Jacques Poitou
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Textes numériques


Variété des échanges par le réseau

Le réseau permet la diffusion et l'échange d'informations. Il constitue un moyen de communication diversifié entre les internautes. On peut distinguer plusieurs types d'utilisation du réseau selon trois critères principaux :

– les échanges sont-ils publics ou privés ? Il ne s'agit pas d'une simple dichotomie. Entre les échanges strictement privés entre deux partenaires et les échanges entièrement publics, il peut y avoir des échanges réservés à des communautés particulières et inaccessibles au reste du monde (distinction entre l'intranet et Internet, utilisation des codes d'accès pour certains fichiers).
– la communication est-elle synchrone, immédiate, ou asynchrone, en différé ?
– de quelle nature sont les échanges (texte, image, vidéo, etc.) et à quelles contraintes sont-ils soumis ?

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Quelques exemples

Quand A consulte la page web de B, il va chercher à l'adresse voulue l'information que B y a placée, et à laquelle, si le site est d'accès public, tout internaute peut avoir accès. Il ne s'établit pas de communication autre entre A et B. L'échange s'arrête là.

A envoie un mail à B, B le reçoit au plus tôt quelques secondes plus tard, et il y répond, s'il le veut, tout de suite ou plus tard. Nul autre que A et B ne peut intervenir dans cet échange : il s'agit d'une communication privée et asynchrone. Le mail lui-même peut contenir toutes sortes de documents (texte, image, vidéo, son).

A se connecte au site de la banque B pour savoir l'état de son compte : A doit s'identifier auprès de B (code d'accès, mot de passe) pour que B lui transmette les informations demandées. Le site de B est public, mais l'échange est privé : nul autre que A ne peut obtenir les mêmes informations. Et A ne peut pas demander n'importe quelle information à B : le contenu des échanges est soumis à des contraintes précises. B ne peut fournir à A que le type d'informations qui a été prévu.

A se connecte au site de la banque B pour effectuer un virement. Là aussi, la communication entre A et B, qui se fait sur le site public de B, est privée. Elle est plus développée que dans le cas d'une simple consultation du compte : A demande à B d'effectuer une action extérieure, A doit répondre à plusieurs questions de B (de quel compte, vers quel compte, quand, combien, etc.). Une fois ces informations reçues, B demande confirmation à A pour s'assurer qu'il ne s'est pas trompé, B déclenche les opérations d'exécution de l'ordre et confirme à A qu'il l'a bien exécuté. La communication est ainsi constituée de plusieurs échanges, il s'agit d'une communication privée, synchrone, et fortement contrainte. Si A veut demander à B d'exécuter un ordre dont il n'est pas prévu que B le fasse, la communication sera un échec immédiat.

A se connecte à un site public d'exercices de langue. Quand il fait un exercice, il répond à une question posée par l'auteur de la page, B. Pour cela, il saisit la réponse dans un cadre approprié. Et il obtient une réponse de B, qui est, classiquement, l'évaluation par B de la qualité de la réponse de A et le cas échéant une aide. Il s'agit d'une communication synchrone, mais fortement contrainte : A ne peut pas saisir autre chose que ce qui est demandé, et B ne peut pas répondre autre chose que ce qui est prévu. La communication entre A et B est privée.

A se connecte à un forum de discussion sur un sujet. Ce forum peut être public ou soumis à des conditions d'accès, pour la lecture et pour l'écriture : A peut être ou non autorisé à y lire les contributions d'autrui, A peut être ou non autorisé à y écrire une contribution. Il s'agit d'une communication asynchrone à partenaires multiples. Si l'accès est libre pour la lecture, chacun peut lire les contributions de tous : B pose une question ou lance un thème. C répond à B, D peut répondre à B ou à D, etc.

On pourrait multiplier les exemples. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que, dans tous les cas, il y a toujours communication entre deux partenaires. Et cette communication suppose au minimum que l'internaute (A) en prenne l'initiative. La communication ne peut être engagée à son insu ni sans son accord. Certes, les opérations auxquelles procède l'internaute peuvent déclencher des échanges qu'il n'a pas voulus. Ainsi, si A se connecte au site de B, B peut avoir prévu (ou autorisé) que quiconque se connecte à son site voie s'ouvrir une autre fenêtre où apparaissent des informations non recherchées par B (publicitaires par exemple). Mais sauf dysfonctionnement, virus ou piratage, la communication ne peut s'ouvrir sans initiative de l'internaute. Elle ne peut pas non plus se poursuivre indéfiniment sans action de sa part – à moins que B ait prévu sur son site une suite d'action en boucle (par exemple une série de photos qui repasse indéfiniment). Hormis ce cas particulier, si A ne fait rien d'autre, il est condamné à ne voir jamais que ce qui apparaît dans le cadre de la fenêtre qui est ouverte. En ce sens, toute utilisation du réseau repose sur l'interactivité, si minimale soit-elle, et d'abord sur l'activité de l'internaute.


Pages web

Une page web, telle qu'elle apparaît à l'écran, peut être constituée d'un ou plusieurs cadres (frames), qui constituent autant de zones autonomes dans la page avec, le cas échéant, leurs propres ascenseurs. Chaque cadre – ou la page elle-même si elle n'est pas constituée de plusieurs cadres – peut comprendre :

– un mélange de textes et d'images ; les textes peuvent être soit insérés dans la page comme texte ou comme image (avec mise en forme et fond particuliers – c'est le cas des bandeaux publicitaires) ; les images peuvent être fixes ou animées, les textes eux-mêmes peuvent être intermittents ou défiler dans la page.
différentes animations qui peuvent se dérouler en continu ou être déclenchées par des actions de la souris (à l'ouverture de la page, à la fermeture, lors du passage du curseur à tel ou tel endroit).
– un fond sonore, des bruits divers peuvent être associés aussi à telle ou telle action de la souris.
– enfin, et surtout, des éléments de la page (segments de texte ou images) peuvent constituer des liens vers d'autres pages, et permettre ainsi la navigation vers l'extérieur de la page. Ces liens peuvent dans certains cas se reconnaître à quelque signe distinctif (les liens texte sont par défaut en bleu et soulignés). Ils peuvent aussi n'apparaître comme tels que par la forme spécifique que prend le curseur quand il passe dessus (une petite main). C'est le cas notamment des images cliquables. Leur découverte nécessite alors l'intervention du lecteur, qui ne voit les potentialités de la page que grâce à son activité par l'intermédiaire de la souris.

Sur le serveur sur lequel elle est installée, la page dans son ensemble est constituée d'autant de fichiers qu'elle compte d'éléments spécifiques. L'un de ces fichiers, qui donne son adresse à la page, est une sorte de coquille constituée uniquement de texte et destinée à accueillir tous les autres éléments multimédia, stockés dans des fichiers spécifiques, voire dans des dossiers spécifiques, voire sur des serveurs différents.

Organisations de la page et du site

L'internaute n'a pas accès directement à l'organisation des pages web telles qu'elles sont installées sur le serveur, même si cet accès ne lui est pas interdit (il suffit de regarder dans Source de la page pour en découvrir le code et de regarder l'URL pour voir la hiérarchie des dossiers.

Il y a sur ce plan une triple organisation des pages web :

– un ensemble de fichiers répartis dans un ensemble hiérarchisé de dossiers installés sur le serveur ou sur des serveurs ;
– chaque page telle qu'elle apparaît  : une seule page par fenêtre ou par onglet, et si la page est trop large ou trop longue, une partie seulement ;
– les pages telles qu'elles sont lues par chaque lecteur en fonction de l'utilisation des ascenseurs et des liens sur lesquels il clique.

A cela s'ajoute le fonctionnement hypertextuel des pages web.

voirNumérique, multimédia, hypertexte

Forme de la page

La forme de la page est conditionnée à la fois par la façon dont elle est faite (c'est-à-dire par la façon dont elle est codée) et par la façon dont elle est interprétée par le navigateur. Et chaque navigateur interprète et représente la page en partie en fonction de la façon dont il est configuré.

Ainsi, les intertitres de cette page sont codés comme <h1> et <h2>. Ces intertitres sont reconnus comme tels par les navigateurs, qui les interprète et les fait apparaître en fonction des préférences définies par l'internaute. Mais la liberté d'interprétation du navigateur peut être restreinte lors de la création de la page : définition de polices préférentielles pour la représentation du texte, utilisation d'une feuille de style (CSS : cascading style sheet), définition de couleurs pour le fond, le texte, les liens.

Ainsi, l'aspect des titres de niveau 1 est sur cette page contraint par la feuille de style associée à cette page : ils doivent être en Arial ou à défaut en Helvetica ou à défaut dans une autre police sans sérif (selon les polices disponibles dans l'ordinateur de l'internaute), de 17 pixels, gras et alignés à gauche.

L'internaute peut aussi configurer son navigateur de façon à ce qu'il ne fasse pas apparaître certains éléments prévus : il peut bloquer les fenêtres surgissantes (pop-up), il peut désactiver tous les éléments écrits en javascript, il peut éliminer tout son, toute animation, etc.

Bilan : si le contenu d'une page web est de la seule responsabilité de l'auteur de la page, son apparence est le fruit d'une coopération (consciente ou inconsciente) entre l'auteur et le lecteur – par le biais de la technique. C'est là sans aucun doute une autre différence fondamentale avec l'écrit-papier.

voirFormat d'une page web

Caractère éphémère des pages web

La façon dont le lecteur navigue entre les pages est contraint par les possibilités que lui offre l'auteur de la page. Plus il y a de liens, plus le lecteur a l'embarras du choix. Ce qui veut dire qu'une succession de pages n'est jamais lue de la même façon : il y a tendanciellement autant de lectures différentes que de lecteurs différents ou de moments différents où un même lecteur lit la page. Toute lecture est unique en son genre. Elle est un acte éphémère, rarement répété à l'identique.

Certes, cette unicité de toute lecture n'est pas spécifique aux pages web. Elle est normale également dans la lecture de certains textes écrits sur papier (dictionnaires, catalogues, etc.), tandis que d'autres types de textes (poèmes ou romans) sont faits pour être lus linéairement, c'est-à-dire d'une seule façon.

Par ailleurs, les pages web peuvent être si facilement modifiées par l'auteur qu'elles sont aussi fondamentalement éphémères. Elles peuvent être mises à jour et donc changer sans que le lecteur internaute en soit autrement averti. Autrement dit, il n'est pas sûr qu'une page vue un jour soit la même le lendemain. Ce qui pose – incidemment – la question de l'archivage des pages web : si une grande bibliothèque (comme la BnF) peut archiver tous les ouvrages qui paraissent ou sont l'objet de rééditions, comment archiver toutes les versions successives des pages web ? Certes, un tel archivage, s'il était possible, ne serait pas nécessairement très pertinent (est-il vraiment utile de conserver la version précédente de cette page qui ne diffère peut-être de l'actuelle que par quelques coquilles ?), mais sur un plan général, les pages et les sites tels qu'ils ont été et ne sont plus constituent des moments de l'évolution culturelle.


Courrier électronique

Dans un message électronique, les paramètres de la situation de discours sont inscrits automatiquement dans l'en-tête, à l'exception du destinataire (ou des destinataires) qui doit être choisi par l'émetteur s'il ne s'agit pas d'une réponse à un message reçu. La signature et les coordonnées générales de l'émetteur (titres, fonctions, etc. adresse, téléphone, etc.) peuvent être également générées automatiquement à la fin du texte ainsi qu'une éventuelle formule de politesse. La production du message peut donc se limiter à la rédaction de son contenu. Le contenu du message peut lui-même être partiellement automatisé.

L'envoi du message se fait d'un simple clic de souris et sa réception par le destinataire est immédiate (s'il est connecté à Internet). Cette rapidité et cette simplicité d'élaboration, par différence avec les procédures complexes et longues du courrier postal, font ressembler cette forme de communication écrite à une communication orale.

Les conventions usuelles dans le courrier papier (privé ou professionnel) tendent à disparaître : on ne dit que ce qu'on a à dire, directement, d'autant plus que la réponse à un message peut inclure tout ou partie du message auquel on répond.

La langue utilisée dans les courriers électroniques tend aussi à différer d'une langue écrite standard : le texte est moins élaboré, on laisse éventuellement des fautes de frappe, on utilise éventuellement des abréviations diverses non usuelles dans la langue écrite (a+), on manifeste ses réactions non par du texte, mais par des icônes représentant des états d'âme ( les smileys :-) :-( :-D etc.

voirEcriture numérique rapide


Forums de discussion

Les forums de discussion sont des espaces de communication asynchrone entre internautes.

Leur accès peut être plus ou moins libre, aussi bien pour la lecture que pour l'écriture. Il peut être limité à une communauté particulière.

Pour l'écriture, deux pratiques existent : dans la première, chaque participant habilité peut produire et afficher directement sa contribution, qui sera alors immédiatement visible des autres participants ; mais le forum peut être aussi modéré : chaque participant doit alors soumettre son texte à un modérateur qui peut seul décider de le publier ou non à l'intention des autres participants.

Pour la lecture, dans le cas de forums publics, tous les internautes – et non seulement ceux qui participent activement au forum en y produisant des textes – peuvent voir l'intégralité des échanges.

La situation de discours est plus complexe que dans une simple conversation. Un premier participant A lance un thème ou pose une question, soulève un problème, émet un avis. Cette contribution peut être lue par tous les internautes qui ont accès au forum et qui peuvent éventuellement répondre à A. Une question unique de A peut donc donner lieu à une réponse de la part de plusieurs interlocuteurs, B1, B2, etc. sans qu'ils aient connaissance des réponses des autres internautes. Tous ces échanges apparaissent sur une page web dans leur ordre de production. Un participant C peut intervenir et répondre soit à A, soit à B1, B2 etc. Et ainsi de suite. Un texte unique peut donc déclencher un chapelet de réponses, qui peuvent, comme dans toute conversation, rester centrées sur le thème initial ou dériver de fil en aiguille vers des thèmes tout à fait différents. Et chaque personne connectée au forum a la possibilité de voir en un même temps (ou presque) la totalité des échanges déjà réalisés, disposés chronologiquement.

Mais l'ensemble des échanges est aussi visible, toujours dans le cas de forums publics, par n'importe quel internaute qui peut se limiter au simple rôle de spectateur anonyme et muet. De ce fait, quand A pose une question ou lance un thème, c'est parce qu'il suppose qu'il va y avoir parmi les internautes susceptibles d'avoir accès au forum des gens intéressés par ce thème ou aptes à répondre à sa question. Et quand B répond, il ne répond pas seulement à A, sa réponse est susceptible d'être vue par des internautes anonymes. Et elle n'est pertinente, dans le cadre d'un forum, que si elle est susceptible d'intéresser d'autres personnes que A. Si ce n'était pas le cas, d'autres moyens de communication, comme le courrier électronique, seraient plus appropriés.

Les différences avec une conversation orale sont nettes. S'il y a le même déroulement chronologique, cette succession est transposée sur un plan spatial, et ce fait permet de voir simultanément plusieurs échanges successifs. La communication est asynchrone : les échanges peuvent être très rapides, mais les différentes contributions peuvent aussi être espacées dans le temps. Un internaute qui décide de contribuer au forum peut prendre son temps et, surtout, et c'est une différence importante avec la conversation orale, il a la possibilité de vérifier, de corriger son texte avant de déclencher sa publication : avant publication, les premiers jets restent privés. Dans les faits, la qualité de la langue – orthographe, syntaxe, etc. – utilisée varie considérablement selon le type de forum, c'est-à-dire selon le public qui y contribue (la langue utilisée dans les forums du journal Le Monde n'est pas la même que celle utilisée dans des forums d'informatique) et elle varie aussi d'un contributeur à un autre.


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