ?? Ou Département d'études linguistiques (mais il n'est pas unique en son genre) ???

La majuscule change parfois de place quand le nom est représenté par une variante courte : cf. le bois de Boulogne et le Bois ; l'Ecole des ponts et chaussées et Il sort des Ponts. La forme courte pour l'hôpital Henri Mondor n'est pas l'Hôpital, mais l'hôpital. Mêmes variations dans des expressions similaires : le massif du Mont-Blanc, mais le Massif central, et le mont Blanc.

Les principes ne sont pas les mêmes pour tous les types de noms propres : cf. notamment la différence entre les titres d'œuvres et les autres catégories de noms propres.

Vu cette complexité, il n'est guère surprenant que les usages réels soient plus que flottants.


Usages extensifs de la majuscule

Si l'on compare les usages actuels de la majuscule avec les "bons usages" définis dans les ouvrages de référence, on constatera surtout une utilisation extensive de la majuscule, bien au-delà des "règles" prônées ici ou là. Cette extension peut être liée à quatre facteurs :

1. L'idée que la majuscule "fait bien". Cette idée n'est pas sans fondement : la capitale romaine, son ancêtre, était bien le type d'écriture utilisé pour les inscriptions sur des monuments prestigieux. C'est à cette perception de la majuscule qu'est lié son emploi usuel dans la correspondance. De là à un usage extensif de la majuscule, il n'y a qu'un pas qui est parfois vite franchi, et dans la correspondance administrative, on s'adresse dès lors au Cher Collègue, mais collègue n'est pas un titre. Et l'on franchit un pas de plus en gardant la majuscule sur l'adjectif, bien qu'après virgule, dans la formule rituelle Je vous prie d'agréer, Cher Collègue, ... Dans des textes autres que la correspondance, on évoque, p. ex., telle expérience réalisée par Monsieur le Professeur Zéphyrin Brioché (à la place de monsieur le professeur Zéphyrin Brioché ou, plus simplement, le professeur Zéphyrin Brioché). Et l'inflation continue : les Enseignants de l'Enseignement Supérieur, le Président de la Commission Pédagogique de la Filière Lambda, etc. Peut-être la crainte de vexer quelqu'un en indiquant sa fonction sans majuscule contribue-t-elle à cet usage ? Mais cette hypothèse ne permet guère d'expliquer l'usage de la majuscule dans les exemples suivants : une Salle de Réunion qui se trouve au premier étage, une Fiche de Demande de Subvention pour les actions que vous conduirez, etc.

N.B. Les exemples cités ici proviennent de courriers d'éminents universitaires. Seuls les noms propres ont été modifiés...

2. Une influence certaine des usages anglo-américains où la majuscule est beaucoup plus employée, mais elle est peut-être là aussi utilisée extensivement. Ainsi, l'Office des publications des Communautés européennes indique à propos des conventions spécifiques à l'anglais :

Use capitals sparingly. They are often employed to excess in commercial and administrative circles. When in doubt use lower case.

3. Une influence des sigles, écrits généralement en capitales : d'où la tendance à écrire en capitales les initiales des termes qui pourraient constituer un sigle, c'est-à-dire essentiellement les mots pleins (Ministère de l'Education Nationale – comme MEN).

4. Enfin, la crainte d'omettre une majuscule indispensable (les règles étant très complexes) peut inciter à sa généralisation.

Cette extension de l'usage n'est pas en soi extraordinaire : en allemand, la majuscule initiale est généralisée à tous les noms propres et noms communs. A l'origine de cette norme se trouve son emploi, par déférence, pour quelques noms sacrés (Dieu, la Vierge, la Bible), emploi qui a été progressivement étendu aux souverains, aux noms abstraits... et finalement à tous les substantifs.

Cet usage extensif de la majuscule (appelé majusculite ou, plus rarement, majusculinite ou encore majusculomanie) est dénoncé avec vigueur par les tenants des "bons usages". Ainsi, dans l'un des usuels du Robert (Jouette 1993 : 403-404), on peut lire :

La correspondance des affaires use abondamment de majuscules, pompeuses et superfétatoires. Il n'est pas rare que les dactylos issues de cours commerciaux tapent : À la dernière Assemblée Générale de la Compagnie des Tuileries Réunies, le Chef de Cabinet du Ministre prit contact avec le Baron De RANCOURT, Président-Directeur Général de notre Société... Cette manière d'écrire sent la flatterie et n'ajoute rien à la dignité des personnes et des choses. Des vingt-trois majuscules de la phrase citée, il n'en fallait que trois : À, début de phrase ; C(ompagnie), raison sociale d'une firme ; R(ancourt), nom propre.

Mais il n'y a là rien de très nouveau. Un seul exemple : la préface du dictionnaire d'un certain M. Pasquier, paru en 1743, commence ainsi :

petit Dictionnaire François, dont l'Orthographe est prouvée par Principes : servant de Supplément aux autres Dictionnaires, & très utile à ceux qui sont obligés d'écrire.

tartuffe Extrait du Tartuffe de Molière tel qu'imprimé en 1669 : on y lit les noms communs suivants avec majuscule initiale : Autheur, Haire, Discipline, Prisonniers, Chair, Salle. De fait, on tend à utiliser la majuscule pour les mots considérés comme importants.

Cliquer sur la vignette pour voir l'image en grand.

A la fin du XVIIIe siècle, Bertrand-Quinquet (1799 : 149) présente les choses ainsi :

Les noms de famille, les noms propres de personnes, de lieux, de vaisseaux, de villes, de rivières, de départemens, de montagnes, d'arts, de sciences, de dignités, de professions, titres d'honneur, ainsi que les adjectifs qui en dérivent, doivent être marqués par une capitale.
Les Anglais mettent des capitales à tous les noms substantifs, sans exception. C'est sans doute les multiplier sans nécessité.
Les Imprimeurs français, par un excès contraire, ont contracté, depuis quelques années, l'habitude de ne plus se servir de capitales dans les mots dont nous venons de parler. Tel est l'empire de la mode en France, qu'il s'étend jusques sur les arts.
Mais ici le goût et le bon sens doivent l'emporter sur la mode ; et c'est à l'Imprimeur attentif, qui n'est pas captivé par le caprice de l'auteur ou de l'éditeur, à prendre un terme moyen entre la coutume d'Angleterre et le nouvel usage de France. [N.B. Pourquoi une majuscule à imprimeur, et pas à éditeur ni à auteur ?]

Mais comme le note Catach (1998 : 86) :

On entend un éternel rappel à la mesure, qui est loin d'être suivi d'effet.

A contre-courant de ces tendances, le Journal officiel de la République française n'utilise pas la majuscule dans tous les cas où l'Imprimerie nationale la recommande. Ainsi, les différents ministres y sont mentionnés sous les appellations de ministre de l'éducation nationale, ministre de l'intérieur, etc.


Références bibliographiques

Bertrand-Quinquet, an VII [1799]. Traité de l'Imprimerie. Paris : Bertrand-Quinquet. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2006-01-24.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k569765.

Catach, Nina, 1996. La ponctuation. 2e édition. Paris : PUF. Que sais-je ? 2818.

Colignon, Jean-Pierre, 2005. La majuscule, c'est capital ! Paris : Albin Michel.

Grevisse, Maurice, 1980. Le Bon Usage. Grammaire française avec des Remarques sur la langue française d'aujourd'hui. 11e édition. Paris-Gembloux.

Interinstitutional style guide. Document en ligne, consulté le 2008-11-30. http://publications.europa.eu/code/en/en-000100.htm.

Jouette, André, 1993. Dictionnaire d'orthographe et de l'expression écrite. Paris : Le Robert.

Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale. 3e édition. Paris : Imprimerie nationale, 2002.

TLFi = Trésor de la langue française informatisé. Document en ligne, consulté le 2009-01-07.
http://atilf.atilf.fr/.


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