Jacques Poitou
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Ecritures latines manuscrites



Les écritures latines manuscrites ont évolué au cours des âges, notamment en fonction des instruments utilisés pour écrire et des finalités de l'écriture.


Une sphère d'utilisation de plus en plus restreinte

 Avant l'introduction en Europe occidentale de techniques de reproduction de l'écrit, au XVe siècle, toute écriture y était manuscrite.

L'introduction de l'imprimerie avec des caractères mobiles en Europe occidentale, dans la seconde moitié du XVe siècle, entraîne un premier rétrécissement de la sphère d'utilisation de l'écriture manuscrite, réservée à des documents en un exemplaire ou en un petit nombre d'exemplaires (courrier, actes notariés, manuscrits destinés à l'impression, etc.).

voirTechniques d'impression de Gutenberg

En Chine, le développement de procédés de reproduction de l'écrit à partir du VIIe siècle n'a pas eu les mêmes effets. Au contraire : aussi bien l'estampage que la xylographie ont permis de sauvegarder et de diffuser des modèles calligraphiques.

voirEstampage
voirXylographie
voirCalligraphie chinoise
voirStyles de l'écriture chinoise

A la fin du XIXe siècle, l'arrivée des machines à écrire dans les bureaux et l'utilisation de procédés de reproduction autres que l'imprimerie entraîne un deuxième rétrécissement de sa sphère d'utilisation : les documents administratifs et commerciaux (y compris la correspondance) sont désormais de plus en plus écrits à la machine. L'écriture manuscrite reste utilisée pour la correspondance privée, pour les brouillons, les notes, les manuscrits destinés à l'impression, pour les formulaires et pour tous les documents (livrets, cahiers) qui ne peuvent pas passer dans la machine, ainsi que dans les établissements d'enseignement, pour tout ce qu'a à produire l'élève ou l'étudiant (hormis mémoires et thèses).

voirMachine à écrire

A la fin du XXe siècle et au début du XXIe, avec la diffusion des ordinateurs et des logiciels de traitement de texte, et plus encore avec la diffusion des ordinateurs portables, des organiseurs numériques, des téléphones portables, des smartphones et des tablettes (avec l'iPad lancé sur le marché en 2010), on assiste à un troisième rétrécissement de son utilisation, y compris dans le domaine privé : notes et messages (SMS, mails, iMessages) peuvent désormais être écrits, de façon nomade, avec ces appareils. Les deux seuls domaines publics où l'écriture manuscrite wreste (pour l'instant) indétrônable sont la signature sur des documents-papier et les examens écrits "sur table".

Au fil des siècles, l'écriture manuscrite a donc perdu en grande partie son rôle dans la communication au sein de la société. De plus en plus, elle est une affaire privée. Son utilisation dans la communication sociale est l'exception, mais elle peut être aussi utilisée pour personnaliser un message.

Trois exemples.

1. Dans la correspondance administrative très officielle, l'adjonction de quelques mots écrits à la main marque une volonté de l'auteur de dépasser le strict cadre administratif et d'établir ou de confirmer une relation plus personnelle avec le destinataire. Voir l'exemple d'une lettre de Chirac, président de la République, au chancelier allemand Gerhard Schröder.

voirCourrier administratif

2. Les documents papier encore envoyés chaque année aux contribuables français pour la déclaration des revenus comportent une lettre du ministre concerné qui se termine par quelques mots écrits à la main.

3. Les professions de foi des candidats à l'élection présidentielle en France comportent souvent quelques lignes écrites à la main (ou, comme on a pu le constater en 2007, simplement imprimées avec une police manuscrite).

Dans certains cas, l'écriture manuscrite subsiste cependant dans l'espace public.

voirEcritures manuscrites dans l'espace public


Une écriture de plus en plus diffusée et de plus en plus personnelle

Si le domaine d'utilisation de l'écriture manuscrite se réduit de plus en plus à une partie de la communication privée, les progrès de l'éducation et le recul considérable de l'analphabétisme font qu'elle est utilisée par de plus en plus de gens. Au Moyen Age, la connaissance de l'écriture était réservée à une élite. De nos jours, en Europe au moins, elle est pratiquement généralisée.

L'accroissement du nombre des gens aptes à écrire à la main et la réduction de son utilisation à la sphère privée ont pour conséquence une diversification des styles d'écriture : deux personnes adultes n'écrivent pas de la même façon. Si à l'école, on apprend à écrire selon un modèle spécifique et unique d'écriture, dès ce premier apprentissage terminé, l'écriture se personnalise et se diversifie. Quel adulte écrit aujourd'hui conformément au modèle qu'on lui a appris ?

– Ci-contre : Manuscrit d'Arthur Rimbaud. Le Dormeur du Val.

– Sur l'écriture manuscrite en général et plus spécialement sur les manuscrits des écrivains, voir l'exposition virtuelle de la BnF "Brouillons d'écrivains" :
http://expositions.bnf.fr/brouillons/expo/index.htm

A ce fait s'ajoute la diversité des modèles d'écriture selon les langues utilisant l'alphabet latin : le modèle enseigné en Allemagne, par exemple, n'est pas le même que celui enseigné en France et du temps où il y avait deux Etats allemands, les modèles n'étaient pas non plus exactement les mêmes de part et d'autre de la frontière interallemande.

voirEcritures scolaires en Allemagne
voirEcritures scolaires en France

.rimbaud


Les plumes et leurs successeurs

plume

La plume d'oiseau a été utilisée pendant plus d'un millénaire en Europe occidentale.

plume



Dessins extraits de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert.

taileur
Le tailleur de plume (attribué à Adriaen Brower [1605/1606-1638])
Musée du Louvre, Paris, 2012
– Ci-contre : écritoire de l'époque de la Révolution (1793). Sur le première : "Vivre libre ou mourir".
Sur la secone : "Mort aux tyrans".
  Musée Carnavalet, Paris, 2012.

Dans le second tiers du XIXe siècle, la plume d'oiseau est supplantée par la plume métallique, produite d'abord en Angleterre, puis dans toute l'Europe. A bec plus ou moins large, elle permet une distinction plus nette entre pleins et déliés en fonction de l'angle selon lequel la plume frotte le papier. Les différentes plumes ne permettent pas les mêmes écritures : l'écriture avec une plume dure comme la Sergent-Major n'est pas la même qu'avec une plume souple comme la Gauloise. Comme la plume d'oiseau, la plume métallique doit être trempée dans l'encre à intervalles rapprochés.

gauloise

sergent
Plume Gauloise (Baignol & Farjon, Velleda cémentée 2436 EF).
Plume Sergent-Major (Gilbert & Blanzy-Poure nº 500).

ecritoire

ecritoire

Ecritures manuscrites en France au XVIIIe siècle

L'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert distingue trois types d'écriture, qui ont leurs racines dans les écritures italiennes cursives des XVe et XVIe siècles.

batarde
Bâtarde

manus
Coulée

manus
Ronde

Académie d'écriture

Au XVIIIe siècle, il a existé en France une Académie d'écriture, bientôt transformée en un Bureau académique d'écriture, puis en Société académique d'écriture. Son rôle était complémentaire de celui de l'Académie française, dans le domaine spécifique de l'écriture.

Voici ce qu'en dit le Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs (Hurtaut & Magny 1779 : 200-201) :

L'Erection des Ecrivains-Jurés-Experts-Vérificateurs en Corps de Communauté, est du règne de Charles-IX. Un Faussaire, que la Justice avait fait punir en 1569, pour avoir contrefait la signature de ce Prince, donna lieu à cette Erection, sous la protection du Chancelier de l'Hôpital, qui leur obtint, l'année suivante, des Lettres-Patentes, qui les qualifient de Maîtres-Jurés-Ecrivains-Experts-Vérificateurs d'Ecritures contestées en Justice.

En 1727, Louis XV "érige ladite Communauté en Académie", mais sa séance d'ouverture n'a lieu qu'en 1762. Cette Académie royale d'écriture est composée d'un directeur, d'un secrétaire, d'un chancelier, d'un garde des archives perpétuel et de quatre professeurs, assistés chacun d'un adjoint, qui professent l'écriture, le calcul, les vérifications et la grammaire.

En 1779, cette académie est transformée par lettres-patentes de Louis XVI en Bureau académique d'écriture. Et dans un plaidoyer pro domo adressé par le Bureau à l'Assemblée nationale en 1791, ses membres précisent l'intérêt de leur fonction :

Indépendamment de la vérification des écritures dont il s'occupe de la perfection, cet institut est chargé de celle des caractères alphabétiques, dont la simplicité & l'uniformité sont nécessaires. Nul doute que s'il n'y a pas, sur cet art important, une société légale occupée de la conservation des caractères, qui, étant le point de ralliement, puisse conserver à la nation l'avantage qu'elle a en cela sur les autres, les mains légères, disposées à ajouter aux lettres des traits étrangers, conduiroient insensiblement à l'illisibilité des écritures, ainsi qu'il est déjà arrivé au commencement du dix-septième siècle. (Pétition à l'Assemblée nationale)


Références bibliographiques

Cours de calligraphie. Professeur : M. Gorce. 16e édition. Paris : Ecole spéciale des travaux publics, 1926.

Echard, R. & Auxemery, F., 1949. Méthode moderne d'écriture. Anglaise, script. Paris : Magnard.

Diderot, Denis & D'Alembert, Jean Le Rond, 1751 sq. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Document en ligne, consulté le  2008-12-03.
http://portail.atilf.fr/encyclopedie/index.htm.

Hurtaut & Magny, 1779. Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. Tome I. Paris : Moutard. Document en ligne, consulté le 2010-09-08.
http://books.google.com/books?id=Ir0WAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_slider_thumb#v=onepage&q&f=false.

Mediavilla, Claude, 1993. Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite. Paris : Imprimerie nationale.

Mediavilla, Claude, 2006. Histoire de la calligraphie française. Paris : Albin Michel.

Pétition, à l'Assemblée nationale, des Experts-Ecrivains de l'Académie, établie à Paris, par Lettres-Patentes, sous le titre de Bureau Académique d'Ecriture. [1791] Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2007-12-09.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k42071s.


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