Jacques Poitou
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Machine à écrire


Repères historiques

C'est l'entreprise Remington (USA) qui a commercialisé les premières machines à écrire en 1873. Les premiers modèles ont été rapidement perfectionnés et ils atteignent avant la fin du XIXe siècle le standard d'une machine à écrire telle que celle décrite ici.

Seuls perfectionnements ultérieurs d'importance : le développement de machines portables, l'utilisation de l'électricité, qui permet une frappe plus douce que les machines mécaniques (à partir des années vingt du XXe siècle), le remplacement des barres à caractères par des boules qui permettent le changement de types de caractères (polices différentes, italiques, symboles), puis par des marguerites – juste avant qu'elles cèdent la place aux machines électroniques.

Les premières machines sont fabriquées aux Etats-Unis. La production en Europe commence une vingtaine d'années plus tard. Des modèles adaptés au japonais, au chinois et au coréen – sensiblement différents des modèles utilisés pour des écritures alphabétiques – apparaissent dans le courant du XXe siècle.

– Photo d'une machine à écrire pour caractères chinois sur le site des amis du Museum für Völkerkunde, Wien (Vienne), Autriche :
http://www.voelkerkunde.at/news/look/2007_1/noda_gr.jpg.

Toute l'histoire des machines à écrire est dominée par les noms de grands fabricants ou de marques : Remington (USA), Underwood (USA), Triumph (Allemagne), Continental (Allemagne), Olympia (Allemagne), Erika (Allemagne), Hermès (Suisse), Olivetti (Italie) – pour n'en mentionner que quelques-unes parmi les plus célèbres.

A partir des années quatre-vingt du siècle dernier, les machines à écrire sont progressivement remplacées par les micro-ordinateurs. A titre d'exemple, l'entreprise suisse Paillard, qui commercialisait les modèles Hermès, en arrête la production en 1991.


Description et fonctionnement d'une machine à écrire

Exemple de l'Hermès 3000 (fabriquée par la maison Paillard, sise à Sainte Croix et Yverdon en Suisse), achetée en 1971. Elle coûtait à l'époque environ 650 francs (de l'ordre de 600 euros aujourd'hui [2008]).

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Le clavier n'est pas fondamentalement différent du clavier d'un ordinateur actuel. Sur chaque touche sont marqués les deux signes que l'on peut obtenir (pour les lettres, les minuscules et les majuscules). Sur la gauche et la droite du clavier, les touches Majuscule (et à gauche la touche Majuscule bloquée) permettent d'obtenir la seconde série. Sur le devant, la barre d'espacement.

Cette machine, destinée au français, a un clavier standard AZERTY (nommé ainsi selon les premières lettres de la seconde rangée). Seule particularité liée aux besoins de l'acheteur (alors étudiant en allemand) : sur la première touche de la première rangée, le signe "§" a été remplacé par la lettre allemande "ß".

Le clavier AZERTY est issu d'une modification partielle du clavier QWERTY qui s'est rapidement imposé en Amérique. Une disposition différente de l'ordre alphabétique avait pour but de faciliter la frappe : éviter que les barres de caractères ne s'agglutinent lors d'une frappe rapide et permettre un accès plus aisé aux caractères les plus fréquents.

Quand les ordinateurs ont remplacé les machines à écrire, les habitudes liées aux claviers étant prises, les dispositions des lettres sont restées semblables, bien que les contraintes techniques ne soient plus du tout les mêmes.

La frappe d'une touche ou de la barre d'espacement a un double effet. Elle actionne une barre à caractères qui vient frapper un ruban encreur appliqué sur le papier, et elle fait ensuite avancer d'une case le chariot sur lequel est placé le papier – à l'exception de la touche pour le tréma et l'accent circonflexe (dernière touche de la deuxième rangée). Tous les signes et l'espace ont la même largeur – comme les polices non proportionnelles actuelles.

Au-dessus du clavier proprement dit, six touches :

– la première (TAB) pour faire avancer le chariot jusqu'à un taquet de tabulation ;
– la seconde (+) pour placer un taquet de tabulation ;
– la troisième (–) pour supprimer un taquet de tabulation ;
– la quatrième (- - -) pour supprimer tous les taquets de tabulation ;
– la cinquième (deux flèches orientées) pour dépasser les limites fixées pour les marges (à gauche ou à droite) ;
– la sixième pour revenir d'une case vers la gauche.

De part et d'autre du nom de la machine, deux leviers :

– celui de gauche permet de régler la dureté de la frappe (utile si l'on veut obtenir plusieurs copies avec des carbones) ;
– celui de droite permet de sélectionner trois positions du ruban (qui peut être bicolore) : noir, rouge ou frappe sans ruban (utilisée pour la frappe de stencils destinés à l'impression avec une ronéo).

A droite et à gauche du chariot, des roues permettent de tourner le chariot pour faire avancer ou reculer verticalement la feuille de papier. La manette sur la gauche permet d'avancer au début de la ligne suivante (c'est le retour-chariot). D'autres boutons ou leviers permettent de définir les marges et l'interlignage (normal = 1, 11/2, 2, manuel) et de placer comme on veut le papier. Enfin, un bouton permet de bloquer le chariot pour le rangement et le transport de la machine.

Sous le capot (amovible) sont placées les barres à caractères ainsi que tout leur mécanisme et les deux bobines du ruban encreur.

tw Photos de l'intérieur de la machine.

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Comme il faut taper assez fort sur les touches et que les barres à caractères viennent elles-mêmes frapper le papier, une telle machine n'est guère silencieuse... En outre, quand en frappant le texte, on arrive à proximité des marges, une sonnerie retentit (pour permettre au claviste de gérer les coupures de mots).

Les lettres apparaissent sur la feuille de papier plus ou moins noires, plus ou moins grasses, plus ou moins irrégulièrement alignées et plus ou moins en relief. Ces variations dépendent de la force avec laquelle on appuie sur les touches (plus on appuie fort, plus les caractères en métal s'enfoncent dans le papier), de la qualité ou de l'usure du ruban, de la qualité mécanique de la machine et aussi de la propreté des caractères qui ne manquent pas de s'encrasser. Du fait que la frappe laisse souvent une impression en relief, le verso de la feuille ne peut pas être utilisé.

Une telle machine (et notamment les caractères) doit être régulièrement nettoyée. Aussi est-elle livrée avec deux ustensiles qui le permettent : un pinceau et une brosse.

tw Photos des deux ustensiles de nettoyage et de correction.

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Corrections

Plusieurs procédés de correction peuvent être employés.

Le plus ancien consiste à gommer, avec une gomme fine spéciale, en utilisant éventuellement des caches pour éviter de gommer autre chose que les caractères que l'on veut effacer.

A partir des années soixante, on trouve dans le commerce des petits blocs de papier spécial pour la correction : on place sur les lettres à effacer une petite feuille dont le verso est enduit d'une poudre blanche, et on retape la lettre à effacer, qui, imprimée en blanc, se confond avec le papier. Ce produit a été d'abord commercialisé par une entreprise allemande sous le nom de Tipp-Ex, qui est rapidement devenu un nom commun désignant ce genre produit. Quelque temps après, la même entreprise lance sur le marché un autre produit de correction, sorte de gouache liquide que l'on passe avec un pinceau fin sur ce qu'il faut effacer, que ce soit écrit à la machine ou à la main.

Si des corrections plus importantes sont nécessaires, désolé, il n'y a qu'une seule solution : recommencer toute la page.

voirFautes et corrections


Obtenir plusieurs exemplaires

Pour obtenir plusieurs exemplaires, on utilise une feuille de papier carbone que l'on place entre deux feuilles de papier ; avec une frappe suffisamment forte, la feuille de carbone laisse sur la seconde feuille de papier une trace aussi nette que le ruban de soie sur la première. On peut ainsi obtenir non seulement un double, mais plusieurs exemplaires du même texte (jusqu'à sept ou huit). On utilise à cette fin un papier de faible grammage, appelé "papier pelure".


Nostalgie

Les machines à écrire sortent de l'usage vers la fin du XXe siècle. Nul doute que les ordinateurs et les logiciels de traitement de texte simplifient considérablement le travail de saisie, de correction, de formatage et de structuration du texte. Mais les machines à écrire ont marqué une époque, elles ont entraîné des habitudes qui perdurent dans l'utilisation du traitement de texte. Leur disparition a aussi engendré une certaine nostalgie, voire suscité la passion de collectionneurs. Des machines pas beaucoup plus anciennes ni originales que celle présentée ci-dessus se trouvent pour des sommes variant de 10 à 80 euros sur les sites dédiés ou dans les brocantes.

Par ailleurs, différentes polices de caractères, baptisées souvent "Typewriter", ont été créées pour obtenir à l'impression les mêmes caractères irréguliers, voire encrassés, qu'avec une machine à écrire. Une recherche rapide sur Internet permet d'en dénicher un bon nombre. Elles donnent parfois des résultats plus vrais que nature. Exemple ci-dessous : les deux premières lignes sont écrites avec l'Hermès 3000 décrite sur cette page ; les deux dernières avec une police "typewriter".

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Références bibliographiques et ressources complémentaires

Laufer, Roger (ed.), 1980. La machine à écrire hier et demain. [s.l.] : Solin.

Viollet, Catherine, 1997. Ecriture mécanique, espaces de frappe. Quelques préalables à une sémiologie du dactylogramme. Genesis 10. Document en ligne, consulté le 2009-04-11.
http://hal.archives-ouvertes.fr/index.php?halsid=t8rdla63492ho7bqvsl5so4632&view_this_doc=halshs-00079732&version=1.

– Présentation, avec de nombreuses photos, de l'histoire des machines :
http://www.perrier-sa.ch/musee/collectionperrier.pdf.

– Sur l'histoire de la machine à écrire (historique, photos de nombreux modèles), voir le site de Philippe Campiche :
http://www.collection-machineaecrire-campiche-hermes.ch/.

– Sur l'histoire de la machine à écrire et son utilisation dans les bureaux, voir la page qui lui est consacrée dans la présentation des métiers de secrétariat et de bureau (ministère français de la Culture) :
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/se/fiche3/fiche3.html.


© Jacques Poitou 2017.