Jacques Poitou
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Internet : partage et diffusion



Internet permet la mise en commun de ressources stockées sur des ordinateurs distants. C'était là également l'un des objectifs majeurs du développement des réseaux, particulièrement dans le domaine de la recherche, qui a été l'un des berceaux d'Internet. Les réseaux ont d'abord relié des centres de recherches et des universités bien avant d'être utilisables par le grand public et de devenir un enjeu commercial.

Des sites comme Napster (première manière) ou ceux qui lui ont succédé, conçus comme lieu virtuel d'échange de fichiers musicaux entre particuliers (P2P), correspondent à cette philosophie initiale, mais posent le problème des droits d'auteur – c'est-à-dire à la fois de la rémunération des artistes et de la législation en la matière. Les principes de cette législation datent de l'époque où les possibilités de copie et de transmission n'étaient pas ce que permet maintenant le numérique.

Le grid computing consiste à mettre en réseau des milliers d'ordinateurs distants pour mener à bien des recherches scientifiques demandant une puissance de calcul considérable. Le cloud computing consiste en une utilisation du réseau pour le stockage des données et des applications : au lieu que les unes et les autres soient stockées sur chaque ordinateur, elles le sont sur des serveurs distants et peuvent être appelées grâce à des connexions rapides. Voir aussi le principe des espaces de travail partagé avec la mise en commun de documents pour les membres d'un même groupe de travail.


Copier-coller et plagiat

voirPage spéciale sur le plagiat


Wikipédia

Wikipédia, baptisé "encyclopédie libre", est lancé au début du XXIe siècle par un homme d’affaires qui se consacrait jusqu’alors au commerce en ligne de photos dites de charme ou pornographiques… Chacun peut contribuer à l’entreprise comme il l’entend, anonymement, et y écrire dans son style sa façon de voir les choses et ce qu’il croit savoir en fonction de ses compétences et incompétences, les articles pouvant être modifiés par d’autres, également dans leur style et en fonction de leurs compétences et incompétences. Rien à voir, donc, avec des encyclopédies dignes de ce nom comme l’Encyclopædia universalis, la Britannica ou – plus anciennement – celle de Diderot et D’Alembert, dont les auteurs étaient et sont sélectionnés en fonction de leurs compétences avérées et reconnues. Du fait de son mode de fonctionnement, la caractéristique principale de Wikipédia est son absence de fiabilité, d’où sa dangerosité pour qui prend ce qu'il y trouve pour argent comptant, d'autant plus que ses pages sont souvent citées en tête des résultats de recherche affichés par le moteur de recherche le plus utilisé.


renrou sousuo (Chine)

Dans un tout autre genre, il faut mentionner le phénomène chinois du renrou sousuo (moteur de recherche en chair humaine) : au travers de blogs et de forums, des milliers d’internautes mettent en commun leurs efforts à propos de tel ou tel problème ou de telle ou telle personne. Quatre exemples :

– l’affaire du vrai-faux tigre (2007). – Un paysan, Zhou Zhenglong, prétend avoir aperçu dans la forêt un tigre d’une espèce en voie de disparition et en présente plusieurs photos. Celles-ci sont rapidement authentifiées par les autorités forestières locales qui espèrent tirer profit de la découverte (subventions, tourisme). Mais les internautes se saisissent de l’affaire et peu de temps après, l’un d’entre eux découvre chez lui une vieille affiche de Nouvel An où figurait le même visage de tigre. La supercherie est démasquée, le faussaire condamné et les autorités locales sanctionnées.

– Article de China Daily du 2010-05-06 "Chinese farmer imprisoned for fake tiger photos" :
http://www.chinadaily.com.cn/life/2010-05/06/content_9815670.htm.

– l’affaire Wang Qianyuan (2008). – Lors d’affrontements dans une université américaine sur la question du Tibet en 2008, une étudiante chinoise, Wang Qianyuan, qui se fait appeler Grace Wang, veut inciter des étudiants américains supporters du dalaï-lama et des étudiants chinois à discuter entre eux et elle accepte d’écrire "Free Tibet" sur un T-shirt en échange de la promesse d'un dialogue plus serein. Le soir même, on se déchaîne contre elle dans des blogs, on indique son identité et celle de ses parents, qui vivent en Chine, et ceux-ci sont immédiatement l’objet d’insultes, de menaces et de persécutions physiques de la part d’internautes présents dans leur ville. Ils doivent promptement déménager.

– Article de Grace Wang dans le Washington Post du 2008-04-20 "Caught in the Middle, Called a Traitor" :
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/04/18/AR2008041802635.html.

– le tremblement de terre du Sichuan (2008). – Quelques minutes seulement après l’annonce officielle du séisme le 12 mai 2008, la nouvelle se diffuse comme une traînée de poudre sur Internet aux quatre coins de la Chine, et les appels à la mobilisation et à la solidarité fusent : aller aider sur place ! donner son sang ! donner de l’argent ! De fait, Internet joue un rôle décisif dans la mobilisation du pays, essentiellement auprès de la fraction de la population la plus connectée et qu’on disait jusque là plus intéressée par les perspectives de carrière que par le souci du bien public : la jeunesse. En allant chatter – brièvement – avec des internautes le 20 juin 2008, Hu Jintao lui a rendu symboliquement hommage.

– Article du Renmin Ribao du 2008-06-24 "When the General Secretary became a Netizen" :
http://english.peopledaily.com.cn/90001/90780/91342/6435942.html.

– "Mon père, c'est Li Gang" (2010). – Sur le campus de l'université du Hebei, le 16 octobre 2010, un jeune homme, Li Quiming, sous l'emprise de l'alcool, renverse avec sa voiture deux personnes dont l'une décède peu après et l'autre est blessée. Il ne s'arrête pas pour porter secours à ses victimes. Interpellé peu après par des policiers, il leur lance : "Inculpez-moi si vous en avez le courage. Mon père, c'est Li Gang." Son père est chef adjoint de la police dans le district. La nouvelle se répand rapidement sur Internet, les "moteurs de recherche en chair humaine" se mettent en branle et les internautes se déchaînent contre le fils et le père. Les sarcasmes fusent : "Pas de panique après un crime puisque mon père, c'est Li Gang", "Je ne paie jamais mes factures de téléphone puisque mon père, c'est Li Gang", etc. Des concours de poésie sont lancés, l'objectif étant de glisser la phrase "Mon père, c'est Li Gang" dans des poèmes classiques. Des internautes mettent en doute la sincérité des excuses du fils et du père présentées à la télévision et d'ailleurs refusées par les familles des victimes. – Le 27 octobre, le Renmin Ribao lui-même évoque l'affaire sous le titre : "La colère du public à propos d'un accident suivi de délit de fuite est l'expression d'une demande de justice sociale". – Finalement, Li Quiming est condamné en janvier 2011 à six ans de prison et il doit verser 460 000 yuans de compensation à la famille de la victime décédée et 92 000 yuans à la personne blessée. – Mais… selon une enquête menée par deux journalistes de Hebei Legal Systems News (2011-03-29) et traduite sur le site EastSouthWestNorth, Li Quiming n'aurait pas prononcé les propos qu'on lui attribue. De même, d'autres informations lancées sur Internet ne seraient pas conformes à la réalité...

– Article de Global Times du 2010-10-25 "Father and son apology for hit-and-run seen as 'show'" :
http://www.globaltimes.cn/china/society/2010-10/585212.html.
– Article du Renmin Ribao du 2010-10-27 "Public anger over hit-and-run case reflects call for social justice" :
http://news.xinhuanet.com/english2010/indepth/2010-10/27/c_13577445.htm.
– Article de China Daily du 2011-01-27 "Son of 'Li Gang' confesses to accident" :
http://usa.chinadaily.com.cn/china/2011-01/27/content_11926609.htm.
– The Hyping Of "My Dad Is Li Gang"
(2011-03-29), publié sur le site EastSouthWestNorth :
http://www.zonaeuropa.com/20110403_1.htm.


© Jacques Poitou 2017.