Jacques Poitou
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Sauvegarde et transmission de l'oral



La possibilité d'enregistrer et de sauvegarder le son et donc aussi l'oral est relativement récente. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la seule possibilité de sauvegarde de l'oral sans recourir à l'écrit était la mémorisation et la répétition.

Après la victoire des Grecs sur les Perses à Marathon en 490 avant notre ère, un coursier, Philippidès, courut à Athènes (distante de 40 kilomètres) annoncer la bonne nouvelle. A l'arrivée, à peine le message délivré, il tomba raide mort. Telle est la légende. Hérodote raconte une autre histoire : avant la bataille, les stratèges athéniens envoyèrent Philippidès demander de l'aide à Sparte, et celui-ci "fut à Sparte le jour qui suivit son départ d'Athènes" – soit environ 200 km en 24 heures... (Hérodote, L'Enquête, VI, 105. in Hérodote – Thycidide 1979 : 445).

En 52 avant notre ère, après concertation entre les chefs gaulois, les Carnutes (une tribu gauloise) pénètrent dans Cenabum (Orléans) et y tuent quelques Romains – donnant ainsi le signal de l'insurrection contre la domination romaine. Voici comment, selon César, la nouvelle se propage :

Celeriter ad omnes Galliae ciuitates fama perfertur. Nam ubi quae maior atque inlustrior incidit res, clamore per agros regionesque significant ; hunc alii deinceps excipiunt et proximis tradunt, ut tum accidit. Nam quae Cenabi oriente sole gesta essent ante primam confectam uigiliam in finibus Aruernorum audita sunt, quod spatium est milium passuum circiter centum LX. (De bello gallico, VII, 3)

La nouvelle parvient vite à toutes les cités de la Gaule. En effet, quand il arrive quelque chose d’important et de marquant, ils [= les Gaulois] en crient la nouvelle à travers les champs et les régions ; d'autres la recueillent à leur tour et la transmettent au suivant. C'est ainsi que cela s'est passé. Ce qui avait eu lieu au lever du jour à Cenabum fut connu avant la fin de la première veille jusque chez les Arvernes, à une distance d’environ cent soixante milles.

L'enregistrement a été d'abord possible sur cylindre, puis sur disque à partir de 1877 : disques tournant à des vitesses diverses (78 tours, 33 tours, 45 tours) sur des appareils à manivelle puis électriques (phonographes, gramophones, électrophones, etc.), monophoniques puis stéréophoniques. L'enregistrement sur bandes magnétiques (de tailles diverses) avec des magnétophones remonte à 1935.

La transmission du son autrement que par mémorisation-répétition n'est possible que depuis l'invention du téléphone (1876).


Téléphone

Juste quelques remarques éparses.

telefon Les premiers appareils téléphoniques ont été introduits aux USA en 1876. Le principe est rapidement connu ailleurs, mais le développement de son utilisation est (en France) très lent : en 1972, on ne compte encore que cinq millions de lignes (à comparer avec la rapidité avec laquelle le téléphone portable s'est répandu – plus de cinquante-trois millions d'abonnés en une dizaine d'années seulement).
Ci-contre : téléphone de 1900
Cliquez sur la vignette pour voir l'image en grand.

Les communications par téléphone sont payantes. Le prix en varie selon la distance et la durée et conditionne la durée des échanges. Pendant longtemps, la durée des communications locales était illimitée (pour une unité) et les communications interurbaines ou internationales facturées selon la durée. D'où des usages radicalement différents des correspondants. L'introduction de forfaits, voire de systèmes de communications gratuites par Internet, a modifié à nouveau les comportements.

La qualité de la transmission (longtemps déficiente) conditionne la forme des échanges. Voir l'utilisation des alphabets téléphoniques et aussi, en allemand, zwo (2) à la place de zwei pour éviter la confusion avec drei (3) et l'utilisation de Juno et July [aI] pour éviter les confusions entre Juni et Juli.

voirAlphabets téléphoniques (codes d'épellation)

Conversation avec des téléphones fixes

Dans les conversations téléphoniques, l'établissement du contact se fait en deux temps :

– sonnerie : indication qu'il existe un locuteur non identifié (A) qui veut entrer en communication avec l'interlocuteur (B) ;
– signal conventionnel envoyé par B à A pour lui indiquer qu'il est prêt à entrer en communication avec lui (Allo, son nom, etc.).

Inégalité de B par rapport à A : A sait qui il appelle, B ne sait pas qui l'appelle (inégalité réduite par la technique d'affichage du numéro, voire, si le numéro est mémorisé, du nom du correspondant).

Problèmes des références spatiales : B et A sont dans des lieux différents, et si A sait où est B, B ne sait pas où est A.

Le système linguistique est le seul système mis en jeu (ni A ni B ne perçoit pas les mimiques de l'autre ni son environnement, chacun peut faire autre chose pendant qu'il est au téléphone). Les choses changent avec le vidéotéléphone (p. ex. téléphonie par Internet avec webcam).

Conventions linguistiques pour indiquer la fin du message (en allemand, on ne dit pas Auf Wiedersehen!, mais Auf Wiederhören! [Au re-voir vs au re-entendre].

Audioconférences et vidéoconférences = conversations à plusieurs par téléphone.

Conversation avec des téléphones mobiles

Indication des références spatiales : "Allo, je suis dans le train, on arrive gare de Lyon."

Problème de l'environnement. On utilise les téléphones mobiles parfois en présence d'autres personnes qui peuvent donc suivre la conversation au travers de la part qu'y prend l'un des interlocuteurs.

Communication avec un répondeur ou par messagerie vocale

La communication avec un répondeur comporte trois phases successives :

1. Quand celui qui appelle (A) obtient la communication, il entend soit une annonce automatique d'une messagerie vocale, soit une annonce réalisée par celui qu'il appelle (B) et qui, par delà toutes les variantes qu'elle peut présenter, peut comporter (et comporte souvent), dans l'ordre, les indications suivantes : une formule d'ouverture de la communication (Bonjour...), l'identification de B soit par son nom soit par son numéro, l'indication que B ne peut être joint pour l'instant, une invitation faite à A d'enregistrer un message, l'engagement de B de rappeler ceux dont il trouvera des messages quand il écoutera son répondeur, une formule de clôture.
2. A entend un bip qui doit être interprété comme le signal à partir duquel A peut enregistrer son message.
3. Message de A, de contenu plus variable que l'annonce de B.

Communication différée. A s'adresse à un interlocuteur qui n'entendra ce que dit A que plus tard et qui ne saura pas quand A a parlé (sauf s'il y a un système d'horodatage).

Problème des références spatiales (comme pour l'utilisation standard du téléphone) et temporelles (à la différence de la communication téléphonique.

Problème de la communication avec une machine... qui ne répond rien. Dans les premières années où les répondeurs ont été commercialisés, il y avait souvent une réticence forte de locuteurs à "laisser un message sur le répondeur".

Répondeur utilisé pour filtrer les appels : A téléphone à B d'abord pour savoir s'il est présent ; A peut raccrocher dès qu'il entend la voix de B sur le répondeur. S'il parle et que B est présent, ce dernier sait qui parle avant de décrocher éventuellement.


Radio et télévision

La radio est utilisée à partir de 1920-1922. La télévision existe à partir de 1935, mais elle ne se diffuse dans le grand public qu'après la seconde guerre mondiale. Télévision en noir et blanc d'abord, puis en couleur à partir de 1953 aux USA, de 1966 en Europe.

Problème des références spatiales et, sauf en cas de direct, des références temporelles.

Double situation de discours (comme dans le théâtre – mais les textes théâtraux sont d'abord écrits) : celle constituée par le plateau de télévision, avec ses locuteurs et interlocuteurs et celle incluant auditeurs et téléspectateurs comme interlocuteurs de l'ensemble de ceux qui s'expriment sur le plateau.


Références bibliographiques

Caesar. De bello gallico. Document en ligne, consulté le 2007-11-03.
http://www.thelatinlibrary.com/caesar/gall7.shtml.

Flichy, Patrice, 1991. Une histoire de la communication moderne. Espace public et vie privée. Paris : La Découverte/Poche.

Hérodote – Thycidide, 1979. Œuvres complètes. Paris : Gallimard. Bibliothèque de la Pléiade.


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