Jacques Poitou
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Sténographie, sténotypie



Tout comme dans l'Antiquité occidentale (voir la page sur les notes tironiennes), c'est le développement des débats et discours publics qui suscite le développement de techniques d'écriture rapide, surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, en France et dans le reste de l'Europe. Ces méthodes commencent à se diffuser largement dans la première moitié du XIXe siècle. Des systèmes de sténographie différents selon les langues sont mis au point dans le courant du XIXe siècle et pénètrent bientôt dans les bureaux. A la fin du XIXe siècle – peu après l'arrivée des machines à écrire – est créée une nouvelle profession, essentiellement féminine, celle de sténodactylo.

voirNotes tironiennes
voirEcritures rapides

En France, on utilise surtout deux méthodes de sténographie : la méthode Duployé (1860) et la méthode Prévost-Delaunay (1878). En Allemagne et en Autriche, une méthode unitaire a été définie dans le courant du XXe siècle, sur la base des méthodes antérieures : la Deutsche Einheitskurzschrift (DEK), sa dernière mouture date de 1968. En Angleterre, on utilise la méthode d'Isaac Pitman (1837), aux Etats-Unis, celle définie par John Gregg (1888).


Principes de l'écriture sténographique

La sténographie est, dans la plupart des méthodes, une représentation de la forme phonique, indépendamment de sa transcription graphique standard, ce qui constitue une première simplification : toute variante orthographique est éliminée. Par exemple, à [f], représenté selon la norme orthographique par <f>, <ff> ou <ph> ne correspond qu'un signe.

voirForme phonique

Le graphisme des signes est simplifié à l'extrême. Selon les méthodes, il s'agit de formes géométriques (des traits, des points, des crochets, des boucles, des courbes) ou de formes cursives ressemblant à une écriture manuscrite rapide.

voirEcriture manuscrite

Les méthodes divergent quant aux sons qu'elles représentent et qu'elles ne représentent pas. Le dilemme est d'en représenter suffisamment pour que l'écriture sténographique soit aisément décodable et suffisamment peu pour qu'elle soit la plus rapide possible – et ce avec le nombre de signes le plus réduit possible.

Exemple : dans la méthode Prévost-Delaunay, on représente les consonnes, les voyelles initiales et finales (avec signes particuliers pour les voyelles suivies de [r] ou [l] et les voyelles nasales, quelle que soit leur position. On ne représente donc pas les voyelles orales en milieu de mot.

Indépendamment des différences entre les méthodes, chacune recourt à de nombreux procédés d'abréviation, notamment pour les mots et expressions les plus fréquents.

Dernière particularité : la sténographie est essentiellement écrite et lue par la même personne, avant transcription du texte en clair. La conséquence en est que chaque sténographe peut très bien avoir des habitudes abréviatives personnelles, éventuellement indécodables par d'autres.

Ressources en ligne sur quelques méthodes de sténographie

Les méthodes de sténographie sont l'objet de nombreuses publications et manuels sur papier. Pour certaines se trouvent des manuels en ligne (liste non exhaustive).

Méthode Duployé : premier chapitre d'une méthode Duployé sur le site de l'Institut sténographique suisse Duployé.
http://www.stenographie.ch/stenographie_integrale.pdf.

Méthode Gregg sur le site personnel de Andrew Owen. Manuel en ligne (html et pdf) :
http://gregg.angelfishy.net/.

Deutsche Einheitskurzschrift (DEK), définie dans Wiener Urkunde. Version en ligne d'un manuel paru sur papier (chaque paragraphe s'ouvre dans une nouvelle page...) :
http://urkunde.stenografie.com/.


Sténotypie

Au début du XXe siècle, quelques décennies seulement après la production en série de machines à écrire, apparaissent les premiers sténotypes (de marque Grandjean pour la France), sortes de machines à écrire dédiées à l'écriture sténographique, et conséquemment, une nouvelle profession, celle de sténotypiste. Ces machines sont toujours utilisées, elles sont maintenant connectées à des ordinateurs qui permettent une accélération de la vitesse de mise en forme du texte transcrit.

stenotype

Voici comment était présentée cette nouvelle machine par l'entreprise Grandjean :

Votre temps est précieux. Celui de vos employés aussi. Pour obtenir de votre personnel le meilleur rendement, il faut donc outiller vos bureaux suivant les méthodes les plus modernes.
La Sténographie manuscrite est aujourd'hui aussi désuète que l'écriture des lettres à la main. La Sténotypie, qui constitue le dernier perfectionnement de la sténographie, vous offre les avantages suivants :
1º Dictées infiniment plus rapides.
2º Suppression totale des nombreuses erreurs qui sont inévitables dans l'ancienne sténographie manuscrite.
3º Economie de personnel. Une seule sténotypiste alimente 3 ou 4 dactylographes.
4º Les dictées sténotypées sont compréhensibles pour tous, tandis que dans la sténographie l'employée qui a pris la dictée est seule à pouvoir se relire.

(Extrait d'une publicité publiée dans la revue Mon bureau, décembre 1925 ; le dessin ci-contre était inclus dans la publicité. Source : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/se/fiche4/fiche4-3.html.)

 

Et de nos jours, voici comment est présentée la profession de sténotypiste sur le site de l'entreprise Grandjean qui commercialise toujours ces machines (pour quelque 4 000 euros (H.T.) seulement) :

Sténotypiste de Conférences, vous êtes garant de la bonne retranscription des propos tenus dans les réunions auxquelles vous assistez : comités d'entreprises, conseils municipaux, congrès, etc. Vous êtes en effet chargé de noter intégralement, à l'aide d'un clavier spécial appelé sténotype, tout ce qui se dit, mais aussi qui le dit, les réactions dans la salle (rires, applaudissements, brouhaha, etc...), le déroulement de la séance (suspension, vote, etc.). Puis vous en rédigez le compte rendu fidèle, ou une synthèse, que vous remettez à votre client sur papier et/ou disquette, car pour travailler, vous utilisez les outils informatiques d'aujourd'hui : logiciel de transcription de la sténotypie, traitement de texte, Internet, etc.
(Source : http://www.stenotype-grandjean.com)

Parmi les lieux où est employée la sténotypie figurent les assemblées parlementaires. Voici comment est présenté le processus d'établissement du compte-rendu des séances de l'Assemblée nationale dans Connaissance de l'Assemble nationale 6 (2000) :

Chargés du compte rendu intégral, les rédacteurs des débats sont installés en séance de part et d'autre de la tribune présidentielle. Ils notent les interventions, les interruptions, les réactions de l'Assemblée au moyen de la sténographie. Ils se relaient toutes les quatre minutes et disposent, leur prise faite, de cinquante minutes pour la mise en forme. Après vérification par un réviseur et, s'il y a lieu, correction de forme par l'intervenant, leur copie est acheminée par pneumatique au Journal officiel. Les épreuves reviennent dans les cinq heures qui suivent leur envoi. Elles font l'objet d'une double relecture par les réviseurs qui s'assurent que le compte rendu ne contient aucune erreur relative au déroulement de la procédure et contrôlent l'exactitude des textes (articles de projet ou de proposition, amendements...) venus en discussion et reproduits. Les épreuves sont ensuite renvoyées au Journal officiel pour impression définitive après une ultime vérification par le directeur du service. C'est ainsi que furent préparées les 11 424 pages de débats parlementaires de l'Assemblée en 1999.

[...]

A une époque où les techniques d'enregistrement audiovisuel ont été portées à un haut niveau de fiabilité, il pourrait sembler suranné de recourir à des prises manuscrites pour rendre compte du déroulement des débats. Pourtant, compte tenu des caractéristiques des séances, la sténographie demeure encore aujourd'hui le seul moyen de retracer leur cours de manière exhaustive après un important travail de mise en forme. Tout d'abord, la langue française distingue le discours oral et le discours écrit. Ensuite les orateurs sont parfois interrompus, leurs discours suscitent des murmures, des mouvements divers sur les travées, des interjections surgissent à certains moments de la discussion et aucune machine ne saurait traduire fidèlement ces interruptions et l'atmosphère générale d'une séance. Au contraire, la technique, le "métier" des rédacteurs et des secrétaires des débats leur permettent d'atteindre ces résultats et donnent aux comptes rendus français une qualité reconnue à travers le monde.
(Source : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/collection/6.asp#P54_13592)


© Jacques Poitou 2017.