Jacques Poitou
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Ecritures crétoises et égéennes



Cinq écritures apparaissent dans monde égéen et crétois avant qu'y soit introduit l'alphabet phénicien : le hiéroglyphique crétois, le linéaire A, l'écriture du disque de Phaistos, le linéaire B et le chypro-minoen. Ces cinq écritures ont été découvertes lors de fouilles menées en Crète à partir du début du XXe siècle, surtout par le Britannique Arthur Evans.

Le nombre de signes dans chaque écriture indique qu'il s'agit d'écritures syllabiques. Mais seul le linéaire B a été déchiffré. Pour les quatre autres écritures, le hiéroglyphique, le linéaire A, le disque de Phaistos et le chypro-minoen, on ne déchiffre pas encore la langue transcrite.


Hiéroglyphique crétois (XXe s. – XVIIe s. avant notre ère)

Le hiéroglyphique crétois (ainsi nommé par Arthur Evans en raison de la ressemblance du type de signes avec ceux du hiéroglyphique égyptien) est constitué de moins d'une centaine de signes. Il est attesté dans 350 documents (surtout des sceaux) comptant environ 3 000 signes, soit un corpus très réduit, ce qui ne facilite pas le travail de déchiffrement.

voirHiéroglyphes égyptiens

Exemples de hiéroglyphes crétois :
crete


Linéaire A (XVIIIe s. – XVe s. avant notre ère)

Appelée linéaire par Arthur Evans car disposée en lignes, cette écriture compte moins d'un centaine de signes, dont un quart ressemblent à ceux du hiéroglyphique crétois et un bon nombre sont identiques à ceux du linéaire B. Mais y ont-ils la même valeur ? Comme le hiéroglyphique crétois, le linéaire A n'est pas déchiffré et on ignore aussi quelle langue il transcrit.

– Signes du linéaire A proposés pour Unicode :
http://www.evertype.com/standards/iso10646/pdf/linear-a.pdf.


Disque de Phaistos

Le disque de Phaistos, trouvé en 1908 dans le sud de la Crète, est un document doublement unique en son genre. On n'a trouvé jusqu'à présent aucun autre document présentant les mêmes signes et "il a été réalisé en utilisant un tampon ou un poinçon portant le signe à reproduire en relief et en l'imprimant sur l'argile humide." (Chadwick 1994 : 245) On le considère comme contemporain du linéaire A.

phaistos

On trouve 45 signes différents sur ce disque, reproduits ci-dessous avec la police Aegean.

phaistos

– Voir Olivier 1975 pour une description détaillée de chaque signe.

Cette écriture n'a pas encore été déchiffrée et, estime Chadwick (1994 : 250), "le disque est indéchiffrable tant qu'il reste un document isolé".


Linéaire B (XVe s. – XIIIe s. avant notre ère)

Le linéaire B, ainsi appelé en raison de sa parenté graphique avec le linéaire A (les trois quarts des signes sont identiques), est attesté dans un corpus beaucoup plus volumineux : depuis les premières fouilles en 1900, plus de 6 000 tablettes d'argile ont été découvertes en Crète (Knossos, Pylos) et en Grèce. Il ne s'agit pas de textes suivis : "à une exception près, il [le linéaire B] semble n'avoir servi que pour des listes et des comptes" (Chadwick 1994 : 207).

Le linéaire B est une écriture du grec, déchiffrée en 1952 par un architecte anglais, Michael Ventris, avec le concours de John Chadwick, enseignant à l'université de Cambridge.

Le linéaire B comporte deux types de signes, des idéogrammes et des phonogrammes, auxquels s'ajoutent des signes pour les chiffres.

Signes syllabiques

– Signes syllabiques du linéaire B dans Unicode : http://www.unicode.org/charts/PDF/U10000.pdf.
– La police Aegean dessinée par George Douros contient l'ensemble les signes du linéaire B définis dans Unicode, ainsi que ceux des autres écritures mentionnées ci-dessus :
http://users.teilar.gr/~g1951d/.

On en compte 87 que l'on classe en trois groupes : les signes de base, les signes supplémentaires et... ceux que l'on n'a pas encore réussi à déchiffrer (voir Chadwick 1994, sur lequel nous nous appuyons ici). Les signes de base représentent l'association d'une consonne avec une voyelle, les signes supplémentaires. Voici les signes de la voyelle a précédée de différentes consonnes, et ceux de la consonne k suivie de différentes voyelles.

lin-b

Mais, indique Chadwick, l'utilisation de ces signes donne une transcription très approximative de l'oral, qui n'était pas rédhibitoire dans la mesure où les inscriptions n'étaient destinées qu'à un public restreint d'initiés. Exemple (Chadwick 1994 : 211) : signes, valeur phonématique des lettres, mot transcrit et traduction.

crete

Les signes supplémentaires, d'emploi facultatif, permettent de préciser la transcription ou d'abréger la graphie : ainsi, le signe pour dwe permet d'éviter l'emploi successif des deux signes de de et we.

Signes idéographiques

Plus d'une centaine, plus ou moins stylisés. Leur analyse montre les liens entre ces signes et les signes syllabiques, les seconds étant issus des premiers (utilisation d'un idéogramme pour représenter le seul signifiant), mais certains pictogrammes sont aussi issus de signes à valeur syllabique (syllabe initiale du mot fonctionnant comme abréviation, ligatures).

Ci-dessous quelques exemples de signes idéographiques. On remarquera l'emploi de deux barres horizontales pour représenter l'animal mâle.

crete

– Signes idéographiques du linéaire B dans Unicode : http://www.unicode.org/charts/PDF/U10080.pdf.

pylos Tablette de Pylos An 657. Y est décrit le détail de l'organisation de garde-côtes.


Chypro-minoen (XVIe – XIe s. avant notre ère)

Ecriture découverte à Chypre et sur la côte actuellement syrienne (à Ugarit), elle n'est attestée que dans quelque 250 documents et n'est que très partiellement déchiffrée. La langue qu'elle transcrit n'est pas encore comprise. Cette écriture est issue en partie du linéaire A, comme l'atteste un quart des signes identiques dans les deux écritures.

crete Comparaison entre signes du chypro-minoen, du linéaire A et du linéaire B.

Source : Bonfante & Chadwick 1994.

Références bibliographiques

Bennett, Emmett L., 1996. Aegean Scripts. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 125-133..

Chadwick, John, 1994. Le linéaire B et écritures apparentées. in: Bonfante, Larissa, Chadwick, John et al., 1994. La naissance des écritures. Du cunéiforme à l'alphabet. Traduit de l'anglais. Paris : Seuil, 185-251.

Chantraine, Pierre, 1954. Le déchiffrement de l'écriture linéaire B à Cnossos et à Pylos. Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres 98, 3 : 336 - 341. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2009-05-22.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1954_num_98_3_10305.

Darcque, Pascal, 2001. La Grèce mycénienne : du mythe à l'histoire. Document en ligne sur le site de Clio, consulté le 2009-05-23.
http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_grece_mycenienne__du_mythe_a_l_histoire.asp.

Encyclopædia universalis. Version Education (accès restreint). Articles "Crète antique" et "Ecritures (monde égéen)". Documents en ligne, consulté le 2009-06-08.

Evans, Arthur J., 1909. Scripta minoa : the written documents of minoan Crete with special reference to the archives of Knossos. I : The Hieroglyphic and Primitive Linear Classes. Oxford : Clarendon Press. Document en ligne sur le site de l'université de Heidelberg, consulté le 2009-06-20.
http://diglit.ub.uni-heidelberg.de/diglit/evans1909/.

Evans, Arthur J., 1952. Scripta minoa: the written documents of minoan Crete with special reference to the archives of Knossos. II : The archives of Knossos: clay tablets inscribed in linear script B. Oxford : Clarendon Press. Document en ligne sur le site de l'université de Heidelberg, consulté le 2009-06-20.
http://diglit.ub.uni-heidelberg.de/diglit/evans1952.

Février, James G., 1959. Histoire de l'écriture. 2e édition. Paris : Payot. 1ère édition 1948.

Olivier, Jean-Pierre, 1975. Le disque de Phaistos. Bulletin de Correspondance Hellénique, 99, 1 : 5 - 34. Document en ligne sur le site de l'école française d'Athènes, consulté le 2009-06-21.
http://cefael.efa.gr/result.php?issue_year=1975&section_title=Le+disque+de+Phaistos&site_id=1&actionID=simple&operator=AND.

Olivier, Jean-Pierre, 2003. Les écritures syllabiques égéennes et leur diffusion en Egypte au premier millénaire avant notre ère. in : Actes du premier forum international du Centre de Calligraphie de la Bibliotheca Alexandrina, 24-27 avril 2003. Bibliotheca alexandrina, 167-181. Document en ligne sur le site du Centre d'étude sur l'écriture et l'image (Paris 7), consulté le 2009-05-23.
http://www.ceei.univ-paris7.fr/04_bibliotheque/01/pdf/10_Jean-Pierre_Olivier.pdf.


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