Jacques Poitou
Accueil
Plan du site
Langages | Ecritures | Ecritures latines | Ecriture chinoise | Numérique | Cryptographie | Typographie | Reproduction et transmission | Censure | Lexique | Jeux
Transmission de l'oral | Supports | Papyrus | Papier | Sceaux | Estampage | Xylographie | Typographie chinoise | Gutenberg | Machine à écrire

Transmission de l'écrit


Transmission par porteur

Poste

Dès l'Antiquité se développe en Occident un service postal avec des relais pour les chevaux. Au Moyen Age, les postes sont organisées pour les marchands, les couvents, les universités (étudiants), les villes, les souverains. Une poste d'Etat n'apparaît en France que sous Louis XI. Les premiers accords internationaux sur les services postaux sont conclus dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Depuis le milieu du XIXe siècle, le port est payé par l'expéditeur et non plus par le destinataire. Le prix est conditionné par la distance et le temps de transport, le poids, voire le nombre de mots (voir le tarif spécial – en vigueur jusqu'il y a une vingtaine d'années – pour les cartes postales avec cinq mots de texte).

En France (et dans les pays sous domination française), pour les cartes postales, un tarif spécial vaut si le texte de la correspondance est limité à cinq mots. Voici – à titre d'exemple – comment cela est décrit en 1932 dans le Journal officiel du territoire du Togo placé sous le mandat de la France : "Cartes postales illustrées dont l'ensemble du verso est occupé par une illustration ou gravure à l'exclusion de toute annotation manuscrite, lorsqu'elles portent au recto uniquement la date, la signature, l'adresse de l'expéditeur et cinq mots au plus de correspondance."
   http://www.legitogo.gouv.tg/annee/1933/jo%201933-227.pdf, consulté le 2012-03-22.

Pigeons voyageurs

Les premiers transports par voie aérienne se font avec les pigeons voyageurs (qui voyagent vers leurs pigeonniers). Moyen utilisé p. ex. pendant le siège de Paris en 1870-1871 pour la correspondance entre Paris et le gouvernement replié en province (voir Hayhurst 1970).

rg Autre exemple de l'utilité des pigeons voyageurs : extrait du Lotus bleu.

Cliquez sur la vignette pour voir la planche en grand.

 


Transmission par conversion en d'autres signaux

La communication par signaux perçus à distance remonte à l'Antiquité.

voirSystème de Polybe

Télégraphe optique

En 1792, l'Assemblée législative (en France) adopte le principe du télégraphe optique inventé par les frères Chappe. Des tours sur lesquelles sont montés des bras articulés aptes à réaliser différents types de signaux codés (sémaphore) sont construites sur des collines, de proche en proche, tous les 6 à 12 kilomètres (lignes sémaphoriques). Les signaux qu'elles permettent de réaliser sont observés à la lunette et transmis de proche en proche.

Le code utilisé pour les signaux assure la confidentialité des messages (seuls l'émetteur en début de ligne et le destinataire en fin de ligne peuvent décoder les signaux). C'est que l'installation des lignes de télégraphe optique répond d'abord à des préoccupations militaires (communiquer rapidement avec les armées aux frontières). En France, il constitue un monopole d'Etat.

Le nombre de signaux est limité par les articulations possibles du sémaphore : 92 en tout, qui, dédoublés, permettent 8464 unités différentes (mots ou groupes de mots). Soit une sorte d'écriture idéographique.

Mais si le télégraphe optique représente un progrès considérable dans la transmission des informations, la vitesse de transmission demeure relativement faible et les transmissions sont évidemment dépendantes des conditions atmosphériques : pas de transmission la nuit ni par temps de brouillard.

– Voir pour plus de précisions Figuier s.d., Flichy (1991 : 17-49) et le rapport de Lakanal à la Convention le 25 juillet 1793 (Lakanal 1794).

Voici la description qu'Alexandre Dumas fait du télégraphe optique dans Le Comte de Monte-Cristo, ch. LXI :

chappe J'ai vu parfois au bout d'un chemin, sur un tertre, par un beau soleil, se lever ces bras noirs et pliants pareils aux pattes d'un immense coléoptère, et jamais ce ne fut sans émotion, je vous jure, car je pensais que ces signes bizarres fendant l'air avec précision, et portant à trois cents lieues la volonté inconnue d'un homme assis devant une table, à un autre homme assis à l'extrémité de la ligne devant une autre table, se dessinaient sur le gris du nuage ou sur l'azur du ciel, par la seule force du vouloir de ce chef tout-puissant ; je croyais alors aux génies, aux sylphes, aux gnomes, aux pouvoirs occultes enfin, et je riais. Or jamais l'envie ne m'était venue de voir de près ces gros insectes au centre blanc, aux pattes noires et maigres, car je craignais de trouver sous leurs ailes de pierre le génie humain, bien gourmé, bien pédant, bien bourré de science, de cabale ou de sorcellerie. Mais voilà qu'un beau matin j'ai appris que le moteur de chaque télégraphe était un pauvre diable d'employé à douze cents francs par an, occupé tout le jour à regarder non pas le ciel comme l'astronome, non pas l'eau comme le pêcheur, non pas le paysage comme un cerveau vide, mais bien l'insecte au ventre blanc, aux pattes noires, son correspondant, placé à quatre ou cinq lieues de lui. Alors je me suis senti pris d'un désir curieux de voir de près cette chrysalide vivante et d'assister à la comédie que du fond de sa coque elle donne à une autre chrysalide, en tirant les uns après les autres quelques bouts de ficelle.

Dumas (1957 : 29-30). Gravure : Figuier s.d. : 53.

Télégraphe électrique

La première ligne électromagnétique est créée aux USA en 1838 (S. Morse). Les messages sont transmis lettre par lettre, à chacune correspond une combinaison de points et de traits (avec des impulsions électriques de durée différente) – c'est l'alphabet Morse :

morse

– Sur l'histoire de l'alphabet morse, voir Smith 1999.

– Sur le site d'Eric Angelini, une page est consacrée à des jeux sur l'alphabet morse :
http://www.cetteadressecomportecinquantesignes.com/Best05.htm.

telegraph Le télégraphe est utilisé en France jusqu'en 1960, il est fermé définitivement en 1997 (mais le télégramme lui survit).

Ci-contre : appareil de télégraphie.
Cliquez sur la vignette pour voir l'image en grand.

Le télégramme (= message télégraphié) est utilisé comme moyen de communication rapide, c'est-à-dire plus rapide que les autres, auquel on ne recourt, dans la vie privée, que dans deux cas :

– pour transmettre une information surgie subitement et imprévisible (si on l'avait prévu, on aurait pu recourir à des moyens moins onéreux pour transmettre l'information) et que le destinataire doit apprendre rapidement. D'où son emploi fréquent, dans la vie privée, pour les mauvaises nouvelles (décès, maladie, accident) et les connotations émotionnelles fortes qui lui sont souvent associées (encore maintenant) ;
– pour joindre des gens à une heure précise et dans un lieu précis (p. ex. félicitations à l'occasion d'un mariage).

telegramme Ci-contre : télégramme envoyé le 1943-12-05.

Cliquez sur la vignette pour voir l'image en grand.

Le télégramme est coûteux. Il est facturé par les services postaux au mot. D'où un effort des expéditeurs pour supprimer les mots non essentiels : c'est le style télégraphique. Exemple :

bebert

Avant la généralisation du téléphone, le processus d'acheminement était le suivant : l'expéditeur rédige son télégramme sur un formulaire spécial et l'apporte au bureau de poste. Le message et l'adresse sont ensuite acheminés par le télégraphe jusqu'au bureau de poste le plus proche, où il est transcrit à la main (ou, plus tard, à la machine) et acheminé chez le destinataire par un employé à bicyclette ("le petit télégraphiste").

voirTéléphone

N.B. L'expression "le petit télégraphiste" n'a acquis une connotation péjorative que tardivement. En 1981, dans le cadre de la pré-campagne présidentielle, François Mitterrand avait traité le président sortant Valéry Giscard d'Estaing de "petit télégraphiste" de Brežnev (Brejnev, à l'époque principal dirigeant de l'URSS). Depuis, l'expression est fréquemment réutilisée avec la même connotation péjorative.

Le téléscripteur permet la transmission de texte à partir d'un clavier et sa réception sur une imprimante. En 1970, le réseau télex comptait 250 000 abonnés dans le monde.

Pneumatique

Ce mode d'acheminement, complément du télégraphe, a été mis en place dans les grandes villes, en 1853 à Londres, en 1865 à Berlin, en 1866 à Paris (mais il n'a été ouvert au public que le 1er mai 1879) et dans d'autres grandes villes européennes et américaines.

Le courrier était glissé dans des cylindres qui étaient propulsés par air comprimé dans un réseau de tuyaux.

Les courriers ainsi acheminés devaient être de petite taille (à Paris, le diamètre des tuyaux n'était initialement que de 6,5 cm) et de faible poids : c'étaient des cartes télégrammes ou des lettres-cartes qui étaient, à Paris, de couleur bleu-gris, d'où les expressions un petit bleu ou un pneu pour les désigner. Ils présentaient, par rapport aux télégrammes, l'avantage que le nombre de mots n'était pas limité, le tarif était forfaitaire. L'ensemble était géré par les Postes et télégraphes qui, après le lancement du téléphone, ont été renommés Postes, télégraphes et téléphones (PTT).

A partir des bureaux de poste récepteurs, des employés allaient les porter à bicyclette à leurs destinataires.

A Paris, le service a été fermé le 30 mars 1984.

– Pour plus de précisions, voir Hayhurst 1974.


Références bibliographiques

Belloc, Alexis, 1894. La télégraphie historique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Paris : Firmin-Didot. Document en ligne, consulté le 2008-10-26.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k621150.

Dumas, Alexandre, 1957. Le comte de Monte-Cristo. Tome II. Paris : Garnier.

Figuier, Louis, s.d. Les merveilles de la science. II. Paris : Furne, Jouvet & Cie. Document en ligne, consulté le 2008-10-26.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24675w.

Flichy, Patrice, 1991. Une histoire de la communication moderne. Espace public et vie privée. Paris : La Découverte/Poche.

Hayhurst, John D., 1970. The Pigeon Post into Paris 1870-1871. Document en ligne sur le site du fils de l'auteur, consulté le 2008-10-26.
http://www.cix.co.uk/~mhayhurst/jdhayhurst/pigeon/pigeon.html.

Hayhurst, John D., 1974. The Pneumatic Post of Paris. Document en ligne sur le site du fils de l'auteur, consulté le 2007-11-04.
http://www.cix.co.uk/~mhayhurst/jdhayhurst/pneumatic/book1.html.

Lakanal, 1794. Rapport sur le télégraphe [...]. Paris : Imprimerie nationale. Document en ligne, consulté le 2007-11-03.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k43826d.

Ollivier, Michel, 2006. Télégraphe de Chappe. Le point des connaissances acquises sur le système de Lille. Les Cahiers de la FNARH 101 : 5-16. Document en ligne sur le site de la FNARH, consulté le 2008-10-26.
http://www.fnarh.com/documents/documents.html#cahiers.

Smith, Tony, 1999. Le morse est mort, vive le morse ! Courrier de l'Unesco, 8. Document en ligne sur le site de l'Unesco, consulté le 2008-01-03.
http://unesdoc.unesco.org/images/0011/001165/116578f.pdf.

Soriano, Paul, s.d. Brève histoire de la poste. La Poste des origines à demain. Document en ligne sur le site de l'Institut de recherches et de prospective postales, consulté le 2009-01-10.
http://www.irepp.com/breve-histoire-de-la-poste-article0055.html.


© Jacques Poitou 2017.