Jacques Poitou
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Ecritures glagolitique et cyrillique


N.B. Tous les termes écrits en cyrillique sont translittérés selon la norme ISO 9:1995.

voirEcritures du russe
voirEcriture de l'ukrainien
voirEcritures du serbo-croate
voirEcriture du bulgare et du macédonien

La genèse de l'écriture cyrillique est liée à la traduction de textes liturgiques grecs pour l'évangélisation des Slaves dans leur langue, qu'on appelle le vieux slave ou vieux slave d'église, aux IXe et Xe siècles.

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Méthode et Cyrille
Moskva, Kitaj-Gorod, 2018.
Rastislav, empereur de Grande-Moravie (qui recouvre le territoire de l'actuelle république Tchèque et les vastes territoire alentour) veut évangéliser les populations en langue slave, de façon à contrer l'influence germanique et romaine. Il sollicité pour cela l'aide de l'empereur byzantin, Michaīl III, (dit l'Ivrogne). Michaīl III et le patriarche de Byzance, Phốtios, missionnent en Moravie deux Grecs originaires de Thessaloniki (dans l'actuelle Macédoine grecque), où populations grecques et slaves sont mélangées. Ce sont deux frères, Κωνσταντίνος (Kōnstantínos, vers 827-869), philosophe, et Μιχαήλ (Michaīl, vers 1815-885), haut fonctionnaire de l'empire Byzantin ; lors de leur ordination, ils prendront les noms de Κύριλλος (Kúrillos – Cyrille) et Μεθόδιος (Methódios – Méthode). Pour accomplir leur travail de traduction, Constantin met au point un alphabet adapté au slave, appelé plus tard glagolitique. La langue vieux slave employée est celle parlée par les Slaves dans la région dont sont originaires les deux frères, c'est-à-dire un dialecte macédonien (appelé parfois vieux macédonien).

Selon la plupart des spécialistes, l'écriture cyrillique est créée après l'écriture glagolitique et à partir d'ellle. Ces hypothèses ont été avancées d'abord par Paul-Joseph Šafařík en 1858. Cubberley (1996 : 346-347) présente l'affaire ainsi :

The most likely scenario is as follows : Glagolitic was formed be the adaptation of cursie Greek by some Slavs during the couple of centuries preceding the 860s ; it was formalized by Constantine, who added letters for the non-Greek sounds ; Constantine's disciples in Bulgaria (in the 890s) percieved Glagolitic as unsuitable for Church books and made up a new Slavic alphabet based on the "more dignified" uncial Greek. The remaining questions are then : Where did the added letters come from in Glagolitic ? and, Can we satisfactory derive the non-Greek Cyrillic ones from the Glagolitic.

Quant à la question de savoir si le slave a été écrit avant Constantin, avec l'alphabet grec ou avec l'alphabet latin, elle a été l'objet de nombreuses spéculations par le passé. Mais comme le note Matjeka (1963 : 163), elles ont une faiblesse en commun : "They are not supported by a single piece of direct evidence. It is, of course, possible that the Slavs living in close proximity with flourishing cultures tried to use Greek and Roman letters. Unfortunately, none of these attempts were preserved. There are Slavic words in the Greek and Latin manuscripts but they can hardly be considered as manifestation of the beginning of Slavic literacy. On the other hand, the possibility that some new pieces of evidence may be brought to light one day cannot be excluded."


Ecriture glagolitique

voirLe glagolitique en Moravie

Les origines du graphisme glagolitique restent controversées : toutes sortes d'hypothèses ont été avancées (voir le détail dans Jensen 1958 : 461-463, le plus précis à ce sujet). Selon l'hypothèse défendue majoritairement actuellement, il s'agirait principalement d'une stylisation de la cursive grecque de l'époque (à ceci que les ligatures sont absentes de l'écriture glagolitique, dont toutes les lettres sont détachées les unes des autres). Ce n'est toutefois pas la seule origine : certaines lettres sont empruntées ailleurs, comme Ш à l'hébreu (hébreu ש).

Le manuscrit le plus ancien en glagolitique, probablement de la deuxième moitié du Xe siècle et originaire de Moravie, est le missel de Kiev (ainsi nommé car conservé à l'université de Kiev) – extrait ci-contre.

kiev
Source : Home Digital Library https://www.wdl.org/en/item/7488/, consulté le 2021-04-03.

Parmi les autres manuscrits, le Codex Zographensis, conservé à la Bibliothèque nationale russe. Il comporte une première partie, datée du XIe siècle, en alphabet glagolitique, une seconde partie est un palimpseste (texte écrit sur un parchemin après effacement d'une première écriture), la troisième partie, en alphabet cyrillique, est datée du XIIIe siècle. Il est présenté (en anglais) et entièrement numérisé ici :
   http://expositions.nlr.ru/ex_manus/Zograph_Gospel/eng/about_manus.php, consulté le 2021-04-05.

Introduite en Moravie puis en Pannonie, l'écriture glagolitique y est doncutilisée pour la liturgie chrétienne, avec l'assentiment du pape. Mais les choses changent à partir de 995, sous la pression des autorités locales, moraves et germaniques. Persécutés, les disciples de Constantin et Méthode sont chassés de Moravie et retournent en Bulgarie, où il sont chargés par les tsars Boris et Simeon d'y évangéliser les populations dans leur langue slave (qu'on appelle parfois vieux bulgare) : l'objectif est d'affermir l'indépendance de la Bulgarie slave par rapport à l'influence grecque de Byzance. D'où une intense activité de traduction dans les deux principaux centres ecclésiastiques de Preslav (actuellement en Bulgarie) et d'Ohrid (actuellement en Macédoine du nord). C'est dans ce cadre qu'est mis au point l'alphabet cyrillique, qui ne représente pas à proprement parler une écriture nouvelle, mais seulement un graphisme nouveau pour les caractères de même valeur phonique de l'alphabet glagolitique (même si les valeurs numériques des lettres des deux alphabets ne coïncident pas). Innovation souvent attribuée à Kliment, nommé par Simeon archevêque d'Ohrid.

Pourquoi cette nouvelle écriture ? Est-ce dans le but de rapprocher l'écriture de celle du grec, dont l'usage dominait dans cette région des Balkans sous influence byzantine, et de la rendre moins étrange ? A l'inverse, le graphisme de la glagolitique – parfois qualifié d'"écriture à lunettes" – a pu être motivé par la volonté de marquer un éloignement par rapport à l'influence de Byzance dans une région – la Moravie – placée dans l'orbite de Rome.

Ci-dessous figurent sur la première ligne les signes de l'écriture glagolitique, sur la seconde les capitales correspondantes de l'écriture cyrillique du vieux slave d'église, sur la troisième les capitales adoptées au début du XVIIIe siècle, et sur la quatrième les caractères latins correspondants selon la norme ISO 9:1995. – Pour le graphisme des minuscules, voir les pages consacrées aux différentes langues : russe, serbo-croate, ukrainien.

alpha

– Un abécédaire glagolitique et cyrillique figure à la fin d'un manuscrit en latin conservé à la Bayrische Staatsbibliothek à München (Munich). Une reproduction s'en trouve dans Kempgen (2007 : 16-17).

Glagolitique carré

Una variante graphique de l'écriture glagolitique a pénétré en Croatie au plus tard au XIe siècle, d'abord à partir du nord, avec des réfugiés de Moravie et de Pannonie, puis à partir de la Bulgarie au sud-est. Mais les premiers documents conservés dans cette écriture ne sont pas antérieurs au début du XIIIe siècle. Utilisée pareillement pour la liturgie, elle se caractérise par ses formes anguleuses. Ci-dessous, les caractères de l'écriture glagolitique carrée, dans le même ordre que les écritures présentées plus haut :

glagoKr

A la différence de ce qui s'est passé dans le reste du monde slave, où l'écriture glagolitique a été vite supplantée par la cyrillique, elle a continué à être utilisée en Croatie, au moins en partie dans la liturgie catholique, à côté de l'écriture latine, avec l'autorisation donnée au milieu du XIIIe siècle par le pape Innocent IV. Mais son usage décline progressivement au profit de l'écriture latine.


Ecriture cyrillique

On peut distinguer quatre catégories de caractères cyrilliques :

– les deux tiers des caractères correspondent à ceux de l'onciale grecque elle que pratiquée à l'époque (ci-dessous à gauche) ;
– certains des caractères n'ayant pas de correspondant en grec sont dessinés à partir des caractères glagolitiques correspondants ;
– quelques caractères sont formés par ligature de I avec une autre lettre (cf. cyrillique moderne Ю = I + O) ;
– l'origine de quelques caractères est inconnue.

voirOnciale grecque

Au fil des siècles, différentes variantes de l'écriture cyrillique apparaissent. On appelle poluustav une écriture semi-onciale, avec des lettres dépassant en haut ou en bas les deux lignes de base. En outre, l'écriture se complique par des signes diacritiques, soit qu'ils modifient la valeur des lettres (c'est le cas en cyrillique moderne de Й [j] par rapport à И [i], mais ce même signe diacritique sert aussi à marquer des consonnes palatalisées), soit qu'ils marquent des abréviations. – Voir l'extrait ci-dessous à droite. Enfin, une écriture cursive se développe, penchée vers la droite, avec des caractères liés les uns aux autres.

onciale triodion

– A gauche : exemple d'onciale grecque. Extrait du Codex Sinaiticus (IVe siècle), cahier 18, 3v..
Source : http://www.codex-sinaiticus.net/en/manuscript.aspx, consulté le 2021-04-06.
– A droite : extrait d'un recueil liturgique, le Triodon, du XVIe siècle (in Kaldor 1969 : 317)

Réformes de Pierre le Grand

Dans les premières années du XVIIIe siècle, le tsar de Russie Pjëtr (Pierre le Grand) met en œuvre une reforme de l'alphabet pour les usages civils de l'écriture du russe – l'écriture des textes liturgiques demeurant inchangée. Cette réforme est liée en particulier au développement (tardif) de l'imprimerie de livres en russe – que l'impression en ait lieu à Amsterdam ou en Russie avec des imprimeurs hollandais recrutés par le tsar ou par des imprimeurs russes. L'écriture ancienne paraît trop compliquée, surchargée de signes diacritiques (voir l'exemple reproduit plus haut), et dès l'impression des premiers livres à Amsterdam, des simplifications commencent à apparaître.

Mais cette réforme s'inscrit aussi dans le cadre de la politique générale d'ouverture sur l'Europe et de modernisation du pays menée par le tsar. Par la réduction de la sphère d'usage de l'écriture ancienne, elle permet en outre de battre en brêche l'influence de l'église orthodoxe, jugée trop conservatrice et trop réticente aux efforts de modernisation – et donc d'occidentalisation – de Pierre

A partir de 1706, la réforme est élaborée au fil d'échanges intenses entre le tsar, les dessinateurs et les imprimeurs. Elle est finalement décidée en 1710 : le tsar valide lui-même les caractères qui doivent être dorénavant employés (ci-contre une page de caractères revue par Pierre – source : Kaldor 1969, 1970). Les graphisme des nouveaux caractères s'inspire très généralement de celui des caractères romans : A, B, E, K, M, H, O, P, T, X, Я (R à l'envers) sont les mêmes, indépendammement de leur valeur phonique différentes. Pour d'autres, le design a été aligné sur celui des caractères romans. – Voir le détail dans Kaldor (1969 et 1970).

Ainsi nait la Гражданский шрифт (Graždanskij šrift – écriture civile). Le graphisme des caractères reste globalement stable dans les siècles suivants.

L'écriture cyrillique ainsi réformée est ensuite adoptée pour toutes les autres langues slaves à écriture cyrillique – celles pratiquées dans l'empire Russe comme celles des Slaves du sud (bulgare, serbe, macédonien) et, à à partir du XIXe siècle et surtout de l'époque soviétique, pour d'autres langues parlées en Russie ou en URSS (à l'exception notoire des langues baltes, qui restent écrites en caractères latins, ainsi que l'arménien et le géorgien).

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voirSur les modifications de l'alphabet utilisé pour le russe, voir la page qui lui est consacrée.


Répartition des écritures pour les langues slaves

A partir du schisme entre catholiques et orthodoxes (consommé en 1054), l'alphabet cyrillique continue à être utilisé par les otthodoxes, tandis que sous l'influence de Romme, les catholiques passent plus ou moins rapidement à l'alphabet latin, même si le glagolitique a survécu pour des textes liturgiques (surtout en Croatie). Ainsi, le schisme religieux s'est doublé d'un schisme des écritures qui perdure aujourd'hui, indépendamment de la baisse des pratiques et croyances religieuses dans certains pays. Dans les pays à tradition orthodoxe, c'est toujours l'alphabet cyrillique, dans ceux à tradition catholique, c'est l'alphabet latin :

– langues slaves occidentales (sorabe, polonais, tchèque, slovaque) : alphabet latin ;

voirEcriture du polonais
voirEcriture du tchèque

– langues slaves orientales (biélorusse, russe, ukrainien) : alphabet cyrillique ;

voirEcritures du russe
voirEcriture de l'ukrainien

– langues slaves méridionales : alphabet latin pour le slovène, alphabet cyrillique pour le bulgare et le macédonien, alphabets latin et cyrillique pour le serbo-croate.

voirEcritures du serbo-croate
voirEcriture du bulgare et du macédonien

Autres langues

A partir des années trente du XXe siècle, l'écriture cyrillique est utilisée, avec quelques caractères supplémentaires, pour transcrire toutes les langues non-slaves pratiquées en Union soviétique (hormis l'arménien, le géorgien et les langues des pays baltes), alors que dans les années vingt, on avait utilisé pour cela l'alphabet latin. Mais après l'écroulement de l'Union soviétique, certaines républiques soviétiques devenues indépendantes décident, avec plus ou moins de succès, de revenir à l'alphabet latin (comme la Moldavie, l'Azerbaïdjan ou l'Ouzbékistan).

voirEcritures de l'ouzbek
voirEcriture du kirghize

Le mongol s'écrit aussi en partie avec l'alphabet cyrillique.

voirEcritures du mongol

Voir enfin le cas du syldave, langue imaginée par Hergé :

voirEcriture du syldave


Transcription et translittération en caractères latins

voirTranscription et translittération

Le plus grand désordre règne ! C'est la conséquence de deux faits : 1. Les transcriptions usuelles en écriture latine ne sont pas les mêmes dans les différentes langues d'accueil. On peut y voir la conséquence de normes orthographiques différentes : la graphie spécifique utilisée dans une langue devrait faciliter une prononciation proche de celle des natifs, mais ce n'est que très partiellement vrai. 2. Les différents pays à écriture cyrillique ont élaboré des normes "nationales" de translittération pour leurs langues. – Sur la différence entre transcription et translittération du russe, voir Sakhno (2006).

Trois exemples :

– Le nom de l'ancien dirigeant soviétique Никита Хрущёв (Nikita Hruŝëv) s'écrit le plus souvent Khrouchtchev en français, Khrushchev en anglais et Chruschtschow en allemand, et il se prononce habituellement [krut.'ʃɛf] en français et [ˈkruʃ.tʃɔf] en allemand. Selon Sakhno (2006 : 710), une graphie Khrouchiof permettrait à un Français une prononciation plus proche de l'original, mais à quoi servirait le premier <h> ? Pourquoi pas simplement Krouchiof ou Crouchiof ? – En tout cas, sur les pages web originaires de France référencées par Google (consulté le 2007-04-12), le nom de Khrouchtchev est écrit d'au moins 13 façons différentes : <K> ou <Kh>, <u> ou <ou>, <tch> ou <chtch>, <o> ou <e> ; seules trois des variantes théoriquement possibles ne sont pas attestées. Les variantes les plus fréquentes sont, de loin, Khrouchtchev, Kroutchev et Khroutchev. Il faut y ajouter le jeu de mots : "Tu casses la croûte, chef ?"

– Le président ukrainien (russophone) élu en 2019 avec 73 % des voix s'appelle Володимир Олександрович Зеленський (Volodimir Oleksandrovič Zelens´kij). Mais comment transcrire son nom ? Les premières lettres ne posent guère de problème : Zelensk- (Selensk- dans les médias germanophones), ь est systématiquement omis. Mais quid des deux dernières lettres ий ? Tour d'horizon des solutions adoptées dans différents médias occidentaux :
    – i (Zelenski/Selenski) comme dans Le Monde ou Der Standard ;
    – (Zelensky/Selensky) comme dans le New York Times, Time, Reppublica, Le Figaro, Libération, L'Obs ou Der Spiegel ;
    – iy (Zelenskiy) comme à la BBC, CNN, France Culture ou dans El Pais ;
    – ij (Selenskij) comme à la chaine allemande ARD ;
    – yj (Selenskyj) comme dans Die Zeit ;
    – yi comme dans différents médias ukrainiens…

– Le mot царь (car' = tsar) fait partie depuis longtemps du vocabulaire français. Il est présent sur les pages originaires de France référencées par Google (consulté le 2008-01-26) dans les quatre graphies possibles : tzar, tsar, csar, czar.

Norme ISO 9:1995 / GOST 7.79–2000

La norme de translittération ISO 9:1995 (qui remplace la norme ISO R/9:1968) présente deux avantages décisifs. Elle est indépendante des langues et de la valeur phonique des signes. Elle est donc la même qu'il s'agisse du russe, de l'ukrainien, du serbo-croate, etc., et que ces translittérations soient utilisées dans des textes français, anglais, turc, etc. Deuxième avantage – la réversibilité : à chaque graphème du cyrillique, quelle que soit la langue, correspond un graphème de l'écriture latine. Il s'agit, en d'autres termes, d'une translittération biunivoque telle qu'à partir d'un texte en écriture latine, on peut restituer automatiquement le texte en écriture cyrillique. On peut la trouver :

– sur le site de l'ISO, moyennant finances – 88 francs suisses seulement (environ 80 euros) pour 14 pages... au 2021-03-31 ; l'essentiel figure – gratuitement –  sur les pages de ce site consacrées aux différentes langues à écriture cyrillique ;
pour le russe, le biélorusse et l'ukrainien sur le site de la Bibliothèque nationale de France :
https://kitcat.bnf.fr/consignes-catalogage/translitteration-du-russe-du-bielorusse-et-de-lukrainien-contemporains, consulté le 2021-03-31.

Cette norme est identique à la norme ГОСТ 7.79–2000, que l'on peut trouver ici :
https://gostexpert.ru/gost/gost-7.79-2000/download, consulté le 2021-04-03.

Mais la norme ISO norme présente aussi deux inconvénients majeurs, qu'elle partage plus ou moins avec d'autres normes de translittération. Elle nécessite, pour plusieurs lettres, le recours à des signes diacritiques dont la réalisation n'est pas immédiate avec un clavier standard d'ordinateur (configuré pour le français ou certaines autres langues à écriture latine), même si elle est tout-à-fait possible dans le standard Unicode – mais comment établir, p. ex., des correspondances entre les 33 lettres de l'alphabet russe et les 26 lettres de l'alphabet latin sans utiliser des diacritiques ou des digrammes ? Deuxième inconvénient : indépendante des systèmes orthographiques des langues d'accueil, elle permet encore moins que les transcriptions usuelles une prononciation ressemblant même de loin à la prononciation native.

Ainsi, dans le nom du camarade Hruŝëv, le <ŝ> (Unicode U+015D) ne figure par sur les claviers standard, on écrirait donc souvent Hrusëv et on prononcerait [ʁy.zɛf] – sans aucune ressemblance avec la prononciation russe [xru.ʃɕɔf]…

En France, les choses étant ce qu'elles sont et la force des habitudes ce que nous savons, la norme ISO 9:1995 n'est pas très utilisée, même dans les publications scientifiques. Mais la situation ne semble pas être très différente dans d'autres pays.


Références bibliographiques

Cubberley, Paul, 1996. The Slavic Alphabets. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 346-355.

Encyclopædia universalis. Version Education (accès restreint). Articles "Eglise orthodoxe", "Schisme d'Orient" et "Slaves". Documents en ligne, consultés le  2008-12-03.

Février, James G., 1959. Histoire de l'écriture. 2e édition. Paris : Payot. 1ère édition 1948.

Jensen, Hans, 1958. Die Schrift in Vergangenheit und Gegenwart. 2. Auflage. Berlin : Deutscher Verlag der Wissenschaften.

Kempgen, Sebastian, 2007. Das "Münchener Abecedarium" – ein neues Facsimile samt einigen Beobachtungen. Script & e-Scripta 5 : 73–93 & 160 sq. Document en ligne sur le site Kodeks (serveur "slavistique"), université de Bamberg :
http://kodeks.uni-bamberg.de/slavling/downloads/SK_Muenchener_Abecedarium.pdf

Marti, Roland, 2014. Historische Graphematik des Slavischen : Glagolitische und kyrillische Schrift. in : Gutschmidt, Karl, Kemgen, Sebastian, et al., 2014. Die slavischen Sprachen. The Slavic Languages. Band/Vol. 2. Berlin/München/Boston : De Gruyer Mouton, 1497-1513.

Šafařík, Paul-Joseph, 1858. Über den Ursprung und die Heimath der Glagolitismus. Prag : F. Tempsky. Document en ligne, consulté le 2021-04-03.
https://www.google.fr/books/edition/Über_den_Ursprung_und_die_Heimath_des_G/4tk63bCcqtUC

Sakhno, Sergueï, 2006. Nom propre en russe : problèmes de traduction. Meta 51, 6 : 706-718. Document en ligne, consulté le 2008-12-17.
http://id.erudit.org/iderudit/014336ar

Schaeken, Jos & Birnbaum, Henrik, 1999. Die altkirchenslawische Schriftkultur : Geschichte – Laute und Schriftzeichen – Sprachdenkmäler. München : Otto Sagner. Slavistische Beiträge 382. Document en ligne sur le site de Jos Schaeken, consulté le 2021-04-04.
http://www.schaeken.nl/lu/research/online/publications/akslstud/as2_full.pdf

Vaillant, André, 1964. Manuel du vieux-slave. Tome 1. 2e édition. Paris : Insitut d'études slaves.

Vaillant, André, 2005. L'écriture cyrillique et son extension. in : Cohen, Marcel & Peignot, Jérôme, 2005. Histoire et art de l'écriture. Paris : Laffont, 744-755. Collection Bouquins.


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