Jacques Poitou
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Ecriture de l'allemand


Un mot d'histoire

Les premiers documents écrits en allemand remontent au VIIIe siècle. Ils sont écrits avec l'alphabet latin et dès le début s'est posée la question de l'adaptation de cet alphabet à la langue allemande : comment représenter tous les phonèmes de l'allemand avec les seules lettres de l'alphabet latin ? D'où des innovations plus ou moins durables : utilisation de digrammes, de trigrammes, d'une ligature (Eszett), d'un signe diacritique (Umlaut).

Des tendances à la normalisation et à l'unification de l'orthographe n'apparaissent guère qu'à partir du XVIIIe siècle. Elles se font plus fortes au XIXe siècle avec le développement des études linguistiques historiques et, plus encore, à partir de l'unification de l'Allemagne (1871).

Deux positions sont régulièrement défendues par les uns ou les autres :

– l'orthographe doit respecter et faire apparaître l'origine des mots (étymologisme) ;
– l'orthographe doit correspondre à la prononciation (phonétisme).

En 1880 est publié le Vollständiges Orthographisches Wörterbuch der deutschen Sprache. Nach den neuen preußischen und bayrischen Regeln de Konrad Duden. Les normes qui y sont présentées se diffusent petit à petit. En 1901 est réunie une conférence orthographique qui élabore la réforme adoptée en 1903 dans tous les pays de langue allemande (Allemagne, Autriche-Hongrie, Suisse).

Par la suite, les projets de réforme abondent, mais aucun n'aboutit. La division de l'Allemagne ne facilite pas non plus les choses. Ce sont les éditions successives du dictionnaire Duden (Rechtschreibung) – différentes dans les deux parties de l'Allemagne – qui servent de référence officieuse en matière d'orthographe.

Finalement, une nouvelle réforme est adoptée en 1996. Elle est ensuite l'objet de quelques retouches. Sa dernière version date de 2006. Elle vaut – pour les administrations et les établissements scolaires – en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Liechtenstein et dans les régions allemandes de Belgique et d'Italie (Tyrol du Sud).

Les objections à la réforme ont été nombreuses. On peut souligner à loisir ses incohérences, sa complexité, etc. Toute réforme de l'orthographe est un compromis entre plusieurs principes d'organisation (phonétisme, étymologisme), un compromis entre une volonté de simplification, donc d'innovation, et la difficulté de changer des habitudes bien ancrées dans les pratiques des locuteurs. Les partisans du conservatisme se sont déchaînés ; parmi eux Reiner Kunze, qui s'est exprimé en vers :

Die sprache hat den mund zu halten,
wenn die hohen staatsgewalten
sich für ihren vormund halten
und barbaren sie verwalten.
(http://www.faz.net/s/Rub79A33397BE834406A5D2BFA87FD13913/Doc~EF9E212E93EB24B2D8BD97BF2629B38FC~ATpl~Ecommon~Scontent.html)

(La langue a à se taire quand les hautes autorités de l'Etat se prennent pour son tuteur et que des barbares l'administrent. Traduit par moi, JP)

Pour mémoire et pour l'anecdote : la réforme de 1901 avait également soulevé des vagues de protestation. Elle portait entre autres sur le remplacement de <th> par <t> dans des mots comme thun, Thier, etc. – mais pas dans Thron : le siège de Sa Majesté l'empereur ne pouvait être amputé de son <h>.

De Luther à aujourd'hui

Pour mesurer les évolutions de l'orthographe depuis le XVIe siècle, voici le début de la Genèse (traduction de Martin Luther), tel qu'il figure dans des éditions de 1562 et de 1984 (orthographe modernisée selon les règles actuelles pour l'édition de 1984).

voirTranscription du texte des deux éditions (fichier pdf)

luther Reproduction des pages correspondantes de la Bible de 1562.
Source : Bibliothèque numérique de l'université de Sachsen-Anhalt.


Cliquez sur la vignette pour voir les reproductions en grand (2 pages).

Inventaire des graphèmes

Lettres

Minuscules (30) : a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z ß ä ö ü
Majuscules (29) : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z Ä Ö Ü

Eszett

La forme du Eszett (appelé aussi scharfes S) a une origine complexe (voir Brekle 2001). Il est issu d'une confusion entre deux ligatures, la première issue de l'association entre un s long et un z et représentant le /s/ issu d'un /t/ germanique (/t/ > /ts/ > /s/ – seconde mutation consonantique, comme dans Fuß ; cf. anglais foot), la seconde issue de l'association entre un s long et un s rond, pratiquée dans l'écriture humanistique cursive. Brekle note qu'une lettre de même forme (un s long avec un crochet) a aussi servi d'abréviation du XIIIe au XVIe siècle.

ss   ss   Formes de la ligature dans trois polices : textura de Gutenberg, Schwabacher et Kleist-Fraktur (à gauche).
Ligature "s long + s rond" dans une édition du Cid de 1937 (Paris : Courbé ; http:gallica.bnf.fr).

Eszett n'existe qu'en minuscule. En majuscules, on le remplace par SS : Straßburg, STRASSBURG. Mais dans des textes anciens, on trouve parfois sz à la place de ß, essentiellement en capitales, mais aussi en minuscules (p. ex. dans le dictionnaire de Grimm). L'intérêt de cette graphie était double : pallier à l'absence de ß et représenter la distinction entre des mots comme Masse et Maße : MASSE, MASZE.

Des tentatives pour créer un ß majuscule dans la seconde moitié du XXe siècle ne se sont pas imposées. Cependant, une capitale Eszett a été adoptée comme nouveau signe par le Comité technique d'Unicode le 2007-05-27 (LATIN CAPITAL LETTER SHARP S : U+1E9E) – voir l'argumentation dans Proposal... Mais ce document précise bien : "the proposition is not aimed at a reformation of the German orthography. The official capitalisation of "ß" remains "SS"." Son adoption dans Unicode n'est due qu'aux besoins spécifiques de l'écriture en capitales de noms propres et à la reproduction de documents anciens où Eszett a pu figurer en capitale. Le document cité en donne un certain nombre d'exemples, notamment celui – écrit en capitales – de Massemaße.

En Suisse allemande, Eszett n'est plus enseigné dans les écoles depuis la première moitié du XXe siècle, et il n'est plus utilisé depuis la seconde moitié du XXe siècle. Il n'est pas interdit. Il est tout simplement tombé en désuétude. La réforme de 1996 précise qu'en Suisse, on peut employer <ss> dans tous les cas.

– Voir plus bas la distribution de <ss> et <ß> en allemand actuel.

Umlaut

La qualité de certaines voyelles – [ɛ, [ɛ:], [ʏ], [y:], [ʊ], [u:] – et de la diphtongue [ɔʏ] est marquée à l'aide d'un signe diacritique appelé Umlaut en allemand et inflexion en français.

Historiquement, ces voyelles résultent d'un processus phonologique appelé métaphonie (Umlaut en allemand) : lors de la réalisation d'une voyelle, on anticipe la qualité de la voyelle suivante. Ainsi, dans germanique *gasti (= Gäste), on anticipe dans la réalisation du a la palatalité du i : > vha. gesti > mha. geste. De même, dans germanique *wurdan (= worden), on anticipe dans la réalisation du u l'ouverture du a : > vha. wortan > mha. worden.

En allemand actuel, la présence de voyelles infléchies n'est plus qu'un fait lexical ou morphologique. Voir entre autres les alternances schlafen ~ schläft, Stuhl ~ Stühle, goss ~ gösse, Haus ~ Häuser.

L'Umlaut a d'abord été marqué par un petit e suscrit, mais il a évolué différemment selon les techniques et les types d'écriture :

– dans l'imprimerie en caractères gothiques, il a été remplacé au plus tard à la fin du XVIIIe siècle par deux petits traits obliques ;
– dans l'imprimerie en caractères latins, utilisée plus tardivement en Allemagne, il a été remplacé par deux petits points, soit un signe graphiquement identique au tréma ;
– dans l'écriture manuscrite gothique (Kurrent), il a été remplacé par deux petits traits obliques parallèles (qui représentent aussi une version simplifiée du e) ;
– dans l'écriture manuscrite latine, les deux petits traits de l'Umlaut se sont progressivement raccourcis jusqu'à n'être plus que deux points (voir plus bas les échantillons d'écriture scolaire).

voirEcritures gothiques manuscrites

Les voyelles infléchies sont aussi parfois représentées par un e écrit à droite de la voyelle infléchie : ae = ä, oe = ö, ue = ü. Voir par exemple le nom de Goethe (que Grimm écrit systématiquement Göthe dans son dictionnaire). Ce procédé est plus employé pour les majuscules que pour les minuscules, mais il reste peu fréquent.

Le cas du u

Dans les écritures gothiques manuscrites (Kurrent et Sütterlin), la forme du u ne se distingue pas de celle du n. Pour marquer cette différence, on a affecté au u un demi-cercle suscrit, généralement ouvert vers le haut. Dans des textes anciens (XVe siècle), ce signe a la forme d'un petit o suscrit et il affecte essentiellement le u long issu de la diphtongue uo (gut < guot). Ci-dessous n, u et ü.

manus
(Police KleinsFirstScript, dessinée par Manfred Klein)

Dans les écritures manuscrites rapides, la forme des deux diacritiques affectés au u a eu tendance à se confondre. De nos jours, dans l'écriture latine manuscrite, le u conserve rarement le même signe diacritique.

Echantillons de quelques exemples de u avec et sans Umlaut sous la plume de quelques écrivains :

manus
Friedrich Nietzsche : Fünf Füß breit / Und unter mir
manus
Bertolt Brecht : braucht glück
manus
Thomas Bernhard : Unsere heutige Kultur (en haut) – Grüßen (en bas).
manus

(Reproductions d'autographes extraites de : Meyer, Jochen (ed.), 2003. Dichterhandschriften
von Martin Luther bis Sarah Kirsch.
2. Auflage. Stuttgart : Philipp Reclam jun.)

Géminées

Dans des textes écrits en Kurrent, on trouve parfois, et jusqu'au XXe siècle, un macron pour indiquer une lettre double – reste de l'héritage du Moyen Age.

manus
Heinrich Mann : im Sommer

Topogrammes (blanc et signes de ponctuation)

voirTypographie allemande (ponctuation, abréviations)


Ecritures scolaires

Depuis la généralisation de l'écriture latine en 1941, l'écriture enseignée à l'école a évolué vers une plus grande simplicité, une meilleure liaison entre les lettres et un rapprochement avec une écriture de type "script", qui est, dans les programmes d'apprentissage de l'écriture, la première à être enseignée. Chaque Land allemand définit sa propre politique d'éducation et les écoliers de régions différentes n'apprennent donc pas la même écriture. Quatre modèles différents coexistent actuellement : la Lateinische Ausgangsschrift, définie en 1953, la Schulausgangsschrift (SAS), définie en RDA en 1968, et la Vereinfachte Ausgangsschrift, définie dans les années soixante-dix du vingtième siècle et, enfin, la Grundschrift, introduite facultativement à Hamburg en 2011. A la base de la création de la Grundschrift, il y a un constat et une idée. Le constat : les enfants passent jusqu'à présent par trois écritures : une écriture scripte au début de l'apprentissage de la lecture, une écriture cursive normalisée selon l'un des trois modèles définis ci-dessus et leur écriture personnalisée qui se forme petit à petit. L'idée : la seconde étape est superflue. Il suffit de n'enseigner qu'une seule écriture de type script améliorée, à partir de laquelle chaque apprenant se forgera ensuite sa propre écriture.

– Voir à ce sujet le document du Grundschulverband (association des professeurs des écoles) Grundschrift auf einen Blick :
http://www.grundschulverband.de/fileadmin/aktuell/Grundschrift/GSa110_Mai10_Grundschrift_S3-12.pdf.

Voici les trois modèles anciens :

manus
(Polices fournies gracieusement par la maison Pelikan... qui fabrique et commercialise toutes sortes d'instruments pour écrire.)


Fonction phonographique des graphèmes

Toutes les lettres ont une fonction phonographique (il n'y a pas de lettres "muettes" comme en français). Mais il n'y a pas non plus de correspondance biunivoque entre phonèmes et graphèmes. La règle traditionnelle "Schreib, wie du sprichst!" (Ecris comme tu parles) ne vaut que partiellement.

voirPrincipes de l'orthographe

Représentation graphique des consonnes

[p]
[b]
[t]
[d]
[k]
[g]
[f]
[v]
[s]
[z]
[ʃ]
[ç]
[x]
[h]
[r]
[l]
[m]
[n]
[ŋ]
[j]

[ts]
[ks]
[kv]
<pp>, <p>
<b>, <bb>
<t>, <tt>, <th>, <dt>
[d] <d>, <dd>
<ck>, <k>, <ch>
<g>, <gg>
<f>, <ff>, <ph>
<v>
<ß>, <ss>, <s>, <z>
<s>
<sch>, <s>
<ch>, <g>
<ch>
<h>
<r>, <rr>
<l>, <ll>
<m>, <mm>
<n>, <nn>
<ng>, <n>
<j>

<z>
<x>
<qu>
Puppe, Pille
bin, taub, Ebbe
Tür, litten, These, Stadt
das, und, Teddy
Acker, Kaiser, Chor
gehen, Flugs, log, Egge
fein, Pfaffe, brav Philosophie
brave
Fuß, Flüsse, Fluss, das, Satz
sein
schön, Stein, spitz
ich, König
ach
Hut
rar, Herr
lau, alles
Maus, schwimmen
nein, nennen
fingen, Bank
ja

Zahn
Axt
Quelle

Eszett

En allemand ancien, on distinguait deux sortes de s selon leur origine. L'un, présent dans d'autres langues germaniques, était écrit <s>, mais sa prononciation oscillait parfois vers [ʃ] (voir, en allemand actuel, la prononciation de Stein [ʃtaɪn] et spitz [ʃpɪts]). Le second était issu d'un /t/ germanique et n'apparaissait qu'au milieu d'un mot ou à la finale : essen (angl. eat), Fuß (angl. foot).

Ce second /s/ a été marqué diversement : <z>, <sz>, <ß>. La valeur des deux s s'étant confondue, la norme pour l'utilisation de <ß> fixée par la réforme de 1901 était la suivante : <ß> transcrivait /s/ à l'intervocalique après voyelle longue ou diphtongue (Füße, Meißen), à la finale (Fluß) et devant consonne (wußte).

La réforme de 1996 a modifié cette distribution :

– après voyelle longue ou diphtongue : <ß> dans tous les cas – Fuß, fließt
– après voyelle brève : <ss> dans tous les cas – Fluss, Flüsse, dass, lässt

– avant 1996 : essen, aß, ißt, iß ; wissen, weiß, wißt, wußte
– depuis 1996 : essen, aß, isst, iss ; wissen, weiß, wisst, wusste

Représentation graphique des voyelles et des diphtongues

[iː]
[ɪ]
[e:]
[ɛ:]
[ɛ]
[a:]
[a]
[y:]
[ʏ]
[ø:]
[œ]
[u:]
[ʊ]
[o:]
[O]
[aU]
[aI]
[OY]
[@]
<i>, <ih>, <ie>, <ieh>
<i>
<e>, <ee>, <eh>
<ä>, <äh>
<e>, <ä>
<a>, <ah>, <aa>
<a>
<ü>, <üh>
<ü>
<ö>, <öh>
<ö>
<u>, <uh>
<u>
<o>, <oh>, <oo>
<o>
<au>
<ai>, <ei>, <eih>
<äu>, <eu>
<e>
Lid, ihn, Lied, Vieh
Dill
lesen, Tee, gehen
lägen, gähnen
Bett, Kästen
Tat, sahen, Saal
packen
Tür, blühte
Mütter
Bögen, Höhle
Hölle
Buch, Ruhm
Butter
Woge, bohren, Moor
Koch
Haus
Laib, Leib, Geweih
Häuser, Heu
Tische

Représentation de la quantité vocalique

Les voyelles longues sont marquées dans la graphie par différents procédés :

– redoublement de la voyelle (Saat, See, Boot), mais pas dans le cas de <i> ni des voyelles infléchies (Pärchen, Säle, Brötchen) ;
– adjonction de <e> uniquement pour <i> (Wien) – <ie> représentait encore une diphtongue en moyen-haut-allemand, c'est encore ainsi dans le seul nom de la ville autrichienne Lienz ;
– adjonction de <h> (Bahn, mehr, ihn, Sohn, Ruhm, Bühne, Söhne, gähnen).

Les voyelles brèves sont parfois marquées par le redoublement de la consonne suivante : Flüsse, Acker, Pappe, Pfaffe.

Mots d'origine étrangère

Les correspondances ci-dessus valent pour les mots d'origine allemande ou germanisés ; elles ne prennent pas en compte les mots étrangers non entièrement germanisés (Jogging, Restaurant). Les mots d’origine étrangère présentent, entre autres, deux anomalies : leur forme phonique (certains phonèmes de la langue-source n’existent pas dans les mots hérités de la langue d’accueil) et leur forme graphique (certains graphèmes de la langue-source n’existent pas dans la langue-cible). En d'autres termes, ils posent deux problèmes : on ne sait pas comment prononcer les mots que l'on voit écrits et on ne sait pas comment écrire les mots que l'on entend. D'où des adaptations à la fois phoniques et graphiques, inégales selon les mots :

mayonnaise > Mayonnaise > Majonäse
ingénieur > Ingenieur > Inscheniör (la dernière graphie n'est pas – encore – standard)
sauce > Sauce > Soße

La réforme de 1996 a apporté quelques modifications.

Pour [f], on doit écrire obligatoirement <Philosophie>, on préfèrera <Geographie> à <Geografie>, mais on préfèrera <Fotografie> à <Photographie>. Pour souligner l'origine grecque de la philosophie occidentale et l'origine moderne de la fotografie ?

Pour les finales anglaises <ies>, on peut écrire Ladys, Babys (à la place de Ladies, Babies).


Fonction logographique des graphèmes

Certains homophones sont distingués par des graphies différentes :

dehnen, denen ; Laien, leihen ; lehren, leeren ; Leib, Laib  ; Lid, Lied ; Mahl, Mal ; mahlen, malen ; mehr, Meer ; Mine, Miene ; Mohr, Moor ; Stil, Stiel ; Waagen, Wagen ; wahr, war ; währen, wären ; Waise, Weise ; wider, wieder

Mais ce n'est pas le cas de tous :

Ball, Bank, Mutter, über

La graphie peut faire apparaître l'appartenance d'un terme à un paradigme dérivationnel :

Aufwand, aufwändig ; fahren, Fahrt, Fahrer ; Qual, quälen ; Schiff, Schifffahrt ; Band, Bändel ; Stange, Stängel comme Stange ; Schwang, überschwänglich ; Nummer, nummerieren ; Platz, platzieren

N.B. 1. Quand un dérivé peut être relié à deux termes d’orthographe différente, les deux variantes sont admises : aufwendig/aufwändig comme aufwenden ou Aufwand.

N.B. 2. La mise en œuvre de ce principe pararadigmatique entraîne la possibilité que trois lettres identiques se suivent : Schifffahrt (Schiff+fahrt), Teeernte (Tee+ernte), Zähheit (Zäh+heit). Mais on écrit toujours jetzig en face de jetzt.


Usage de la majuscule

L'usage de la majuscule s'est progressivement étendu en allemand :

– dès les premiers textes écrits, elle est utilisée au début d'un paragraphe, d'une strophe, d'un vers ; à partir du XVIe siècle, son usage est étendu à la première lettre de phrases ;
– à partir du XIIIe siècle, elle est utilisée pour l'initiale des noms propres et elle est progressivement étendue aux titres (Kaiser, König), aux noms sacrés (Gott, Evangelium), aux termes à valeur collective (Mensch, Christ) et, de là, à tous les substantifs.

Ces deux emplois correspondent à deux fonctions différentes : dans le premier cas, la majuscule a une fonction démarcative (elle indique les limites de segments du texte), dans le second, elle sert à mettre en valeur un terme particulier.

L'emploi de la majuscule a été et reste l'objet de vives controverses, dans lesquelles apparaissent trois positions :

– maintien du statu quo : majuscule à l'initiale de phrase, des noms propres et des substantifs ;
gemäßigte Kleinschreibung : maintien de la majuscule à l'initiale de phrase et des noms propres ;
radikale Kleinschreibung : suppression de toutes les majuscules (c'est ce qui est pratiqué par Brecht dans son Arbeitsjournal ; voir aussi les poèmes de Stefan George).

La réforme initiée en 1996 n'a apporté que des ajustements mineurs par rapport à la situation antérieure. Noms propres et noms communs prennent la majuscule. Mais quelques cas sont délicats :

die grimmschen Märchen, die Grimm’schen Märchen
Das ist ein Fest für Jung und Alt. (adjectifs non déclinés désignant des personnes)
Sie unterhielten sich auf Deutsch. (adjectifs non déclinés désignant des langues)
Rad fahren (substantif employé en liaison avec un verbe et conservant son sens)

Voici quelques autres exemples, en vrac :

Avant la réforme Depuis la réforme
gestern abend
alles beim alten lassen
bei arm und reich
bis auf weiteres
zum besten geben
in betreff
in bezug auf
der blaue Planet
wir haben derartiges nicht bemerkt
das reicht fürs erste
zum erstenmal
im großen und ganzen
im nachhinein
in Frage stellen
nach Hause
alles sonstige
alles andere
gestern Abend
alles beim Alten lassen
bei Arm und Reich
bis auf weiteres
zum Besten geben
in Betreff
in Bezug auf
der Blaue Planet
wir haben Derartiges nicht bemerkt
das reicht fürs Erste
zum ersten Mal
im Großen und Ganzen
im Nachhinein
(également :) infrage stellen
(également, en Autriche et en Suisse :) nachhause
alles Sonstige
alles andere

Références bibliographiques

Bartnitzky, Horst, 2005. Welche Schreibausgangsschrift passt am besten zum Grundschulunterricht heute? Grundschule aktuell 91 : 3-12. Document en ligne sur le site du Grundschulverband, consulté le 2009-03-09.
http://www.grundschulverband.de/fileadmin/grundschulverband/Download/aktuell/GSakt91_Bart_50907.pdf (lien caduc).

Brekle, Herbert K., 2001. Zur handschriftlichen und typographischen Geschichte der Buchstabenligatur ß* aus gotisch-deutschen und humanistisch- italienischen Kontexten. Gutenberg-Jahrbuch 2001: 67-76. Document en ligne sur le site de l'université de Regensburg, consulté le 2003-02-03.
http://www-nw.uni-regensburg.de/~.brh22505.indogerm.sprachlit.uni-regensburg.de/Ligatur/LIGATUR.HTM.

Deutsche Rechtschreibung. Regeln. München/Mannheim, 2006. Document en ligne sur le site de l4insitut für deutsche Sprache, consulté le 2009-02-09.
http://www1.ids-mannheim.de/service/reform/.

Deutsche Rechtschreibung. Wörterverzeichnis. München/Mannheim, 2006. Document en ligne sur le site de l'Insitut für deutsche Sprache, consulté le 2009-02-09.
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Luther, Mart[in], 1562. Biblia. das ist : Die gantze heilige Schrifft : Deutsch. Wittemberg : Hans Lufft. Document en ligne sur le site de l'université de Sachsen-Anhalt, consulté le 2011-12-16.
http://digitale.bibliothek.uni-halle.de/vd16/content/titleinfo/993515.

Proposal to encode Latin Capital Letter Sharp S to the UCS. Document en ligne, consulté le 2009-01-01.
http://std.dkuug.dk/jtc1/sc2/wg2/docs/n3227.pdf.

Sprachreport. Extra-Ausgabe, 2006. Document en ligne sur le site de l4insitut für deutsche Sprache, consulté le 2009-02-09.
http://pub.ids-mannheim.de/laufend/sprachreport/pdf/sr06-extra.pdf.


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