Jacques Poitou
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Ecriture de l'indonésien


Repères géographiques et toponymiques

N.B. Les noms des pays sont écrits selon la norme adoptée à l'ONU pour le français. Les autres toponymes sont écrits selon la graphie locale du pays. Entre parenthèses figurent, le cas échant, des dénominations plus usuelles en français. Les noms des espaces maritimes sont écrits selon l'usage français.

– Cartes de l'Asie du Sud-Est, sur le site de l'université du Texas :
http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/se_asia_pol97.pdf
http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/southeast_asia_ref_2009.pdf

L'Indonésie est constituée de plus de 17 000 îles qui se répartissent en quatre groupes :

Kepulauan Sunda Besar (les grandes îles de la Sonde ; le nom vient de celui du nom de l'ouest de Jawa, Sunda) ; les plus grandes sont Sumatera (Sumatra), Jawa (Java), Sulawesi (Célèbes < portugais Celebes < nom malais) et Kalimantan (Bornéo < portugais Bornéu < nom du sultanat de Brunei) – la partie nord de Kalimantan fait partie de la Malaisie (Etats de Sarawak et Sabah) à l'exception d'un petit territoire qui constitue l'Etat de Brunei Darussalam ;
Kepulauan Nusa Tenggara (les petites îles de la Sonde) – la partie orientale de Timor constitue l'Etat de Timor-Leste ;
Kepulauan Maluku (les Moluques) ;
Papua (Nouvelle Guinée < espagnol Nova Guinea) – la partie orientale constitue l'Etat de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

A l'exception de Papua, les îles indonésiennes font partie, avec les Philippines, de ce que l'on appelle l'Insulinde.

L'Indonésie est séparée à l'ouest, de l'Inde par l'océan Indien, au nord-ouest, de la Malaisie et de Singapour par le détroit de Malacca, au nord, du Viet Nam par la mer de Chine du Sud et des Philippines par la mer de Célèbes, au sud-est, de l'Australie par la mer de Timor et la mer d'Arafura.

L'Indonésie compte environ 240 millions d'habitants.

Le nom de l'Indonésie

Le nom de l'Indonésie est formé à partir de latin Indus < grec Ἰνδός (nom du fleuve qui se jette dans la mer d'Arabie) et de grec νῆσος (= île). Il est adopté officiellement en 1928 par les nationalistes indonésiens. Mais selon Jones (1973), l'origine du terme est plus ancienne : il est utilisé dès 1850 par James Richardson Logan (1819-1869) et commence à être employé peu avant les années vingt du XXe siècle par les Indonésiens eux-mêmes, avec une valeur d'abord plutôt géographique et culturelle que politique. Auparavant, on employait différents termes : l'archipel indien, l'Inde orientale, les îles indiennes, l'Inde hollandaise – outre la dénomination officielle néerlandaise, Indes orientales néerlandaises. (Voir Jones 1973 pour plus de précisions.)

Repères historiques

Les îles de l'actuelle Indonésie ont été peuplées à la fois à partir de l'Australie et du continent asiatique, il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Elles se sont développées dès avant notre ère comme carrefour commercial entre l'Inde et la Chine, avant que s'y manifestent, à partir du XIe sècle, les influences musulmanes, avec la pénétration de l'islam, et plus tard européennes, avec les expéditions coloniales.

Le nombre des emprunts lexicaux en indonésien reflète ces diverses influences. Selon une étude de Russell Jones publiée en 1984 (in Samuel 2005 : 91), l'indonésien compte 760-800 emprunts au sanskrit, 105-139 au tamoul, 200-400 au chinois, 2 750 à l'arabe, 320 au persan, 327 au portugais, 5 400 au néerlandais et 670 à l'anglais. – Malgré une présence chinoise ancienne et importante en Indonésie, son influence cultuelle reste limitée.

A partir du Ve siècle de notre ère : émergence de plusieurs "Etats indianisés" (religion, écriture, art), suite à la pénétration de la culture indienne par l'intermédiaire des marchands ; les plus importants de ces Etats sont :

Sriwijaya (à partir du VIe siècle), qui se developpe à partir de Palembang (dans le sud de Sumatera) vers l'ouest de Jawa et la péninsule malaisienne ;
Mataram (VIIIe-IXe siècle), dans le centre de Jawa, avec les dynasties des Sailendra (construction du templs bouddhiste de Borobudur) et des Sanjaya (construction du temple hindouiste de Prambanan) ;
Majapahit (XIIIe-XVe siècle), dans la partie orientale de Jawa.

XIIIe siècle : premières implantations musulmanes à Sumatera, suite à plusieurs siècles de contacts commerciaux avec des adeptes (surtout indiens et chinois) de l'islam. Au XVe siècle apparaissent les premiers Etats musulmans à Jawa.

XVIe siècle et suivants : début de la colonisation européenne. Prise de Melaka (Malacca) par les Portugais (1511) ; arrivée des Epagnols (1521), qui finissent par établir leur domination aux Philippines ; arrivée des Hollandais (1596), suivis des Anglais dont la présence s'intensifie au XVIIIe siècle ; création de la Compagnie [hollandaise] des Indes orientales (Vereenigde Oostindische Compagnie – VOC) (1602) ; prise en charge de l'administration, de l'exploitation et du commerce de tout l'archipel indonésien par l'Etat hollandais (1799) ; traité entre les Anglais et les Hollandais sur la délimitation de leurs sphères d'influence (1824).

Après l'annexion de la Hollande à l'empire napoléonien (1810), les colonies néerlandaises ont été brièvement françaises avant d'être conquises par les Anglais (1811), puis restituées à la Hollande par le traité de Wien (Vienne) en 1815.

Au début des années trente du XXe siècle, la répartition de l'ensemble de l'Asie du Sud-Est s'établit ainsi :

Portugal : territoire de l'actuel Timor-Leste
Pays-Bas : territoires de l'actuelle Indonésie
Royaume Uni : territoires de l'actuelle Malaisie (péninsule malaise et territoires malais de Kalimantan), de Singapour et de Brunei
France : Viet Nam (Cochinchine, Annam, Tonkin), Laos, Cambodge
Japon : île de Taiwan (conquise en 1895)
Etats-Unis : Philippines (vendues par l'Espagne en 1898)
Australie : territoire de l'actuelle Papouasie-Nouvelle-Guinée (conquis sur l'Allemagne en 1914)

voirEcriture du vietnamien

1942-1945 : occupation de l'Asie du Sud-Est par le Japon, qui favorise l'emploi de l'indonésien au détriment du néerlandais.

Seconde moitié du XXe siècle : luttes pour l'indépendance et décolonisation

– 17 août 1945 : proclamation d'indépendance de l'Indonésie ; l'indépendance n'est avalisée par les Pays-Bas qu'en 1949, la Nouvelle Guinée occidentale restant sous domination néerlandaise ;
– 31 août 1957 : fin de la domination britannique sur la péninsule malaise, qui devient indépendante sous le nom de Persekutuan Tanah Melayu (en anglais Federation of Malaya, français Fédération de Malaisie) ;
– 1963 : incorporation de Singapour (à l'extrémité sud de la pénincule malaise), de Sarawak et Sabah (dans l'île de Bornéo) – tous trois jusque là britanniques – à la Malaisie qui prend le nom de Malaysia (Malaisie) ;
– 1963 : fin de la domination néerlandaise sur la Nouvelle Guinée occidentale, qui est annexée à l'Indonésie ; appelée d'abord Irian Barat, puis Irian Jaya, elle est appelée Papua depuis le début du XXIe siècle ;
– 1965 : Singapour se sépare de la Malaisie et devient indépendant ;
– 1975 : fin de la domination portugaise au Timor oriental, qui proclame son indépendance, mais est aussitôt occupé, puis annexé par l'Indonésie, avec l'assentiment et le soutien des Etats-unis ;
– 1984 : fin de la domination britannique sur Brunei, qui devient indépendant sous le nom de Brunei Darussalam ;
– 2002 : indépendance du Timor oriental sous le nom de Timor-Leste, au terme d'un quart de siècle d'occupation indonésienne, de tueries, de dévastations et de saccages qui ont entraîné la mort d'un quart de la population (voir entre autres Chomsky 1998 et 1999 sur la complicité et la duplicité des Etats-Unis dans la politique de l'Indonésie à Timor)
.

Repères linguistiques

L'indonésien en Indonésie

L'indonésien est la langue officielle de l'Etat indonésien. Elle est issue d'une variété de malais, pratiqué sur une partie de Sumatera et de Kalimantan, ainsi qu'en Malaisie et à Singapour. Mais si son usage se développe depuis l'indépendance, l'indonésien n'est pas la langue maternelle majoritaire des Indonésiens. Le javanais et le sundanais sont les langues maternelles les plus usitées – parmi les centaines de langues recensées dans le pays (de 550 à plus de 700 selon les spécialistes).

Le choix de la langue officielle remonte à un "serment" du second congrès de la Jeunesse indonésienne (28 octobre 1928) : un pays, une nation, une langue appelée désormais bahasia indonesia. Le malais n'est alors la langue maternelle que de 5 % de la population, tandis que le javanais est la langue la plus parlée dans l'archipel. Mais le choix du malais comme langue officielle est lié au statut qui est le sien à l'époque : il tend de plus en plus à servir de lingua franca entre les différentes communautés linguistiques des Indes néerlandaises. De plus, selon Omar (2009), "Malay has less sociolinguistic rules differentiating the social levels of the speakers, compared to Javanese" et est donc plus à même de servir l'unité nationale.

Une langue austronésienne

L'indonésien fait partie des langues austronésiennes.

On distingue plus de 1 200 langues austronésiennes que les spécialistes classent ainsi :

austronesien
(d'après Samuel 2005 : 62)

L'existence d'une famille des langues austronésiennes est reconnue depuis la fin du XVIIIe siècle (voir l'œuvre monumentale et pionnière de Humboldt (1836) sur la langue kawi). Elles représentent actuellement 270 millions de locuteurs sur une aire géographique immense, de Madagascar à l'île de Pâques. Voici l'histoire de leur extension, selon Forestier & Guillaud (2005 : 14) :

Partis de Chine, les migrants vont coloniser, il y a près de 5000 ans, l'île de Formose, il y a 4000 ans l'archipel des Philippines, puis entre 3500 et 4000 BP Sulawesi et Timor. Autour de 3500 BP cette vague de locuteurs austronésiens atteint le Nord-Ouest de la Mélanésie (Papouasie et Bismarck), vers 3000 BP la Nouvelle-Calédonie et vers 2850 BP la Polynésie occidentale (Wallis, Futuna, Samoa). La Polynésie orientale est ralliée vers 1500 BP (500 après J.-C) ; après le 1er millénaire après J.-C, une phase de retour des migrations polynésiennes est entamée, aboutissant à une colonisation d'archipels encore vierges (Hawaï, Nouvelle-Zélande, Micronésie orientale, île de Pâques) et aussi à une insertion dans les sociétés établies lors des migrations précédentes (Sud du Vanuatu, Nouvelle-Calédonie).

austronesien Carte de l'expansion austronésienne.

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D'une écriture à l'autre

Ecriture indienne

L'utilisation d'une écriture indienne dans l'archipel indonésien – comme dans d'autres régions d'Asie du Sud-Est – passe par trois étapes : utilisation d'une écriture indienne pour le sanskrit, utilisation de cette même écriture pour les langues locales, diversification des formes de l'écriture.

voirEcriture brahmi
voirEcritures de la péninsule indochinoise issues de l'écriture brahmi

1. Les premières attestations d'une écriture indienne remontent à environ 400 de notre ère. Il s'agit d'inscriptions en sanscrit trouvées à Kalimantan, en écriture pallava, du nom d'une dynastie qui a régné dans le sud de l'Inde, écriture elle-même issue de l'écriture brahmi.

2. Les premières attestations de vieux-malais sont les inscriptions trouvées dans le sud de Sumatera et sur l'île de Bangka (voisine de la côte orientale du sud de Sumatera) et qui datent de la seconde moitié du VIIe siècle. L'orthographe de ces premières inscriptions étant déjà unifiée, on en déduit que les premières utilisations de cette écriture ont dû être sensiblement antérieures (Lars 1988 : 11).

kutai Inscription de Kutai (vers 400).
Source : De Casparis (1975 : plate Ia)
talang-tuwo Inscription de Talang Tuwo en vieux-malais (684)
Source : De Casparis (1975 : plate IIb))

3. A partir du milieu du VIIIe siècle, évolution du graphisme des signes, plus adaptés à l'écriture sur des feuilles de palmier (lontar), tandis que l'écriture pallava valait essentiellement pour des inscriptions lapidaires : écriture plus arrondie, appelée écriture kawi. A partir du XVIe siècle, l'écriture adopte à peu près la forme moderne de l'écriture javanaise (voir plus bas).

dinoyo Inscription en sanscrit de Dinoyo (760).
Source : De Casparis (1975 : plate IIIb)

4. A partir du XVIe siècle, l'écriture adopte à peu près la forme moderne de l'écriture javanaise (voir plus bas).

– Sur les écritures indiennes en Indonésie, voir Holle (2005), qui présente des tableaux des variantes graphiques des écritures d'origine indienne en Asie du Sud-Est, De Casparis (1975), Court (1996), Kuipers & McDermott (1996).

Ecriture arabe

Suite à la pénétration de l'islam en Asie du Sud-Est, l'écriture arabe (dite écriture jawi ) y est adoptée, avec adjonction de lettres supplémentaires. Les premiers témoignages remontent au début du XIVe siècle (inscription de Trengganu, sur le côte orientale de la Malaisie), le premier manuscrit à la seconde moitié du XVIe siècle (voir Lars 1988 : 11 sq.). Elle est d'abord utilisée pour l'écriture de textes en arabe, puis également pour les langues locales.

– Photos de l'inscription de Trengganu :
http://mcp.anu.edu.au/N/SK/0.html.

jawa Livre javanais en écriture arabe.
Musée Sonobudovo, Yogyakarta, août 2012.


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L'écriture arabe continue d'être la plus employée en Malaisie jusqu'au milieu du XXe siècle.

Ecritures latines

L'utilisation de l'alphabet latin pour l'écriture du malais est la conséquence directe de la colonisation des pays par les Hollandais et les Anglais. Il commence à être utilisé dès le XVIIe siècle et s'étend au XIXe siècle, mais sans que l'orthographe en soit encore standardisée. Les premières normes orthographiques sont développées au début du XXe siècle, et elles sont différentes dans les Indes néerlandaises et dans la Fédération de Malaisie britannique.

Orthographe Ophuijsen vs. orthographe Wilkinson

Dans les Indes néerlandaises, une norme orthographique est présentée en 1901 par Ch.A. van Ophuijsen, inspecteur de l'éducation primaire, qui en a été chargé en 1896. Elle est clairement calquée sur le système orthographique du néerlandais. En Malaisie britannique, une norme est établie en 1904 par R.J. Wilkinson, inspecteur des écoles malaises. Voir les différences dans le tableau ci-dessous.

IPA Van Ophuysen
1901
Wilkinson
1904
Soewandi
1947
1972
/tʃ/  <tj> <ch> <tj> <c>
/dʒ/ <dj> <j> <dj> <j>
/j/ <j> <y> <j> <y>
/ɲ/ <nj> <ny> <nj> <ny>
/ʃ/ <sj> <sh> <sj> <sy>
/x/ <ch> <kh> <ch> <kh>
/u/ <oe> <u> <u> <u>
/e/ <é> <e> <e> <e>
/ə/ <e> <ĕ> <e> <e>

(d'après Lombard 1976 et Lars 1988)

Réforme de 1947 : orthographe Soewandi

En 1947, une norme orthographique nouvelle est adoptée en Indonésie. "Norme républicaine" (Edjaan Republik), elle est aussi appelée fréquemment du nom de son auteur, Soewandi, à l'époque ministre de l'Education et de la Culture. Cette nouvelle norme n'apporte que peu de changements par rapport à la norme Ophuijsen. Les deux principaux concernent <u> et <e>.

/u/ : <oe> ––> <u>
/e/ : <é> ––> <e> ; <e> représente donc à la fois /e/ et /ə/

Deux autres changements concernent l'abandon des diacritiques : abandon du tréma par lequel on distinguait, pour les suites de deux voyelles, celles qui formaient une diphtongue (<ai>) et celles dans lesquelles les deux voyelles constituaient chacune le noyau d'une syllabe (<aï>) ; des apostrophes utilisées en cas de hiatus ou pour représenter une occlusive glottale (remplacée par <k>).

A partir de là, l'indonésien s'écrit avec les seules lettres de l'alphabet, sans diacritiques.

Réforme de 1972 : norme orthographique commune à l'indonésien et au malais de Malaisie

Après l'indépendance de la Malaisie en 1957, des négociations entre elle et l'Indonésie aboutissent en 1959 à un accord culturel qui prévoit la définition d'une norme orthographique commune pour le malais dans les deux pays. Baptisée Eaajan Melindo, cette norme tombe vite dans l'oubli pour deux raisons. D'abord, elle est trop compliquée : selon Asmah Haji Omar (cité par Lars 1988), "it was linguistically so good, that it could not be prescribed at all to the public". Notamment, elle implique le recours à de nouvelles lettres, inexistantes sur les claviers, pour ce qui s'écrit maintenant <ng> et <ny>.

Mais surtout, le contexte politique ne se prête plus à un accord entre les deux pays : leurs relations se détériorent suite à l'incorporation de la partie nord de Kalimantan à la Malaisie.

Les relations entre les deux pays se détendent après le coup d'Etat en Indonésie (1965), qui aboutit, avec le soutien et au grand soulagement des Etats-Unis, à la liquidation du parti communiste, à l'assassinat de centaines de milliers de ses membres et sympathisants, au renversement du président Soekarno (Sukarno) et à l'instauration de l'"ordre nouveau" (Orde baru) sous l'autorité du général Suharto.

En juillet 2012, une commission indonésienne des droits de l'homme établit et dénonce la responsabilité des forces armées indonésiennes dans les massacres de 1965-1966 – conclusions soutenues par le gouvernement.

Une nouvelle proposition de norme orthographique commune est élaborée en 1967 et adoptée finalement en 1972 par les deux pays. Voir les changements pour les deux systèmes en vigueur (Wilkinson et Soewandi) dans le tableau figurant plus haut.

Les réactions immédiates à cette nouvelle norme sont différentes selon les pays. En Malaisie, on est satisfait et on pense que cette réforme favorisera la pratique du malais et le renforcera donc face au chinois et à l'anglais. A Brunei, on est mécontent de ne pas avoir été associé aux négociations. Mais c'est en Indonésie que les réactions sont les plus négatives : outre des objections habituelles contre toute réforme orthographique (il va falloir changer ses habitudes, ça va coûter cher), des Indonésiens dénoncent un alignement sur le système Wilkinson pratiqué en Malaisie et l'adoption d'une orthographe "anglaise".

– Pour plus de précisions, voir Lars (1988), sur lequel s'appuie ce paragraphe.

Ces changements se reflètent dans l'orthographe des noms des villes. Ainsi, le nom de la ville de Jakarta est orthographié tantôt Jakarta et Djakarta dans les articles de l'Encyclopædia universalis en ligne – traces de rédactions d'époques différentes et de mises à jour insuffisantes ? Cette ville s'est d'abord appelée Jayakarta, puis Batavia du début du XVIe siècle à 1942. – La ville de Yogyakarta est appelée communément Jogja (orthographié ainsi sur place).


Correspondances phonèmes/graphèmes : système actuel

Consonnes

cons

Voyelles

 voc


Ecritures javanaise et balinaise

Les écritures javanaise et balinaise sont issues d'une même écriture, celle du vieux-javanais ou écriture kawi, elle-même issue de l'écriture pallava d'Inde du Sud-Est. Ni l'une ni l'autre ne sont plus employées actuellement pour les usages courants, pour lesquels on utilise l'alphabet latin. Leur forme sont proches : voir ci-dessous quelques signes javanais (1ère ligne) et balinais (2e ligne).

jav-bal

– Liste des signes javanais implémentés dans le standard Unicode (voir aussi Everson 2008) :
http://unicode.org/charts/PDF/UA980.pdf.
– Liste des signes balinais implémentés dans le standard Unicode (voir aussi Everson & I Made 2005) :
http://unicode.org/charts/PDF/U1B00.pdf.

bali Inscription en écritures latine et balinaise.
Temple Pura Tirtha Empul, Bali, août 2012.


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L'ordre alphabétique conventionnel du javanais est différent de celui qui vaut généralement pour les langues d'origine indienne. Un procédé mnémotechnique en facilite la mémorisation – une brève histoire dramatique :

Hana caraka, data sawala, padha jayanya, maga bathanga.
Il y avait deux messagers, ils se querellèrent, ils étaient de force égale, les voilà tués tous les deux.

A part le nom, rien à voir entre la langue javanaise et un type d'argot de même nom utilisé en France...

voirVerlan, largonji, louchébem, javanais, redegue, etc.


Références bibliographiques

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http://mondediplo.com/1998/06/02chomsky.

Chomsky, Noam, 1999. Hypocrisy of the West. East Timor, horror and amnesia. Le Monde diplomatique, octobre 1999. Document en ligne sur le site de l'édition en anglais du Monde diplomatique, conulté le 2012-08-22.
http://mondediplo.com/1999/10/02chomsky.

Court, Christopher, 1996. The Spread of Brahmi Script into Southeast Asia. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 445-456.

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Encyclopædia universalis. Version Education (accès restreint). Articles "Asie du Sud-Est", "Indonésie", "Malaisie", "Singapour" et "Brunei". Documents en ligne, consultés le 2012-07-14.

Everson, Michael, 2008. Proposal for encoding the Javanese script in the UCS. Document en ligne, consulté le 2012-08-22.
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http://std.dkuug.dk/jtc1/sc2/wg2/docs/n2908.pdf.

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http://hmongrp.wisc.edu/IPPL%20Indonesian/inetpub/wwwroot/ipa/Indonesian%20Test%20Template/indo.html.


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