Jacques Poitou
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Ecritures alphabétiques


Aux origines des alphabets

Les origines des écritures alphabétiques se situent au Proche- et au Moyen Orient, dans une vaste région qui va de la Méditerranée au golfe Persique. Au cours du second millénaire avant notre ère y apparaissent différentes écritures utilisées d'abord pour des langues sémitiques et qui se distinguent des écritures antérieures (écritures égyptiennes ou cunéiforme akkadien) par le passage à un système consonantique.

Ces écritures anciennes ont été découvertes à des époques relativement récentes : milieu du XIXe siècle pour le phénicien, 1905 pour les écritures proto-sinaïtiques et 1929 pour l'ugaritique (ougaritique). Leur déchiffrement et leur filiation ont été et sont encore l'objet de nombreux débats entre les spécialistes. Mais quels que soient les maillons et les embranchements de cette évolution, il apparaît attesté que les écritures alphabétiques ont bien leur origine dans des transformations des écritures égyptiennes (voir Lemaire 2007 pour une présentation de la diffusion des écritures consonantiques et Lemaire 2002 pour une présentation plus succincte). Dans les Annales XI, 14, Tacite le notait ainsi :

Primi per figuras animalium Aegyptii sensus mentis effingebant (ea antiquissima monimenta memoriae humanae impressa saxis cernuntur), et litterarum semet inuentores perhibent; inde Phoenicas, quia mari praepollebant, intulisse Graeciae gloriamque adeptos, tamquam reppererint quae acceperant.
(http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Tacite_annalesXI/texte.htm)

Les Égyptiens surent les premiers représenter la pensée avec des figures d'animaux, et les plus anciens monuments de l'esprit humain sont gravés sur la pierre. Ils s'attribuent aussi l'invention des lettres. Les Phéniciens, disent-ils, plus puissants sur mer, les portèrent dans la Grèce, et eurent le renom d'avoir trouvé ce qu'ils avaient reçu.
(http://bcs.fltr.ucl.ac.be/tac/AnnXI.html)

Ecritures proto-sinaïtiques et proto-cananéennes

Découvertes dans la première moitié du XXe siècle dans le Sinaï puis en Palestine, ces inscriptions (voir plus bas l'exemple de quelques signes) présentent une écriture dont le graphisme apparaît comme une adaptation des hiéroglyphes égyptiens. Les 23 signes qu'elles comprennent notent, pour les langues sémitiques qu'elles transcrivent, les consonnes, selon le principe de l'acrophonie (par exemple, la consonne b est représentée par un signe correspondant à une maison, bet en sémitique).

Ecriture ugaritique (ougaritique)

Page spéciale : écriture ugaritique

Ecriture phénicienne

Les premières attestations de l'alphabet phénicien remontent à la fin du IIe millénaire avant notre ère. Il comporte 22 signes.

phenicien

Une lettre a fondamentalement un nom (c'est-à-dire un signifiant représentant originellement un signifié) et une valeur phonographique, celle du premier segment du signifiant dont la lettre est le signifié (acrophonie). En outre, dans un alphabet, les lettres sont disposées dans un ordre fixe (le mot alphabet est lui-même formé du nom des deux premières consonnes de l'alphabet grec). L'origine de cet ordre demeure mystérieuse et se perd en tout cas dans la nuit des temps.

La filiation avec les signes de l'écriture proto-sinaïtique paraît nette, au moins pour certains d'entre eux.

phenicien

(d'après Daevis in Bonfante & Chadwick 1994 : 178)


Généalogie des alphabets

Selon Healey (in Bonfante & Chaldwick 1994 : 325), la généalogie des écritures anciennes s'établit ainsi. Des écritures proto-sinaïtiques et proto-cananéennes sont issues :

écritures sud-arabiques (descendant : éthiopien) ;
voirugaritique ;
phénicien, d'où sont issus :
    – hébreu ancien (Xe s. avant notre ère) ;
    voirgrec (VIIIe s. avant notre ère). Descendants principaux, directs ou indirects :
       – étrusque (VIIe s. avant notre ère) ;
       voirlatin (Ve-IVe s. avant notre ère) ;
       voirrunique (Ier s.) ;
       voirgotique (IVe s.) ;
       – géorgien (Ve s.) ;
       voirarménien (Ve s.) ;
       voircyrillique (IXe s.) ;
– l'araméen (Xe-VIIIe s. avant notre ère). Descendant principal :
       voir arabe (IVe-Ve s.) ;
       voir hébreu carré (IVe s. avant notre ère)

arameen Ecriture araméenne (palmyrénienne) dans l'antique cité de Palmyre.
Tadmur (Syrie), 2008.

Les écritures anciennes du subcontinent indien, la kharoshthi certainement et la brahmi sans doute (selon une majorité de spécialistes), sont elles aussi plus ou moins issues de ces écritures sémitiques, et donc aussi les écritures qui dérivent de la brahmi : phags pa (en Mongolie), tibétain, les écritures du subcontinent indien (devanagari, gurmukhi, bengali), de Sri Lanka (singhalais), de la péninsule indochinoise (birman, khmer, laotien, thaï) et du monde indonésien (javanais) – pour n'en citer que quelques-unes. Cela signifierait que toutes les écritures actuellement en usage – à l'exception (certes notoire !) des écritures chinoise et coréenne – remonteraient plus ou moins à une même origine proche-orientale.

voirKharoshthi
voirBrahmi
voirBirman, khmer, laotien, thaï


Références bibliographiques

Bonfante, Larissa, Chadwick, John, et al., 1994. La naissance des écritures. Du cunéiforme à l'alphabet. Traduit de l'anglais. Paris : Seuil 1994.

Brekle, Herbert K, 1997. De l'alphabet proto-phénicien à l'écriture grecque. Histoire Epistémologie Langage 19, 1 : 177-186. Document en ligne, consulté le 2009-05-22.
http://kaali.linguist.jussieu.fr/HEL_public_domain/HEL_19_1/HEL_19_1_pp177-186.pdf.

Février, James G., 1959. Histoire de l'écriture. 2e édition. Paris : Payot. 1ère édition 1948.

Lemaire, André, 2001. Origine de l'alphabet et écritures ouest-sémitiques. in : Christin, Anne-Marie (ed.), 2001. Histoire de l'écriture du pictogramme au multimédia. Paris : Flammarion, 203-215.

Lemaire, André, 2002. L'écriture alphabétique au Proche-Orient ancien. Document en ligne, consulté le 2008-01-05.
http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_l_ecriture_alphabetique_au_proche-orient_ancien.pdf.

Lemaire, André, 2007. La diffusion des écritures alphabétiques (ca 1700-500 av. n. è.). Diogène 218 : 52-70. Document en ligne sur le site de Cairn (accès restreint), consulté le 2009-05-22.

Touratier, Christian, 2009. L'alphabet phénicien. De lingua latina 2. Document en ligne, consulté le 2013-12-12.
http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/Alphabet_phenicen_Ch_Touratier.pdf.


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