Jacques Poitou
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Ecriture du serbo-croate : alphabets cyrillique et latin


Du VIe siècle au XXe siècle : le cadre historique

Les plus anciennes traces d'une culture slave se trouvent dans une région située à la frontière actuelle entre l'Ukraine et la Russie. De là, les Slaves se dispersent et se divisent en trois groupes : les Slaves de l'est (Biélorusses, Russes, Ukrainiens), les Slaves de l'ouest (Polonais, Slovaques, Tchèques) et les Slaves du sud (Croates, Serbes, Slovènes, Bulgares, Macédoniens). Pour ces derniers, la migration a lieu aux Ve-VIe siècles au delà des Carpates et du Danube dans les régions constituées actuellement de la Bulgarie et des Etats issus de la Yougoslavie. Slaves de l'ouest et Slaves du sud sont séparés géographiquement par les Allemands, les Hongrois et les Roumains.

Les populations de langue serbo-croate – les seules dont il est question ici – sont presque depuis leur arrivée dans les Balkans fragmentées à la fois sur les plans religieux et politique.

La première division, qui apparaît avant même l'arrivée des Slaves, est celle entre l'empire romain d'Occident et l'empire romain d'Orient (IVe siècle). Ses conséquences sont considérables, car elle se prolonge d'une division religieuse qui aboutit au XIe siècle au schisme entre catholiques dépendant de Roma (Rome) et orthodoxes. "Les disparités ultérieures trouvent en grande partie leurs origines dans ces antiques clivages." (Ivić 1984 : 341) – Les Croates sont de tradition catholique, les Serbes de tradition orthodoxe.

A partir du XIVe siècle, l'Empire ottoman étend petit à petit sa domination sur les Balkans. Il remonte jusqu'à la plaine hongroise et aux portes de Wien (Vienne), dont il fait le siège en 1529 et en 1683. Après cette date commence le reflux : les Ottomans reculent d'abord au profit de l'Empire austro-hongrois et n'occupent plus, au début du XIXe siècle, que la Serbie et la Bosnie. La Croatie est soumise au royaume de Hongrie. La Dalmatie est longtemps dominée par Venise à l'exception de Raguse (Dubrovnik), puis brièvement par la France à l'époque de Napoléon.

Après la chute de Napoléon, la Dalmatie est annexée par l'Autriche, qui occupe et annexe aussi, à partir de 1878, la Bosnie-Herzégovine. La Serbie et le Monténégro s'émancipent de la domination ottomane et conquièrent leur indépendance, reconnue en 1878. Suite aux guerres balkaniques (1912-1913) et au nouveau recul de l'Empire ottoman, le territoire de la Serbie s'agrandit vers le sud (régions de la Macédoine et du Kosovo actuels).

A la veille de la Première Guerre mondiale, aucune région slave ne fait plus partie de l'Empire ottoman, qui y a cependant laissé son empreinte, surtout en Bosnie, où les conversions à l'islam ont été nombreuses (actuellement, 40 % des habitants de Bosnie-Herzégovine sont musulmans, selon le World Factbook de la CIA). Plusieurs régions font encore partie de l'Empire austro-hongrois : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Dalmatie. La Serbie et le Monténégro sont indépendants – de même que la Bulgarie à l'est, la Grèce au sud et l'Albanie au sud-ouest. Pour compléter le tableau, il faut ajouter l'imbrication des différentes communautés et, bien sûr, les rivalités dans ces régions entre les grandes puissances – Allemagne, France, Royaume uni, Russie. On parle de la "poudrière des Balkans".

Cependant, depuis la fin du XVIIIe siècle, des mouvements se développent dans le sud-est de l'Europe en faveur de l'unification des Slaves du sud. C'est le mouvement appelé d'abord illyrien en Croatie, puis yougoslave (jug = sud). S'esquissent ainsi les germes de deux Etats futurs : la Yougoslavie et, à l'est, la Bulgarie. Au sud, la Macédoine se trouve au carrefour des convoitises yougoslave, bulgare et grecque.

A la veille de la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie apparaît comme l'obstacle principal à l'unification des Slaves du sud. Dans ce contexte, le 28 juin 1914, un jeune étudiant serbe de Bosnie, Gavrilo Princip, assassine l'archiduc et prince-héritier autrichien Franz Ferdinand et son épouse Sophie à Sarajevo.

sarajevo L'assassinat de Franz Ferdinand à Sarajevo, vu par le Petit Journal du 12 juillet 1914.

Deux images (l'attentat et la tristesse du vieil empereur) et texte.

Cliquez sur l'imagette pour voir les images en grand.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'empire d'Autriche-Hongrie se désagrège : la Bosnie-Herzégovine, la Slovénie (jusqu'alors sous domination autrichienne) et la Croatie (jusqu'alors sous domination hongroise) s'unissent avec le Monténégro et la Serbie. Ils constituent en 1918 le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, rebaptisé en 1929 royaume de Yougoslavie.

En 1941, suite à l'agression allemande, la Yougoslavie est démembrée et dépecée. L'Allemagne, la Hongrie, l'Italie et la Bulgarie s'en attribuent des portions, des régimes pro-allemands sont institués dans les parties restantes. Mais la résistance s'organise dans tout le pays sous la direction du Croate Josip Broz, dit Tito (1892-1980), secrétaire général du parti communiste. Au bout de quatre années de guerre (et plus d'un million de morts), le territoire yougoslave est libéré, presque entièrement par les seules forces des partisans. Le 29 novembre 1945 est proclamée la république fédérative populaire de Yougoslavie, sur le territoire yougoslave antérieur augmenté d'une portion de territoire jusque là italien mais de population slave. Elle est organisée en six républiques et deux régions autonomes pour les minorités hongroise (Voïvodine) et albanaise (Kosovo). L'objectif de cette organisation est d'assurer l'égalité entre nationalités et d'éviter que l'une puisse assurer son hégémonie sur les autres.

– De fait, la politique de Tito assure aux régions de Yougoslavie quarante-cinq ans de paix. Elles n'avaient pas connu cela depuis longtemps. Mais l'édifice ne survivra pas à la mort de son fondateur.

Ci-contre : inscription en caractères latins à Jajce (Bosnie, Yougoslavie), 1983. – Živio Tito (Vive Tito). © Jacques Poitou 1983. – C'est à Jajce qui furent définis en 1943 les fondements de la nouvelle Yougoslavie.
tito

Les projets, esquissés à la fin de la guerre, d'une fédération balkanique regroupant la Bulgarie, dirigée à l'époque par Georgi Dimitrov, la Yougoslavie et l'Albanie, sont enterrés suite à la rupture entre l'URSS et la Yougoslavie (1948).


Genèse du serbo-croate

Variétés linguistiques

Dialectes

Parmi les Slaves du sud, on distingue trois ensembles dialectaux : le slovène au nord, le bulgaro-macédonien au sud, et le serbo-croate au centre. Mais dans les régions de langue serbo-croate vivent des minorités d'autres langues ; les principales sont les Hongrois au nord de la Serbie et les Albanais au Monténégro et au Kosovo.

On distingue trois variétés principales de serbo-croate, appelées čakavien, kajkavien et štokavien. Le critère de distinction est la forme du pronom interrogatif quoi : ča, kaj ou što. Le čakavien est pratiqué sur la côte adriatique et en Istrie, le kajkavien autour et au nord de Zagreb et le štokavien dans le reste de l'aire serbo-croate.

Pour ces dialectes, on distingue trois variantes de prononciation sur la base de la réalisation de l'ancienne voyelle yat (Ѣ) : ekavien, ikavien et jekavien (ou ijekavien).

  ekavien ikavien jekavien
enfant dete dite dijete
lait melko mliko mlijeko
fille devojka divojka djevojka

L'ekavien est l'usage majoritaire en Serbie, le jekavien en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro. Mais les frontières dialectales sont loin de correspondre aux frontières actuelles des Etats.

La langue dite naguère serbo-croate présente en fait (comme certainement la plupart des langues, sinon toutes) des variantes, mais ces variantes sont bien sûr régionales, et non pas ethniques. […] Autrement dit, la variante parlée par les Serbes de Croatie, par exemple, est plus proche du standard de Zagreb que celui de Beograd (Belgrade) ; en Bosnie, Serbes, Croates et Musulmans parlent la même langue, avec éventuellement quelques différences d'une région à une autre, mais sans que ces différences soient liées ([…]) à l'appartenance nationale ou ethnique. (Thomas 1998 : 111)

– Voir, pour plus de précisions Brown & Alt (2004 : 9-10, 98-100).

Ecritures

Pour la liturgie ancienne, deux alphabets étaient utilisés :

– l'alphabet glagolitique dans les régions de rite catholique romain, alphabet créé en Moravie par les moines Constantin (Cyrille) et Méthode ;
– l'alphabet cyrillique dans les régions de rite orthodoxe, alphabet créé en Bulgarie.

voirEcritures glagolitique et cyrillique

Dans les régions catholiques, à partir du XVe siècle, l'alphabet glagolitique est remplacé le plus souvent par l'alphabet latin. Il ne subsiste pendant plusieurs siècles que sur la côte dalmate et en Istrie.

Enfin, dans les régions islamisées, essentiellement en Bosnie, l'écriture arabe – écriture de l'islam – est également employée pendant plusieurs siècles.

Première moitié du XIXe siècle : standardisation

A partir de la fin du XVIIIe siècle, des mouvements parallèles se dessinent en Serbie et en Croatie en faveur de la standardisation de la langue, sur la base du štokavien. Affirmer sa personnalité linguistique et culturelle est un pas vers la revendication d'une autonomie par rapport aux autorités impériales et vers l'indépendance.

En ce qui concerne l'écriture, deux alphabets, l'un cyrillique, l'autre latin, sont standardisés. Ils visent l'un et l'autre une écriture "phonétique" de la langue : un graphème pour un phonème.

Alphabet cyrillique

Il est défini en 1818 par le Serbe Vuk Karadžič (1787-1864) dans son dictionnaire trilingue serbe-allemand-latin, à partir de l'alphabet cyrillique russe.

cyrillique

Six lettres inusitées en russe sont définies :

cyrl

Les deux premières sont formées sur le même modèle : un ч inversé et barré, la première était utilisée dans des textes médiévaux. Les deux suivantes sont constituées respectivement de Л et Н et de Ь =[j]. La cinquième est empruntée à l'écriture cyrillique du roumain. La sixième est empruntée à l'alphabet latin.

Voici le début du tableau de l'alphabet défini par Karadžič (1818 : LXIX) dans son dictionnaire trilingue – colonne Serb. graec. – et ses équivalents dans l'alphabet Serb. lat., en hongrois, croate et d'autres langues :

kara

Cette réforme de l'écriture va de pair avec une réforme plus générale de la langue, pour laquelle Vuk Karadžič prend la langue et la poésie populaires serbes comme modèles. Elle suscite de nombreuses réticences, notamment de l'église orthodoxe (hostile, entre autres, à l'utilisation du J issu de l'alphabet latin des catholiques), mais finit néanmoins par s'imposer en Serbie, cinquante ans après la publication du dictionnaire trilingue.

– Pour plus de précisions, voir Vaillant (1951 : 84-88) et Thomas (2001), sur lequels s'appuient ces données.

Alphabet latin

Il est défini d'abord par le Croate Ljudavit Gaj (1809-1872) en 1830-1838 à partir de l'alphabet latin standard, auquel il ajoute trois lettres empruntées à l'écriture du tchèque (č, š et ž) et une empruntée à l'écriture du polonais (ć). S'y ajoutent en outre les combinaisons de lettres dj, lj et nj, considérées comme un graphème unique. dj sera remplacé plus tard par đ.

latin

voirEcriture du tchèque

Correspondances

Même si l'ordre des lettres dans les deux alphabets est différent, chacun portant l'empreinte de l'ordre de l'alphabet à partir duquel ils a été créé, il y a correspondance biunivoque entre leurs signes.

Feldman & Barac-Cikoja (1996) note que plusieurs lettres sont communes aux deux alphabets, certaines avec même valeur phonique (A, E, J, K, M, O, T), d'autres avec des valeurs différentes (B, H, N, P, C). Ainsi, un mot isolé comme CAMOBAP peut être lu /samovar/ ou /tsamobap/ selon qu'il s'agit de caractères cyrilliques ou latins.

Ci-dessous les correspondances. En vert, les lettres de même forme et de même valeur dans les deux alphabets, en rouge, les lettres de même forme et de valeurs différentes.

corresp

Pour la romanisation du cyrillique selon le standard ISO 9:1995, les trois combinaisons de lettres de l'alphabet latin sont remplacées par des monogrammes :

iso

XIXe et XXe siècles : efforts d'unification

Les efforts de standardisation linguistique menés au XIXe siècle vont de pair avec des visées unificatrices : par delà la dualité d'écriture, il s'agit de créer un standard linguistique unique et de favoriser ainsi l'union et l'émancipation des Slaves du Sud.

Le terme serbo-croate lui-même remonte au début du XIXe siècle. Il est employé (pour la première fois ?) furtivement par Jacob Grimm dans sa préface à la traduction allemande de la grammaire serbe de Vuk Karadžič (1824), mais Grimm défend avec vigueur le terme de serbe pour désigner cette langue. Si serbo-croate s'impose petit à petit dans la littérature scientifique, les locuteurs eux-mêmes disent qu'ils parlent croate ou serbe.

Deux jalons importants marquent le développement du serbo-croate :

1. La convention de Wien [Vienne] (1850), traduction en anglais dans Folia Croatica-Canadiana (1999, II : 173-177).

– Ce document, élaboré par des linguistes originaires de Croatie, de Serbie et de Slovénie, pose les jalons d'une unification de la langue écrite sur la base du dialecte štokavien. Comme l'indique le préambule :

Sachant qu'un peuple doit avoir une langue écrite et constatant avec regret que notre langue écrite est fractionnée, pas seulement en ce qui concerne les lettres, mais aussi la langue et l'orthographe, nous, soussignés, nous nous sommes réunis ces jours-ci pour nous entretenir de ce que nous pourrions faire dans l'immédiat pour unifier notre langue écrite. (traduit par moi, JP)

2. L'accord de Novi Sad (1954), traduction en anglais dans Folia Croatica-Canadiana (1999, II : 177-180).

– Un siècle après la convention de Vienne, l'accord de Novi Sad précise que la langue des Croates, des Serbes et des Monténégrins est une même langue, le serbo-croate, avec deux écritures, cyrillique et latine, sur pied d'égalité et devant être pareillement apprises par tous, et deux prononciations, ekavienne et jekavienne, également sur pied d'égalité.

En Yougoslavie avant son éclatement, les deux écritures sont donc apprises à l'école. En Croatie est employée l'écriture latine, en Serbie et au Monténégro l'écriture cyrillique. L'usage de l'écriture latine s'y développe, mais le cyrillique reste l'écriture principale de l'administration centrale yougoslave, d'où son importance, y compris dans les républiques à écriture latine.

Bilan

Au début du XIXe siècle, Grimm (in Karadžič 1824 : XXVII) présentait cette langue ainsi :

In der ansehnlichen Ausdehnung aller dieser Länder herrscht im Ganzen ein und dieselbe Sprache ; Abweichungen, wie sie stattfinden, kann man nicht einmahl dialectische Spielarten nennen. Auf einer einzigen Tagreise durch Italien oder Deutschland würde man bedeutendere Verschiedenheiten antreffen.

Dans l'extension considérable de tous ces pays, il n'y a en tout qu'une seule et même langue ; on ne peut même pas appeler les écarts existants des variantes dialectales. En voyageant un seul jour en Italie ou en Allemagne, on rencontrerait des différences plus importantes.

Voici l'analyse d'André Vaillant (1951 : 91), au lendemain de la Seconde Guerre mondiale :

La langue littéraire est pratiquement unifiée, mais il subsiste des usages régionaux, dans le vocabulaire et la phraséologie, qui distinguent le serbe de Beograd (Belgrade) et le croate de Zagreb, et sensiblement chez certains écrivains. […] Maintenant que l'union nationale est complètement réalisée sur la base acceptée par tous d'une collaboration étroite de toutes les républiques fédérales, la langue littéraire connaît des conditions favorables à son unification définitive.

Dix ans plus tard, Vaillant (2005 : 751) présentait ainsi la situation :

serbe et croate différaient extrêmement peu, ils ont été fondus entièrement en une seule langue, sauf les nuances qui peuvent séparer, si l'on veut, le français de Paris du français de Bruxelles. Mais subsiste le dualisme des alphabets, des écritures, qui se révèle aussi gênant dans la pratique qu'une diversité de langue, parce qu'on doit imprimer les journaux et les livres pour deux publics différents et d'égale importance, ce qui n'est pas la place normale du régionalisme dans une communauté. Cela fait une division qui reste profonde dans ce pays où le sentiment yougoslave, la volonté d'union sont évidents.


Fin du XXe siècle : éclatement de la Yougoslavie et ses conséquences linguistiques

– Cartes présentant l'évolution des frontières depuis 1815 et surtout de la situation en Yougoslavie de 1989 à 1999, sur le site du Monde diplomatique :
    http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/jpg/artoff602.jpg
    http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/png/exyougo.png

Du milieu du XIXe siècle à la mort de Tito (1980), les tendances unitaires l'ont emporté (sauf de 1941 à 1945 en Croatie), mais elles ont toujours suscité aussi des réserves et des oppositions de la part des uns ou des autres. Pour les Serbes, à l'idée yougoslave s'opposait un autre projet politique, celui d'une "Grande Serbie" incluant tous les territoires de population serbe (avec le Monténégro, une partie de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine). Les Croates étaient également partagés entre les tendances unitaires yougoslaves et le projet d'un Etat croate indépendant qui ne serait plus en butte à ce qu'ils ressentaient comme une volonté d'hégémonie serbe.

Déjà plusieurs années avant la mort de Tito, ies nationalismes connaissaient une certaine renaissance, surtout en Croatie (1967 : Déclaration sur le nom et la position de la langue littéraire croate, "printemps croate" de 1971). Ces tendances trouvaient un terrain de plus en plus favorable sur fond de crise économique : les régions plus riches du nord – Slovénie, Croatie – aspiraient à être séparées de celles, plus pauvres, du sud. Les nationalismes étaient aussi favorisés par la structure de plus en plus décentralisée de la Yougoslavie : avec la nouvelle constitution en 1974, les républiques obtenaient plus de prérogatives et l'autorité du pouvoir central s'affaiblissait d'autant. Aussi bien en Croatie qu'en Serbie, certains s'estimaient lésés par l'organisation et le fonctionnement de la Yougoslavie – pour simplifier : les Croates parce que les Serbes avaient trop de pouvoir, les Serbes parce qu'ils n'en avaient pas assez.

Après la mort de Tito, les nationalismes jusque là contenus se déchaînent. La Yougoslavie implose. Cela commence à la fin des années quatre-vingt avec l'exacerbation du nationalisme serbe sous la houlette du président Slobodan Milošević à propos du Kosovo. Cela se poursuit avec les guerres en Slovénie et surtout en Croatie et en Bosnie-Herzégovine : massacres, expulsions, viols, exactions en tous genres. Et cela se termine, vingt ans et plus de cent mille morts plus tard, avec la proclamation d'indépendance du Kosovo :

– en 1991, trois républiques se séparent de la fédération yougoslave et proclament leur indépendance : la Slovénie, la Croatie et la Macédoine ;
– en 1992, la Bosnie-Herzégovine proclame son indépendance ; en 1995, elle est divisée en trois entités : fédération de Bosnie et Herzégovine (regroupant zones croate et bosniaque), république serbe de Bosnie, district de Brčko (mixte) ;
– en 2006, le Monténégro se sépare de la Serbie ;
– enfin, après des bombardements massifs de l'OTAN – sans mandat de l'ONU – sur la Serbie en 1999 et de nouvelles centaines de morts, le Kosovo est détaché de la Serbie ; il se dit indépendant en 2008.

A l'exception du Kosovo, ces nouveaux Etats sont reconnus par l'ONU. La république de Macédoine l'est sous le nom de "ex-République yougoslave de Macédoine" : cette appellation est la conséquence de l'opposition de la Grèce à l'acceptation du nom simple de Macédoine que la nouvelle république s'est donné (et qu'elle avait auparavant dans le cadre de la Yougoslavie). Car pour les autorités grecques, le nom de Macédoine correspond à un héritage grec et non slave… – Sont aussi employés l'expression Ancienne république yougoslave de Macédoine et son acronyme ARYM, notamment par la France (à la différence des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU qui utilisent le terme simple de Macédoine), ainsi que l'équivalent anglais FYROM.

Les populations de langue serbo-croate vivent pour l'essentiel dans quatre de ces nouveaux Etats : la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro et la Serbie. Le serbo-croate y est langue officielle, mais sous des noms différents – langue bosniaque, langue croate, langue monténégrine, langue serbe : chaque pays se définit comme Etat national et postule une correspondance entre Etat, peuple et langue. Chacun veut donc avoir "sa" langue officielle à lui, d'où des noms différents et des efforts plus ou moins intenses pour souligner et amplifier les différences avec les parlers des autres.

C'est en Croatie que cette politique s'est manifestée en premier et c'est là aussi qu'elle est la plus vigoureuse, avec des mesures de croatisation de la langue, essentiellement dans le domaine du lexique où l'on veut bannir tous les termes d'origine "étrangère" (donc y compris serbe). Un mémorandum de l'Académie croate des sciences et des arts en date de 1995 ne laisse pas d'ambiguïté sur la position officielle : "The Croatian language is a distinct Slavic language whether viewed from a linguistic or sociolinguistic standpoint, and from a cultural, historical or political standpoint." (Folia Croatica-Canadiana 1999, II : 209)

La politique de croatisation se situe dans le prolongement de tendances anciennes. Elles avaient été portées à leur paroxisme de 1941 à 1945 avec la création par les oustachis (ustaše) de l'"Etat indépendant de Croatie" inféodé à l'Allemagne. Des mesures de "purification" linguistique y avaient été prises, avec notamment l'interdiction immédiate de l'écriture cyrillique – mesures qui s'inscrivaient dans une politique générale de répression et de liquidation brutales de tout ce qui n'était pas considéré comme croate : Serbes, juifs, Tsiganes, etc. – des centaines de milliers de victimes.

– Sur la politique linguistique de la Croatie depuis 1991, voir, parmi une littérature abondante, la présentation synthétique de Mader Schenker (2013) et les travaux cités de Snježana Kordić, d'origine croate, qui stigmatise le nationalisme croate.

En Bosnie-Herzégovine, les appellations de la langue sont plus compliquées. On y distingue bosanski – qui renvoie à l'Etat et aussi à la langue (bosanski jezik) – et bošnački – qui renvoie aux seuls musulmans de Bosnie (par différence avec les Serbes et les Croates). En français, on utilise parfois bosnien pour le premier et bosniaque pour le second. Mais bosniaque est d'usage courant pour les deux, y compris chez les spécialistes (à la Sorbonne ou à l'INALCO).

A l'étranger, les spécialistes soucieux de ne froisser personne emploient les termes de langue bosniaque/croate/serbe (langue BCS) ou bosniaque/croate/serbe/monténégrin (langue BCSM).

Ecritures

La répartition officielle des écritures change peu par rapport à l'époque antérieure :

– écriture cyrillique en Serbie ;
– écriture latine en Croatie ;
– deux écritures au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine (pour cette dernière selon l'entité où l'on se trouve : écriture latine dans la fédération de Bosnie et Herzégovine, écriture cyrillique dans la république serbe de Bosnie, deux écritures dans le district de Brčko).

Sur l'ensemble de la population de langue serbo-croate, six personnes sur dix utilisent l'alphabet cyrillique (estimation calculée sur la base des estimations actuelles de population).

En Serbie, l'écriture latine, dont l'usage se développait depuis les années soixante, connaît un net reflux lié au déferlement nationaliste (l'alphabet latin a été vilipendé comme "alphabet oustachi"). Peut-être le développement des relations avec l'Europe occidentale, le recours à l'anglais et l'utilisation d'Internet amèneront-ils une inversion de tendance ? En Croatie, l'alphabet cyrillique est banni. Comme le note Thomas (1998 : 112), "les alphabets sont particulièrement la cible des hystéries nationalistes". Remarque toujours valable près de vingt ans après.

Vukovar ou Вуkoвap (Croatie), 2013 et suivantes :  guerre au cyrillique ! – En vertu d'une loi sur le respect des minorités adoptée en 2002, des panneaux dits "bilingues" doivent être placés dans les régions de Croatie où vit plus d'un tiers de personnes d'une autre nationalité. C'est le cas de la ville de Vukovar, ville de quelque 30 000 habitants tout près de la frontière serbe, où des panneaux "bilingues" – c'est-à-dire en fait en double écriture – sont une obligation légale. En 1991, cette ville avait été assiégée par l'armée serbe, qui s'en était rendue maître au bout de trois mois. L'armée croate l'avait reprise quatre ans plus tard. – Une ville ravagée, des centaines de morts, exactions, expulsions, exécutions.
Plus de vingt ans après, l'écriture cyrillique y est toujours considérée comme l'écriture de l'ennemi par certains Croates, notamment par des anciens combattants. D'où des protestations contre les panneaux en double écriture, et celles-ci sont massives : le 2 février 2013, 20 000 personnes manifestent à Vukovar contre le projet de panneaux en cyrillique. Début septembre, des manifestants s'en prennent à des panneaux en deux écritures qui viennent d'être installés. En novembre, les autorités croates rejettent une décision des autorités locales qui leur permettrait d'échapper à la loi. En réaction, le 18 novembre, des manifestants empêchent le président et le Premier ministre croates de participer aux cérémonies organisées à Vukovar à la mémoire des morts de la guerre de 1991. Et mi-décembre, les opposants au cyrillique demandent un référendum sur une loi qui bannirait de fait tout usage du cyrillique en Croatie : ils présentent pour cela un total de 680 000 signatures (la Croatie compte environ 4,5 millions d'habitants). Référendum illégal, car anticonstutionnel.
La guerre de l'écriture n'est pas terminée. Proposition de Davor Dukić, professeur de croate à l'université de Zagreb, pour dépolitiser la question du cyrillique : l'appeler simplement "cyrillique croate"…

Bilan

Les politiques linguistiques des différents Etats mènent-ils à l'existence de langues différentes ? Le serbo-croate est-il, comme le prétend Rehder (2002 : 461, 470) "une langue "morte"" "une langue qui n'existe plus, même si elle est encore employée en dehors des Etats qui ont succédé à la Yougoslavie, dans l'émigration et partiellement aussi dans des domaines scientifiques" ? Il faut distinguer trois choses : la réalité linguistique (et le critère de l'intercompréhension), les normes que prescrivent les Etats et les représentations qu'en ont les natifs. Nombre de spécialistes, qui restent à l'écart des pressions nationalistes ou leur résistent, contestent l'existence de quatre langues différentes – voir notamment les travaux de Snježana Kordić, qui considère le serbo-croate comme une langue polycentrique, ou ceux de Paul-Louis Thomas cités dans les références.

En 1992, Paul Garde (1992 : 137-138) présentait la situation ainsi :

Le linguiste dira : il y a un seul système linguistique et deux normes. Si langue veut dire "système linguistique", il n'y en a qu'une seule. Si langue veut dire "norme", il y en a deux. Mais le public le somme de répondre sans équivoque à la question. "Y -t-il une langue ou deux ?" Il croit que l'identité de son peuple en dépend, et on a tout fait pour l'inciter à le croire.

Et quinze ans plus tard, le même auteur (Garde 2007) précise :

quelle que soit la "langue" (ex-"variante") qu’ils utilisent, les locuteurs serbes, croates, bosniaques, monténégrins se comprennent tous sans la moindre difficulté. Ce fait simple a de multiples conséquences pratiques, et d’abord économiques. Les temps sont durs, et on ne verra jamais un traducteur, si "patriote" soit-il, refuser de traduire un texte serbe en anglais ou en français parce que sa propre langue est le croate, ou inversement. Les éditeurs de Zagreb, de Belgrade et de Sarajevo, tous réduits à un lectorat squelettique, rêvent de retrouver le marché des autres républiques. Dans des situations de ce genre, et bien d’autres semblables de la vie quotidienne, chacun oublie les rhétoriques différenciatrices.


Références bibliographiques

Brown, Wayles & Alt, Theresia, 2004. A Handbook of Bosnian, Croatian and Serbian. Document en ligne sur le site du Slavic and East European Language Resource Center (projet conjoint de l'université Duke et de l'université de Caroline du Nord), consulté le 2013-11-23.
http://www.seelrc.org:8080/grammar/mainframe.jsp?nLanguageID=1

Feldman, Laurie & Barac-Cikoja, Dragana, 1996. Serbo-Croatian : A Biscriptal Language. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 769-772.

Folia Croatica-canadiana 2, 1999. The Name of the Croatian Language. Document en ligne, consulté le 2013-12-07.
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