Jacques Poitou
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Le papyrus


Le papyrus, fabriqué en Egypte, à partir de la moelle du papyrus (Cyperus papyrus L.) a été utilisé dans le monde occidental comme l'un des supports de l'écriture du troisième millénaire avant notre ère au premier millénaire de notre ère.

Ci-dessous la traduction en français du texte de Pline l'Ancien (23-79) sur le papyrus, tel qu'il figure dans le livre XIII de l'Histoire naturelle.

XXI. Nous n'avons pas encore parlé des plantes de marais ni des arbrisseaux de rivières. Cependant, avant de quitter l'Egypte, nous ferons l'histoire du papyrus, attendu que la civilisation et le souvenir des choses sont attachés à l'usage du papier. M. Varron dit que le papier fut découvert lors des victoires d'Alexandre le Grand et de la fondation d'Alexandrie d'Egypte ; qu'auparavant on ne l'employait pas ; qu'on écrivit d'abord sur des feuilles de palmier, puis sur le liber de certains arbres. Ensuite les documents publics furent écrits sur des feuilles de plomb, et les documents privés sur des étoffes de lin, ou sur des tablettes enduites de cire. Nous trouvons dans Homère qu'on se servait de tablettes même avant la guerre de Troie. La terre que le poëte appelle Egypte n'est pas même celle que nous entendons, et qui, dans son nome Sebennytique du moins, ne produit guère que du papyrus : cette dernière est un produit de l'alluvion du Nil, car Homère rapporte que de l'île de Pharos, aujourd'hui réunie par un pont à Alexandrie, il y a jusqu'au continent un jour et une nuit de navigation à la voile. Dans la suite, le roi Ptolémée ayant défendu l'exportation du papyrus, à cause de la rivalité entre lui et le roi Eumène au sujet des bibliothèques, le parchemin fut, au rapport du même Varron, inventé à Pergame. Enfin, cet objet, dont l'immportalité des hommes dépend, devint d'un usage commun.

XXII. Le papyrus naît dans les marais d'Egypte ou dans les eaux dormantes du Nil, lorsque, débordées, elles demeurent stagnantes en des creux dont la profondeur n'excède pas deux coudées. La racine est oblique, grosse comme le bras ; la tige, triangulaire, et, n'ayant pas plus de dix coudées de haut, va en diminuant jusqu'à son extrémité, qui renferme un bouquet en forme de thyrse, sans graine, et sans autre usage que de servir à couronner les statutes des dieux. Les habitants emploient les racines en guise de bois, pour faire non-seulement du feu, mais encore divers ustensiles de ménage. Avec la tige ils construisent des barques, et avec l'écorce ils fabriquent des voiles, des nattes, des vêtements, des couvertures et des cordes ; ils mâchent même le papyrus cru ou bouilli, se contentant d'en avaler le jus. Le papyrus naît encore dans la Syrie, autour de ce lac dont les bords produisent le calamus odorant. Le roi Antigone n'employait pas dans sa marine d'autres cordages que ceux que lui fournissait le papyrus de cette contrée ; car alors le spart n'était pas répandu. Récemment on a reconnu que sur les bords de l'Euphrate, aux environs de Babylone, poussait un papyrus qui pouvait servir à fabriquer du papier ; néanmoins, encore aujourd'hui les Parthes aiment mieux écrire sur des étoffes.

XXIII. On prépare le papier en divisant le papyrus en bandes très-minces, mais aussi larges que possible. La bande la meilleure est celle du centre de l'arbre, et ainsi de suite dans l'ordre de la division. On appelait jadis hiératique, attendu qu'il était réservé aux livres sacrés, le papier fait avec les bandes intérieures. Lavé, il a reçu le nom d'Auguste, de même que celle de seconde qualité porte celui de Livie, sa femme. De la sorte, l'hiératique devient papier de troisième qualité. Le quatrième rang avait été donné à l'amphithéâtrique, nom tiré du lieu de la fabrique. L'habile fabricant Fannius s'en empara, le rendit fin par une interpolation soigneuse, d'un papier commun fit un papier de première qualité et lui donna son nom. Le papier qui n'avait pas reçu cette préparation garda le nom d'amphithéâtrique qu'il portait auparavant. Vient ensuite le Saïtique, ainsi nommé de la ville de Saïs, qui en fabrique beaucoup ; on le fait avec des rognures de basse qualité. Le Ténéotique, ainsi nommé d'une localité voisine de Saïs, est fait avec des matériaux plus rapprochés de l'écorce ; il ne se vend plus à la qualité, il se vend au poids. Quant à l'emporétique, il ne peut servir à écrire ; on ne l'emploie que pour envelopper les autres papiers et emballer les marchandises ; de la lui vient le nom qu'il porte (papier des marchands). Au delà est l'écorce du papyrus, dont l'extérieur ressemble au jonc ; elle n'est bonne qu'à faire des cordes qui vont dans l'eau. On fait toutes les sortes sur une table humectée avec l'eau du Nil ; ce liquide trouble tient lieu de colle. D'abord sur cette table inclinée on colle les bandes dans toute la longueur du papyrus ; seulement on les rogne à chaque extrémité ; puis on pose transversalement d'autres bandes en forme de treillage. On les soumet à la presse ; cela fait une feuille, que l'on sèche au soleil. On joint entre elles ces feuilles, mettant d'abord les meilleures, et ainsi de suite jusqu'aux plus mauvauses. La réunion de ces feuilles forme un scapus (main), qui n'en a jamais plus de vingt.

XXIV. La largeur est très-différente : les meilleures ont treize doigts ; l'hieratique, deux de moins ; le papier de Fannius, dix, et l'amphithéâtrique, neuf. Le Saïtique en a moins, il n'est pas aussi large que le maillet ; et l'emporétique n'a pas plus de six doigts. On estime encore dans le papier la finesse, le corps, la blancheur, le poli. L'empereur Claude changea la première qualité : le papier Auguste était trop fin, et ne résistait pas à la pression du calame ; en outre il laissait passer les lettres, et quand on écrivait sur le verso on craignait d'effacer le recto : dans tous les cas, la transparence en était désagréable à l'œil. On fit donc la chaîne du papier avec des bandes de seconde qualité, et la trame avec des bandes de première. Claude augmenta aussi la largeur : la dimension fut d'un pied [pour le papier ordinaire], et d'une coudée pour le grand ; mais l'usage fit reconnaître un inconvénient : une bande, si elle venait à se détacher, gâtait plusieurs pages. Ces avantages ont fait préférer le papier de Claude à tous les autres ; mais la vogue est restée au papier Auguste pour la correspondance épistolaire. Le papier Livie, qui n'avait rien de la première qualité mais tout de la seconde, resta à son rang.

XXV. Les inégalités du papier sont polies avec une dent ou avec un coquillage, mais les caractères sont sujets à s'effacer ; poli, le papier est plus luisant, mais ne prend pas l'encre aussi bien. Souvent l'eau du Nil donnée d'abord avec peu de soin rend le papier rebelle à l'écriture ; cela se reconnaît par le maillet, ou même par l'odorat, quand le défaut est trop considérable. Les taches se reconnaissent à l'œil. Mais les petites bandes insérées au milieu des feuilles collées, rendant le papier fongueux et le faisant boire, ne se découvrent guère que lorsque écrivant les lettres s'étalent ; tant il y a de fraude ! Il faut donc avoir recours à une autre préparation.

XXVI. La colle ordinaire se fait avec la fleur de farine, de l'eau bouillante, et quelques gouttes de vinaigre ; la colle de menuisier et la gomme rendent le papier cassant. Un meilleur procédé, c'est de faire bouillir de la mie de pain lavé dans de l'eau, et de la passer ; c'est de cette façon qu'on a le moins de colle interposée, et le papier est plus doux que la toile de lin lui-même. La colle ne doit avoir ni plus ni moins d'un jour. Puis on amincit le papier avec un maillet, on met une nouvelle couche de colle ; on efface les plis qui se sont formés, et on le bat de nouveau avec le maillet. C'est sur ce papier que sont d'anciens monuments de la main de Tiberius et Caius Gracchus ; monuments que j'ai vus chez Pomponius Secundus, poète et citoyen très-illustre, et qui ont près de deux cents ans. On voit souvent aussi, sur ce papier, des autographes de Cicéron, du dieu Auguste et de Virgile.

XXVII. [...] Le payrus est aussi sujet à manquer. Il y eut sous le règne de Tibère une disette de papier, au point qu'il fallut nommer des sénateurs pour en régler la distribution ; autrement les relations de la vie auraient été troublées.

Dans le monde occidental, le papyrus a cédé la place au parchemin puis quelques siècles plus tard, au papier.

voirSupports de l'écriture
voirFabrication du papier


Références

Histoire naturelle de Pline. Avec la traduction en français par Emile Littré. Tome I. Paris : Dubochet 1848, 507-510.Document en ligne sur le site de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine, consulté le 2008-12-29.
http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?39197x01 .

Delange, Elisabeth & Ève Menei, Eve, 2001. Le papyrus : iconographie et technique. Document en ligne sur le site de l’Institut de recherche et d'histoire des textes (CNRS), consulté le 2008-10-26.
http://aedilis.irht.cnrs.fr/materiaux/6.htm.

– Reproductions de très bonne qualité de nombreux papyrus du musée du Caire, sur le site du Center for the Study of Ancient Documents :
http://ipap.csad.ox.ac.uk/.

– Sur l'histoire des éditions du texte, voir, sur le site de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine : http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/pline.htm.


© Jacques Poitou 2017.