Jacques Poitou
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Ecritures de l'albanais

 

Nous, les Albanais, préférons manquer de pain plutôt que de trahir les principes du marxisme-léninisme.
    Slogan à la frontière albanaise dans les années 1980.
    (in Champseix & Champseix 1990 : 11)
Note sur ce slogan



Les régions de langue albanaise se situent dans la péninsule des Balkans, au sud-est de l'Europe. Elles sont bordées à l'ouest par la mer Adriatique et, au sud de l'ile de Corfou, par la mer Ionienne. Ces mers ne les séparent du sud de la péninsule italienne que d'une centaine de kilomètres.
Les régions de langue albanaise s'étendent sur les territoires de l'Albanie (à l'ouest), du Kosovo (au nord-est) et sur des portions de territoire de trois autres Etats, le Monténégro (au nord), la Macédoine du nord (à l'est) et la Grèce (au sud). Elles sont entourées de régions de langues slaves (serbo-croate et macédonien) au nord et à l'est et de langue grecque au sud.

– carte administrative de l'Albanie sur le site du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, consulté le 2020-01-24 :
    https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/jpg/albanie_cle0b5989.jpg

– carte administrative du Kosovo sur le site du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, consulté le 2020-01-24 :
    https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/jpg/kosovo_cle4a911e.jpg

N.B. Dans ce qui suit, Albanie désigne les régions de langue albanaise avant 1912 et uniquement le territoire de l'Etat albanais depuis cette date. – alb. = albanais (langue).

On compte en tout plus de sept millions d'albanophones. L'albanais est la langue de plus de 80 % de la population en Albanie (2,4 millions) et de plus de 90 % au Kosovo (1,6 million). Il est aussi une langue officielle en Macédoine du nord, qui compte plus de 20 % d'albanophones (au moins 500 000, essentiellement sur le pourtour de l'Albanie et du Kosovo). Des communautés d'origine albanaise plus ou moins importantes existent aussi au Monténégro (environ 50 000) et en Grèce (entre 350 000 et 400 000) ainsi qu'en Italie du sud (entre 100 000 et 150 000).

Grèce :
– les Arvanites (grec Αρβανίτες [Arbanites], alb. Arbëreshë), descendants d'Albanais émigrés au Moyen Age, installés dans le sud de la Grèce, majoritairement hellénophones ;
– les Çams (grec Τσάμηδες [Tsámīdes], alb. Çamë), installés de longue date en Epire du sud, à l'épicentre de conflits multidimensionnels – ethniques (Çams vs Grecs), religieux (musulmans vs orthodoxes), politiques (pendant la Seconde Guerre mondiale, pro- vs anti-italiens et anti-allemands, communistes vs anticommunistes).

Italie :
– les descendants d'une immigration ancienne dans le sud de l'Italie et en Sicile ; ce sont les Arbëreshët (singulier Arbëresh), arrivés en plusieurs vagues du XIVe au XVIIIe siècle : mercenaires au service de Venezia (Venise) ou de Napoli (Naples), personnes fuyant les combats liés à l'avancée de l'empire Ottoman et l'islamisation. Leur langue, l'arbëresh, est une variété dialectale tosque.

Aux chiffres de 1999 cités plus haut d'après Elsie (2004b), il faut ajouter les conséquences des vagues d'émigration d'Albanais dans les pays de l'Union européenne depuis 1991 et d'abord vers l'Italie et la Grèce. Emigration liée à la pauvreté, au chômage et à la corruption.

– La France est depuis quelques années la principale destination des demandeurs d'asile albanais : 5 793 demandeurs d'asile en 2018, 5 599 en 2019 (source : OFPRA). – En Allemagne, on comptait en 2018 55 495 ressortissants albanais, mais aussi 218 150 ressortissants du Kosovo (source : Statistisches Bundesamt). C'est là le résultat d'une émigration importante à partir de la fin des années soixante du XXe siècle : l'Allemagne a été longtemps le principal pays d'accueil de travailleurs immigrés (Gastarbeiter) yougoslaves.


Repères historiques

Illyriens et Albanais

Au IIe millénaire avant notre ère, les Illyriens – peuple de langue indo-européenne – s'installent dans le territoire actuel de l'Albanie. Dans l'Antiquité, la région elle-même est appelée Ἰλλυρία (Illyria) en grec, Illyricum en latin (alb. Iliria).

Les Albanais sont-ils les descendants directs des Illyriens ? Ou sont-ils arrivés en Albanie bien après à partir d'une autre région des Balkans ? On manque de données pour parvenir à une certitude sur cette question. Si l'illyrien est reconnu comme langue indo-européenne, il n'en existe aucune trace écrite directe : seulement quelques mots, essentiellement des noms propres (noms de personnes, de tribus, de lieux), dans des textes grecs ou latins (Duridanov 2002) ; difficile, dans ces conditions, de prouver la filiation entre illyrien et albanais. Difficulté supplémentaire : le laps de temps qui s'écoule entre la disparition de la civilisation illyrienne et les premiers témoignages de la civilisation albanaise : une tribu illyrienne est mentionnée par Ptolemaȋos (Ptolémée) au IIe siècle de notre ère sous le nom de Ἀλβανοί (Albanoi), mais ce nom n'apparait plus dans les documents avant le XIe siècle.

Des hypothèses différentes sont soutenues par les spécialistes, mais les partis pris politiques interfèrent aussi avec un examen scientifique des faits. Ainsi, en Albanie, il s'agit de montrer que les Albanais étaient bien un "peuple autochtone" des Balkans, l'un des plus anciens avec les Grecs, à la différence des Slaves voisins. "En Albanie, l'hypothèse de la descendance illyrienne des Albanais jouit justement d'une grande popularité, elle a une fonction d'étayage identitaire et elle atteint tout à fait le statut d'une doctrine d'Etat." (Matzinger 2009 : 13 ; traduit par moi, JP ; v. aussi Cabanes 2004)

Voici comment Elsie (2015) présente l'état de la recherche :

Much has been written and speculated about the origins of the Albanian people. From their language, we know that they are Indo-Europeans, and they seem to be native to the southern Balkans. However, whether or not they stem directly from the ancient Illyrians, as is widely assumed by the modern Albanians, or from the Dacians or Thracians or some other ancient Balkan people or peoples, is very much open to question. There has been passionate interest in the subject, in particular among the Albanians themselves, and, as is not uncommon in southeastern Europe, theories have been propounded with much passion and fervour. […]
The theory of Illyrian origin, held by most Albanians nowadays, is primarily supported by the fact that the Albanian language is now spoken in the same region where ancient Illyrian was once spoken and by the absence of any indication that the Albanians immigrated there from elsewhere. However, we know too little about the Illyrian language to prove a connection linguistically, and this is a crucial deficit.

Chronologie

VIIe s. av. J.-C. Premières colonies grecques : Durrachion (Durrës), Apollōnia, Ōrikos (Orikum), Aulōn (Vlorë).
IIIe-IIe s. av. J.-C. Conquête de l'Albanie par les armées romaines. Pénétration du christianisme au Ier siècle de notre ère. Après la division de l'empire (395), l'Albanie se trouve dans l'empire d'Orient.
IVe-XIVe siècles Invasions et souverainetés se succèdent. – Suite au schisme du christianisme (11e s.), le nord de l'Albanie est sous influence catholique et le sud sous influence orthodoxe.
XIVe-XVe siècles Conquête de l'Albanie par l'empire Ottoman. – 1385 : bataille de Savra, première pénétration des forces ottomanes en territoire albanais. – 1389 : bataille du Kosovo, perdue par les forces chrétiennes (principalement serbes). – 1443-1468 : batailles contre les Ottomans menées par Gjergj Kastrioti, dit Skënderbeu (Scanderbeg). – 1501 : fin de la conquête ottomane de l'Albanie.
XVe s.-1912 Domination ottomane, islamisation de la population ; plusieurs Albanais sont nommés Grand Vizir, notamment, au XVIIe siècle, ceux issus de la famille des Köprülü, originaires de Berat. – 2e moitié du XIXe siècle : "Renaissance nationale" (alb. Rilindja kombëtare) ; 1887 : première école albanaise à Korçë.
1912-1913 Indépendance de l'Albanie dans ses frontières actuelles, reconnues par le traité de London (Londres), à la suite des guerres balkaniques : son territoire ne comprend qu'une partie des populations albanophones, présentes également en Grèce, au Monténégro et en Serbie. Principal artisan de l'indépendance : Ismail Qemali (1844-1919), né à Vlorë, haut fonctionnaire de l'empire Ottoman, premier Premier ministre albanais de 1912 à 1914.
1914-1939 Première guerre mondiale, intervention en Albanie de troupes de plusieurs pays étrangers. Période de troubles. Confirmation des frontières antérieures. – 1924 : gouvernement réformateur de Fan Noli (1882-1965) ; coup d'Etat d'Ahmet Zogolli (renommé Zogu en 1922), qui se fait proclamer roi en 1928 sous le nom de Zogu Ier. Mainmise progressive de l'Italie de Mussolini sur le pays.
1939-1945 1939 : occupation de l'Albanie par l'Italie. – 1941 : création d'une "Grande Albanie" incluant les régions albanophones de Yougoslavie. – 1943 : capitulation de l'Italie et occupation de l'Albanie par l'Allemagne. – Résistance de monarchistes et de républicains à l'occupation dès 1939 ; 1943 : formation de la Ière brigade de choc des partisans organisés par le parti communiste (fondé en novembre 1941 sous le patronnage du parti communiste yougoslave) ; les partisans l'emportent sur les forces du Balli Kombëtar, créé en 1942, attaché au principe d'une "Grande Albanie" et plus prompt à lutter contre les partisans que contre l'occupant, avec lequel il accepte aussi de collaborer ; renonciation des communistes à l'objectif d'une "Albanie ethnique" (ou "Grande Albanie"). – 1944 : libération de tout le pays ; poursuite des combats, liquidation des ballistes en Albanie et en Yougoslavie. Retour aux frontières d'avant-guerre ; au sein de la Yougoslavie dirigée par Josip Broz Tito (1892-1980), les régions albanophones font désormais partie des républiques de Macédoine, du Monténégro et de Serbie (région puis province autonome du Kosovo).
1945-1990 Sous l'égide d'Enver Hoxha (1908-1985), chef du parti communiste (Parti du travail d'Albanie [PTA] à partir de 1948), un régime de parti unique est instauré en Albanie, "Etat de dictature du prolétariat" : liquidation des anciennes classes dirigeantes et des élites intellectuelles, nationalisations, collectivisation, développement industriel, etc. ; omniprésence de la police politique (la Sigurimi), répression systématique de toutes les oppositions réelles ou supposées, persécution puis interdiction des religions (1967), purges récurrentes dans les milieux dirigeants ; principale victime de la dernière grande purge, Mehmet Shehu (1913-1981), Premier ministre depuis 1954, numéro 2 du régime, suicidé en 1981.
– 1945-1948 : développement des liens avec la Yougoslavie, fusion prévue, y compris avec la Bulgarie. – 1948 : rupture de l'URSS et, à sa suite, de l'Albanie avec la Yougoslavie ; l'Albanie est désormais soutenue économiquement par l'Union soviétique. – 1961 : rupture avec l'Union soviétique ; l'Albanie – "phare du socialisme en Europe" – est désormais soutenue par la Chine. – 1978 : rupture avec la Chine ; isolement. – 1985 : mort de Hoxha ; Ramiz Alia, successeur présumé depuis l'élimination de Shehu, devient chef du Parti.
1980-2008 Après la mort de Tito en 1980, déchainement des nationalismes en Yougoslavie, et en particulier au Kosovo. – 1989 : suppression de l'autonomie du Kosovo par le président serbe Slobodan Milošević ; développement du mouvement indépendantiste, heurts armés entre Kosovars et Serbes, répression, expulsions, exactions. – 1999 : bombardement de la Serbie par l'OTAN sans mandat de l'ONU ; le Kosovo est ensuite détaché administrativement de la Serbie et placé sous l'autorité de l'ONU (résolution 1244). – 2008 : proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo, reconnue par la plupart des pays de l'Union européenne, mais ni par la Serbie ni par l'ONU.
1990-1992 Crise économique en Albanie, pénuries, émeutes, exodes. Instauration d'un régime multipartite, un an après les bouleversements dans les autres pays d'Europe de l'Est. Le parti socialiste (nouveau nom du PTA) gagne les élections en 1991 mais les perd en 1992 au profit du parti démocrate. Par la suite, il y a alternance entre les deux partis en 1997, en 2005, en 2013.
depuis 2014 2014 : acceptation de l'Albanie comme candidate à l'adhésion à l'Union européenne ; les négociations d'adhésion sont reportées à une date ultérieure. – 2016 : accord de stablisation et d'association entre l'Union européenne et le Kosovo.
Avec l'Ukraine et la Moldavie, l'Albanie et le Kosovo sont les pays les plus pauvres d'Europe : en 2017 respectivement 12 500 et 10 900 $ de PIB/tête en parité de pouvoir d'achat, selon le Word Factbook de la CIA (moyenne de l'Union européenne : 40 900 $).

– Pour plus de précisions, voir Bernard (1935), Champseix & Champseix (1992), Stark (1994), Gjeloshaj & De Waele (2000), Vickers (2001), Castellan (2002), Elsie (2004a, 2004b, 2015), et sur l'Albanie d'Enver Hoxha, Pipa (1959), Flevziu (2017).

Quelques personnes célèbres en relation avec l'Albanie

N.B. Dans les textes français anciens, au <s> actuel correspondent un s rond (uniquement en fin de mot) et un s long : ſ. <v> et <u> sont représentés à l'initiale par v, ailleurs par u.

Alexandre le Grand. – Alexandros o Megas (Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας, 356-323), roi de Macédoine, grand conquérant et grande figure de l'Antiquité occidentale. Mais… le rapport avec l'Albanie ?? – Sa mère, Olympias, était une princesse d'Epire, et avant les grandes conquêtes orientales, Alexandre le Grand a soumis l'Illyrie, devenue vassale du royaume de Macédoine. Surtout, son nom en albanais Aleksandri i Madh > Leka i Madh est à l'origine du nom de la monnaie créée en 1925-1926 : le lek, pluriel lekë.

Pyrrhus. – Pyrros (Πύρρος, latin Pyrrhus, vers 318 av. J.-C. – 272), Grec descendant d'Achille (selon la légende), élevé en Illyrie par Glaukias, roi d'Illyrie, puis en Epire, avant d'en être chassé, roi d'Epire à partir de 296. Il mène une campagne victorieuse contre Rome à partir de 281 (bataille d'Asculum en 279), mais il est battu en 275, nouvelles guerres en Macédoine et en Grèce.

A propos de la bataille d'Asculum, Ploytarchos (Plutarque 1763 : 49-50) écrit :

Les uns & les autres s'étant retirés, comme quelqu'un félicitoit Pyrrhus de ſa victoire, on dit qu'il lui répondit : Si nous en remportons encore une pareille, nous ſommes perdus.
En effet il avoit perdu à cette bataille la plus grande partie des troupes qu'il avoit menées d'Epire, & tous ſes amis & tous ſes capitaines, excepté un bien petit nombre ; il n'en avoit pas d'autres pour les faire venir & pour remplacer les morts, & il trouvoit ſes alliés refroidis et découragés. Au lieu qu'il voyoit que les Romains rétabliſſoient très-facilement & très-promptement leurs légions ; car tous les hommes dont ils avoient besoin, ils les tiroient ſans peine de Rome, comme d'une fontaine inépuiſable dont ils avoient la source dans leurs maiſons ; & que, bien loin de perdre courage, ils tiroient de leurs défaites mêmes de nouvelles forces & une nouvelle ardeur pour continuer la guerre.

Et Titus Livius (Tite-Live 1835 : 242-243) :

Atque hoc fuisse tempus, quo Pyrrhus cuidam quasi de victoria gratulanti responderit : si denuo sic vincendi sunt Romani, periimus.
   Ce fut alors que Pyrrhus répondit à un de ses courtisans qui le félicitait de son prétendu succès : "Encore une pareille victoire, et nous sommes perdus"

De là l'expression commune aux langues d'Europe : une victoire à la Pyrrhus (alb. fitorja e Pirros) = "victoire si chèrement acquise que celui qui l'obtient ne peut s'en réjouir." (TLFi)

– Un autre Pyrrhus apparait dans une pièce de Racine, Andromaque, qui se passe, dit Racine, "à Buthrot, ville d'Epire" (il s'agit de Butrint, grec Βουθρωτόν Bouthrōtón, latin Buthrotum) : Pyrrhus est le fils d'Achille et le roi d'Epire. L'intrigue de la pièce est simple : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort. A la fin de la pièce : Pyrrhus est mort, Hermione est morte, Oreste est fou, reste seule Andromaque.

Scanderbeg. – Gjergj Kastrioti (1405-1468), dit (en turc) İskender bey (< Alexander), alb. Skënderbeu, français Scanderbeg, allemand et anglais Skanderbeg, considéré en Albanie comme un héros national, même si ses motivations sont plus complexes qu'admis jusqu'à présent (Elsie 2013 : 395-399). Les combats qu'il mène avec d'autres princes albanais réunis dans la Ligue de Lezhë contre les forces ottomanes (v. entre autres Kadaré 1985) sont rapidement connus en Occident (v. Zotos 1996). En France, ils sont popularisés notamment par le livre de Jacques de Lavardin paru en 1576 et plusieurs fois réédité. On célèbre en Scanderbeg un défenseur de la chrétienté contre les "infidèles", c'est-à-dire les musulmans. Dans le livre de Lavardin figure, à la fin de la préface, un sonnet de Pierre de Ronsard dont voici les huit derniers vers :

Et Scanderbeg, vainqueur du peuple Scythien,
Qui de toute l'Aſie a chaſſé l'Euangile.

O l'honneur de ton ſiecle ! o fatal Albanois !
Dont la main a desfait les Turcs vingt & deux fois,
La terreur de leur camp, l'effroy de leurs murailles :

Tu fuſſes mort pourtant, englouty du deſtin,
Si le docte labeur du ſçauant Lauardin
N'euſt, en forceant ta mort, regaigné tes batailles.
Un autre sonnet publié à la suite de celui-ci, indique bien la perspective :
Imitez Scanderbeg, & ayez quelque honte
Que l'infidelité des barbares vous domte,
Si vous eſtes Chreſtiens & de quelque valeur.

Depuis 1978, une place dans le nord de Paris porte le nom de "Skanderbeg – héros albanais". Selon Kadare, les autorités albanaises manifestèrent leur désapprobation face à l'inauguration de la place, estimant, selon lui, "que le premier nom albanais à figurer sur une place parisienne devait être celui d'E. Hoxha, et aucun autre" (Kadaré 1991 : 307-308). Mais à la même époque était construit le musée national Scanderbeg à Krujë (ci-contre, 2019), sur les plans de la fille de Hoxha, Pranvera (en fin d'études d'architecture), et de Pirro Vaso. Papa n'assista pas à l'inauguration (1982).

kruja

– "Ali Pacha" (1744-1822), dit aussi Ali de Tébélen, né à Tebelenë (sud de l'actuelle Albanie), gouverneur ottoman, pacha de Trikala et de Janina (grec Iōannina). Il étend son pouvoir et affirme son indépendance face aux autorités ottomanes qui se retournent alors contre lui. Il est tué par les forces ottomanes et sa tête envoyée à Constantinople. Le personnage d'Ali Pacha devient vite célèbre en Europe occidentale.

– En 1809, George Gordon Byron (= Lord Byron, 1788-1824), qui l'a rencontré lors de son voyage en Orient (1809-1811), en dresse le portrait suivant : "His Highness is sixty years old, very fat and not tall, but with a fine face, light blue eyes and a white beard, his manner is very kind and at the same time he possesses that dignity which I find universal amongst the Turks. He has the appearance of anything but his real character, for he is a remorseless tyrant, guilty of the most horrible cruelties, very brave and so good a general, that they call him the Mahometan Buonaparte."
    Source : http://www.albanianhistory.net/1809_Byron/, consulté le 2020-02-12.

– En 1829, dans les Orientales, Victor Hugo (1882 : VIII) le caractérise ainsi : "le seul colosse que ce siècle puisse mettre en regard de Buonaparte, si toutefois Buonaparte peut avoir un pendant ; cet homme de génie, turc et tartare à la vérité, cet Ali-pacha qui est à Napoléon ce que le tigre est au lion, le vautour à l'aigle" ; v. aussi les poèmes Le Derviche et Le château fort (Hugo 1882 : 121-130).

– En 1840, dans Crimes célèbres (Dumas 1840 : 7, 307-334 et 8 : 3-146), Malleville en raconte l'histoire et décrit ainsi l'enfance d'Ali : "A peine sorti du harem, il passait son temps à courir les montagnes, errant à travers les forêts, bondissant au milieu des précipices, se roulant dans les neiges, aspirant le vent, défiant les tempêtes, exhalant par tous les pores son énergie inquiète. C'est peut-être au milieu de ces périls de tout genre qu'il apprit à tout braver en tout domptant ; peut-être est-ce en face de ces grandeurs de la nature qu'il sentit s'éveiller en lui ce besoin de grandeur personnelle que rien ne put assouvir. En vain son père chercha à calmer son humeur sauvage et à fixer son esprit vagabond : rien n'y fit. Obstiné autant qu'indocile, il rendit inutiles tous les efforts et toutes les précautions. L'enfermait-on, il brisait la porte ou sautait par la fenêtre ; si on le menaçait, il feignait de se rendre, vaincu par la crainte, et faisait toutes les promesses que l'on voulait, mais pour y manquer à la première occasion." (tome 7, p. 316)

– Dans Le Comte de Monte-Cristo, publié en 1844, Alexandre Dumas évoque Ali Pacha dans le cadre de la vengeance de Monte-Cristo contre Fernand. On y apprend qu'Ali Pacha a été trahi par Fernand Mondego, officier qui bénéficiait de toute sa confiance. Mondego a ensuite vendu sa femme et sa fille, Haydée, comme esclaves. Enrichi grâce à ses crimes, il a été annobli sous le titre de comte de Morcerf et est devenu pair de France. Il est dénoncé par Haydée, que Monte-Cristo a rachetée, et se suicide peu après.

Mère Teresa. – Anjezë Gonxhe Bojaxhiu (1910-1997), religieuse catholique connue sous le nom de mère Teresa (alb. Nënë Tereza). De langue maternelle albanaise, elle est née à Skopǰe (Macédoine du nord). En 1928, elle s'installe à Calcutta, en Inde, où elle passe la plus grande partie de sa vie : fondation de la congrégation des Missionnaires de la charité, prosélytisme catholique et action caritative. Elle est béatifiée en 2003 et canonisée en 2016. En Albanie, le jour anniversaire de sa béatification, le 19 octobre, est proclamé jour férié (c'est le "jour de mère Teresa" – Dita e Nënë Terezës) et son nom est donné à l'aéroport international de Tirana (TIA) : Aeroporti Nënë Tereza. – Depuis 2015, dans le XVIIe arrondissement de Paris, une rue au-dessus des voies ferrées porte aussi son nom ; la plaque indique seulement "Rue Mère Teresa (1910-1997)".

Ismail Kadare (né en 1936 à Gjirokastër) est l'écrivain albanais contemporain le plus célèbre (Le Général de l'armée morte, Les Tambours de la pluie, Chronique de la ville de pierre, Le Palais des rêves, etc.) et le plus lu à l'étranger, surtout en France. Dans son pays avant 1991, Kadare, qui ne suit pas les canons officiels du "réalisme socialiste", est tour à tour loué, critiqué, interdit, censuré, protégé par Enver Hoxha contre son propre appareil de répression, menacé, toléré. En 1990, il s'exile en France. Après l'instauration d'un régime pluraliste, il retourne en Albanie, et séjourne ensuite alternativement en Albanie et à Paris. Son café favori au Quartier latin : Le Rostand, juste en face du jardin du Luxembourg (voir Matinées au café Rostand, publié en français en 2017). Outre ses romans, Kadare a publié des poèmes, des nouvelles et des essais. – Sur l'œuvre de Kadare et ses rapports avec le régime d'Enver Hoxha, voir Kadaré (1991) et Champseix (s.d.).

kadare
Voici l'histoire de l'Albanie vue et brossée à grands traits par Ismail Kadare (Kadaré 2003 : 13-14) :

Petite nation dont le nom signifie "pays des aigles". Vieille peuplade de la péninsule balkanique qui succéda aux Illyriens dont elle perpétue la langue. Etat nouveau surgi des décombres de l'Empire ottoman au début du siècle. Nation interconfessionnelle, catholique, orthodoxe et musulmane, proclamée monarchie sous un souverain allemand appartenant à une quatrième confession, cette fois protestante. Redevenue ensuite république avec à sa tête un évêque albanais. Ce dernier renversé par une guerre civile conduite par le futur roi, cette fois autochtone. Lui-même renversé par un autre monarque, italien celui-ci, qui lui confisque sa couronne pour se proclamer aussitôt "roi d'Italie et d'Albanie, empereur d'Ethiopie". Enfin, après cet appariement grotesque où les Albanais, pour la première fois de leur histoire, sont amenés à constituer un Etat commun avec des Noirs, l'irruption de la dictature communiste. Nouvelles amitiés, insolites alliances nouées en grande pompe et rompues avec morgue.



– Ci-contre : l'immeuble construit en 1972 où a habité Kadare jusqu'en 1990, rruga e Dibrës, Tirana. Œuvre de l'architecte et peintre Maks Velo (1935-). En raison de son modernisme non conforme au "réalisme socialiste", Velo a été condamné en 1978 à dix ans de camp de travaux forcés. – En 2019, un musée Kadare a été aménagé dans l'ancien appartement de l'écrivain.
    Photo : 2019.

– Les premières œuvres de Kadare sont traduites en français par Jusuf Vrioni (1916-2001). Issu de l'aristocratie albanaise, il est le fils de l'un des signataires de la déclaration d'indépendance de 1912. En France pendant une partie de son enfance et pendant son adolescence, il fait ses études à Paris (HEC) et à Rome. Il revient en Albanie en 1943. Arrêté en 1947, il est torturé et condamné pour "espionnage" à quinze ans de prison et de travaux forcés. Après sa libération en 1959, il vit de traductions. Il se lance dans la traduction du Général de l'armée morte et des romans de Kadare, mais pendant longtemps, le nom du traducteur – "ennemi de classe" ! – ne peut être mentionné. A partir de 1966, Vrioni est aussi chargé de traduire les œuvres d'Enver Hoxha – sans avoir aucun contact avec l'auteur ni, bien sûr, être nommé. En 1997, il s'installe à Paris. (Vrioni 1998) – Après la mort de Vrioni, Tedi Papavrami (1971-), violoniste albanais prodige, réfugié en France en 1986 avec ses parents, traduit des œuvres de Kadare. (Papavrami 2013)

Virgule politiquement incorrecte

Chargé de traduire l'ouvrage d'Enver Hoxha "Eurokomunizmi është antikomunizëm", Jusuf Vrioni (1998 : 243-244) traduit "L'eurocommunisme, c'est de l'anticommunisme", et la couverture est imprimée avec ce titre. Malheur ! On lui reproche la virgule : il n'y en a pas en albanais, et il n'y en a pas non plus dans les traductions anglaise ("Eurocommunism is Anti-Communism)" et allemande ("Eurokommunismus ist Antikommunismus"). Vrioni a beau défendre, à juste titre, la nécessité de la virgule en français : peine perdue. Tous les exemplaires de la couverture doivent être mis au pilon et remplacés. Nouveau titre politiquement correct : "L'eurocommunisme c'est de l'anticommunisme". Publié à Tirana : 8 Nëntori, 1980.

Toponymie

Tiranë/Tirana : les deux formes des noms albanais

La dualité de forme correspond à la différence de définitude, catégorie afférente à tous les noms (propres ou communs) : forme indéfinie et forme définie. Exemples : indéfini/défini – zog/zogu (oiseau), fialë/fiala (mot). Pour les féminins, la valeur définie est représentée généralement par le suffixe substitutif -a : Gjirokastër/Gjirokastra, Korçë/Korça, Prishtinë/Prishtina, Shkodër/Shkodra, Tiranë/Tirana, Vlorë/Vlora. Pour les masculins, elle est représentée généralement par -i (ou -u) : Berat/Berati, Durrës/Durrësi, Elbasan/Elbasani. Quant à l'origine de ces suffixes, "it is likely that the ultimate source is the demonstrative (the stem *ey- of L [latin] is, ea, id may lie behind the masculine form in the nominative sg.)." (Matasović 2019 : 32)

Pour les toponymes, le choix entre les deux formes est conditionné par la fonction syntaxique du syntagme correspondant : ainsi, en fonction sujet, forme définie de même qu'après des prépositions régissant le nominatif (comme nga), forme indéfinie après des prépositions régissant l'accusatif (comme ) ou l'ablatif (comme rreth) : Tirana është… (Tirana est…), nga Tirana (de Tirana) vs në Tiranë (à Tirana), rreth Tiranë (autour de Tirana).

Cette différence de traitement a visiblement un lien avec la distribution de l'information dans la phrase, même si les faits actuels sont plus complexes : forme définie pour ce dont on parle (le thème, correspondant souvent au sujet) et forme indéfinie pour l'information nouvelle (le rhème). La phrase citée plus haut en est une belle illustration : Eurokomunizmi [ce dont on parle, défini] është antikomunizëm [ce qu'on en dit, indéfini].

Dans des textes en français, il y a quelques flottements quant à la forme employée pour ces toponymes, mais les usages majoritaires semblent être les suivants :
    – pour les féminins, préférence pour la forme définie en -a, sauf si la forme indéfinie est en -ër ; cette préférence est sans doute liée au fait que le <ë> final de la forme indéfinie est étranger au français et donc impossible à interpréter ;
    – pour les masculins, préférence pour la forme indéfinie.
On obtient donc : Gjirokastër, Korça, Prishtina, Shkodër, Tirana, Vlora ; Berat, Durrës, Elbasan.

    – Sur cette page, j'emploie systématiquement la forme indéfinie, sauf pour les toponymes présentés ci-dessous et la capitale Tirana. JP

Albanie (< latin Albani = Albanais), alb. Shqipëri/Shqipëria ; shqipetar (pluriel shqipetarët) désigne l'habitant et shqip la langue.

Shqipëria < shqip = clairement, de façon compréhensible ; shqiptar aurait donc désigné quelqu'un qui s'exprime de façon compréhensible (c'est-à-dire en albanais), de là quelqu'un qui parle cette langue, et de là un membre de la communauté ethno-linguistique qui communique dans cette langue (Demiraj 2010).
shqiptar a remplacé arbën/arbër (dérivé du latin) au XVIIIe siècle. Selon Demiraj, les raisons de ce changement sont que arbën était associé à la religion catholique et que l'on préférait un terme générique qui dépasse les clivages religieux : "the diffusion and generalization of the ethnic name shqiptar represent the linguistic concretization of the self-defending reaction of the Albanian ethnos, by which the (various but not at all superficial) religious belief volens nolens ceded the place to the Albanian native language, which – alongside the compact vital territory with vital traditions – was transformed into the principal identifier within the matrix of the Albanian ethnic culture." (Demiraj 2010 : 562)

L'association populaire de shqiptar avec aigle est due à l'homonymie de leurs racines : shqip (shqiponjë = aigle). Elle est également stimulée par l'emblème national de l'Albanie (l'aigle à deux têtes). Il n'est pas spécifiquement albanais, mais il avait été l'emblème de Scanderbeg au XVe siècle. – Sur la base de cette étymologie populaire, les Albanais présentent leur pays comme le "pays des aigles", avec toutes les connotations positives que cela peut véhiculer.

voirEcouter Shqiponja Partizane (Les Aigles partisans), chant de la résistance albanaise
    (Source : disque albanais des années 1970)

– Voir aussi ce vers de la chanson des années Hoxha Në njërën dorë kazmën, në tjetrën pushkën (D'une main la pioche, de l'autre le fusil) : Të kemi shqiponjë, Parti (Sois notre aigle, Parti !).
– Ecouter cette chanson : https://www.youtube.com/watch?v=Obe9Q9r0ybw

shqip
Drapeau albanais.
Citadelle de Rozafa, près de Shkodër, 2019.

Epire (grec Ήπειρος, Īpeiros, alb. Epir/Epiri). – L'Epire a correspondu dans l'histoire à un territoire de dimension variable, bordé par la mer Adriatique au nord et la mer Ionienne au sud (la ligne de partage se situe au niveau de l'ile de Corfou [grec Κέρκυρα/Κóρκυρα – Kérkura/Kórkura, alb. Korfuz, italien Corfù]). Elle inclut le nord-ouest de la Grèce (= Epire du sud, ville principale Iωάννινα, Iōánnina, alb. Janinë/Janina) et le sud de l'Albanie (= Epire du nord, villes de Gjirokastër, Vlorë et Korçë) – régions de populations mélangées et longtemps contestées de part et d'autre. – En Grèce, l'Epire est l'une des treize régions administratives, capitale Iōánnina.

Kosovo = serbo-croate Kosovo/Косово < kos/кос = merle + suffixe -ovo, alb. Kosovë/Kosova, turc Kosova. En français (comme dans d'autres langues européennes), c'est le terme serbo-croate qui est utilisé : Kosovo, habituellement prononcé [kɔ.sɔ.ˈvo] en français. Féminin en albanais, le terme est masculin en français, neutre en anglais, masculin ou neutre en allemand (Földes 1999). Le Kosovo est considéré par les Serbes comme une terre authentiquement serbe et par les Albanais comme une terre authentiquement albanaise.
– A l'époque ottomane, le Kosovo (capitale Üsküp/Shkup) était l'un des vilayets où résidaient des populations albanophones, avec ceux de İşkodra/Shkodër, Manastır/Manastir, Yanya/Janinë. Dans la Yougoslavie d'après 1945, le Kosovo formait initialement une région autonome appelée Косово и Метохија (Kosovo i Metohiǰa), abrégé en Kosmet. Dans les années soixante, il a obtenu le statut de province autonome sous le nom simple de Kosovo. – La Metohiǰa (alb. Dukagjin < Lekë Dukagjini [1410-1481], noble albanais ; français Métochie) correspond au sud-ouest du Kosovo, avec les villes de Пећ (Peć, alb. Pejë) et de Prizren. Le nom de Metohiǰa, utilisé à partir du XIXe siècle et créé à partir du grec μετοχή (metochi = communauté), renvoie aux communautés monastiques orthodoxes. Au nord-est de la Métochie se situe la région appelée en serbe Kosovo Polje (< serbo-croate поље/polje = champ) et en albanais Fushë Kosovë (français Champ des merles).

voirEcriture du serbo-croate

Quelques noms de villes en plusieurs langues

Ci-dessous quelques noms de villes en albanais, en turc (orthographe latinisée de 1928) et dans d'autres langues, selon leur importance. Translittération du grec et du macédonien selon les normes ISO.

albanais turc  
Durrës Dıraç grec Δυρράχιον (Dyrrachion), latin Dyrrachium, italien Durrazo ; autre nom : Επίδαμνος (Epidamnos) – Albanie
Gjirokastër Ergiri grec Αργυρόκαστρο (Argyrókastro) – Albanie
Janinë Yanya grec Ιωάννινα (Iōánnina), français Janina – Grèce
Korçë Görice grec Κορυτσά (Korytsá) – Albanie
Lezhë Leş grec Λισσός (Lissós), italien Alessio – Albanie
Manastir Manastır macédonien Битола (Bitola) ; grec Μοναστήρι (Monastī́ri), Μπίτολα (Mpítola) – Macédoine du nord
Pejë İpek grec Επισκιον (Episkion), latin Pescium, serbo-croate Пећ/Peć – Kosovo
Prizren Prizren serbo-croate Призрен/Prizren – Kosovo
Prishtinë Priştine serbo-croate Приштина/Priština, français Pristina – Kosovo
Shkodër İşkodra italien Scutari – Albanie
Shkup Üsküp macédonien Скопје (Skopǰe) ; français Skopje – Macédoine du nord
Tiranë Tiran français Tirana – Albanie
Ulqin Ülgün serbo-croate Улцињ/Ulcinj – Monténégro
Vlorë Avlonya grec ancien Αυλών (Aylṓn), français (parfois) Valone – Albanie

Repères linguistiques

L'albanais a été reconnu définitivement comme une langue indo-européenne par Franz Bopp, fondateur de la linguistique comparative, dans une étude publiée en 1855. Sa conclusion repose sur la comparaison des formes morphologiques albanaises avec celles de langues indo-européennes anciennes, surtout le sanscrit et le grec. L'albanais n'a de filiation avec aucune autre langue indo-européenne existante – ni avec le grec voisin ni avec aucune autre langue présente dans les Balkans.

Bopp (1855 : 1) : "die genannte Sprache [gehört] zwar entschieden der indo-europäischen Familie an […], [steht] aber in ihren Grundbestandtheilen mit keiner der übrigen Sanskritschwestern unseres Erdtheils in einem engeren, oder gar in einem Abstammungsverhältnisse […]."
    La langue en question fait certes partie de façon décisive de la famille indo-européenne, mais dans ses constituants fondamentaux, elle n'a de relation rapprochée avec aucune des autres langues-sœurs du sanscrit de notre continent, sans parler de relation de filiation.

Par delà cette spécificité, le lexique de l'albanais témoigne d'emprunts multiples aux langues des pays voisins et des envahisseurs : latin, italien, langues slaves, grec et turc.

Circulation du lexique : l'exemple de kanun – de Sumer à l'Albanie

kanun
est issu du grec κανών (kanṓn) = règle de bois, morceau de bois bien droit qui sert à régler > règle, modèle, principe . Du grec, le terme passe, avec ce second sens, en arabe, puis en turc (kanun = loi) et de là en albanais. Cf. également latin canōn > français canon.

Le terme grec lui-même peut être dérivé de κάννα (kánna) = roseau, jonc (cf. latin canna > français canne), issu lui-même de l'assyrien kanū, hébreu qåne(ḥ), équivalent du sumérien gi = jonc, roseau. (Sources : Alexandre 1874, Elsie 2014, Ernout & Meillet 2001, Freund 1883, Rey 1998, Walde 1910).

En albanais, kanun désigne le droit coutumier traditionnellement en vigueur dans les régions montagneuses du nord de l'Albanie. Sa codification la plus connue est celle établie par Lekë Dukagjinit (1410-1481). Le kanun règle les différents aspects de la vie. Parmi ses concepts les plus importants, l'honneur (nderë), le droit du sang (gjakmarrje) – fondement des actes de vendetta –, le respect de l'hôte (mik < latin amicus), le respect de la parole donnée, protection (besë). – Voir le roman Avril brisé (Kadaré 2019), qui tourne autour d'un acte de vendetta, et Elsie (2014).

On distingue deux dialectes (ou plus exactement deux familles de dialectes) albanais : le guègue (alb. geg ; parlé au nord de l'Albanie et au Kosovo) et le tosque (alb. tosk ; sud de l'Albanie). La ligne de séparation entre les deux correspond au fleuve Shkumbin (latin Genusus). C'était aussi là que passait la Via Egnatia (du nom du proconsul de Macédoine Gnaeus Egnatius), construite au IIe siècle avant notre ère : elle était la continuation dans les Balkans de la Via Appia qui allait de Roma (Rome) à Brundisum (Brindisi), et elle reliait le port de Epídamnos/Dyrrachium (Durrës) et Apollonia à Byzantium (Byzance). Voici ce qu'en dit Strabon (1873 : 59-60), au livre VII, chapitre 7 de Geōgraphika :

La côte du golfe Ionien s'ouvre par les cantons d'Épidamne et d'Apollonie. De cette dernière ville on peut aller directement en Macédoine par la Voie Égnatienne, grand chemin tracé au cordeau de l'ouest à l'est et bordé de pierres milliaires jusqu'à Cypsèles et à l'Hèbre, c'est-à-dire sur une longueur de 535 milles. […] Prise dans son ensemble, cette chaussée est connue sous le nom de Voie Égnatienne, mais dans la première partie on l'appelle la route du Candavie, du nom d'une des montagnes de la chaîne d'Illyrie, où ellemène effectivement en passant d'abord par la ville de Lychnide et par Pylôn, localité située juste sur la frontière de l'Illyrie et de la Macédoine, après quoi elle longe le pied du mont Barnonte, traverse Héraclée, le territoire des Lyncestes et celui des Éordes, puis gagne Édesse et Pella pour aboutir à Thessalonique ayant mesuré jusque-là, suivant Polybe, un espace de 267 milles. Or, en suivant ainsi cette voie depuis Épidamne ou depuis Apollonie, on se trouve avoir, à droite, les différents peuples épirotes échelonnés le long de la mer de Sicile jusqu'au golfe Ambracique, et, à gauche, la chaîne des monts d'Illyrie que nous avons parcourue précédemment, avec les différents peuples qui la bordent jusqu'à la Macédoine et à la Pœonie.

– Sur l'usage des termes guègue et tosque, voir Rapper (2004).


Différentes écritures pour l'albanais

– Cette présentation s'appuie essentiellement sur Hetzer (1992), Nehring (2002), Skendi (1960, 1967) et Trix (1997).

La genèse d'un système d'écriture pour l'albanais a été conditionnée par plusieurs facteurs, qui tiennent au fait que les régions albanaises se situent au carrefour de différentes influences :

– Comme indiqué plus haut, les populations albanaises se partagent entre deux dialectes principaux, avec les différences géographiques et cuturelles auxquelles ils sont liés.

– L'Albanie s'est trouvée convoitée par trois religions : le catholicisme romain, le christianisme orthodoxe grec venu du sud et des régions slaves environnantes (Monténégro et Serbie), et l'islam, importé par l'empire Ottoman. A chaque religion son écriture : écriture latine, écriture grecque et écriture arabe utilisée alors pour le turc. On peut estimer la population musulmane d'Albanie à 70 %, les orthodoxes à 20 % et les catholiques à 10 % (les chiffres du recensement de 2001 sont un peu différents, mais moyennement fiables du fait de l'absence de réponse de la part de nombreuses personnes dans certaines régions ; v. Elsie 2004a). Depuis la levée de l'interdiction en 1990, les trois religions coexistent sans heurt ; à Tirana ont été construits trois grands édifices religieux : la cathédrale catholique Saint-Paul, la cathédrale orthodoxe de la Résurrection du Christ et la Grande Mosquée, construite avec l'aide financière de la Turquie.

– Les Puissances et les pays voisins ont également joué un rôle dans la question de l'écriture. L'empire Ottoman, puissance occupante à partir du XVe siècle, était évidemment attaché à la diffusion de l'écriture arabe telle qu'utilisée à l'époque pour le turc. Les contacts et l'imbrication des populations avec les Slaves et leurs tentatives pour s'étendre au détriment de l'Albanie ne pouvaient qu'influer sur la représentation et l'utilisation de l'écriture cyrillique. Il en allait de même de la Grèce et de l'écriture grecque. Enfin, l'Autriche-Hongrie, dans son désir de contrecarrer l'influence slave, était intéressée à favoriser les tendances indépendantistes de l'Albanie, et donc aussi l'écriture latine.

voirEcriture du turc

Question évidemment importante pour l'avenir de l'Albanie, l'écriture de l'albanais ne concernait pendant longtemps que très peu de monde : jusqu'au milieu du XXe siècle, 80 à 90 % des Albanais étaient analphabètes. L'analphabétisme a été liquidé dans la seconde moitié du XXe siècle.

Des premiers textes aux premières écritures

La première mention d'une écriture de textes albanais remonte au XIVe siècle. Du XVe siècle sont parvenus les premiers textes suivis : textes religieux de dialecte guègue en écriture latine, et aussi textes en dialecte tosque écrits avec l'alphabet grec. Mais différents systèmes d'écriture ont été employés : outre les écritures basées sur l'alphabet latin, on utilise les alphabets grec, arabe et cyrillique, des alphabets originaux sont aussi créés à partir du milieu du XVIIIe sècle, témoins de la volonté d'affirmer la spécificité albanaise face aux influences voisines (cf. dans le même esprit et à la même époque l'utilisation du nom de Shqipëria pour désigner le pays).

– l'écriture latine. L'écriture latine n'est pas seulement celle de l'église catholique, mais aussi, et surtout, celle des grands pays d'Europe (la Russie exceptée), d'où son pouvoir attractif. Utilisé dès les premiers textes manuscrits et imprimés, l'alphabet latin pose pour l'écriture de l'albanais le même problème que pour d'autres langues : les 26 lettres de l'alphabet latin ne suffisent pas pour représenter les différents phonèmes de la langue. On peut alors avoir recours à quatre solutions : représenter des phonèmes différents par un même graphème, utiliser des diacritiques (accents, trémas, cédille) pour modifier certaines lettres latines, créer des graphèmes nouveaux ou recourir à des digrammes. Avant la fin du XIXe siècle, les textes imprimés présentent une certaine diversité selon les solutions retenues.

– l'écriture grecque. L'utilisation de l'alphabet grec est évidemment liée à la pratique de la religion orthodoxe et a valu essentiellement dans le sud des régions albanophones, à proximité de la Grèce, surtout au XIXe siècle (en liaison, sans doute, avec l'indépendance et le développement de la Grèce). Elle pose le même problème que l'écriture latine : le nombre insuffisant de graphèmes. Voir dans Elsie (2017 : 33-42) trois échantillons de textes albanais en écriture grecque.

voirEcriture du grec

– l'écriture arabe. Si l'islamisation des populations albanophones a été la conséquence directe de la conquête ottomane, l'écriture arabe n'a été que peu employée pour l'albanais, malgré les efforts (plus ou moins intenses selon les époques) déployés par les autorités pour la populariser. En outre, l'écriture arabe présente l'inconvénient d'être peu adaptée à la transcription du système vocalique de cette langue indo-européenne.

voirEcriture du turc

– l'écriture cyrillique. Selon Elsie (2017 : 47), l'utilisation sporadique de l'écriture cyrillique n'a concerné que des populations orthodoxes en Macédoine occidentale.

voirEcriture cyrillique

– les écritures originales : on en compte plusieurs, dont aucune n'a été durablement utilisée (voir leur présentation dans Elsie 2017 : 51-103). Parmi ces écritures, l'alphabet d'Elbasan créé au milieu du XVIIIe siècle et utilisé pour une traduction manuscrite d'extraits du Nouveau Testament. Son auteur, Grêgorios ho Dyrrakhíu, archevêque orthodoxe de Durrës, s'est nettement inspiré de modèles étrangers, grec, latin, cyrillique. Première écriture originale mise en œuvre pour l'albanais, elle n'a été que peu diffusée (v. Elsie 1995, 2017 et Everson & Elsie 2011). Ci-dessous les 40 graphèmes de cet alphabet et leurs correspondants dans l'alphabet actuel. Les trois derniers ne servent que pour l'écriture de mots étrangers.

elbasan

Elaboration d'une écriture latine : le congrès de 1908

La situation commene à changer dans le quatrième quart du XIXe siècle, en liaison avec l'éveil d'une conscience nationale albanaise. La situation politique est complexe, vu les appétits des Puissances et des voisins, dans le contexte de la décadence et du recul de l'empire Ottoman en Europe. Mais les associations savantes se multiplient en faveur d'un renouveau national et de l'autonomie, sinon de l'indépendance, par rapport à l'empire Ottoman, notamment la ligue de Prizren (au Kosovo) fondée en 1878.

Dans cette situation, un courant se développe en faveur de la standardisation de l'écriture de l'albanais, et plusieurs associations nationales et culturelles sont créées – entre autres la "Société pour les publications albanaises", créée en 1879 à Constantinople, dans laquelle les frères Frashëri (Abdyl, Naim et Sami) jouent un rôle important. Le second, Naim, écrivain, est célébré comme un poète national. Mit'hat Frashëri (1880-1949), fils d'Abdyl, participe au congrès de Manastir en 1908 ; co-signataire de la déclaration d'indépendance, il est plusieurs fois ministre après l'indépendance, et il sera président du Balli Kombëtar en 1942. – Dans cette même période, les premières écoles albanaises sont créées (1887 à Korçë).



Ci-contre trois alphabets différents pour l'albanais :

– 1ère colonne (4e et 6e) : alphabet élaboré par Kostandin Kristoforidhi (2e moitié XIXe siècle) à partir de l'alphabet grec
– 2e colonne (5e et 7e) : alphabet de Stambolli (Constantinople)
– 3e colonne (6e et 9e) : alphabet bashkimi tel qu'adopté au congrès de 1908


– Source : Jensen (1958 : 477). Ici redécoupé en trois parties.
alb-alph

Du 14 au 22 novembre 1908, cinquante délégués issus de plusieurs sociétés savantes se réunissent à Manastir (= Bitola, en Madédoine du nord) et définissent deux alphabets à base de lettres latines, sans trancher entre les deux. Tous deux comprennent le même nombre de lettres, mais se distinguent par le fait que l'un, dit alphabet de Constantinople, contient neuf caractères spéciaux (empruntés au grec ou créations originales par modification de lettres latines) et deux caractères avec diacritique (la cédille), tandis que l'autre, dit alphabet bashkimi, recourt pour ces mêmes lettres à des digraphes. Les bases de ce second alphabet ont été élaborées par la société pour l'Unité de la langue albanaise (Shoqnia e Bashkimit të Gjuhës Shqipe) fondée à Shkodër en 1899. Peu d'années après, c'est cet alphabet dont l'emploi se généralise : sans caractères spéciaux, il est plus simple à employer, notamment pour la typographie et la dactylographie.

L'influence des conventions graphiques de l'anglais est perceptible dans plusieurs des graphèmes de cet alphabet : <dh> pour [ð], <sh> pour [ʃ], <th> pour [θ].

Malgré les efforts déployés par les autorités ottomanes en 2010 pour faire échec à l'utilisation de ces alphabets (interdiction des sociétés savantes, de la presse et des écoles albanaises), l'indépendance de l'Albanie en 2012 permet la généralisation de l'alphabet bashkimi – toujours utilisé à l'heure actuelle.

En 1972, un congrès réuni à Tirana auquel participent des délégués d'Albanie, de Macédoine, de Serbie, du Monténégro et d'Italie du sud adopte une norme linguistique unique (gjuha e njësuar) basée sur le dialecte tosque, prédominant en Albanie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

– Ci-contre : protocole du congrès de Manastir. En 1) figure l'alphabet dit de Constantinople et en 2) l'alphabet bashkimi, qui s'est imposé. Dans la première liste de signataires, on voit "Midhat" (= Midhat Frashëri), de la même écriture que l'ensemble du texte.

    Reproduction exposée au musée historique d'Ersekë, 2019.

manastir

Etat actuel

L'alphabet actuel comprend 36 graphèmes, dont 25 graphèmes simples (absence de <w>), 2 avec diacritiques (<ç> et <ë>) et 9 digraphes (<dh>, <gj>, <ll>, <nj>, <rr>, <sh>, <th>, <xh>, <zh>) :

a b c ç d dh e ë f g gj h i j k l ll m n nj o p q r rr s t th u v x xh y z zh

– Sur les panneaux indicateurs en Albanie, le tréma est souvent omis, pas la cédille.

Consonnes

consonnes

Voyelles

voyelles

Ecriture des noms albanais en français

Dans certains textes français, des noms albanais sont francisés, dans le but d'en faciliter la prononciation ou de la rendre plus proche de la prononciation originale. On trouve ainsi Hodja au lieu de Hoxha, Kadaré au lieu Kadare, Ismaïl au lieu de Ismail, Kossovo au lieu de Kosovo, ou aussi Georges Castriot au lieu de Gjergj Kastrioti. De même, <ë> est souvent écrit sans tréma.

– Semblablement, dans des textes albanais, des noms français sont parfois albanisés, comme le nom de ce boulevard à Tirana (ci-contre, 2019), où le <e> de Zhane pourrait d'ailleurs être supprimé (comme c'est le cas sur certains plans) ou remplacé par <ë>. Cette voie s'appelait auparavant Rruga Marsel Kashen (< Marcel Cachin [1869-1958], dirigeant communiste français). – Jeanne d'Arc (1412-1431) était une contemporaine de Scanderbeg. jeanne

Note sur le slogan figurant en exergue de cette page : "manquer de pain" et "manger de l'herbe"

La paternité de ce slogan revient au camarade Enver Hoxha, Premier secrétaire du Parti du travail d'Albanie. Le 30 octobre 1960, Hoxha déclara dans une intervention au Bureau politique : "Quitte à rester sans pain, nous, Albanais, nous ne violons pas les principes, nous ne trahissons pas le marxisme-léninisme." (Hoxha 1976 : 171). Les dirigeants albanais affirmaient défendre le marxisme-léninisme contre les "révisionnistes modernes" – Soviétiques, Yougoslaves ou autres – qui, selon eux, le trahissaient ou le "révisaient". Derrière ces querelles idéologiques, les divergences concrètes avec l'Union soviétique portaient essentiellement sur trois questions : les rapports avec la Yougoslavie de Tito, l'appréciation de Staline (les dirigeants albanais restaient fidèles aux méthodes de gouvernement de Staline) et la place de l'Albanie dans l'intégration économique des pays d'Europe de l'Est. En 1960-1961, suite aux critiques virulentes des dirigeants albanais contre la direction soviétique, l'URSS cessa toute aide à l'Albanie, rompit toute relation avec elle et dut évacuer la base navale de Pasha Liman (dans la baie de Vlorë). – Ces évènements constituent le cadre et le thème du roman de Kadare Le Grand Hiver publié en Albanie en 1973 (Kadaré 1992).

La référence au manque de pain est liée aux faits suivants : en raison de mauvaises récoltes et d'une menace de famine, l'Albanie avait demandé à l'URSS la livraison urgente de blé, mais l'URSS n'avait satisfait cette demande qu'avec retard et en quantités insuffisantes. Les dirigeants albanais dénoncèrent cette attitude comme un moyen de pression utilisé par les Soviétiques pour amener l'Albanie à se soumettre à leurs volontés.

Autre expression employée en concurrence avec "manquer de pain" : "manger de l'herbe". Elle revient dans les propos tenus par les principaux dirigeants albanais (Hoxha, Mehmet Shehu, Hysni Kapo) lors des discussions menées à Moscou en 1960 avec les dirigeants soviétiques : "Mais bien vite il [= Khrouchtchev] devait se convaincre que nous étions de ceux qui acceptaient de se nourrir d'herbe plutôt que de s'agenouiller devant lui ou devant n'importe quel autre traître." (Hoxha 1980 : 132) Et p. 163 : "Quitte à nous serrer la ceinture, à nous nourrir d'herbe, leur [= Mikoyan et d'autres dirigeants soviétiques] répondirent Mehmet et Hysni, nous ne nous soumettrons pas à vous, nous ne nous laisserons pas mettre à bas."

– Voir comment Hoxha raconte ces évènements dans Les Khrouchtchéviens, publié en 1980 (c'est-à-dire après la rupture avec la Chine et avant l'élimination de Shehu ; d'où quelques réserves sur l'attitude des Chinois, que Hoxha soutenait à l'époque ; Shehu, lui, n'est pas encore le traitre, agent secret à la fois des Américains, des Britanniques, des Yougoslaves et des Soviétiques, que Hoxha dénoncera deux ans plus tard…).

Voici enfin ce slogan tel que reformulé par Kadare (Kadaré 1991 : 93) : "Nous mangerons de l'herbe pour mieux défendre le marxisme-léninisme."


Références bibliographiques

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– Le site de Robert Elsie (1950-2017) présente quantité de documents sur l'Albanie (histoire, langue, littérature, art, photographie). Une mine !
http://www.elsie.de, consulté le 2020-01-03.


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