Jacques Poitou
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Majuscules et accents


 

En leur reigle n'estoit, que ceste clause. FAIS CE, QVE VOVLDRAS. Par ce, que gents liberes, bien nayz, bien instruictz, conuersants en compaignies honnestes ont par nature ung instinct, & aiguillon, qui tousiours les poulse à faictz uertueux, & retire de uice : lequel ilz nommoient honneur.

     Rabelais (1542 : 273)

Capitales, majuscules et minuscules

La question de l'accent sur les capitales pose celle du rapport entre les deux jeux de signes.

voirCapitales, bas-de-casse, majuscules, minuscules

Sur le plan linguistique, les majuscules ont une fonction différente des minuscules. Mise à part la question des sigles, les majuscules s'emploient à l'initiale de certains mots, en raison de leur nature (p. ex. nom propre) ou en raison de leur fonction (p. ex. premier mot d'une phrase). Cette fonction spécifique des majuscules s'ajoute à celle assumée par toute minuscule (essentiellement comme représentation de la réalisation phonique).

La question des accents se pose différemment selon l'utilisation que l'on fait des capitales.

Dans l'usage standard, dans lequel les capitales correspondent aux majuscules linguistiques, la question de l'accentuation des capitales ne se pose que pour celles des lettres accentuées qui peuvent figurer à l'initiale d'un mot : È/è (ère), É/é (été), Ê/ê (être), À/à (à), Ô/ô (ôter), Â/â (âtre), Î/î (île), l'accent circonflexe sur ce dernier mot étant facultatif depuis la réforme de 1990. Ne figurent jamais à l'initiale ë, ï, ü, ÿ, ù, û.

En vérité, les mots commençant par une lettre avec diacritique autre que <é> sont peu nombreux :
<à> : uniquement la préposition à ;
<â> : âcre, âcreté, âme, âne (ânée, ânerie, ânesse, ânier, ânon, ânonner), âtre ;
<ç> : ça, çà ;
<è> : ère, ève, ès ;
<ê> : être ;
<î> : île (îlot, îlotage, îlotier) – accent circonflexe facultatif depuis les rectifications de 1990 ;
<ô> : ôter.

En ce qui concerne <é> à l'initiale, il est en distribution complémentaire avec <e>, hormis les quatre mots mentionnés ci-dessus. On ne trouve <e> que
– devant <ll>, prononcé [e] (ellipse) ou [ɛ] (elle) ;
– devant <s> + consonne, prononcé [ɛ] (esclave) ;
– devant <rr>, prononcé [e] (erreur) ou [ɛ] (erre) ;
– devant <r> + consonne, prononcé [ɛ] (ergoter) ;
– devant <x>, prononcé [e] (exact).
<é> apparaît dans tous les autres environnements – c'est-à-dire essentiellement quand <e> est suivi d'une consonne seule (été) ou d'une voyelle (éolien). Que l'on ait <e> ou <é> à l'initiale, il n'est en tout cas jamais prononcé [ə].

La réalisation de majuscules initiales sans accents ne génère donc pas de risque d'ambigüité ou de difficulté majeure de prononciation (sauf pour ça/çà, mais *ca/* n'existent pas).

voirSignes diacritiques du français – état des lieux

Il n'en va pas de même dans le cas d'un texte écrit entièrement en capitales. Voir les exemples suivants, souvent cités, qui peuvent prêter à ambiguïté :

ENFANTS LEGITIMES DE LOUIS XIV (légitimes ou légitimés ?)
LE POLICIER TUE (tue ou tué ?)
LES PARENTS INDIGNES (indignes ou indignés ?)

On peut s'amuser (et certains s'amusent) à construire beaucoup d'autres exemples semblables, notamment avec des verbes du premier groupe qui ont tous des formes du type aime et aimé. Mais outre leur caractère souvent artificiel, dans la plupart des cas réels, l'ambiguïté peut être aisément levée par le contexte. Par exemple, si on lit "GISCARD CHAHUTE A L'ASSEMBLEE", l'interprétation Giscard chahuté à l'Assemblée semble la plus immédiate : peut-on imaginer Valéry Giscard d'Estaing en train de chahuter ? Et comme le note André (2013 : 14), "ces expressions n'ont en général aucune raison d'être écrites en majuscules !"

Remarquons en outre que l'oral a aussi ses ambiguïtés, qui ne paraissent pas gêner outre mesure : "Leur(s) copain(s) chante(nt) à l'Olympia", "Leur(s) père(s) étai(en)t gendarme(s)" (il s'agit également d'exemples construits !). Dans la pièce de Marcel Pagnol, Topaze fait acte de pédagogie quand il désambiguïse en précisant à son élève "des moutonss".


Accentuation des capitales au cours des âges et au fil des techniques

Le traitement des accents sur les capitales a varié au cours des âges, notamment en fonction des possibilités techniques.

Typographie traditionnelle

En typographie traditionnelle, l'accentuation des capitales s'est la plupart du temps imposée, malgré le surcoût que cela implique (il faut fondre des caractères supplémentaires) et les problèmes d'interlignage que cela peut créer (les capitales accentuées ont une hauteur plus grande que les capitales non accentuées (ÉTÉ) à moins que l'on ne réduise la hauteur de la capitale proprement dite : ÉTÉ). D'où différents procédés pour contourner ces difficultés : positionnement de l'accent après la lettre proprement dite (E'TE') et, bien sûr, et surtout, emploi de capitales non accentuées.

tartuffe Extrait du Tartuffe de Molière (imprimé en 1669) : on y lit "COMEDIE", "MOLIERE", "PRIVILEGE", "SCENE", et ailleurs dans le même livre "CLEANTE", mais il n'y a pas non plus de è en minuscule.

Cliquez sur les vignettes pour voir les images en grand.
titre-ir Page de titre d'un ouvrage imprimé en 1702 par l'Imprimerie royale ; aucune capitale accentuée : MEDAILLES, EVENEMENTS, REGNE, A.

Les lettres accentuées du français ne commencent à être utilisées qu'à partir du XVIe siècle, mais c'est seulement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que leur emploi atteint le stade actuel pour les minuscules réalisées en bas-de-casse.

L'accentuation des capitales ne suit pas immédiatement l'accentuation des bas-de-casse. Ainsi, Fournier (1764 : I-239 sq.), dans sa définition des polices pour le romain, n'indique que des E majuscules accentués. De même, Bertrand-Quinquet (1799 : 141) écrit :

Les cinq voyelles sont accentuées dans les lettres du bas-de-casse, mais dans les grosses et les petites capitales, les E sont les seuls que l'on emploie avec des accens, les seuls qui en portent.

casse Dans la casse dont il présente une illustration (extraite de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert), seul É (capitale é accent aigu) est disponible, pour les grandes comme pour les petites capitales.

 

Un siècle plus tard, dans les casses présentées dans Huard (1892 : 13-14), seuls les E accentués sont disponibles en capitales. De même dans les définitions de polices de Brossard (1934 : 30). Le fait que les signes diacritiques soient utilisés pour E avant leur utilisation pour les autres lettres a une raison linguistique : les accents y permettent éventuellement une distinction entre trois valeurs phoniques différentes : [e] (été), [ɛ] (ère) et [ə] (revenu).

Encore un demi siècle plus tard, dans la première édition du Lexique des règles typographiques (1971), l'Imprimerie nationale préconise l'emploi des capitales accentuées "sauf en ce qui concerne la lettre A isolée (sur laquelle l'accent grave serait disgracieux)". Restriction qui ne sera levée que dans l'édition de 1990.

Aux raisons linguistiques (fonction différente des majuscules), esthétiques et économiques (caractères à fondre en plus) s'ajoutent des raisons techniques :

Les capitales accentuées comptaient parmi les lettres les plus délicates à fondre, les plus chères et les plus fragiles de la casse romaine, car l’étroitesse du talus supérieur imposait un crénage (partie de l’œil qui déborde du fût) : les accents se brisaient parfois lors du serrage dans la forme (au XVIIIe siècle, l’accent fut parfois gravé sur le côté : « E ́»). On conçoit que certains imprimeurs aient tenté d’en raréfier l’usage. (Lacroux 2007 : 105-106)

Raisons techniques qui expliquent aussi le retard dans l'accentuation du A :

Sur les E, l’accent, grave, aigu ou circonflexe, « s’appuie » sur une vigoureuse horizontale. Sur le A, le malheureux accent grave ne rencontre qu’un angle (aigu...). Lors du serrage de la composition, le crénage pète facilement, plus facilement que sur les E. (Lacroux 2007 : 131)

Dactylographie

En dactylographie, pas d'accent sur les majuscules, les claviers des machines à écrire françaises standard ne permettant pas d'obtenir des majuscules accentuées. Le fait que les premières machines à écrire aient été fabriquées aux Etats-Unis (c'est-à-dire dans un pays dont la langue majoritaire s'écrit sans lettres accentuées) ne peut suffire à expliquer l'absence de majuscules accentuées : tel qu'il est, le clavier français est sensiblement différent du clavier américain et nombre de machines étaient fabriquées en Europe (en Suisse romande ou en Allemagne notamment). La raison en est sans doute beaucoup plus simple : on ne ressentait pas le besoin d'avoir des majuscules accentuées (voir plus haut).

voirMachine à écrire

Ecriture manuscrite

Dans l'écriture manuscrite dite "anglaise" telle qu'enseignée dans les écoles françaises et dont l'origine remonte aux cursives italiennes, pas d'accent sur les capitales, employées uniquement pour les majuscules linguistiques. Le fait n'est pas nouveau : dans les quelques exemples d'écriture manuscrite qui figurent sur les planches de l'Encyclopédie, aucune majuscule n'est accentuée.

Les nouveaux modèles d'écriture proposés pour l'école primaire en ce début du XXIe siècle ont des capitales dont le graphisme correspond à des capitales d'imprimerie sans empattements, et ils incluent des capitales accentuées. Il restera à voir dans quelle mesure ces modèles seront ou non adoptés dans les classes.

voirEcritures manuscrites

Ecriture numérique

Quant à l'écriture avec l'ordinateur, elle permet la réalisation de majuscules accentuées, mais leur saisie avec un clavier français (de France) nécessite le recours à des combinaisons particulières de touches, le recours à des palettes de caractères ou la saisie de codes numériques – soit un effort de mémorisation particulier et une moins grande vitesse de saisie. Les procédures nécessaires pour les saisir ne sont pas non plus les mêmes avec les différents systèmes d'exploitation, et elles ne sont pas non plus les mêmes avec des configurations de clavier différentes selon les langues et les pays (les configurations de clavier pour le français de France, du Québec et de Suisse romande ne sont pas les mêmes).

Il faut cependant distinguer la saisie des capitales pour les seules majuscules linguistiques et pour l'ensemble du texte. Voici ce qu'il en est – par exemple – sur Mac avec un clavier français pour la France.

– Pour obtenir tout un texte en capitales, on utilise la touche "Caps Lock" (verrouillage majuscule). Elle permet d'obtenir les capitales accentuées avec les mêmes touches que les minuscules accentuées, donc sans difficulté particulière.

– Dans le cas des seules majuscules linguistiques, la touche "Caps Lock" peut aussi être utilisée, mais risque de rester enclenchée si l'on oublie de réappuyer dessus une fois la majuscule saisie. Mais on peut procéder selon un principe simple : saisir d'abord le signe diacritique puis la majuscule. Les accents grave et circonflexe (de même que le tréma) sont indiqués sur les touches, l'accent aigu s'obtient par la combinaison de touches Alt+Maj+& (ou Alt+1). Pour Ç, autre combinaison de touches : Alt+ç. Cette méthode fonctionne également avec le clavier "Français numérique".

– Aussi bien avec un iPhone (et iOS) qu'avec macOS, les caractères avec diacritiques peuvent être obtenus par un appui prolongé sur la lettre de base correspondante : il suffit alors de sélectionner le caractère voulu.


Positions

Trois positions s'affrontent sur la question de l'accentuation des capitales.

Position 1

Il faut mettre l'accent sur toutes les capitales quelles que soient leurs fonctions. Exemples : "l'État", "LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE".

Cette position est défendue notamment par des typographes et dans des codes typographiques français (de France), parfois avec grande virulence ; voir p. ex. Perrousseaux (2002 : 73), qui s'en prend à "l'ignorance désolante des règles de composition typographique de certains soi-disant enseignants".

Les deux arguments principaux avancés en faveur de cette position sont les suivants : les règles de l'orthographe française exigent la distinction entre lettres accentuées et non accentuées, quelles que soient leurs réalisations, et le respect de la tradition typographique exige l'utilisation de capitales accentuées.

A cet égard, on peut remarquer que si certains se montrent fort sourcilleux concernant l'usage des majuscules accentuées du français, quand il s'agit de langues étrangères, l'attitude est toute autre : ainsi, pour les diacritiques des noms vietnamiens cités en français, l'usage le plus courant consiste à n'utiliser que l'accent circonflexe et à faire passer à la trappe tous les autres diacritiques, nombreux, du vietnamien...

voirEcriture du vietnamien

Position 2

Il faut mettre l'accent sur les capitales en fonction de majuscules, mais pour les textes écrits entièrement en capitales, la règle absolue doit être "tous accents" ou "sans accents". Exemples : "l'État", "LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE" ou "LA REPUBLIQUE FRANÇAISE".

Cette position est, entre autres, celle de l'Imprimerie nationale : "On veillera à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À. [...] Lorsqu'il s'agit de textes en grandes capitales, il conviendra dans tous les cas d'opter pour l'une des deux formules TOUS ACCENTS ou SANS ACCENTS et de proscrire les textes incomplètement accentués." (Lexique, p. 12)

Sur différents sites internet dont les auteurs prônent l'accentuation systématique de toutes les capitales, ce texte est cité de façon souvent tronquée : manque la dernière phrase... L'Académie française fait de même et bien pire : des passages entiers (marqués en rouge ci-dessous) de son article consacré à cette question sont identiques au texte du Lexique de l'Imprimerie nationale sans qu'il soit cité. Cela s'appelle du plagiat.

voirPlagiat : définitions, usages

On ne peut que déplorer que l’usage des accents sur les majuscules soit flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l’omission des accents. En typographie, parfois, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.
Il convient cependant d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur. Il en va de même pour le tréma et la cédille.
On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À [...].
(http://www.academie-francaise.fr/langue/questions.html#accentuation, consulté le 2009-02-02)

Position 3

Il faut mettre l'accent sur les capitales dans les textes écrits entièrement en capitales, mais pas sur les capitales en fonction de majuscules. Exemples : "l'Etat", "LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE".

Cette position est, entre autres, celle défendue par le Guide du typographe romand (p. 37 ; cf. aussi Chatelain 2000).

Cette position repose sur la prise en compte du statut spécial de la majuscule et sur le constat que l'absence d'accent sur les majuscules ne génère pas d'ambiguïté. Cette position correspond aussi à ce qui est enseigné dans les écoles en France pour l'écriture manuscrite, puisque les capitales sont seulement utilisées pour les majuscules.

Par delà ces divergences, un point d'accord : dans un même texte devrait être appliquée la même règle.


Usages

Indépendamment de ces recommandations et prescriptions, quels sont les usages ? Ils sont pour le moins flottants ! La réalisation des capitales dépend des types de textes (éditions soignées, enseignes, SMS, etc.), des procédés techniques employés (y compris les types de caractères utilisés), des habitudes et des goûts de chacun, etc.

Quelques exemples, parmi beaucoup d'autres, de ces variations.

ecouffes Dans le quatrième arrondissement de Paris, des plaques à quelques mètres de distance indiquent "RUE DES ÉCOUFFES" et "RUE DES ECOUFFES".

Cliquez sur la vignette pour voir les plaques en grand.

Dans l'édition Garnier-Flammarion de La princesse de Clèves (1967), le titre est écrit en capitales non accentuées sur la couverture et sur le dos et en capitales accentuées sur la page de titre. Le livre de J. Lacouture paru en 1981 au Seuil sur Mendès France indique le titre en capitales non accentuées sur le dos, la page de couverture et la page de titre. Dans les volumes de la Bibliothèque de la Pléiade, les capitales sont accentuées sur la page de titre et sur le dos.

Sur les pages d'accueil des sites officiels des universités françaises (consultés le 2006-06-09), le mot université, quand il est écrit en capitales, porte ou non l'accent selon l'université ou les polices de caractères employées. Le site de l'université d'Evry (consulté le 2007-01-15) utilise, en capitales, un e accent aigu pour université et un e sans accent aigu pour Evry, de même que l'enseigne lumineuse située à proximité de l'autoroute A6 (E avec accent aigu dans l'Encyclopædia universalis).

Dans le Journal officiel de la République française, les majuscules en capitales ne sont pas accentuées. Par contre, quand tout un mot est en capitales, celles-ci sont accentuées. Donc : "l'Etat" et "LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE". Et sur le site du Journal officiel (http://www.journal-officiel.gouv.fr), consulté le 2004-03-14, aucune capitale n'est accentuée : "DECRETS ARRETES CIRCULAIRES". Sur le même site consulté le 2005-11-26, les capitales sont accentuées comme dans la version papier. Le journal Le Monde pratique les mêmes règles d'accentuation que la version papier du Journal officiel.

A l'inverse, le Code de l'Office des publications des Communautés européennes précise pour le français : "aucun titre ni aucune partie de texte ne sont saisis tout en capitales, et les majuscules sont, en principe, [souligné par moi, JP] toujours accentuées (exemple: État)".

Les pratiques des magazines sont également diverses (exemples pris au hasard d'une salle d'attente d'un cabinet médical en 2007) : dans Le Figaro Madame, toutes les capitales sont accentuées ; dans Marie-Claire et Le Nouvel Observateur, les capitales ne sont accentuées que dans des mots écrits entièrement en capitales ; dans Paris-Match, les capitales ne sont, sauf exception, pas accentuées.

Jouette (1993 : 404) indique qu'il "n'est pas d'usage de mettre les accents aux lettres capitales"... tout en recommandant de le faire pour éviter des ambiguïtés.

Seul usage presque unaniment suivi : dans les sigles et les acronymes, les majuscules qui les composent restent sans accents : EDF, ENA, INSEE, PEL (plan d'épargne logement), PEA (plan d'épargne en actions), ENS, HEC, quelle qu'en soit la prononciation ([ə.de.ɛf], [e.na], [in.se], [pɛl], [pe.ə.a], [ə.ɛ.nɛs], [a.ʃə.se]).

uqam – Au Québec, le logo de l'université du Québec à Montréal, fait de l'acronyme UQAM, a prêté à controverse : il comporte un accent grave sur le A. Mais, précise le site de l'université sur une page mise à jour le 8 janvier 2006, "lorsque l'acronyme UQAM est utilisé dans des textes courants, il doit être écrit sans accent."
(http://www.uqam.ca/apropos/acronyme.htm).

N.B. Sur les pages de ce site, je n'emploie de capitales accentuées que dans les mots écrits entièrement en capitales (= position nº 3). Mais comme je n'utilise les capitales que pour les majuscules linguistiques, il ne doit y avoir, sauf erreur, aucune capitale accentuée, hormis les cas de démonstration.

Perspectives ?

Les changements technologiques en cours vont-ils changer les usages en faveur ou au détriment des capitales accentuées ? L’avenir le dira. Tout au plus peut-on émettre quelques hypothèses.

Le fait que les systèmes d’exploitation utilisés actuellement sur les ordinateurs, les tablettes et les smartphones permettent l’accentuation des capitales peut favoriser leur utilisation, y compris dans l'écriture manuscrite. Mais le développement de la communication écrite rapide avec des smartphones peut défavoriser la recherche de complications non indispensables pour des écrits éphémères, et cela peut par suite défavoriser l’emploi de capitales accentuées dans tout autre type d'écriture, que ce soit avec un ordinateur ou à la main. Enfin, le développement des échanges multilingues, et notamment l’utilisation fréquente et nécessaire de l’anglais, peut défavoriser également l’emploi de capitales accentuées, inexistantes en anglais, tandis que d’autres langues recourent à d’autres diacritiques encore.

Wait and see...


Références bibliographiques

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