Jacques Poitou
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Capitale romaine


trajan La capitale romaine (= capitale monumentale, capitalis monumentalis) est une écriture gravée dans la pierre. Le modèle le plus célèbre en est l'inscription figurant sur le socle de la colonne trajane à Roma [Rome] (112-113 de notre ère).

trajan-trans

Inscription de la colonne Trajan (CIL VI 960).
Roma, 2017. @ J. Poitou.

Ci-dessous le graphisme des lettres de la colonne Trajan (d'après Kapr 1976 : 29).

trajan

La police TrajanPro créée en 2000 par Carol Twombly pour Adobe reproduit le graphisme de la capitale romaine :

twombly

La capitale romaine est l'ancêtre des capitales des alphabets latins actuels : elle a servi de modèle pour toutes les créations postérieures, quelles qu'aient été les modifications, diverses selon les époques, qui aient été apportées au tracé des lettres.

voirAnatomie, fonctionnement et symnolique de la lettre A
voirAnatomie, nom et fonctionnement de la lettre Q


Caractéristiques

La capitale romaine se distingue par :

– ses proportions rigoureuses

Toutes les lettres peuvent être définies géométriquement à partir d'un carré. Elles ont été l'objet de nombreuses études, à partir de la Renaissance, en Italie d'abord, et aussi en Allemagne (avec les études de Dürer) et en France (avec celles de Tory). Voir André 2002 pour une présentation de ces différentes études et, plus bas, les définitions géométriques des trois premières lettres A B et C par Dürer 1525 et Tory 1529.

– les variations dans l'épaisseur des traits, gravés en V

– les empattements

En s'appuyant sur l'étude minutieuse de la forme des lettres dans les inscriptions monumentales, Catich (1968) conclut que les empattements ne peuvent pas être dus à la technique de la gravure proprement dite (p. ex. à la volonté d'arrêter les traits verticaux par de petits traits horizontaux). Selon lui, l'existence des empattements est liée au fait que les lettres étaient gravées selon un modèle préalablement tracé à la brosse (brush script). D'où le caractère non rectiligne des empattements, leur absence dans certains cas (p. ex. sur les bords supérieurs du M), leurs formes différentes (p. ex. aux deux pieds du A), la forme triangulaire des points séparant les mots, etc. Cette hypothèse originale est loin d'être partagée par tous ; voir p. ex. Kapr (1976 : 22) et Mediavilla (1993 : 98-100).

– les axes légèrement obliques des lettres rondes C, O, Q, D, etc.


Deux études géométriques des capitales romaines : Dürer et Tory

Comme on pourra le remarquer, aucune des deux études géométriques datant du XVIe siècle présentées ci-dessous ne reproduit les caractéristiques exactes des lettres de la colonne trajane. Voir notamment les différentes formes des empattements.

Dürer 1525

duerer
duerer
duerer

 

Tory 1529

torytorytory


Autres écritures latines anciennes

voirQuadrata, rustica, écriture cursive ancienne
voirOnciale, nouvelle écriture cursive, minuscule caroline

et aussi

voirTypes de polices pour l'écriture latine


Références bibliographiques

André, Jacques, 2002. De Pacioli à Truchet. Trois siècles de géométrie des caractères. Document en ligne, consulté le 2007-07-24.
http://hal.inria.fr/docs/00/05/22/31/PDF/Renaissance.pdf.

Bloch, Raymond, 1952. L'épigraphie latine. Paris : PUF. Que sais-je ? 534.

Catich, Edward M., 1968. The Origin of the Serif. Brush Writing & Roman Letters. Davenport, Iowa : Catfish Press.

Dürer, Albrecht, 1525. Underweysung der messung mit dem zirckel uñ richtscheyt in Linien ebnen unnd gantzen corporen. Nürnberg. Document en ligne sur le site de la Sächsische Landesbibliothek, consulté le 2013-02-26.
http://digital.slub-dresden.de/werkansicht/dlf/17139/1/cache.off.

Kapr, Albert, 1976. Schriftkunst. Geschichte, Anatomie und Schönheit der lateinischen Buchstaben. Dresden : Verlag der Kunst.

Mediavilla, Claude, 1993. Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite. Paris : Imprimerie nationale.

Tory, Geofroy, 1529. Champ Fleury. Paris : Tory/Gourmont. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2009-05-16.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50961p.


© Jacques Poitou 2017.