Jacques Poitou
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Ecriture chinoise : gravure de sceaux



La gravure de sceaux en Chine remonte au IIe millénaire avant notre ère. Les sceaux ont d'abord été, dans l'administration, des symboles et des marques de pouvoir. Mais ensuite, des particuliers ont créé aussi les leurs, et la gravure de sceaux a petit à petit acquis ses lettres de noblesse, surtout à partir de l'invention du papier. A partir de l'époque des Ming (XIVe-XVIIe s.), elle est devenue un art à part entière, au même titre que la calligraphie, la peinture ou la poésie. Tandis que les sceaux de l'administration (xi) ont été rigoureusement standardisés à partir du premier empire unifié (221 avant notre ère), sur les sceaux des particuliers (yin), les graveurs pouvaient exprimer librement leurs sentiments et leurs préférences artistiques. Jusqu'à nos jours, les œuvres d'art sur papier (peintures ou calligraphies) portent généralement des sceaux à l'encre rouge – marques de l'artiste ou des acquéreurs – qui s'intègrent à l'œuvre elle-même.

seal Sceau ancien.
Musée de Shanghai, 2005.

Source : brochure "Seals" du musée de Shanghai.

 

seal Sceau.
Epoque des Qing.
Musée de Shanghai, 2005.

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La matière utilisée pour la fabrication des sceaux est de la pierre, plus ou moins précieuse (du jade – très précieux – à la stéatite – très tendre). Les sceaux sont gravés à l'envers (c'est, dans l'histoire, la première technique utilisant ce procédé, avant l'imprimerie xylographique). L'encre elle-même – de couleur rouge – est une sorte de pâte faite d'un mélange de cinnabre et d'huile.

seal Sceaux, encre et ciseau fin pour la gravure.

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seal Gravure d'un sceau.
Xiamen (Fujiang), 2005.

voirXylographie
voirInvention de la typographie en Chine

Le texte (ou l'image) peut être gravé en creux, les caractères imprimés apparaissent alors de la couleur du papier sur fond rouge (bai wen), c'est la technique la plus ancienne. Il peut aussi être gravé en relief (en évidant les parties vierges), à l'impression, il apparaît alors en rouge (zhu wen). Les caractères sont le plus souvent gravés dans les styles qui valaient dans l'Antiquité : style "grand sceau" (dazhuan, antérieur au IIIe s. avant notre ère) ou "petit sceau" (xiaozhuan, défini au IIIe s. avant notre ère).

voirStyles d'écriture

Au XXIe siècle, la gravure de sceaux n'a rien perdu de son statut et de sa popularité. Trois exemples.

seal Dans différents sites touristiques, on peut se faire graver un sceau à son nom pour quelques dizaines de yuans seulement. On cherche son prénom dans un dictionnaire bilingue et aussitôt le graveur se met à l'ouvrage. C'est fini en quelques minutes.

Sceau gravé à Beijing en 2002 pour l'auteur de cette page.


seal A sa retraite (à 71 ans) en 2003, un haut dirigeant chinois, Li Lanqing, s'adonne à la gravure de sceaux. En quelques années, il en grave plusieurs centaines. Réunis dans une exposition présentée à Paris en 2009, ils témoignent du caractère vivant de la tradition de la gravure de sceaux – et aussi de la diversité d'intérêts et de l'étendue de la culture de l'auteur.

Ci-contre à gauche : sceau pour l'institut Confucius. A droite, le sceau avec la note latérale suivante : "Le Maître dit : "Dans mon école tous les hommes sont admis, sans distinction." Li Lanqing, année Binxu."

Sceau gravé en 2006. Œuvres de gravure..., p. 98.
note latérale

seal-jo Comme logo des Jeux olympiques de 2008 à Beijing (Pékin), les autorités ont choisi l’image d’un homme dansant, en forme d’un sceau ancien.

Source : http://2008.sina.com.cn/fr/emblem/index.shtml.

– La gravure de sceaux a été inscrite en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Elle est présentée avec diaporama et vidéo sur le site de l'Unesco :
http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00217.


Références bibliographiques et ressources en ligne

Breton-Gravereau, Simone & Thibault, Danièle, 1998. L'aventure des écritures. Matières et formes. Paris : BnF.

Carter, Thomas Francis 1925. The Invention of Printing in China and its Spread Westward. New York : Columbia University Press.

Gernet, Jacques, 1999. Le monde chinois. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Mercier, Alain (ed.), 2002. Les trois révolutions du livre. Catalogue de l'exposition du musée des Arts et Métiers. Paris : Imprimerie nationale.

Monnet, Nathalie, 2004. Chine. L'Empire du trait. Calligraphies et dessins du Ve au XIXe siècle. Paris : BnF.

Œuvres de gravure sur sceau de Li Lanqing – exposition en France. Beijing : Presses de l’éducation supérieure, 2009.

Pelliot, Paul, 1953. Les débuts de l'imprimerie en Chine. Paris : Imprimerie nationale. Document en ligne sur le site de l'université du Québec à Chicoutimi, consulté le 2008-10-18.
http://classiques.uqac.ca/classiques/pelliot_paul/debuts_imprimerie_en_chine/debuts_imprimerie_chine.html.

Shanghai Museum. Chinese Seal Gallery. [s.d.]

Tsien Tsuen-hsuin, 1987. Paper and Printing. = Needham, Joseph, 1987. Science and Civilisation in China. Vol. 5. Part 2. Cambridge/New York/... : Cambridge University Press.

– Page de l'exposition virtuelle de la BnF consacrée aux sceaux :
http://expositions.bnf.fr/chine/reperes/2/index2.htm (cliquer dans le texte sur Sceaux).


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