Jacques Poitou
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Ecriture étrusque



L'écriture étrusque est attestée par quelque onze mille inscriptions datant du VIIe au Ier siècle avant notre ère, dans les régions dominées par les Etrusques (nord et centre de l'Italie), avant qu'elles ne soient dominés par les Romains. Cette écriture est utilisée pour des textes en langue étrusque.

La langue étrusque est d'origine inconnue et son déchiffrement est actuellement incomplet, même si les spécialistes parviennent à comprendre une grande partie des inscriptions. Les faits morphologiques (l'étrusque est une langue agglutinante alors que les langues indo-européennes anciennes sont de type flexionnel) ainsi que des faits lexicaux (ainsi, des désignations de termes de parenté sont différentes de celles attestées en indo-européen) indiquent qu'il ne s'agit pas d'une langue indo-européenne.

voirTypologie des langues : type flexionnel, type agglutinant

L'origine des Etrusques reste elle-même également mystérieuse et a été depuis l'Antiquité l'objet de multiples hypothèses ou controverses (v. le détail in Briquel 2016 : 21-31) : origine autochtone ou étrangère. Parmi ces hypothèses, voici comment Hérodote (1913 : 39) présente les choses (Tyrrhéniens : autre nom des Etrusques – implantés sur les rives de la mer Tyrrhénienne) :

Sous le roi Atys, fils de Manès, une famine cruelle désola toute la Lydie. Le peuple pendant longtemps en prit son parti ; mais ensuite, comme elle persistait, il chercha des adoucissements ; chacun s'ingénia d'une manière ou d'autre. C'est alors qu'ils inventèrent les dés, les osselets, la balle et tous les autres jeux de cette sorte, excepté les dames, car ils n'en réclament pas l'invention. Voici comme ils les employèrent contre la famine : de deux journées, ils en passaient une tout entière à jouer, afin de ne point songer à prendre de nourriture ; pendant l'autre, ils suspendaient les jeux et mangeaient. Grâce à cet expédient, dix-huit années s'écoulèrent ; cependant le mal, loin de cesser, s'aggrava. Alors, le roi fit du peuple deux parts, puis il tira au sort laquelle resterait, laquelle quitterait la contrée, se déclarant le chef de ceux qui demeureraient, et plaçant à la tête de ceux qui émigreraient son fils nommé Tyrrhène. Ces derniers se rendirent à Smyrne, construisirent des vaisseaux, y mirent tout ce que requérait une longue navigation, et voguèrent à la recherche d'une terre qui pût les nourrir ; ils côtoyèrent nombre de peuples ; finalement ils abordèrent en Ombrie, où ils bâtirent des villes et où ils habitent encore. Ils changèrent leur nom de Lydiens pour prendre celui du fils de leur roi, qui avait conduit la colonie, et, depuis lors, on les appelle Tyrrhéniens. Quant aux Lydiens, ils tombèrent sous la domination des Perses. (I, 94)

Si l'origine des Etrusques et leur langue demeurent mystérieuses, l'écriture est elle-même parfaitement déchiffrée. L'alphabet étrusque est issu d'un alphabet grec occidental et comporte comme lui 26 signes – ainsi qu'en atteste un abécédaire découvert en 1915 dans une tombe à Marsiliana d'Albegna (sur la côte tyrrénéenne au nord de Roma) et datant du début du VIIe siècle avant notre ère. Un certain nombre de ces signes n'étant pas utilisés pour la transcription de l'étrusque et tombant en désuétude, ils disparaissent des abécédaires postérieurs. C'est notamment le cas des graphèmes pour les occlusives sonores inexistantes en étrusque [b], [d] et [g], le graphème pour [g] issu du gamma grec est utilisé pour l'occlusive sourde correspondante [k]. Un signe nouveau apparait pour [f].

voirEcriture du grec

On peut ainsi distinguer trois alphabets. – 1ère ligne : alphabet de l'abcédaire de Marsiliana d'Albegna ; 2e ligne : alphabet archaïque ; 3e ligne : alphabet récent (Ier s. avant notre ère) ; 4e ligne : transcription. (Photo de tableaux exposés au Musée national étrusque de la villa Giulia, Roma, 2017)

etrusque

etrusque

L'étrusque s'écrit d'abord de droite à gauche, mais aussi, et de plus en plus, de gauche à droite ou en boustrophédon. D'où des changements d'orientation des signes, présentés dans le tableau ci-dessus selon leur orientation de gauche à droite.

Les inscriptions étrusques découvertes jusqu'à présent (11 000) représentent une masse considérable, comparativement au nombre d'inscriptions latines pendant la même période (3 000 – v. Thuillier 2004). Mais il s'agit pour la plupart de textes courts, quelques mots seulement, ce qui ne facilite pas le travail de déchiffrement. Il a dû exister bien d'autres textes, désormais perdus : au livre V (55) de De lingua latina, Varron évoque un certain "Volnius, qui tragoedias tuscas scripsit" (qui a écrit des tragédies étrusques", mais nous n'en savons pas plus. On note entre autres l'existence de nombreux abécédaires, qui devaient servir à l'enseignement de la langue et avaient aussi, sans doute, une valeur religieuse (Bloch 2005), vu qu'on en a retrouvé un certain nombre dans des urnes funéraires.

L'écriture étrusque a disparu en même temps qu'a disparu la brillante civilisation étrusque, supplantée par celle de Rome, qui en est l'héritière directe. L'alphabet latin est directement issu de l'alphabet étrusque, et donc par son intermédiaire, de l'alphabet grec. Preuve en est le fait que dans les écritures latines archaïques, C était utilisé à la fois pour les occlusives vélaires sourde et sonore (la seconde étant inexistante en étrusque, tout comme les deux autres occlusives sonores [b] et [d]). C'est seulement à partir du IIIe siècle avant notre ère que C sera réservé à la sourde, la sonore étant représentée désormais par un nouveau graphème, G, créé par simple adjonction d'un petit trait à C. Une trace de cet archaïsme est conservée en latin classique par l'abréviation des prénoms Gaius et Gnaeus, qui est restée C comme pour Caius et Cnaeus.

voirEcriture latine


Documents

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Tablettes d'or de Pyrgi, découvertes en 1964
à une centaine de kilomètres au nord de Rome.

Elles indiquent la consécration d'un temple.
La tablette du milieu est en phénicien,
les deux autres en étrusque.
Mais les textes ne sont pas identiques,
ce qui ne facilite pas le travail de déchiffrement.

Musée national étrusque (Roma).
© Jacques Poitou, 2017.


Anse d'un pichet (575-550 av. n. e.)

Musée national étrusque (Roma).
© Jacques Poitou, 2017.

Ecriture de gauche à droite, scriptio continua.
On peut lire :

mini nuluvanice mamarce apuliie venala
(Marace Apuniie m'a donné pour Venai)

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Références bibliographiques

Bloch, Raymond, 2005. Etrusques et Romains. in : Cohen, Marcel & Peignot, Jérôme, 2005. Histoire et art de l'écriture. Paris : Laffont, 635-649. Collection Bouquins.

Bonfante, Larissa, 1997. The Scripts in Italy. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 297-311.

Briquel, Dominique, 2016. La civilisation étrusque. 3e édition. Paris : PUF. Que sais-je ?

Février, James G., 1959. Histoire de l'écriture. 2e édition. Paris : Payot. 1ère édition 1948.

Hérodote, 1913. Histoires. 9e édition. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2017-03-24.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h

Thuillier, Jean-Paul, 2004. L'alphabet et la langue étrusques. Document en ligne sur le site de Clio, consulté le 2017-03-21.
https://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_lalphabet_et_la_langue_etrusques.pdf


© Jacques Poitou 2017.