Jacques Poitou
Accueil
Plan du site
Langages | Ecritures | Ecritures latines | Ecriture chinoise | Numérique | Cryptographie | Typographie | Reproduction et transmission | Censure | Lexique | Jeux
Transmission de l'oral | Transmission de l'écrit | Supports | Papyrus | Papier | Sceaux | Estampage | Xylographie | Typographie chinoise | Gutenberg | Machine à écrire

Xylographie


En Chine

Dans la reproduction par xylographie, les caractères sont gravés en relief et inversés sur une plaque de bois. On encre cette forme avant d'y appliquer une feuille de papier que l'on frotte avec une brosse. Les caractères apparaissent donc en noir sur un fond blanc. Cette technique est, dans son principe, identique à celle de l'utilisation des sceaux et différente de l'estampage.

voirFabrication du papier
voirUtilisation de sceaux
voirEstampage

L'utilisation de la xylographie en Chine remonte au moins au VIIIe siècle. Comme l'indique Pelliot (1953) :

La Chine avait le papier dès le début de notre ère, et possédait aussi, avec les sceaux, le principe de la gravure renversée, mais ses sceaux étaient alors gravés en creux. Quand vers l’an 500 on grava les sceaux en relief, la Chine, ayant désormais et le papier et la gravure inversée en relief, aboutit très naturellement à la xylographie. Il n’y eut pas besoin d’un inventeur, et les contemporains furent témoins d’un développement progressif si simple qu’il ne les frappa pas.

La xylographie s'est répandue rapidement. Dès le Xe siècle, elle était entrée dans les mœurs et servait à l'impression de toutes sortes de publications (littéraires, populaires, officielles, etc. ; voir Gernet 1999 : 292 sq.) En 1005, le Bureau des éditions de l'Université impériale conservait 100 000 planches pour xylographie (N. Monnet in Mercier 2002 : 61).

L'utilisation de la xylographie n'a pas entraîné la création d'un type d'écriture spéciale, car les formes imprimantes étaient réalisées à partir d'écritures manuscrites calligraphiées ; elle a au contraire permis, comme l'estampage, une plus large diffusion de modèles calligraphiques.

shuihuzhuan Exemples d'impression xylographique. Trois images.

Cliquez sur les vignettes pour voir les images en grand.

xylo Planche et impression xylographiques.
Musée de la pharmacie, Hangzhou (Zhejiang), 2005.

– La technique chinoise de la xylogravure a été inscrite en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Elle est présentée avec diaporama et vidéo sur le site de l'Unesco :
http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00229.

– Le site de la Shøyen Collection (Oslo et Londres) présente plusieurs reproductions d'impressions xylographiques du VIIIe au XIVe siècle :
http://www.schoyencollection.com/pre1450Intro.html.

Contrairement à l'Occident, l'invention de l'imprimerie avec des caractères mobiles au XIe siècle n'a pas entraîné la disparition de la xylographie pour l'impression de textes, qui a été prédominante jusqu'au XIXe siècle.

voirInvention de la typographie en Chine


Cinq siècles plus tard, en Occident

Ce n'est que dans la seconde moitié du XIVe siècle que la xylographie commence à être utilisée en Europe. Il semble avéré qu'elle est bien d'origine chinoise. On a quelques traces de son cheminement de l'Extrême-Orient à l'Europe (voir Tsien 1987 pour une présentation détaillée des faits, dont sont extraites les quelques données ci-dessous).

Du papier monnaie a été imprimé à Tabriz au milieu du XIIIe siècle selon les techniques chinoises (voir Pan Jixing 1988).
Une description précise de la technique chinoise de la xylographie a été faite par un Premier ministre persan, Rachid al-Din au début du XIVe siècle.
Les cartes à jouer, d'origine chinoise, imprimées par xylographie, se sont répandues en Europe dans la seconde moitié du XIVe siècle par l'intermédiaire des armées mongoles.

Mais à la différence de la Chine, la xylographie n'a pas été beaucoup utilisée pour l'impression de textes, à laquelle elle se prêtait d'ailleurs mal : difficile de graver sur bois des lettres plus nombreuses et plus petites que les caractères chinois. De fait, dès le milieu du XVe siècle, elle a été remplacée par la typographie.

voirTechniques d'impression de Gutenberg


Références bibliographiques

Breton-Gravereau, Simone & Thibault, Danièle, 1998. L'aventure des écritures. Matières et formes. Paris : BnF.

Carter, Thomas Francis 1925. The Invention of Printing in China and its Spread Westward. New York : Columbia University Press.

Chinnery, Colin, 2007. Bookbinding. Document en ligne sur le site de l'International Dunhang Project, consulté le 2007-11-27.
http://idp.bl.uk/education/bookbinding/bookbinding.a4d.

Gernet, Jacques, 1999. Le monde chinois. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Julien, Stanislas, 1847. Sur l'art d'imprimer à l'aide de planches en bois, de planches en pierre et de types mobiles, inventé en Chine bien longtemps avant que l'Europe en fît usage ; extraits des livres chinois. Journal asiatique, 4e série, X : 505-535. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2008-12-28 [les pages 534 et 535 manquent].
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k931495.

Liu Guojun & Zheng Ruxi, 1989. L'histoire du livre en Chine. Beijing : ELE.

Mercier, Alain (ed.), 2002. Les trois révolutions du livre. Catalogue de l'exposition du musée des Arts et Métiers. Paris : Imprimerie nationale.

Monnet, Nathalie, 2002. Estampage et xylographie. Deux aspects majeurs de l'imprimé chinois. in : Mercier, Alain (ed.), 2002. Les trois révolutions du livre. Catalogue de l'exposition du musée des Arts et Métiers. Paris : Imprimerie nationale, 51-62.

Monnet, Nathalie, 2004. Chine. L'Empire du trait. Calligraphies et dessins du Ve au XIXe siècle. Paris : BnF.

Pelliot, Paul, 1953. Les débuts de l'imprimerie en Chine. Paris : Imprimerie nationale. Document en ligne, consulté le 2008-10-18.
http://classiques.uqac.ca/classiques/pelliot_paul/debuts_imprimerie_en_chine/debuts_imprimerie_chine.html.

Tsien Tsuen-hsuin, 1987. Paper and Printing. = Needham, Joseph, 1987. Science and Civilisation in China. Vol. 5. Part 2. Cambridge/New York/... : Cambridge University Press.


© Jacques Poitou 2017.