Jacques Poitou
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Ecriture de l'ukrainien


N.B. Les termes ukrainiens et russes sont ici translittérés selon la norme ISO 9:1995, à l'exception de la capitale ukrainienne pour laquelle j'utilise le nom usuel en français, Kiev. Pour les autres termes, les dénominations usuelles en français sont indiquées le cas échéant entre parenthèses. JP

Répères historiques

Les Slaves orientaux, ancêtres des Ukrainiens comme des Russes et des Biélorusses, apparaissent d'abord dans une région qui va de l'ouest de l'actuelle Ukraine au Dnepr (Dniepr) et au Don. Aux VIe-VIIe siècles, ils remontent vers le nord et entrent en contact avec les Varègues, d'origine scandinave. Apparaît alors un premier centre, Novgorod, dont Rûrik est le premier grand souverain (IXe siècle). Les pays slaves alentour sont peu à peu réunis et la domination de Novgorod s'étend jusqu'à Kiev, où la capitale est transférée vers la fin du IXe siècle.

Xe siècle Le premier Etat slave oriental se constitue de la mer Blanche à la mer Noire et installe sa capitale à Kiev : la Rus´ kievienne. – 988 : conversion du grand-prince Volodiměr˝ (russe Vladimir, ukrainien Volodimir) au christianisme de rite oriental.
XIIe-XVIIIe siècle Longue période d'instabilité territoriale et politique, fragmentation de la Rus' : pendant plusieurs siècles, les territoires de l'Ukraine actuelle se trouvent divisés entre la Russie, la Pologne, la Lituanie et les Tatars. – En 1648, après des révoltes contre la domination polonaise sous la direction de Bogdan Hmel´nic´kij (Khmelnitsky), création autour de Kiev d'un embryon d'Etat qui se met en 1654 sous la protection de la Russie (traité de Pereâslav) et est peu à peu absorbé dans l'Empire russe.
seconde moitié du XVIIIe siècle Sous le règne de Ekaterina II (Catherine II), la Russie conquiert sur l'Empire ottoman de nouveaux territoires qui vont jusqu'à la mer Noire : parties de la "Nouvelle Russie" et Crimée, où est créée la base navale de Sevastopol´ (Sébastopol).
fin du XVIIIe siècle Partages de la Pologne. Les territoires ukrainophones se trouvent répartis entre les Empires autrichien et russe. En 1910, il y a vingt-neuf millions d'ukrainophones en Russie et quatre en Autriche-Hongrie (Kappeler 1997).
1917-1922 Révolutions russes (1917), dislocation de l'Empire austro-hongrois, guerre civile, proclamation d'une république populaire d'Ukraine et d'une république populaire d'Ukraine occidentale qui disparaissent dans la tourmente. Nombreuses violences, pogroms antijuifs (125 000 victimes selon Werth 2009) commis pour la plupart par les différentes armées ukrainiennes ou blanches. Création d'une république soviétique d'Ukraine (1919), intégrée en 1922 à l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Des territoires ukrainophones restent en dehors de l'URSS, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Roumanie.
1939-1940 Pacte germano-soviétique, annexion à l'Ukraine des territoires ukrainophones de Pologne – Galicie et Volhynie – (1939) et de Roumanie (1940) – nord de la Bucovine et sud de la Bessarabie (Budžak).
1941 Attaque allemande contre l'URSS. Occupation de toute l'Ukraine, participation initiale et finale des bandes de Stepan Bandera à la guerre contre l'URSS. Massacres, asservissement et pillage du pays sous la direction d'Erich Koch, commissaire du Reich pour l'Ukraine, et en Galicie, de Hans Frank, gouverneur général ; en particulier, massacres de juifs à Kam'ânec´-Podìl´s´kij (23 600, aout 1941) et à Kiev – Babin Âr (Babi Yar – 33 771, septembre 1941).
1943-1945 Libération de l'Ukraine par l'Armée rouge (1943-1944). Annexion à l'Ukraine de la Ruthénie subcarpatique, partie de la Tchécoslovaquie (1945). L'Ukraine soviétique regroupe désormais l'essentiel des territoires ukrainophones.
1954 Rattachement administratif à l'Ukraine de la Crimée, très majoritairement russophone depuis la déportation des Tatars de Crimée en 1944.
1991 Indépendance de l'Ukraine, reconnue aussitôt par la Russie. Fin de l'URSS.
2014 Annexion de la Crimée par la Russie. Construction, sur le détroit de Ker´č (Kertch), du pont de Crimée, qui relie la Crimée à la Russie (inauguration en 2018).

– Pour plus de précisions, voir les travaux mentionnés dans les références bibliographiques au bas de cette page.

Ainsi, l'Etat ukrainien actuel est directement issu de la république soviétique d'Ukraine constituée au sein de l'URSS à côté de la république soviétique de Russie – à l'initiative de Lénine : Lénine s'était opposé au projet de Staline qui n'accordait à l'Ukraine qu'une "autonomie" au sein de la république fédérative russe (v. Khlevniuk 1979 : 133-135). Son territoire actuel est constitué du territoire initial de la république soviétique, augmenté à l'initiative de Staline des territoires conquis à la faveur du pacte germano-soviétique et en 1945. Kappeler (2011 : 196) évalue ainsi le rôle de la république soviétique d'Ukraine créée en 1919-1922 :

La nation ukrainienne, qui fut désormais officiellement reconnue à la différence de l'empire tsariste, se vit accorder des frontières établies, des institutions propres et certains droits à l'autonomie. Dans les années 1920 surtout, la république soviétique ukrainienne fut un cadre pour la consolidation de la nation linguistique et pour les prémices de la nation politique. […] Il est vrai que c'étaient des attrbuts étatiques largement virtuels. Mais ils recelaient le potentiel nécessaire pour se distinguer et se détacher de l'empire soviétique et de la nation russe dominante. Cela s'avéra en 1991, quand les Etats indépendants ukrainien et russe procédèrent directement de leurs républiques soviétiques respectives. [traduit par moi, JP]

Documents

L'Ukraine au XVIIIe siècle, vue par Voltaire (1731 : 300-302)

N.B. Dans les textes anciens, au <s> actuel correspondent un s rond (uniquement en fin de mot) et un s long : ſ.

l'Ukraine […] le païs des Coſaques, ſitué entre la petite Tartarie, la Pologne & la Moſcovie. Ce païs a environ cent de nos lieues du Midi au Septentrion, & preſque autant de l'Orient au Couchant. Il eſt partagé en deux parties à peu près égales par le Boriſthène qui le traverſe en coulant du Nord-Oueſt au Sud-Eſt : la principale ville eſt Bathurin ſur la petite rivière de Sem. La partie la plus Septentrionale de l'Ukraine eſt cultivée & riche. La plus Méridionale ſituée par le quarante-huitième degré, eſt un des païs des plus fertiles du monde & des plus deſerts. Le mauvais gouvernement y étouffe le bien que la nature ſ'efforce de faire aux hommes. Les habitants de ces cantons voiſins de la petite Tartarie ne ſément ni ne plantent, parce que les Tartares de Bougiac, ceux de Précop, les Moldaves, tous peuples brigands, viendroient ravager leurs moiſſons.

L'Ukraine a toujours aſpiré à être libre ; mais étant entourée de la Moscovie, des états du grand Seigneur, & de la Pologne, il lui a fallu chercher un protecteur ; & par conſéquent un maître dans l'un de ces trois Etats. Elle ſe mit d'abord ſous la protection de la Pologne qui la traita trop en ſujette : elle ſe donna depuis au Moſcovite qui la gouverna en eſclave, autant qu'il le put. D'abord les Ukrainiens jouirent du privilége d'élire un Prince ſous le nom de Général ; mais bien-tôt ils furent dépouillés de ce droit, & leur Général fut nommé par la cour de Moſcou.

L'Ukraine dans l'Encyclopédie (1755 : 17, 371)

UKRAINE, (Géog. mod.) contrée d’Europe bornée au nord par la Pologne & la Moſcovie, au midi par le pays des tartares d’Oczakou, au levant par la Moſcovie, & au couchant par la Moldavie.
Cette vaſte contrée ſ’appelle autrement la petite Russie, la Russie rouge, & mieux encore la province de Kiovie ; elle eſt traverſée par le Dnieper que les Grecs ont appellé Boriſthène. La différence de ces deux noms, l’un dur à prononcer, l’autre mélodieux, ſert à faire voir, avec cent autres preuves, la rudeſſe de tous les anciens peuples du Nord, & les graces de la langue greque.
La capitale Kiou, autrefois Kiſovie, fut bâtie par les empereurs de Conſtantinople, qui en firent une colonie ; on y voit encore des inſcriptions greques de douze cens années : c’eſt la ſeule ville qui ait quelque antiquité, dans ces pays où les hommes ont vécu tant de ſiecles sans bâtir des murailles. Ce fut-là que les grands ducs de Ruſſie firent leur réſidence, dans l’onzieme sieſle, avant que les Tartares aſſerviſſent la Ruſſie.

N.B. "Kiou", "Kisovie". – La distribution entre u et v ne se fixe que dans le courant du 18e siècle. "Kiou" = Kiov en orthographe actuelle. Un siècle avant l'Encyclopédie, Le Vasseur (1660 : 1) écrit : "Kiow, autrefois appellée Kiſovie".

Kiev – Moskva – Sankt-Peterburg – les capitales de la Russie, vues par Gogol (1966 : 523), 1836

Quelle idée, vraiment, d'aller reléguer la capitale de la Russie tout au bout du monde ! Et quelle nation bizarre nous sommes : notre capitale, c'était Kiev ; mais comme il y faisait trop chaud, nous avons transféré nos pénates à Moscou, et comme à Moscou il ne faisait pas assez froid, nous nous en sommes pris à la Providence, qui nous a gratifiés de Saint-Pétersbourg.

Rus´, Ruthénie, Petite Russie, Ukraine

Aux temps les plus anciens, il n'était question que de Rus´. Trois termes sont apparus ensuite pour désigner les territoires d'où émerge l'Ukraine actuelle.

Rus´ (Русь). Ce terme est dérivé d'un terme vieux-norrois et correspond à une racine indo-européenne. Selon Issatschenko (1980 : 30-31), Rus' vient du finnois Ruotsi, qui désignait les Suédois et est lui-même issu du vieux-suédois rōþs(-mæn) ou rōþs(-karkar) = "rameurs" (v. aussi Jansson 1992). – Les souverains de la Rus´ – les Rioukides (Рюриковичи, Rûrikoviči) – descendent de Rûrik (Рюрик, Riourik), d'origine viking (= varègue), qui régna au IXe siècle à Novgorod, puis à Kiev. Dans sa descendance figurent les souverains de la Moscovie (= de la Russie) jusqu'à la fin du XVIe siècle – et aussi tous les rois de France à partir de Philippe Ier (c'est-à-dire à partir de 1060) : ils descendent d'Henri Ier et d'Anna Âroslavna (= Anne de Russie, Anne de Kiev, Agnès), elle-même fille de Âroslav Vladimirovič (= Yaroslav le Sage) et petite-fille de Vladimir Svâtoslabič (= Vladimir le Grand, 958-1015) ; en descendent également les rois d'Espagne de la famille des Bourbons, depuis 1700.

Ruthénie. Terme issu du latin Rutenia, qui a désigné d'abord les territoires peuplés par les Slaves orientaux et, ensuite, ceux qui ne dépendaient pas directement de Moskva, voire uniquement les territoires ukrainophones qui faisaient partie de l'empire Austro-Hongrois, voire uniquement la Ruthénie subcarpatique (partie de la Tchécoslovaquie de 1918 à 1945).

Petite Russie (Малороссия – Malorossiâ). Le terme de Petite Russie (adjectif petit-russien) s'oppose à Grande Russie (= la Russie proprement dite) et à Russie blanche (= la Biélorussie = le Belarus). Il a été employé – sous la forme Petite Rus´ – dès le XIVe siècle par le patriarche de Constantinople. A l'époque tsariste, ce terme a été utilisé par les autorités pour souligner le lien indéfectible des populations concernées avec la Russie, les parlers locaux, appelés petits-russiens, n'étant considérés que comme des variantes dialectales, paysannes, du russe. D'où les connotations dépréciatives qui l'ont affecté aux yeux des nationalistes ukrainiens. – On a pu distinguer aussi la Petite Russie, partie intégrante de l'Empire russe, et la Galicie, partie intégrante de l'empire d'Autriche-Hongrie.

Ukraine (Україна – Ukraïna). Au sens de "pays frontalier" (entre nomades originaires de l'est et Occidentaux sédentaires), le terme apparaît dès le XIIe siècle. En Occident, le terme et le pays sont connus au plus tard en 1660 avec le livre de Guillaume Le Vasseur, sieur de Beauplan, Description d'Ukranie, qui sont plusieurs provinces du Royaume de Pologne, contenues depuis les confins de la Moscovie jusques aux limites de la Transsylvanie, ensemble leurs mœurs, façons de vivre et de faire la guerre (Le Vasseur 1660). Mais l'emploi du terme Ukraine ne se développe vraiment qu'au XIXe siècle, avec l'éveil d'une conscience nationale spécifique. Il est utilisé au XXe siècle pour baptiser les premières formes étatiques qui apparaissent dans le sillage de la Première Guerre mondiale.


Répères linguistiques

L'ukrainien est une langue slave orientale, comme le russe et le biélorusse. Les langues slaves font partie des langues indo-européennes, au sein desquelles elles manifestent une proximité particulière avec les langues baltes (letton et lituanien). Parmi les langues slaves, on distingue, outre les langues slaves orientales, les langues slaves occidentales (polonais, slovaque, sorabe, tchèque) et les langues slaves méridionales (bulgare, macédonien, serbo-croate, slovène).

voirEcriture du russe
voir
Ecriture du tchèque
voirEcriture du serbo-croate

sclavonicum Le processus de différenciation du vieux-slave oriental est la conséquence des éclatements et des regroupements étatiques (Lituanie, Pologne, Russie), et il dura plusieurs siècles. Il commença au plus tard avec la dislocation de la Rus´ kievienne au XIIe siècle. Jusqu'à l'extrême fin du XVIIIe siècle, ce qui devenait peu à peu l'ukrainien était essentiellement une langue orale, parlée par les larges masses paysannes, tandis que les élites employaient le polonais (à l'ouest) et le russe (à l'est). La langue écrite était pour l'essentiel du vieux-slave d'église mêlé de plus en plus d'éléments spécifiquement ukrainiens mais aussi biélorusses et polonais.

Ivan Petrovič Uževič (1ère moitié XVIIe s.), qui fut étudiant à Kraków (Cracovie) et à Paris, publia en 1643 à Paris une "Grammaire esclavone" (Слов'янська граматика, Slov'ân´ska gramatika), qui présente un état de la langue écrite considéré comme l'ancêtre commun du biélorusse et de l'ukrainien. Il y indique (ci-contre) au début de l'ouvrage l'alphabet utilisé, c'est-à-dire celui en usage avant les réformes de Pierre le Grand.

– reproduction de cet ouvrage : http://litopys.org.ua/uzhgram/uz.htm, consulté le 2018-09-10.

Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que l'ukrainien acquit le statut de langue écrite – sous le nom de "petit-russien" – et qu'il commença à être décrit et standardisé, en liaison avec le développement d'un sentiment national spécifique, autant dans les régions sous domination russe que dans celles sous domination autrichienne.
Trois dates :

– 1798 : publication d'une adaptation libre de l'Enéide, Enéide travestie en langue petite-russienne ; 

– 1818 : première Grammaire du dialecte petit-russien, de Oleksìj Pavlovič Pavlovs´kij ;
gramm

– 1840 : publication de Kobzar´, recueil de poèmes en ukrainien de Taras Grigorovič Ševčenko.

Ci-contre :
– statue de Taras Grigorovič Ševčenko (1814-1861) dans le jardin botanique Fomin, Kiev, 2018. Ševčenko est honoré en Ukraine comme une figure centrale de la renaissance nationale. Mais s'il écrivit ses poèmes en ukrainien, ses autres œuvres en prose et son journal sont en russe. – Voir Alwart 2014, Jensen 1916, Scherrer 1965.

chevtchenko
– ci-contre : page de titre de Kobzar, édité à Praha (Prague) en 1861. Musée national d'histoire de l'Ukraine, Kiev, 2018.
kobzar

– Reproduction de la Grammaire de 1818 sur le site de la British Library
http://access.bl.uk/item/viewer/ark:/81055/vdc_100025353598.0x000001#ark:/81055/, consulté le 2018-09-10.


– Pour plus de précisions, voir Dupont-Melnyczenko (1996), Filatova (2010 : 24-41), Schaller (1993), Shevelov (1956), Schweier (2002), Sussex & Cubberley (2006).

Ukrainiens, Russes, ukrainophones, russophones

Selon les données du recensement de 2001, dans lequel sont distinguées la "nationalité" et la "langue maternelle", l'Ukraine compte 48 240 902 habitants (44 033 874 en juillet 2017 selon le World Factbook de la CIA). 77,8 % sont de nationalité ukrainienne et 17,3 % de nationalité russe. 67,5 % se déclarent de langue maternelle ukrainienne et 29,6 % de langue maternelle russe : un certain nombre de citoyens ukrainiens de nationalité autre que russe déclarent le russe comme langue maternelle.
     Source : http://2001.ukrcensus.gov.ua/eng/results/, consulté le 2014-08-30.

map La comparaison entre nationalité et langue maternelle fait apparaître des disparités importantes entre les régions. Dans la région de Donec´k – à l'est –, 58,7 % des Ukrainiens déclarent le russe comme langue maternelle, contre seulement 0,4 % dans la région de L´viv – à l'ouest –, où, par contre, 12,1 % des Russes déclarent l'ukrainien comme langue maternelle. Ces disparités sont la conséquence d'une histoire différente : tandis que L´viv faisait partie de la Pologne ou de l'Autriche du XIVe siècle à 1939, Donec´k faisait partie des territoires conquis par l'Empire russe aux XVIIe et XVIIIe siècles. – Les seules régions à majorité russophone sont, outre la Crimée annexée par la Russie en 2014, celles de Donec´k et de Lugans´k, qui se sont proclamées indépendantes.

Ci-contre : formation du territoire actuel de la république d'Ukraine. – en rouge : frontières actuelles. Les villes indiquées sont celles dont le nom figure plus bas dans le chapitre "Variations toponymiques".
– 1 + 2 + 3 = territoire de la République soviétique d'Ukraine avant 1939. 1 = territoire faisant partie de l'empire Russe avant 1667. 2 = territoire acquis par l'empire Russe en 1667. 3 = territoire acquis par l'empire Russe au XVIIIe s.
– 4. Volhynie (partie) : acquise par l'empire Russe au XVIIIe s., attribuée à la Pologne après la Première Guerre mondiale, annexée par l'URSS en 1939.
– 5. Galicie (partie) : partie de l'empire Austro-Hongrois attribuée à la Pologne après la Première Guerre mondiale, annexée par l'URSS en 1939.
– 6. Bucovine du nord : attribuée à la Roumanie après la Première Guerre mondiale, annexée par l'URSS en 1940.
– 7. Budjak : conquis par l'empire Russe en 1812, attribué à la Roumanie après la Première Guerre mondiale, annexé par l'URSS en 1940.
– 8. Ruthénie subcarpatique : partie de l'empire Austro-Hongrois, attribuée à la Tchécoslovaquie après la Première Guerre mondiale, cédée à l'URSS en 1945.

Les données du recensement de 2001 sont à comparer avec celles fournies par le centre Razumkov pour 2017 : selon un sondage effectué en mars 2017, 66,7 % déclarent l'ukrainien comme langue maternelle, 13,8 % le russe et 17,4 % les deux langues – soient 84,1 % d'ukrainophones et 31,2 % de russophones. En dehors de chez eux (travail, études, etc.), 52,7 % déclarent utiliser l'ukrainien (exclusivement ou principalement), 23,2 % le russe et 23,5 % tantôt l'ukrainien, tantôt le russe.
    
Source : http://razumkov.org.ua/uploads/journal/eng/NSD169-170_2017_eng.pdf, consulté le 2018-08-17.

Par différence avec les nombreuses langues minoritaires présentes en Ukraine, le russe occupe donc une place à part, à la fois en raison de l'importance numérique de la communauté russophone, du bilinguisme de nombreux Ukrainiens, des relations multiples avec la Russie voisine et du poids d'une histoire et d'une culture communes avec la Russie.

– Pour plus de précisions, voir entre autres Besters-Dilger (2002), Höfinghoff (2006), Stoumen (2013).

Des communautés ukrainophones existent aussi à la périphérie de l'Ukraine actuelle, dans d'autres pays de l'ex-URSS et dans des pays d'immigration comme ceux d'Amérique du Nord.

Quelques personnes nées sur le territoire actuel de l'Ukraine et célèbres en France

gogol

bulgakov
Nikolaj Vasil´evič Gogol´ (1809-1852) naquit à Soročnici. Il ne vécut de façon continue en Ukraine que jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Certaines de ses premières œuvres (Nouvelles ukrainiennes, Taras Boulba) ont l'Ukraine pour cadre, mais Gogol n'écrivit jamais qu'en russe, qu'il défendit vigoureusement : "Notre devoir, […] c'est d'écrire en russe, il faut essayer d'établir et de consolider une seule langue dominante pour toutes nos tribus parentes." (in Nivat 1995 : 477). En 2009, le bicentenaire de sa naissance donna lieu à une concurrence de commémorations entre la Russie et l'Ukraine. – Voir p. ex. Dmytrychyn (2009), qui s'efforce de montrer combien sont importants les liens de l'écrivain avec sa terre natale ukrainienne...

Lev Davidovič Bronštejn, dit Trocki (Trotski, 1879-1940), naquit à Ânovka. Il commença à militer en Ukraine avant de participer au mouvement révolutionnaire en Russie. Après la révolution d'Octobre 1917, il fut l'un des principaux dirigeants soviétiques jusqu'au milieu des années vingt.

L'écrivain Mihail Afanas´evič Bulgakov (1891-1940) naquit à Kiev et passa les vingt dernières années de sa vie à Moscou. Il n'écrivit jamais qu'en russe. Dans La Garde blanche (Boulgakov 1995 : 56), l'un des personnages principaux, Alexis Tourbine, parle ainsi de l'ukrainien : "cette langue ignoble qui n'existe même pas". – Voir Abensour 1993 sur le rapport de Bulgakov à l'Ukraine.

Le compositeur Sergej Sergeevič Prokof´ev (1891-1953) naquit à Soncovka. Il quitta l'Ukraine quand il était adolescent.

G̀ol⸍da Mabovič, connue sous le nom de Golda Meir (1898-1978), naquit à Kiev. Elle émigra aux Etats-Unis quand elle était enfant, et plus tard en Palestine ; elle fut Premier ministre d'Israël de 1969 à 1974.

Le pianiste Vladimir Samojlovič Gorovic (Horowitz, 1903-1989) naquit à Kiev. Il quitta l'Ukraine au milieu des années vingt pour l'Allemagne, puis pour les Etats-Unis.

Le camarade Leonid Il´ič Brežnev (Brejnev, 1906-1982) naquit à Kamenskoe (Dneprodzeržinsk, Kam'âns´ke depuis 2016). Il œuvra longtemps en Ukraine avant d'être affecté dans d'autres régions d'URSS. Il fut le principal dirigeant soviétique de 1964 jusqu'à sa mort.

Le photographe Evgenij Anan´evič Haldej (Khaldei, 1917-1997), auteur de la photographie du drapeau soviétique hissé sur le Reichstag en 1945, naquit à Ûzovka (Doneck).

Le violoniste Isaak Stern (1920-2001) naquit à Kremenc. Il émigra aux Etats-Unis avec sa famille quand il était bébé.

N.B. Le fait que ces personnes soient nées sur le territoire actuel de l'Ukraine ne signifie pas qu'elles aient toutes été de langue maternelle ukrainienne. Gogol l'était assurément. Trotski a été élevé dans un mélange de russe et d'ukrainien. Golda Meir, Horowitz, Khaldei et Stern étaient (comme Trotski) d'ascendance juive, mais leur langue maternelle était-elle le yiddish, le russe ou l'ukrainien ? Bulgakov, Prokofiev et Brejnev étaient, eux, de langue maternelle russe.

– Ci-contre : en haut Gogol, par F. A. Moller, 1841, Moskva, galerie Tret'âkov, 2018 ; en bas Bulgakov, sculpture sur la maison où il a passé ses premières années, 13 Andrìïvs´kij yzvìz, Kiev, 2018.

Politiques linguistiques

La politique menée par les autorités vis-à-vis de l'ukrainien varia au fil des temps.

Dans l'Empire russe, l'usage de l'ukrainien fut fortement réprimé dans les dernières décennies du XIXe siècle (décrets de 1863 et 1876) : les publications en ukrainien furent bannies jusqu'au début du XXe siècle, l'existence d'une langue ukrainienne distincte du russe étant niée : "il n‘a jamais existé de langue ukrainienne, et il ne peut y en avoir", "le dialecte [...] dans lequel s‘exprime le peuple n‘est rien d'autre que la langue russe, mais un russe altéré par l‘influence polonaise." (in Dimitriev 2009 : 48) Par voie de conséquence, c'est la Galicie ukrainophone, sous domination autrichienne, qui joua un rôle important dans le développement de l'ukrainien.

Dans les débuts de l'Union soviétique, l'ukrainien fut favorisé en application du principe de l'égalité des nations au sein de l'URSS, mais cette politique fut contrebalancée au profit du russe à partir de la fin des années vingt, à la fois du fait de l'objectif du renforcement de l'Etat central – dont la Russie était la principale partie constitutive –, et de la lutte menée contre des tendances nationalistes à visées séparatistes (voir notamment le rôle joué, à partir de la Galicie et avec le soutien de l'Allemagne nazie, par l'Organisation des nationalistes ukrainiens – Організація Українських Націоналістів, OУН – OUN en caractères latins). Cette politique de russification ne concerna pas seulement l'ukrainien, c'était une politique générale dans l'ensemble de l'Union soviétique (voir le passage à l'alphabet cyrillique pour différentes langues turques), mais la situation frontalière de l'Ukraine dans un contexte de menaces de guerre croissantes contribua à y donner à cette politique un caractère particulièrement aigu.

voirEcriture de l'ouzbek
voirEcriture du kirghize

L'indépendance de l'Ukraine en 1991 entraîna un renouveau des efforts en faveur de l'ukrainien, défini comme langue de l'Etat, cependant que les droits des minorités linguistiques étaient reconnus (l'Ukraine ratifia la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires en 2005). Mais l'attitude des gouvernements successifs vis-à-vis de l'ukrainien et du russe alterna en fonction de leurs préférences politiques (liens privilégiés ou non avec la Russie). Pour simplifier : orientation plutôt pro-ukrainien sous la présidence de Leonìd Makarovič Kravčuk (1991-1994), plus pro-russe sous Leonìd Davìdovič Kučma (1994-2005), pro-ukrainien sous Vìktor Andrìjovič Ûŝenko (2005-2010), pro-russe sous Viktor Fedorovič Ânukovič (2010-2014), pro-ukrainien sous Petro Oleksìjovič Porošenko (2014-).

Selon la loi adoptée en 2012, les langues minoritaires devaient être considérées, avec l'ukrainien, comme langues officielles dans les régions où elles représentaient plus de 10 % de la population, ce qui instaurait de fait un bilinguisme officiel ukrainien-russe dans une grande partie de l'Ukraine (voir Guttke & Rank 2012). L'adoption de cette loi suscita à l'époque de vives protestations de la part des défenseurs de l'ukrainien, surtout dans les régions occidentales. En février 2014, après plusieurs semaines de troubles qui aboutirent à la destitution du président Viktor Fedorovič Ânukovič (Yanoukovitch), le parlement vota dès le lendemain l'abrogation de cette loi, ce qui mit le feu aux poudres : avec le soutien du grand voisin russe, les forces autonomistes et séparatistes dans les régions orientales à majorité ou à forte minorité russophone ne tardèrent pas à s'insurger contre le nouveau pouvoir pro-occidental installé à Kiev. Depuis, les régions russophones de Donec´k et de Lugans´k échappent à l'autorité du gouverment de Kiev et les combats se poursuivent. – Cependant, après son adoption par le parlement, la loi d'abrogation ne fut pas ratifiée par le président de la République. C'est la Cour constitutionnelle qui, en 2018, invalida la loi de 2012.

– Pour plus de précisions voir Cadiot (2009), Dmitriev (2009), Horbyk & Palko (2017), Miller (2009), Shevevol (1989).


Ecriture de l'ukrainien

L'ukrainien s'écrit comme les autres langues slaves orientales en caractères cyrilliques, tels qu'ils ont été réformés par le tsar Pjëtr (Pierre le Grand) au début du XVIIIe siècle. L'alphabet ukrainien actuel est le résultat de propositions et d'avancées successives au XIXe et au XXe siècle. Son élaboration a été entravée par les divisions des communautés ukrainophones jusqu'en 1945 entre plusieurs Etats (surtout entre Autriche-Hongrie et Russie jusqu'à la Première Guerre mondiale, puis entre Pologne et URSS). Elle a été marquée également par l'opposition, jusqu'à aujourd'hui, entre ukrainophiles et russophiles (adversaires et partisans d'un rapprochement avec l'écriture du russe), doublée d'une opposition entre partisans d'une orthographe respectueuse de l'étymologie et partisans d'une orthographe plus phonétique (étymologisme vs phonétisme).

Il y eut au XIXe siècle quelques tentatives pour écrire l'ukrainien avec l'alphabet latin, en s'inspirant soit de l'alphabet tchèque, soit de l'alphabet polonais (š ou SZ pour [ʃ] ; č ou cz pour [tʃ]). Ce fut le cas en Galicie, où la population de langue maternelle polonaise utilisait déjà cet alphabet. Mais il ne s'y imposa pas, et il n'y fut pas non plus imposé. En Russie, l'utilisation de l'alphabet latin fut interdite en 1859 : les autorités impériales craignaient que la renonciation au cyrillique n'éloigne de la Russie les populations ukrainophones.

voirEcritures glagolitique et cyrillique – origine et genèse
voirEcriture du russe
voir
Ecriture du tchèque

Rappelons cependant qu'avant la Première Guerre mondiale, la grande majorité des ukrainophones – dans les deux parties – était analphabète...

On peut distinguer quatre périodes dans l'élaboration de l'écriture ukrainienne à partir du moment où apparaissent les premiers textes en langue ukrainienne (appelée petit-russienne à l'époque).

1. Fin XVIIIe – début XIXe siècle. – C'est l'alphabet russe tel qu'issu de la réforme de Pierre le Grand qui sert pour l'écriture de l'ukrainien. A la différence de l'alphabet russe actuel, il contient, à côté de и la lettre i.

2. De la seconde moitié du XIXe siècle aux années vingt du XXe siècle. – Dans la seconde moitié du XIXe siècle sont ajoutées deux lettres : ґ ([g]) et Ï ([ji]) (v. Smal-Stocyj 1913 : 8-9).

L'adoption de la lettre ґ, dont le graphisme se base sur celui de г, a pour but d'avoir des graphèmes distincts correspondant à [g] et [h] : ґ correspond à [g] en russe et à [h] en ukrainien par suite d'une évolution phonétique ancienne (vieux-slave [g] > [h] dans l'aire ukrainophone). Mais [g], représenté d'abord par le digramme кг puis par ґ, est d'un emploi limité, essentiellement dans les régions occidentales de l'Ukraine (voir Danylenko 2005 et Shevelov 1977 pour beaucoup plus de précisions).

Les autres modifications sont liées essentiellement à la gestion de la différence entre consonnes dures et consonnes molles. Ainsi, l'alphabet ukrainien compte actuellement quatre signes correspondant à la voyelle ou semi-voyelle i, j : и pour [ɪ], і pour [i], й pour [j] et ї pour [ji], sans compter ю pour [ju] et я pour [ja]. A la lettre russe ё correspond en ukrainien le digramme ио.

Les discussions sur une standardidation de l'écriture connurent une nette recrudescence au lendemain de la révolution de février 1917 tant dans le cadre des structures étatiques éphémères qui virent le jour en Ukraine qu'ensuite en Ukraine soviétique. Finalement, une conférence orthographique pan-ukrainienne réunie à Harkiv (Kharkiv, Kharkov) en 1927 fixa les bases de l'orthographe actuelle, qui furent adoptées en 1928 dans l'Ukraine soviétique et en 1929 dans la partie polonaise.

3. Années trente du XXe siècle. – Dans le cadre des nouvelles orientations de la politique soviétique des nationalités (voir plus haut), la réforme de 1928-1929 fut condamnée comme relevant du "nationalisme bourgeois". Il s'agissait dès lors de rapprocher l'orthographe de l'ukrainien de celle du russe, notamment pour le traitement orthographique des mots d'origine étrangère. D'où une nouvelle norme (1933), qui incluait la suppression de la lettre ґ, inexistante en russe. Les nouvelles règles ne furent pas l'objet d'une discussion publique, et elles ne furent pas adoptées dans la partie polonaise.

4. Fin du XXe siècle. – La question de l'orthographe fut relancée à partir des années quatre-vingt du XXe siècle et de l'indépendance de l'Ukraine (1991) et aboutit à une nouvelle norme orthographique, avec, notamment, le rétablissement de la lettre ґ.

Tel qu'il est actuellement, l'alphabet ukrainien présente les différences suivantes avec l'inventaire des caractères cyrilliques utilisés pour le russe :

– lettres en moins : ё[jɔ], э [ɛ], ъ et ы
– lettres en plus : є [jɛ], ґ [ɡ], і [i] et ї [ji]

Le voici, avec indication de la translittération (selon la norme ISO 9:1995) et de la valeur phonétique (sur la base de Comrie 1996 : 902 et Pugh & Press 1999) :

ukr


Transcription et translittération en caractères latins

voirTranscription et translittération du cyrillique

L'Ukraine a adopté une première norme nationale de romanisation en 1996 et l'a modifiée en 2010. Cette nouvelle mouture a été reprise par l'ONU (norme UNGEGN).

La norme nationale ukrainienne peut être consultée sur un site gouvernemental ukrainien ou sur des sites de l'ONU (sites consultés le 2018-09-10) :
http://zakon1.rada.gov.ua/laws/show/55-2010-%D0%BF
http://unstats.un.org/unsd/geoinfo/UNGEGN/docs/Toponymic%20guidelines%20PDF/Ukraine/Verstka.pdf
https://unstats.un.org/unsd/geoinfo/ungegn/docs/26th-gegn-docs/WP/WP21_Roma_system_Ukraine%20_engl._.pdf

Il s'agit d'une translittération, qui est nettement influencée par la prononciation de l'anglais : Ш représenté par sh, Ч représenté par ch, etc. Mais à la différence de la norme ISO (dont elle diffère pour 16 des 33 signes de l'alphabet), la biunivocité n'est pas assurée : pas de romanisation du signe ь, romanisation différente selon la position de la lettre pour cinq caractères. Le recours à des digrammes au lieu de signes diacritiques simplifie certes l'écriture au clavier, mais la conséquence en est qu'à une même lettre latine peuvent correspondre plusieurs lettres cyrilliques : par exemple, <i> peut correspondre à <и>, <й>, <ї> ou, pour partie, à <ю> ou <я>. Autre conséquence : si cette norme est censée représenter mieux la prononciation de l'ukrainien, un même caractère cyrillique ne se transcrit pas de la même façon s'il figure dans un nom russe ou ukrainien.

Questions pour un champion

  1. Валентина. – Un i ou un y pour Валентина ? Si c'est une Russe, son prénom est translittéré Valentina selon toutes les normes concernant le russe. Mais si c'est une Ukrainienne, elle doit s'appeler Valentyna selon la norme nationale ukrainienne, et c'est écrit ainsi sur son passeport. Mais quid, si cette charmante personne est une Russe vivant en Ukraine ou une Ukrainienne vivant en Russie ?
  2. Hohol. – Savez-vous ce que c'est ? – C'est la translittération selon la norme ukrainienne de Гоголь, Gogol´ selon la norme ISO, Gogol' selon d'autres normes de translittération pour le russe, et le plus souvent (et le plus simplement) Gogol (voir aussi plus haut).
  3. Kiev. – Comment transcrire le nom ukrainien de la capitale de l'Ukraine, Київ : i, ï, y ou yi  – et comment le prononcer ? Voici les variantes selon quatre normes de translittération (voir aussi plus bas) :
    – Kiïv  (ISO 9:1995) ;
    – Kyïv (ALA/LC, norme de bibliothèques américaines et en particulier de la Library of Congress) ;
    – Kyyiv (BGN/PCGN, norme institutionnelle américaine et britannique) ;
    – Kyiv (norme ukrainienne).

N.B. Comme indiqué plus haut, les termes ukrainiens et russes sont translittérés sur cette page selon la norme ISO 9:1995.

Variations toponymiques

Du fait des variations territoriales et politiques, les toponymes d'Ukraine ont varié au fil des temps, variations auxquelles s'ajoutent la dualité de dénominations (russes et ukrainiennes) et la diversité des conventions de translittération et de transcription. En particulier, la loi de désoviétisation votée par le parlement ukrainien le 9 avril 2015 et promulguée par le président Porošenko le mois suivant a nécessité de nombreux changements (v. Kis-Marck 2016). Voici un petit échantillon de ces variations :

Дніпро (Dnìpro). La ville s'est appelée d'abord Екатеринослaв (Ekaterinoslav), puis Дніпропетрoвськ (Dnìpropetrovs´k) en ukrainien, Днепропетрoвск (Dnepropetrovsk) en russe de 1926 à 2016. Le nom actuel se translittère Dnipro selon la norme nationale ukrainienne.

Ekaterina (Catherine), née Sophie Auguste Friederike von Anhalt-Zerbst, fut impératrice de Russie de 1762 à 1793. – Dnepropretrovsk est construit par concaténation de Dnepro- (< fleuve Dnepr, ukrainien Dnìpro) et de -petrovsk (< Grigorij Ivanovič Petrovskij, dirigeant soviétique d'origine ukrainienne).

Донецьк (Donec´k), Донецк (Doneck) en russe, initialement Юзовка (Ûzovka), puis Сталино (Stalino) de 1924 à 1961. Le nom ukrainien actuel se translittère Donetsk selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles sont Donetsk (anglais et français), Donezk (allemand).

– Le premier nom de la ville vient du nom de John James Hughes, qui y développa l'extraction du charbon et l'industrie métallurgique (seconde moitié du XIXe siècle). – Stalin (Staline) fut le principal dirigeant de l'Union soviétique de 1924 jusqu'à sa mort en 1953. – Le nom actuel est dérivé du nom de la rivière Donec, elle-même affluent du Don.

Київ (Kiïv), Киев (Kiev) en russe, Кыѥвъ (Kyêv″) en vieux slave oriental, Кіеў (Kìeǔ) en biélorusse. Le nom ukrainien actuel se translittère Kyiv selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles correspondent au nom russe : Kiev (anglais et français), Kiew (allemand).

 

– Ci-contre : Majdan Nezalešnostì, Kiev, 2018. Inscription vue du sud de la place : "I ♡ Kyiv" – anglais, pictogramme, ukrainien translittéré selon la norme nationale… à l'envers.

kyiv

Кропивницький (Kropivnic´kij). La ville s'est appelée d'abord Елисаветград (Elisavetgrad), puis Зиновьевск (Zinov´evsk) de 1924 à 1934, puis Кирово (Kirovo) et Кировоград‬ (Kirovograd) jusqu'en 2016. Le nom ukrainien se translittère Kropyvnytsky selon la norme nationale ukrainienne.

Elizaveta (Elisabeth) fut impératrice de Russie de 1741 à 1762. – Grigorij Evseevič Zinov´ev, né en Ukraine, fut un important dirigeant soviétique, exécuté en 1936. – Sergej Mironovič Kostrikov, dit Kirov, fut un important dirigeant soviétique, assassiné en 1934. – Marko Lukič Kropivnic´kij fut un homme de théâtre ukrainien.

Крым (Krym) en russe, Крим (Krim) en ukrainien, Qırım en tatar. Dans l'Antiquité, la péninsule s'est d'abord appelée Tαυρική Χερσόνησος (Taurikī Chersónīsos), du nom de la colonie grecque de Chersónīsos (= presque-île) et de l'ethnie qui y habitait, les Tauriens), puis simplement Ταυρική (Taurikī), adapté en Taurien (allemand), Tauris (anglais), Tauride (français). Les transcriptions usuelles du nom actuel sont Krim (féminin) en allemand, Crimea (neutre) en anglais et Crimée en français (féminin < Crime – masculin dans Le Vasseur 1861).

voirAu fil des rues : la Crimée à Paris

Луганськ (Lugans´k), Лугaнск (Lugansk) en russe. La ville s'est appelée Ворошиловград (Vorošilovgrad) de 1935 à 1958 et de 1970 à 1990. Le nom ukrainien actuel se translittère Luhansk selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles sont Lougansk et Louhansk (français), Lugansk et Luhansk (allemand et anglais).

Kliment Efremovič Vorošilov (Vorochilov) fut un chef militaire soviétique, mort en 1969. La ville a repris son nom d'origine en 1958, suite à la décision de ne pas utiliser comme toponymes les noms de personnalités encore en vie. Retour au nom de Vorošilovgrad après la mort du camarade Vorošilov.

Львів (L´vìv), Львов (L´vov) en russe, Lwów en polonais (de 1349 à 1772 et de 1918 à 1939) et Lemberg en allemand (de 1772 à 1918 et de 1941 à 1944). Le nom ukrainien actuel se translittère Lviv selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles sont Lviv et Lvov (anglais et français), Lwiw et Lwow (allemand).

Маріуполь (Marìupol´), Мариуполь (Mariupol´) en russe. La ville s'est appelée Жданов (Ždanov) de 1948 à 1989. Le nom ukrainien actuel se translittère Mariupol selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles sont Marioupol (français), Mariupol (allemand et anglais).

Andrej Aleksandrovič Ždanov (Jdanov), né en Ukraine, fut un important dirigeant soviétique, mort en 1948.

 Харкiв (Harkìv), Харьков (Har´kov) en russe. Le nom ukrainien actuel se translittère Kharkiv selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles sont Kharkiv et Kharkov (anglais et français), Charkiw et Charkow (allemand).

Чорнобиль (Čornobil´), Чернобыль (Černobyl´) en russe. Le nom ukrainien actuel se translittère Chornobyl selon la norme nationale ukrainienne. Les transcriptions usuelles correspondent au nom russe : Tschernobyl (allemand), Chernobyl (anglais), Tchernobyl (français).


Ecritures latines dans la ville

Si l'écriture cyrillique est la seule utilisée pour l'ukrainien, on peut voir en Ukraine – comme ailleurs – diverses inscriptions en caractères latins : panneaux indicateurs en anglais, enseignes et publicités. Ci-contre : enseigne d'une chaine de kiosques servant du café (devant l'enseigne d'un McDonald's), enseigne d'une chocolaterie de la chaine appartenant à Petro PoROSHENko, actuel président de la République, affiche sauvage d'une agence matrimoniale (pour étrangers ?)… – Kiev, 2018, Hrešatik pour les deux premières, Velika Žitomorska vun pour la troisième. Voir aussi, plus haut, le nom de la capitale. latin

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Werth, Nicolas, 2009. Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (1918-1921). Document en ligne, consulté le 2018-08-26.
https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/crimes-et-violences-de-masse-des-guerres-civiles-russes-1918-1921


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