Jacques Poitou
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Ecritures du hongrois


Repères historiques

N.B. Les noms de personnes sont écrits ici dans leur forme d'origine. En hongrois, on nomme une personne en indiquant le patronyme avant le prénom.

Les ancêtres des Hongrois sont originaires du nord de l'Oural. Ils migrent d'abord vers le sud, puis vers l'ouest dans des régions situées au nord de la mer Noire. De là, ils franchissent les Carpathes vers la fin du IXe siècle, sous la conduite d'Árpád. Les raids qu'ils organisent en Europe de l'ouest et du sud aux fins de pillage prennent fin vers le milieu du Xe siècle. A la fin du Xe siècle, ils sont définitivement sédentarisés dans le bassin du moyen Danube.

1001 Fondation du royaume de Hongrie par le duc Vajk qui a reçu le nom de István (Etienne) lors de son baptême en 985. Evangélisation des Hongrois.
1526 Bataille de Mohács, défaite hongroise face aux Turcs, qui occupent une grande partie des terres hongroises.
1699 Recul de l'Empire ottoman (traité de Karlowitz). Le royaume de Hongrie se soumet aux Habsburg.
1848-1849 La révolte nationale conduite par Kossuth Lajos est écrasée par l'Autriche.
1867 Compromis austro-hongrois : l'Autriche-Hongrie se compose désormais de deux entités autonomes avec à leur tête l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie (k.u.k. Monarchie).
1918 La Hongrie se sépare de l'Autriche.
1920 Traité de Trianon, qui n'attribue à la Hongrie qu'un territoire réduit ; d'importantes minorités hongroises se trouvent désormais en dehors des frontières du nouvel Etat hongrois, principalement en Roumanie, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie.
1938-1945 La Hongrie s'allie avec l'Allemagne et adjoint à son territoire des régions de minorité hongroise des pays voisins.
1944 La Hongrie est occupée par l'Allemagne, qui craint qu'elle ne change de camp.
1945 La Hongrie est libérée par l'Armée rouge. Retour aux frontières du traité de Trianon (traité de Paris, 1947).
1946 Proclamation de la république. Le parti communiste, qui n'a obtenu que 17 % des voix aux élections de novrembre 1945, conquiert rapidement le pouvoir ("tactique du salami"). Ses principaux dirigeants sont Rákosi Mátyás avant le soulèvement de 1956 et Kádár János après.
1989 La Hongrie adopte un système multipartite.

voirtactique du salami

magyar, hongrois

magyar et hongrois désignent tous les deux le même peuple. La différence principale entre les deux réside dans leur emploi : la langue hongroise ne connaît que magyar. Dans les autres langues, le terme hongrois et ses équivalents sont employés parfois en concurrence avec magyar).

Le pays s'appelle Magyarország (= pays des Magyars) en hongrois, Hongrie en français, Hungarian en anglais, Ungarn en allemand, Венгр (Vengr) en russe, etc.

En français, si l'on veut les différencier, magyar peut renvoyer à l'ethnie qui s'est établie en Europe orientale, hongrois aux habitants de Hongrie ou aux personnes originaires de Hongrie ou de langue hongroise.

De même que les termes apparentés dans d'autres langues, hongrois est issu du latin hungarus. Freund (1924) donne les variantes suivantes (au pluriel) : Hungari, Ungares, Ungari, Ungarii, Ungri, Ugri. En français, le terme Hongre, qui apparaît chez Montaigne (Les Hongres, tresbelliqueux combattans) est suffixé par -ois (cf. Gaulois, Strasbourgeois, Français < François, etc.).

L'origine de ces deux termes reste obscure et aucune hypothèse ne recueille l'assentiment unanime des spécialistes.

Hongrois et ogres. Par le passé, les figures légendaires des ogres ont été assimilés aux Hongrois et au souvenir des expéditions de pillage auxquelles ils se sont livrés en Europe du IXe siècle au milieu du Xe siècle.

Ce sont les féroces Huns ou Hongrois du moyen âge, qu'on appelait Hunnigours, Oïgours, et ensuite par corruption Ogres. Les Hongrois, disait-on, buvaient le sang de leurs ennemis ; ils leur coupaient le cœur par morceaux et le dévoraient en manière de remède contre toute maladie. Ils mangeaient de la chair humaine, et leurs mères hongroises, pour donner à leurs enfants l'habitude de la douleur, les mordaient au visage dès leur naissance.
C'était en effet un terrible peuple que ces païens, dont les hordes innombrables, accourues des extrémités septentionales de l'Asie, dévastèrent pendant deux tiers de siècle l'Italie, l'Allemagne et la France. Ils incendiaient les villes et les villages, écorgeaient les habitants ou les emmenaient prisonniers. La pitié leur était inconnue, car ils croyaient que les guerrriers étaient servis dans l'autre monde par les ennemis qu'ils avaient tués dans celui-ci. Une défaite signalée que leur fit éprouver Othon, empereur d'Allemagne, délivra pour jamais de leurs ravages l'Europe occidentale. La terreur profonde qu'ils avaient inspirée se propagea longtemps encore après leur disparition, et les mères se servirent du nom des Hongrois, ogres, pour épouvanter leurs petits enfants. (Collin de Plancy 1863 : 501-502)

Les ogres apparaissent dans divers contes populaires comme mangeurs de petits enfants, notamment dans le conte de Charles Perrault Le Petit Poucet. Voici comment Perrault (1742 : 75) décrit les sept filles de l'ogre chez qui arrivent le Petit Poucet et ses frères :

Ces petites Ogreſſes avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeoient de la chair fraîche comme leur pere ; mais elles avoient de petits yeux gris & tout ronds, le nés crochu, & une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës & fort éloignées l'une de l'autre. Elles n'étoient pas encore fort méchantes ; mais elles promettoient beaucoup, car elles mordoient déjà les petits enfans pour en succer le ſang.

Mais en vérité, l'origine des ogres n'a rien à voir avec les Hongrois. Elle est plus ancienne : le mot ogre, qui apparaît en français au XIIe siècle, est initialement un nom propre, issu du latin Orcus, qui désigne l'enfer ou le roi des enfers. Littré (1874 : 811) précise :

Anc. espagn. hiergo, uerco ; esp. mod. ogro, ogre, huerco, triste ; ital. orco ; napolit. huroco ; anglo-sax. orc, démon infernal ; du lat. orcus, enfer, dieu de l'enfer, d'après Diez (orcus, d'après Maury, est un mot étrusque). On a longtemps prétendu que ogre venait de Hongrois, à cause des dévastations que les Hongres, ou Hongrois, ou Oïgours avaient faites dans l'Occident, au moyen âge. La forme du mot dans les langues romanes ne se prête pas à cette dérivation.

Repères linguistiques

La langue hongroise fait partie de la famille des langues finno-ougriennes, de même que le finnois et l'estonien. C'est une langue de type agglutinant.

voirType agglutinant

Le hongrois est la langue de plus des neuf dixièmes des quelque dix millions d'habitants de Hongrie, il est aussi celle de minorités dans les pays voisins, surtout en Roumanie, en Slovaquie, en Serbie et en Ukraine. On compte en tout près de quatorze millions de locuteurs du hongrois.


Ancienne écriture hongroise

Avant l'écriture latine, les Magyars ont utilisé une autre écriture, runiforme (mais sans parenté avec l'écriture runique), destinée à être gravée dans la pierre ou dans le bois. Ses origines demeurent incertaines, mais elle semblent se trouver au moins partiellement dans l'écriture du vieux-turc (écriture de l'Orkhon), comme en témoigne la similitude d'un certain nombre de caractères.

voirEcriture de l'Orkhon
voirEcriture runique

Utilisée avant la conversion des Magyars au christianisme, cette ancienne écriture hongroise n'est cependant attestée que par des documents postérieurs (XIIIe siècle), qui ne présentent pas tous les mêmes listes de caractères. Le plus ancien document qui présente une liste de signes est un parchemin découvert au château de Mikulov (allemand : Nikolsburg) dans un livre imprimé en 1483. Cette liste comporte de nombreux signes pour des ligatures.

nikolsburg
    Source : Everson & Szelp (2012 : 23)

La christianisation du pays a entraîné la domination de l'écriture latine. Mais en liaison avec le réveil de courants nationalistes, cette écriture a connu une certaine renaissance (v. Maxwell 2004). Les inventaires anciens de signes ont été adaptés de façon à ce que soit assurée la correspondance avec l'alphabet latin utilisé couramment pour l'écriture du hongrois.


Ecriture latine

Les Hongrois ont adopté l'alphabet latin en même temps que le catholicisme au tournant de l'an mille, mais pendant longtemps, c'est uniquement en latin que l'on a écrit. On trouve dans les documents des premiers siècles du royaume de Hongrie quelques mots hongrois épars (des noms propres), mais les premiers textes hongrois suivis en écriture latine datent de la fin du XIIe siècle. Le plus ancien connu est une oraison funèbre, dont voici un extrait (l. 10 à 15, extrait de Simonyi 1907) :

leichenrede

L'alphabet latin a été adapté et augmenté progressivement de façon à mieux représenter les distinctions phonologiques du hongrois. Ces modifications ont été influencées par l'écriture d'autres langues européennes – allemand, français, tchèque, etc. –; voir Simonyi (1907 : 227 sq.) et Korompay (2012) pour le détail.

voirEcriture du tchèque
voirEcriture de l'allemand

L'alphabet actuel se compose de quarante signes, auxquels s'ajoutent les lettres q, w, x et y, utilisées uniquement pour l'écriture des mots étrangers. Outre les lettres simples, il comporte huit digrammes, un trigramme, et recourt à trois diacritiques : l'accent aigu, le tréma et le double accent aigu.

a á b c cs d dz dzs e é f g gy h i í j k l ly m n ny o ó ö ő p (q) r s sz t ty u ú ü ű v (w) (x) (y) z zs

Consonnes

consonnes
     Correspondances graphèmes-phonèmes d'après Comrie (1996 : 680).

Quelques remarques. – La valeur de <c> est la même que celle qu'a cette lettre dans la prononciation médiévale du latin : [ts]. – <sz> représente [s] comme Esszett (<ß>) en allemand. – Nombre de digrammes ont été substitués à des lettres avec diacritiques inspirées au XVe siècle de l'écriture du tchèque normalisée par Jan Hus.

Voyelles

voyelles

Quelques remarques. – Les graphèmes <ö> et <ü> sont empruntés à l'écriture de l'allemand. – La distinction tardive entre voyelles brèves et voyelles longues est marquée à partir du XVIe siècle par différents signes sur les longues ; c'est finalement un accent aigu qui s'impose. Dans le cas de <ö> et <ü>, l'accent aigu est d'abord placé entre les deux points du tréma : <ö́> <ǘ>. Au XIXe siècle, ces trois signes sont remplacés par deux accents aigus : <ő> <ű>.


Références bibliographiques

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Comrie, Bernard, 1996. Languages of Eastern and Southern Europe. in : Daniels, Peter T. & Bright, William (eds.), 1996. The World's Writing Systems. New York/Oxford : Oxford University Press, 663-689.

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http://mek.oszk.hu/01900/01994/html/.

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Korompay, Klára, 2012. Histoire de l'rothographe, histoire de la civilisation : les grands courants du XVIe siècle dans le domaine hongrois. Cahiers d'Etudes hongroises 18 : 19-39. Document en ligne, consulté le 2013-12-20.
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https://archive.org/details/dieungarischespr00simouoft.


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