Jacques Poitou
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Ecritures de l'albanais

 

Nous, les Albanais, préférons manquer de pain plutôt que de trahir les principes du marxisme-léninisme.
    Slogan en Albanie dans les années 1980 (in Champseix & Champseix 1990 : 11).


Repères historiques

N.B. Dans ce qui suit, Albanie désigne les régions de langue albanaise avant 1912 et uniquement le territoire de l'Etat albanais depuis cette date. – alb. = albanais (langue).

Illyriens et Albanais

Au IIe millénaire avant notre ère, les Illyriens – peuple de langue indo-européenne – s'installent dans le territoire actuel de l'Albanie. Dans l'Antiquité, la région elle-même est appelée Ἰλλυρία (Illyria) en grec, Illyricum en latin (alb. Iliria).

Les Albanais sont-ils les descendants directs des Illyriens ? Ou sont-ils arrivés en Albanie bien après à partir d'une autre région des Balkans ? On manque de données pour parvenir à une certitude sur cette question. Si l'illyrien est reconnu comme langue indo-européenne, il n'en existe aucune trace écrite directe : seulement quelques mots, essentiellement des noms propres (noms de personnes, de tribus, de lieux), dans des textes grecs ou latins (Duridanov 2002) ; difficile, dans ces conditions, de prouver la filiation entre illyrien et albanais. Difficulté supplémentaire : le laps de temps qui s'écoule entre la disparition de la civilisation illyrienne et les premiers témoignages de la civilisation albanaise : une tribu illyrienne est mentionnée par Ptolemaȋos (Ptolémée) au IIe siècle de notre ère sous le nom de Ἀλβανοί (Albanoi), mais ce nom n'apparait plus dans les documents avant le XIe siècle.

Des hypothèses différentes sont soutenues par les spécialistes, mais les partis pris politiques interfèrent aussi avec un examen scientifique des faits. Ainsi, en Albanie, il s'agit de montrer que les Albanais étaient bien un "peuple autochtone" des Balkans, l'un des plus anciens avec les Grecs, à la différence des Slaves voisins. "En Albanie, l'hypothèse de la descendance illyrienne des Albanais jouit justement d'une grande popularité, elle a une fonction d'étayage identitaire et elle atteint tout à fait le statut d'une doctrine d'Etat." (Matzinger 2009 : 13 ; traduit par moi, JP ; v. aussi Cabanes 2004)

Voici comment Elsie (2015) présente l'état de la recherche :

Much has been written and speculated about the origins of the Albanian people. From their language, we know that they are Indo-Europeans, and they seem to be native to the southern Balkans. However, whether or not they stem directly from the ancient Illyrians, as is widely assumed by the modern Albanians, or from the Dacians or Thracians or some other ancient Balkan people or peoples, is very much open to question. There has been passionate interest in the subject, in particular among the Albanians themselves, and, as is not uncommon in southeastern Europe, theories have been propounded with much passion and fervour. […]
The theory of Illyrian origin, held by most Albanians nowadays, is primarily supported by the fact that the Albanian language is now spoken in the same region where ancient Illyrian was once spoken and by the absence of any indication that the Albanians immigrated there from elsewhere. However, we know too little about the Illyrian language to prove a connection linguistically, and this is a crucial deficit.

Chronologie

VIIe s. av. J.-C. Premières colonies grecques : Durrachion (Durrës), Apollōnia, Ōrikos (Orikum), Aulōn (Vlorë).
IIIe-IIe s. av. J.-C. Conquête de l'Albanie par les armées romaines. Pénétration du christianisme au Ier siècle de notre ère. Après la division de l'empire (395), l'Albanie se trouve dans l'empire d'Orient.
IVe-XIVe siècles Invasions et souverainetés se succèdent. – Suite au schisme du christianisme, le nord de l'Albanie est sous influence catholique et le sud sous influence orthodoxe.
XIVe-XVe siècles Conquête de l'Albanie par l'empire Ottoman. – 1385 : bataille de Savra, première pénétration des forces ottomanes en territoire albanais. – 1389 : bataille du Champ des merles (au Kosovo), perdue par les forces chrétiennes (principalement serbes). – 1443-1468 : batailles contre les Ottomans menées par Gjergj Kastrioti, dit Skënderbeu (Scanderbeg). – 1501 : fin de la conquête ottomane de l'Albanie.
XVe s.-1912 Domination ottomane, islamisation de la population. – 2e moitié du XIXe siècle : "Renaissance nationale" ; 1887 : première école albanaise à Korçë.
1912-1913 Indépendance de l'Albanie dans ses frontières actuelles, reconnues par le traité de London (Londres). Une grande partie des populations albanophones (notamment au Kosovo) ne sont pas incluses dans le nouvel Etat.
1914-1924 Première guerre mondiale, intervention en Albanie de troupes de plusieurs pays étrangers ; période de troubles. Les frontières antérieures de l'Albanie sont confimées, le Kosovo fait désormais partie du nouvel Etat yougoslave.
1924-1939 Ahmed Zogu prend le pouvoir et se fait proclamer roi en 1928 sous le nom de Zog Ier. Mainmise progressive de l'Italie de Mussolini sur le pays.
1939-1945 Occupation de l'Albanie par l'Italie, création d'une "Grande Albanie" incluant les régions albanophones de Yougoslavie et de Grèce. – 1943 : capitulation de l'Italie et occupation de l'Albanie par l'Allemagne. – Résistance à l'occupation ; les partisans organisés par le parti communiste (fondé en novembre 1941 sous le patronnage du parti communiste yougoslave) l'emportent sur les "nationalistes" du Balli Kombëtar, fidèles au principe d'une "Grande Albanie" et plus prompts à lutter contre les partisans que contre l'occupant. – 1944 : libération de tout le pays par les partisans. – Poursuite des combats et liquidation des ballistes en Albanie et en Yougoslavie ; retour aux frontières d'avant-guerre ; au sein de la Yougoslavie, les régions albanophones font désormais partie des républiques de Serbie, de Macédoine et du Monténégro.
1945-1990 L'Albanie est dirigée par Enver Hoxha (1908-1985), chef du parti communiste (Parti du travail d'Albanie [PTA] à partir de 1948). – 1945-1948 : développement des liens avec la Yougoslavie, fusion prévue (y compris avec la Bulgarie), avec le soutien de Staline. – 1948 : rupture de l'URSS et, à sa suite, de l'Albanie avec la Yougoslavie ; l'Albanie est désormais soutenue économiquement par l'Union soviétique. – 1961 : rupture avec l'Union soviétique ; l'Albanie – "phare du socialisme en Europe" – est désormais soutenue par la Chine. – 1978 : rupture avec la Chine ; isolement. – Pendant toute cette période : répression impitoyable de toutes les oppositions réelles ou suspectées (rôle de la police politique, la Sigurimi), interdiction des religions (1967), purges récurrentes dans les milieux dirigeants (principale victime de la dernière grande purge, Mehmet Shehu, commandant de la Ière brigade de choc des partisans, Premier ministre depuis 1954, numéro 2 du régime, suicidé en 1981). – 1985 : mort de Hoxha, remplacé par Ramiz Alia.
1990-1992 Crise économique, pénuries, émeutes, exodes. Instauration d'un régime multipartite. Le parti socialiste (nouveau nom du PTA) gagne les élections en 1991 mais les perd en 1992 au profit du parti démocrate. Par la suite, il y a alternance entre les deux partis en 1997, en 2005, en 2013.
1989-2008 L'autonomie relative dont bénéficiait le Kosovo au sein de la république serbe dans la Yougoslavie de Tito (1892-1980) est supprimée en 1989 par le président serbe Slobodan Milošević. Développement du mouvement indépendantiste, heurts armés entre Kosovars et Serbes, répression, exactions. – 1999 : bombardement de la Serbie par l'OTAN sans mandat de l'ONU ; le Kosovo est ensuite placé sous administration provisoire de l'ONU (résolution 1244). – 2008 : proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo, reconnue par la plupart des pays d'Europe, mais ni par la Serbie ni par l'ONU.
2014- L'Albanie est acceptée comme candidate à l'adhésion à l'Union européenne. – L'Albanie et le Kosovo sont, avec l'Ukraine et la Moldavie, les pays les plus pauvres d'Europe (PIB/tête en parité de pouvoir d'achat).

– Pour plus de précisions, voir Bernard (1935), Champseix & Champseix (1992), Stark (1994), Castellan (1994), Gjeloshaj, Kolë & De Waele Jean-Michel, 2000, Elsie (2004a, 2004b, 2015), et sur la période d'après 1945, Flevziu (2017).

Quelques personnes célèbres en relation avec l'Albanie

N.B. Dans les textes français anciens, au <s> actuel correspondent un s rond (uniquement en fin de mot) et un s long : ſ. <v> et <u> sont représentés à l'initiale par v, ailleurs par u.

Alexandre le Grand. – Alexandros o Megas (Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας, 356-323), roi de Macédoine, grand conquérant et grande figure de l'Antiquité occidentale. Mais quel rapport avec l'Albanie ?? – Sa mère, Olympias, était une princesse d'Epire, et avant les grandes conquêtes orientales, Alexandre le Grand a soumis l'Illyrie, devenue vassale du royaume de Macédoine. Surtout, son nom en albanais Aleksandri i Madh > Leka i Madh est à l'origine du nom de la monnaie créée en 1925-1926 : le lek, pluriel lekë.

Pyrrhus. – Pyrros (Πύρρος, latin Pyrrhus, vers 318 av. J.-C. – 272), Grec descendant d'Achille (selon la légende), élevé en Illyrie par Glaukias, roi d'Illyrie, puis en Epire, avant d'en être chassé, roi d'Epire à partir de 296. Il mène une campagne victorieuse contre Rome à partir de 281 (bataille d'Asculum en 279), mais il est battu en 275, nouvelles guerres en Macédoine et en Grèce.

A propos de la bataille d'Asculum, Ploytarchos (Plutarque 1763 : 49-50) écrit :

Les uns & les autres s'étant retirés, comme quelqu'un félicitoit Pyrrhus de ſa victoire, on dit qu'il lui répondit : Si nous en remportons encore une pareille, nous ſommes perdus.
En effet il avoit perdu à cette bataille la plus grande partie des troupes qu'il avoit menées d'Epire, & tous ſes amis & tous ſes capitaines, excepté un bien petit nombre ; il n'en avoit pas d'autres pour les faire venir & pour remplacer les morts, & il trouvoit ſes alliés refroidis et découragés. Au lieu qu'il voyoit que les Romains rétabliſſoient très-facilement & très-promptement leurs légions ; car tous les hommes dont ils avoient besoin, ils les tiroient ſans peine de Rome, comme d'une fontaine inépuiſable dont ils avoient la source dans leurs maiſons ; & que, bien loin de perdre courage, ils tiroient de leurs défaites mêmes de nouvelles forces & une nouvelle ardeur pour continuer la guerre.

Et Titus Livius (Tite-Live 1835 : 242-243) :

Atque hoc fuisse tempus, quo Pyrrhus cuidam quasi de victoria gratulanti responderit : si denuo sic vincendi sunt Romani, periimus.
   Ce fut alors que Pyrrhus répondit à un de ses courtisans qui le félicitait de son prétendu succès : "Encore une pareille victoire, et nous sommes perdus"

De là l'expression commune aux langues d'Europe : une victoire à la Pyrrhus (alb. fitorja e Pirros) = "victoire si chèrement acquise que celui qui l'obtient ne peut s'en réjouir." (TLFi)

– Un autre Pyrrhus apparait dans une pièce de Racine, Andromaque, qui se passe, dit Racine, "à Buthrot, ville d'Epire" (il s'agit de Butrint, grec Βουθρωτόν Bouthrōtón, latin Buthrotum) : Pyrrhus est le fils d'Achille et le roi d'Epire. L'intrigue de la pièce est simple : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort. A la fin de la pièce : Pyrrhus est mort, Hermione est morte, Oreste est fou, reste seule Andromaque.

Scanderbeg. – Gjergj Kastrioti (1405-1468), dit (en turc) İskender bey (< Alexander), alb. Skënderbeu, français Scanderbeg, allemand et anglais Skanderbeg, considéré en Albanie comme un héros national, même si ses motivations étaient plus complexes qu'admis jusqu'à présent (Elsie 2013 : 395-399). Les combats qu'il mène avec d'autres princes albanais réunis dans la Ligue de Lezhë contre les forces ottomanes (v. entre autres Kadaré 1985) sont rapidement connus en Occident (v. Zotos 1996), en France notamment par le livre de Jacques de Lavardin paru en 1576 et plusieurs fois réédité : on célèbre en Scanderbeg un défenseur de la chrétienté contre les "hordes" musulmanes. Dans le livre de Lavardin figure un sonnet de Ronsard dont voici les huit derniers vers :

Et Scanderbeg, vainqueur du peuple Scythien,
Qui de toute l'Aſie a chaſſé l'Euangile.

O l'honneur de ton ſiecle ! o fatal Albanois !
Dont la main a desfait les Turcs vingt & deux fois,
La terreur de leur camp, l'effroy de leurs murailles :

Tu fuſſes mort pourtant, englouty du deſtin,
Si le docte labeur du ſçauant Lauardin
N'euſt, en forceant ta mort, regaigné tes batailles.

Un autre sonnet publié à la suite de celui-ci, indique bien la perspective :

Imitez Scanderbeg, & ayez quelque honte
Que l'infidelité des barbares vous domte,
Si vous eſtes Chreſtiens & de quelque valeur.

Depuis 1978, une place dans le nord de Paris porte le nom de Skanderbeg – "héros albanais".

– "Ali Pacha" (?-1822), né à Tebelenë (sud de l'actuelle Albanie), gouverneur ottoman, pacha de Trikala et de Janina (grec Iōannina). Il étend son pouvoir et affirme son indépendance face aux autorités ottomanes qui se retournent alors contre lui. Il est tué par les forces ottomanes et sa tête envoyée à Constantinople. – Hugo (1882 : VIII) le caractérise ainsi : "cet homme de génie, turc et tartare à la vérité, cet Ali-pacha qui est à Napoléon ce que le tigre est au lion, le vautour à l'aigle" ; v. aussi le poème Le château fort (Hugo 1882 : 129-130). – Le personnage d'Ali Pacha est évoqué de façon romancée par Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo : on y apprend qu'Ali Pacha a été trahi et vendu comme esclave, avec sa fille Haydée, par Fernand Mondego, officier qui bénéficiait de toute sa confiance. Enrichi grâce à ses crimes, Mondego a été annobli sous le titre de comte de Morcerf et est devenu pair de France. Il est dénoncé par Haydée, que Monte-Cristo a rachetée, et se suicide peu après.

Mère Teresa. – Anjezë Gonxhe Bojaxhiu (1910-1997), religieuse catholique connue sous le nom de mère Teresa (alb. Nënë Tereza). De langue maternelle albanaise, elle est née à Skopje (Macédoine du nord) et décédée à Calcutta, en Inde, où elle a œuvré la plus grande partie de sa vie : fondation de la congrégation des Missionnaires de la charité, action caritative et prosélytisme catholique. Béatifiée en 2003, elle est canonisée en 2016. Le jour anniversaire de sa béatification, le 19 octobre, est jour férié en Albanie : c'est le "jour de mère Teresa" (Dita e Nënë Terezës). L'aéroport international de Tirana (TIA) porte son nom : Aeroporti Nënë Tereza. – Depuis 2015, une rue porte son nom dans le XIXe arrondissement de Paris.

Ismail Kadare (né en 1936 à Gjirokastër) est l'écrivain albanais contemporain le plus traduit en français (Le Général de l'armée morte, Les Tambours de la pluie, Chronique de la ville de pierre, etc.) et le plus lu à l'étranger. Dans son pays avant 1991, Kadare, qui ne suit pas les canons officiels du "réalisme socialiste", est tour à tour loué, critiqué, interdit, censuré, protégé par Enver Hoxha, toléré. En 1990, il s'exile en France. Quelques années plus tard, il retourne en Albanie, et ensuite, il séjourne alternativement en Albanie et à Paris. Son café favori au Quartier latin : Le Rostand, juste en face du jardin du Luxembourg (voir Matinées au café Rostand, publié en français en 2017). Les premières œuvres de Kadare ont été traduites en français par Jusuf Vrioni (1916-2001). Après été emprisonné de 1947 à 1958, Vrioni a aussi été chargé de traduire les textes d'Enver Hoxha ; il s'est installé à Paris en 1997. – Sur l'œuvre de Kadare et ses rapports avec le régime d'Enver Hoxha, voir Champseix (s.d.).

Voici l'histoire de l'Albanie vue et brossée à grands traits par Ismail Kadare (2003 : 13-14) :

Petite nation dont le nom signifie "pays des aigles". Vieille peuplade de la péninsule balkanique qui succéda aux Illyriens dont elle perpétue la langue. Etat nouveau surgi des décombres de l'Empire ottoman au début du siècle. Nation interconfessionnelle, catholique, orthodoxe et musulmane, proclamée monarchie sous un souverain allemand appartenant à une quatrième confession, cette fois protestante. Redevenue ensuite république avec à sa tête un évêque albanais. Ce dernier renversé par une guerre civile conduite par le futur roi, cette fois autochtone. Lui-même renversé par un autre monarque, italien celui-ci, qui lui confisque sa couronne pour se proclamer aussitôt "roi d'Italie et d'Albanie, empereur d'Ethiopie". Enfin, après cet appariement grotesque où les Albanais, pour la première fois de leur histoire, sont amenés à constituer un Etat commun avec des Noirs, l'irruption de la dictature communiste. Nouvelles amitiés, insolites alliances nouées en grande pompe et rompues avec morgue.

Toponymes

Tiranë/Tirana : les deux formes des noms albanais

La dualité de forme correspond à la différence de définitude, catégorie afférente à tous les noms (propres ou communs) : forme indéfinie et forme définie. Exemples : indéfini/défini – zog/zogu (oiseau), fialë/fiala (mot). Pour les féminins, la valeur définie est représentée généralement par le suffixe substitutif -a : Gjirokastër/Gjirokastra, Korçë/Korça, Prishtinë/Prishtina, Shkodër/Shkodra, Tiranë/Tirana, Vlorë/Vlora. Pour les masculins, elle est représentée généralement par -i (ou -u) : Berat/Berati, Durrës/Durrësi, Elbasan/Elbasani. Quant à l'origine de ces suffixes, "it is likely that the ultimate source is the demonstrative (the stem *ey- of L [latin] is, ea, id may lie behind the masculine form in the nominative sg.)." (Matasović 2019 : 32)

Pour les toponymes, le choix entre les deux formes est conditionné par la fonction syntaxique du syntagme correspondant : ainsi, en fonction sujet, forme définie de même qu'après des prépositions régissant le nominatif (comme nga), forme indéfinie après des prépositions régissant l'accusatif (comme ) ou l'ablatif (comme rreth) : Tirana është… (Tirana est…), nga Tirana (de Tirana) vs në Tiranë (à Tirana), rreth Tiranë (autour de Tirana)

Dans des textes en français, il y a quelques flottements quant la forme employée pour ces toponymes, mais les usages majoritaires semblent être les suivants :
    – pour les féminins, préférence pour la forme définie en -a, sauf si la forme indéfinie est en -ër ; cette préférence est sans doute liée au fait que le <ë> final de la forme indéfinie est étranger au français et donc impossible à interpréter ;
    – pour les masculins, préférence pour la forme indéfinie.
On obtient donc : Gjirokastër, Korça, Prishtina, Shkodër, Tirana, Vlora ; Berat, Durrës, Elbasan.

Albanie (< latin Albani = Albanais), alb. Shqipëri/Shqipëria ; shqipetar (pluriel shqipetarët) désigne l'habitant et shqip la langue.

Shqipëria < shqip = clairement, de façon compréhensible ; shqiptar aurait donc désigné quelqu'un qui s'exprime de façon compréhensible (c'est-à-dire en albanais), de là quelqu'un qui parle cette langue, et de là un membre de la communauté ethno-linguistique qui communique dans cette langue (Demiraj 2010).
shqiptar a remplacé arbën/arbër (dérivé du latin) au XVIIIe siècle. Selon Demiraj, les raisons de ce changement sont que arbën était associé à la religion catholique et que l'on préférait un terme générique qui dépasse les clivages religieux : "the diffusion and generalization of the ethnic name shqiptar represent the linguistic concretization of the self-defending reaction of the Albanian ethnos, by which the (various but not at all superficial) religious belief volens nolens ceded the place to the Albanian native language, which – alongside the compact vital territory with vital traditions – was transformed into the principal identifier within the matrix of the Albanian ethnic culture." (Demiraj 2010 : 562)

L'association populaire de shqiptar avec aigle est due à l'homonymie de leurs racines : shqip (shqiponjë = aigle). Elle est également stimulée par l'emblème national de l'Albanie (l'aigle à deux têtes). Il n'est pas spécifiquement albanais, mais il avait été l'emblème de Scanderbeg au XVe siècle. – Sur la base de cette étymologie populaire, les Albanais présentent leur pays comme le "pays des aigles", avec toutes les connotations positives que cela peut véhiculer.

voirEcouter Shqiponja Partizane (Les Aigles partisans), chant de la résistance albanaise
    (Source : disque albanais des années 1970)

– Voir aussi ce vers de la chanson des années Hoxha Në njërën dorë kazmën, në tjetrën pushkën (D'une main la pioche, de l'autre le fusil) : Të kemi shqiponjë, Parti (Sois notre aigle, Parti !).
– Ecouter cette chanson : https://www.youtube.com/watch?v=Obe9Q9r0ybw

shqip
Drapeau albanais.
Citadelle de Rozafa, près de Shkodër, 2019.

Epire (grec Ήπειρος, Īpeiros, alb. Epir/Epiri). – L'Epire a correspondu dans l'histoire à un territoire de dimension variable, à cheval sur le nord-ouest de la Grèce (= Epire du sud, ville principale Iωάννινα, Iōánnina, alb. Janinë/Janina), et le sud de l'Albanie (= Epire du nord, villes de Gjirokastër, Vlorë et Korçë).

Kosovo = alb. Kosovë/Kosova, turc Kosova, serbo-croate Kosovo/Косово < kos/кос = merle + suffixe -ovo. En français (comme dans d'autres langues européennes excepté en turc), c'est le terme serbo-croate qui est utilisé : Kosovo, habituellement prononcé [kɔ.sɔ.ˈvo] en français. Féminin en albanais, le terme est masculin en français, masculin ou neutre en allemand (Földes 1999). – A l'époque ottomane, le Kosovo (Kosova, capitale Üsküp/Shkup) était l'un des vilayets où résidaient des populations albanophones, avec ceux de İşkodra/Shkodër, Manastır/Manastir, Yanya/Janinë.

voirEcriture du serbo-croate

bataille du Champ des merles, appelée également en français bataille du Kosovo et bataille de Kosovo Polje (< serbo-croate polje/поље = champ). Kosovo Polje (alb. Fushë Kosovë) est en outre une commune située à l'ouest de Prishtina (serbo-croate Priština), capitale du Kosovo.

Quelques noms de villes en plusieurs langues

Ci-dessous quelques noms de villes en albanais, en turc (orthographe latinisée de 1928) et dans d'autres langues, selon leur importance. Translittération du grec et du cyrillique selon les normes ISO.

albanais turc  
Durrës Dıraç grec Δυρράχιον (Dyrrachion), latin Dyrrachium, italien Durrazo ; autre nom : Επίδαμνος (Epidamnos)
Gjirokastër Ergiri grec Αργυρόκαστρο (Argyrokastro)
Janinë Yanya grec Ιωάννινα (Iōannina), français Janina – ville située aujourd'hui en Grèce.
Korçë Görice grec Κορυτσά (Korytsa)
Manastir Manastır macédonien Битола (Bitola) ; grec Μοναστήρι (Monastīri), Μπίτολα (Mpitola) – ville située aujourd'hui en Macédoine du nord.
Prishtinë Priştine serbo-croate Приштина (Priština) – ville située aujourd'hui au Kosovo.
Shkodër İşkodra italien Scutari
Shkup Üsküp macédonien Скопје (Skopǰe) ; français Skopje – ville située aujourd'hui en Macédoine du nord.
Tiranë Tiran français Tirana
Vlorë Avlonya grec ancien Αυλών (Aylōn), français (parfois) Valone

Repères linguistiques

L'albanais a été reconnu définitivement comme une langue indo-européenne par Franz Bopp, fondateur de la linguistique comparative, dans une étude publiée en 1855. Sa conclusion repose sur la comparaison entre les formes morphologiques albanaises avec celles de langues indo-européennes anciennes, surtout le sanscrit et le grec. L'albanais n'a de filiation avec aucune autre langue indo-européenne existante – ni avec le grec voisin ni avec aucune autre langue présente dans les Balkans.

Bopp (1855 : 1) : "die genannte Sprache [gehört] zwar entschieden der indo-europäischen Familie an […], [steht] aber in ihren Grundbestandtheilen mit keiner der übrigen Sanskritschwestern unseres Erdtheils in einem engeren, oder gar in einem Abstammungsverhältnisse […]."
    La langue en question fait certes partie de façon décisive de la famille indo-européenne, mais dans ses constituants fondamentaux, elle n'a de relation rapprochée avec aucune des autres langues-sœurs du sanscrit de notre continent, sans parler de relation de filiation.

Par delà cette spécificité, le lexique de l'albanais témoigne d'emprunts multiples aux langues des pays voisins et des envahisseurs : latin, italien, langues slaves, grec et turc.

On compte en tout plus de sept millions d'albanophones. L'albanais est la langue de plus de 80 % de la population en Albanie (2,4 millions) et de plus de 90 % au Kosovo (1,6 million). Il est aussi une langue officielle en Macédoine du nord, qui compte plus de 20 % d'albanophones (au moins 500 000, essentiellement sur le pourtour de l'Albanie et du Kosovo). Des communautés d'origine albanaise plus ou moins importantes existent aussi au Monténégro (environ 50 000) et en Grèce (entre 350 000 et 400 000) ainsi qu'en Italie du sud (entre 100 000 et 150 000). (les chiffres sont ceux de 1999 cités in Elsie 2004b)

En Grèce, on peut distinguer :
– les Arvanites (grec Αρβανίτες [Arbanites], alb. Arbëreshë), descendants d'Albanais émigrés au Moyen Age, installés dans le sud de la Grèce, majoritairement hellénophones ;
– les Çams (grec Τσάμηδες [Tsamīdes], alb. Çamë), installés de longue date en Epire du sud, à l'épicentre de conflits multidimensionnels – ethniques (Çams vs Grecs), religieux (musulmans vs orthodoxes), politiques (pendant la Seconde Guerre mondiale, pro- vs anti-italiens et anti-allemands, communistes vs anticommunistes).
– s'y ajoute depuis 1991 un nombre fluctuant d'Albanais à la recherche de travail en Grèce.

On distingue deux dialectes (ou plus exactement deux familles de dialectes) albanais : le guègue (alb. geg ; parlé au nord de l'Albanie et au Kosovo) et le tosque (alb. tosk ; sud de l'Albanie). La ligne de séparation entre les deux correspond au fleuve Shkumbin (latin Genusus). C'était aussi là que passait la Via Egnatia (du nom du proconsul de Macédoine Gnaeus Egnatius), construite au IIe siècle avant notre ère : elle était la continuation dans les Balkans de la Via Appia qui allait de Roma (Rome) à Brundisum (Brindisi), et elle reliait le port de Epídamnos/Dyrrachium (Durrës) et Apollonia à Byzantium (Byzance). Voici ce qu'en dit Strabon (1873 : 59-60), au livre VII, chapitre 7 de Geōgraphika :

La côte du golfe Ionien s'ouvre par les cantons d'Épidamne et d'Apollonie. De cette dernière ville on peut aller directement en Macédoine par la Voie Égnatienne, grand chemin tracé au cordeau de l'ouest à l'est et bordé de pierres milliaires jusqu'à Cypsèles et à l'Hèbre, c'est-à-dire sur une longueur de 535 milles. […] Prise dans son ensemble, cette chaussée est connue sous le nom de Voie Égnatienne, mais dans la première partie on l'appelle la route du Candavie, du nom d'une des montagnes de la chaîne d'Illyrie, où ellemène effectivement en passant d'abord par la ville de Lychnide et par Pylôn, localité située juste sur la frontière de l'Illyrie et de la Macédoine, après quoi elle longe le pied du mont Barnonte, traverse Héraclée, le territoire des Lyncestes et celui des Éordes, puis gagne Édesse et Pella pour aboutir à Thessalonique ayant mesuré jusque-là, suivant Polybe, un espace de 267 milles. Or, en suivant ainsi cette voie depuis Épidamne ou depuis Apollonie, on se trouve avoir, à droite, les différents peuples épirotes échelonnés le long de la mer de Sicile jusqu'au golfe Ambracique, et, à gauche, la chaîne des monts d'Illyrie que nous avons parcourue précédemment, avec les différents peuples qui la bordent jusqu'à la Macédoine et à la Pœonie.

– Sur l'usage des termes guègue et tosque, voir Rapper (2004).


Différentes écritures

– Cette présentation s'appuie essentiellement sur Hetzer (1992), Nehring (2002), Skendi (1960, 1967) et Trix (1997).

La genèse d'un système d'écriture pour l'albanais a été conditionnée par plusieurs facteurs, qui tiennent au fait que les régions albanaises se situent au carrefour de différentes influences :

– Comme indiqué plus haut, les populations albanaises se partagent entre deux dialectes principaux, avec les différences géographiques et cuturelles auxquelles ils sont liés.

– L'Albanie s'est trouvée convoitée par trois religions : le catholicisme romain, le christianisme orthodoxe grec venu du sud et des régions slaves environnantes (Monténégro et Serbie), et l'islam, importé par l'empire Ottoman. A chaque religion son écriture : écriture latine, écriture grecque et écriture arabe utilisée alors pour le turc. On peut estimer la population musulmane d'Albanie à 70 %, les orthodoxes à 20 % et les catholiques à 10 % (les chiffres du recensement de 2001 sont un peu différents, mais moyennement fiables du fait de l'absence de réponse de la part de nombreuses personnes dans certaines régions ; v. Elsie 2004a).

– Les Puissances et les pays voisins ont également joué un rôle dans la question de l'écriture. L'empire Ottoman, puissance occupante à partir du XVe siècle, était évidemment attaché à la diffusion de l'écriture arabe telle qu'utilisée à l'époque pour le turc. Les contacts et l'imbrication des populations avec les Slaves et leurs tentatives pour s'étendre au détriment de l'Albanie ne pouvaient qu'influer sur la représentation et l'utilisation de l'écriture cyrillique. Il en allait de même de la Grèce et de l'écriture grecque. Enfin, l'Autriche-Hongrie, dans son désir de contrecarrer l'influence slave, était intéressée à favoriser les tendances indépendantistes de l'Albanie, et donc aussi l'écriture latine.

voirEcriture du turc

Question évidemment importante pour l'avenir de l'Albanie, l'écriture de l'albanais ne concernait pendant longtemps que très peu de monde : jusqu'au milieu du XXe siècle, 80 à 90 % des Albanais étaient analphabètes. L'analphabétisme a été liquidé dans la seconde moitié du XXe siècle.

Des premiers textes aux premières écritures

La première mention d'une écriture de textes albanais remonte au XIVe siècle. Du XVe siècle sont parvenus les premiers textes suivis : textes religieux de dialecte guègue en écriture latine, et aussi textes en dialecte tosque écrits avec l'alphabet grec. Mais différents systèmes d'écriture ont été employés : outre les écritures basées sur l'alphabet latin, on utilise les alphabets grec, arabe et cyrillique, des alphabets originaux sont aussi créés à partir du milieu du XVIIIe sècle, témoins de la volonté d'affirmer la spécificité albanaise face aux influences voisines (cf. dans le même esprit et à la même époque l'utilisation du nom de Shqipëria pour désigner le pays).

– l'écriture latine. L'écriture latine n'est pas seulement celle de l'église catholique, mais aussi, et surtout, celle des grands pays d'Europe (la Russie exceptée), d'où son pouvoir attractif. Utilisé dès les premiers textes manuscrits et imprimés, l'alphabet latin pose pour l'écriture de l'albanais le même problème que pour d'autres langues : les 26 lettres de l'alphabet latin ne suffisent pas pour représenter les différents phonèmes de la langue. On peut alors avoir recours à quatre solutions : représenter des phonèmes différents par un même graphème, utiliser des diacritiques (accents, trémas, cédille) pour modifier certaines lettres latines, créer des graphèmes nouveaux ou recourir à des digrammes. Avant la fin du XIXe siècle, les textes imprimés présentent une certaine diversité selon les solutions retenues.

– l'écriture grecque. L'utilisation de l'alphabet grec est évidemment liée à la pratique de la religion orthodoxe et a valu essentiellement dans le sud des régions albanophones, à proximité de la Grèce, surtout au XIXe siècle (en liaison, sans doute, avec l'indépendance et le développement de la Grèce). Elle pose le même problème que l'écriture latine : le nombre insuffisant de graphèmes. Voir dans Elsie (2017 : 33-42) trois échantillons de textes albanais en écriture grecque.

voirEcriture du grec

– l'écriture arabe. Si l'islamisation des populations albanophones a été la conséquence directe de la conquête ottomane, l'écriture arabe n'a été que peu employée pour l'albanais, malgré les efforts (plus ou moins intenses selon les époques) déployés par les autorités pour la populariser. En outre, l'écriture arabe présente l'inconvénient d'être peu adaptée à la transcription du système vocalique de cette langue indo-européenne.

voirEcriture du turc

– l'écriture cyrillique. Selon Elsie (2017 : 47), l'utilisation sporadique de l'écriture cyrillique n'a concerné que des populations orthodoxes en Macédoine occidentale.

voirEcriture cyrillique

– les écritures originales : on en compte plusieurs, dont aucune n'a été durablement utilisée (voir leur présentation dans Elsie 2017 : 51-103). Parmi ces écritures, l'alphabet d'Elbasan créé au milieu du XVIIIe siècle et utilisé pour une traduction manuscrite d'extraits du Nouveau Testament. Son auteur, Grêgorios ho Dyrrakhíu, archevêque orthodoxe de Durrës, s'est nettement inspiré de modèles étrangers, grec, latin, cyrillique. Première écriture originale mise en œuvre pour l'albanais, elle n'a été que peu diffusée (v. Elsie 1995, 2017 et Everson & Elsie 2011). Ci-dessous les 40 graphèmes de cet alphabet et leurs correspondants dans l'alphabet actuel. Les trois derniers ne servent que pour l'écriture de mots étrangers.

elbasan

Elaboration d'une écriture latine : le congrès de 1908

La situation commene à changer dans le quatrième quart du XIXe siècle, en liaison avec l'éveil d'une conscience nationale albanaise. La situation politique est complexe, vu les appétits des Puissances et des voisins, dans le contexte de la décadence et du recul de l'empire Ottoman en Europe. Mais les associations savantes se multiplient en faveur d'un renouveau national et de l'autonomie, sinon de l'indépendance, par rapport à l'empire Ottoman, notamment la ligue de Prizren (au Kosovo) fondée en 1878.

Dans cette situation, un courant se développe en faveur de la standardisation de l'écriture de l'albanais, et plusieurs associations nationales et culturelles sont créées – entre autres la "Société pour les publications albanaises", créée en 1879 à Constantinople, dans laquelle les frères Frashëri (Abdyl, Naim et Sami) jouent un rôle important. Le second, Naim, écrivain, est célébré comme un poète national. Mit'hat Frashëri (1880-1949), fils d'Abdyl, participe au congrès de Manastir en 1908, il est plusieurs fois ministre après l'indépendance, et il sera président du Balli Kombëtar en 1942. – Dans cette même période, les premières écoles albanaises sont créées (1887 à Korçë).



Ci-contre trois alphabets différents pour l'albanais :

– 1ère colonne (4e et 6e) : alphabet élaboré par Kostandin Kristoforidhi (2e moitié XIXe siècle) à partir de l'alphabet grec
– 2e colonne (5e et 7e) : alphabet de Stambolli (Constantinople)
– 3e colonne (6e et 9e) : alphabet bashkimi tel qu'adopté au congrès de 1908


– Source : Jensen (1958 : 477). Ici redécoupé en trois parties.
alb-alph

Du 14 au 22 novembre 1908, cinquante délégués issus de plusieurs sociétés savantes se réunissent à Manastir (= Bitola, en Madédoine du nord) et définissent deux alphabets à base de lettres latines, sans trancher entre les deux. Tous deux comprennent le même nombre de lettres, mais se distinguent par le fait que l'un, dit alphabet de Constantinople, contient neuf caractères spéciaux (empruntés au grec ou créations originales par modification de lettres latines) et deux caractères avec diacritique (la cédille), tandis que l'autre, dit alphabet bashkimi, recourt pour ces mêmes lettres à des digraphes. Les bases de ce second alphabet ont été élaborées par la société pour l'Unité de la langue albanaise (Shoqnia e Bashkimit të Gjuhës Shqipe) fondée à Shkodër en 1899. Peu d'années après, c'est cet alphabet dont l'emploi se généralise : sans caractères spéciaux, il est plus simple à employer, notamment pour la typographie et la dactylographie.

L'influence des conventions graphiques de l'anglais est perceptible dans plusieurs des graphèmes de cet alphabet : <dh> pour [ð], <sh> pour [ʃ], <th> pour [θ].

Malgré les efforts déployés par les autorités ottomanes en 2010 pour faire échec à l'utilisation de ces alphabets (interdiction des sociétés savantes, de la presse et des écoles albanaises), l'indépendance de l'Albanie en 2012 permet la généralisation de l'alphabet bashkimi – toujours utilisé à l'heure actuelle.

En 1972, un congrès réuni à Tirana auquel participent des délégués d'Albanie, de Macédoine, de Serbie, du Monténégro et d'Italie du sud adopte une norme linguistique unique (gjuha e njësuar) basée sur le dialecte tosque, prédominant en Albanie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

– Ci-contre : protocole du congrès de Manastir. En 1) figure l'alphabet dit de Constantinople et en 2) l'alphabet bashkimi, qui s'est imposé. Dans la première liste de signataires, on voit "Midhat" (= Midhat Frashëri), de la même écriture que l'ensemble du texte.

    Reproduction exposée au musée historique d'Ersekë, 2019.

manastir

Etat actuel

L'alphabet actuel comprend 36 graphèmes, dont 25 graphèmes simples (absence de <w>), 2 avec diacritiques (<ç> et <ë>) et 9 digraphes (<dh>, <gj>, <ll>, <nj>, <rr>, <sh>, <th>, <xh>, <zh>) :

a b c ç d dh e ë f g gj h i j k l ll m n nj o p q r rr s t th u v x xh y z zh

– Sur les panneaux indicateurs en Albanie, le tréma est souvent omis, pas la cédille.

Consonnes

consonnes

Voyelles

voyelles

Ecriture des noms albanais en français

Dans certains textes français, des noms albanais sont francisés, dans le but d'en faciliter la prononciation ou de la rendre plus proche de la prononciation originale. On trouve ainsi Hodja au lieu de Hoxha, Kadaré au lieu Kadare, Ismaïl au lieu de Ismaïl, Kossovo au lieu de Kosovo, ou aussi Georges Castriot au lieu de Gjergj Kastrioti. Semblablement, dans des textes albanais, des noms français sont parfois albanisés, comme le nom de ce boulevard à Tirana (ci-contre), où le <e> de Zhane pourrait d'ailleurs être supprimé (comme c'est le cas sur certains plans) ou remplacé par <ë> ; cette voie s'appelait auparavant Rruga Marsel Kashen (< Marcel Cachin). jeanne

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