Jacques Poitou
Accueil
Plan du site
Langages | Ecritures | Ecritures latines | Ecriture chinoise | Numérique | Cryptographie | Typographie | Reproduction et transmission | Censure | Lexique | Jeux
Origine | Ecritures alphabétiques | Pictogrammes | Proto-élamite | Hiéroglyphes égyptiens | Ougaritique | Cunéiforme | Grec | Arménien | Crétois | Arabe | Hébreu | Runique | Gotique | Cyrillique | Russe | Ukrainien | Serbo-croate | Vallée de l'Indus | Kharoshthi | Brahmi | Birman, khmer, lao, thaï | Indonésien | Orkhon | Mongol | Dongba | Transcription

Hiéroglyphes anatoliens


Les hiéroglyphes anatoliens ont été utilisés du XVe au VIIIe siècle avant notre ère pour transcrire le louvite, langue indo-européenne proche du hittite. Cette écriture est attestée d'abord sur des sceaux et sur des inscriptions gravées sur pierre et trouvées sur le territoire de l'empire Hittite, qui s'étendait sur une grande partie de l'Anatolie et le nord du territoire actuel de la Syrie.

hiero Ecriture hiéroglyphique (2e moitié du VIIIe s. avant notre ère). Karkamış.
Musée des civilisations anatoliennes, Ankara.

Evolutions et déchiffrement

On distingue deux phases dans l'utilisation de cette écriture. Dans une première phase (à partir du XVIIe siècle selon Klock-Fontanille 2008), elle n'est attestée que par des signes à valeur logographique sur des sceaux, et il est douteux qu'ils traduisent une langue spécifique ; ce seraient de simples pictogrammes, dont la valeur était peut-être initialement uniquement décorative.

– Reproduction d'un sceau (1400 avant notre ère) sur le site du British Museum :
http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/me/h/haematite_seal.aspx.

voirPictogrammes

Dans une seconde phase, à partir de la fin du XVe ou du début du XIVe siècle avant notre ère, elle constitue un véritable système d'écriture du louvite. Klock-Fontanille (2008) en précise ainsi les caractéristiques :

This scribal phase thus shows several characteristics : 1) organization of the symbols in a system connected with the cuneiform one ; 2) extension to other supports ; 3) influence of a complex written system like the cuneiform one; 4) introduction of the fully syllabic written form for the names of the king.

It is, indeed, only in the second half of the 13th century B.C. and at the beginning of the 12th century that the use of the hieroglyphic script for long inscriptions on rock or stone spreads, with introduction of the grammatical suffixes which make it possible to recognize the language in which the inscription is written. During this period, too, the use of the hieroglyphic script develops for nonofficial documents develops.

Cette écriture hiéroglyphique est utilisée, dans le monde hittite, en concurrence avec une écriture cunéiforme (d'origine akkadienne), dans une sorte de diglossie : le cunéiforme est utilisé pour les documents administratifs écrits sur des tablettes d'argile, et les hiéroglyphiques essentiellement pour des inscriptions monumentales destinées d'abord à être vues. Klock-Fontanille (2008) présente ainsi leur complémentarité :

If one regards them as a whole, and not as two independent entities, one realizes that, not only there is not superposition but that there is complementarity :
– one is imported, the other is indigenous.
– the support is different : the cuneiform script is used on clay tablets, the hieroglyphic one, for a great part, on rock faces. Moreover, whereas Mesopotamians, inventors of the cuneiform script, employed this one as well for monumental inscriptions on stone as on clay tablets, the Hittites used the cuneiform script only on clay tablets and noted the monumental inscriptions in hieroglyphs.
– their finality is different : one was used by the scribes for the official archives (palaces, temples), with the aim of storing, of recording and of memorizing information. The other was primarily shown, outside, on rock faces to act permanently on crowds.
– one would be "international", the other "national".

voirCunéiforme

– Reproduction d'une tablette en vieil-assyrien et écriture cunéiforme (vers 1850 avant notre ère) sur le site du British Museum :
http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/me/c/cuneiform_tablet_and_envelope.aspx.

Après la destruction de l'empire Hittite (XIIIe siècle), le cunéiforme cesse d'être utilisé. Seul le hiéroglyphique susbiste jusqu'à la fin des royaumes hittites (VIIIe siècle avant notre ère).

Les sites hittites d'Anatolie commencent à être découverts au XIXe siècle, mais les fouilles archéologiques à Hattuşa (nom turc actuel : Boğazkale), la capitale hittite, commencent en 1906. Dix ans plus tard, l'écriture cunéiforme hittite est déchiffrée et la langue identifiée comme d'origine indo-européenne. Le déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique ne sera réalisé que quelques décennies plus tard.


Origine des hiéroglyphes anatoliens

Les hiéroglyphes anatoliens présentent des ressemblances avec les hiéroglyples égyptiens ou avec les écritures crétoises, mais la question d'une éventuelle influence étrangère (plutôt égéenne qu'égyptienne) reste controversée ; voir Mora 1994, qui avance l'hypothèse suivante en s'appuyant d'une part sur la différence entre les premiers signes présents sur les sceaux et dans les inscriptions monumentales postérieures et d'autre part sur l'existence de deux écritures – cunéiforme et hiéroglyphique :

Les scribes "cunéiformes" auraient […] pris conscience des potentialités d'un système précédemment utilisé avec des finalités "non littéraires", qui apparaissait beaucoup plus indiqué que le cunéiforme pour être mémorisé et compris, au moins en ce qui concernait certains glyphes "essentiels" ; ils l'auraient donc exploité, en le codifiant comme un véritable système d'écriture syllabique, pour des inscriptions de propagande dans lesquelles les caractéristiques d'une écriture "à voir" étaient certainement préférables à celles d'une écriture uniquement "à lire". (Mora 1994 : 215)

voirHiéroglyphes égyptiens
voirEcritures crétoises et égéennes


Fonctionnement de l'écriture

Les hiéroglyphes s'écrivent (plus ou moins) en ligne, le plus souvent en boustrophédon (une ligne dans un sens, la suivante dans l'autre).

On compte plusieurs centaines de signes qui ont trois fonctions distinctes :

– des logogrammes, qui représentent des signes (des unités lexicales) et dont le graphisme correspond à une représentation stylisée de leurs référents ;
– une soixantaine de signes à fonction phonographique ; ils représentent soit l'une des trois voyelles a, i et u, soit une consonne associée à l'une de ces trois voyalles (ha, hi, hu...) – c'est-à-dire des syllabogrammes –, la consonne seule pouvant être représentée par l'un de ces syllabogrammes ; il semble que ces syllabogrammes aient été créés selon le principe de l'acrophonie (le graphisme d'un signe sert à représenter l'initiale de son signifiant) ;
– des déterminatifs : des logogrammes employés, en liaison avec des signes à fonction phonographique, pour indiquer la catégorie générique dont relève le signifié du signe.

On obtient donc une écriture mixte dans laquelle les signes peuvent être représentés soit par des logogrammes, soir par des syllabogrammes, soit par une combinaissn des deux. . Exemple : trois modes de représentation de [wawis], vache (d'après Melchert 1996 : 122) :

bos
1. logogramme seul ; 2. syllabogrammes seuls (le signe pour sa représente la seule consonne) ; 3. pictogramme avec complément phonétique.

– On trouvera une liste des signes sur le site du portail d'hittitologie de l'université de Mainz :
http://www.hethport.uni-wuerzburg.de/luwglyph/Signlist.pdf.

En voici juste quelques-uns (le sens est indiqué, selon les conventions usuelles, en latin et en majuscules) :

anat


Références bibliographiques

Dhorme, Edouard, 1933. Où en est le déchiffrement des hiéroglyphes hittites ? Syria 14, 4 : 341-367. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2010-03-16.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/syria_0039-7946_1933_num_14_4_3703.

Everson, Michael, 2007. Proposal to encode Anatolian Hieroglyphs in the SMP of the UCS. Document en ligne, consulté le 2010-03-15.
http://std.dkuug.dk/jtc1/sc2/wg2/docs/n3236.pdf.

Gonnet, Hatice, 1998. Les grands traits de l'histoire hittite. Document en ligne sur le site de Clio, consulté le 2010-03-16.
http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_grands_traits_de_lhistoire_hittite.asp.

Klock-Fontanille, Isabelle, 2008. The Invention of Luwian Hieroglyphic Script. Document en ligne, consulté le 2010-03-15.
http://www.caeno.org/origins/.

Le musée des civilisations anatoliennes. Ankara, s.l.n.d.

Melchert, H. Craig H., 1995. Indo-European Languages in Anatolia. in : Sasson, Jack M. (ed.), 1995. Civilizations of the Ancient Near East. Vol. IV. New York : MacMillan, 2151-2159. Document en ligne sur le site de l'auteur (University of California), consulté le 2010-03-15.
http://www.linguistics.ucla.edu/people/Melchert/cane.pdf.

Melchert, H. Craig, 1996. Anatolian Hieroglyphs. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 120-124. Document en ligne sur le site de l'auteur (University of California), consulté le 2010-03-15.
http://www.linguistics.ucla.edu/people/Melchert/hluvianscript.pdf.

Melchert, H. Craig, s.d. The Position of Anatolian. à paraître in : Andrew Garrett, Andrew & Weiss, Michael (eds). The Oxford Handbook of Indo-European Studies. Oxford: University Press. Document en ligne sur le site de l'auteur (University of California), consulté le 2010-03-15.
http://www.linguistics.ucla.edu/people/Melchert/The%20Position%20of%20AnatolianRevised3.pdf.

Mora, Clelia, 1994. L'étude de la glyptique anatolienne. Bilan et nouvelles orientations de la recherche. Syria 71, 1-2 : 205-215. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2010-03-16.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/syria_0039-7946_1994_num_71_1_7374.


© Jacques Poitou 2010.