Jacques Poitou
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Signe linguistique


Définition

Signe linguistique = signifiant et signifié.

Saussure (1969 : 100) : "Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe est arbitraire."

Arbitrarité, conventionalité, nécessité

Il faut distinguer trois caractéristiques différentes, mais interdépendantes, du rapport entre signifiant et signifié.

Dire que ce rapport est arbitraire signifie qu'il n'y a pas plus de raison liée au signifié ou au signifiant qu'il soit tel qu'il est qu'autrement. Le signifié du mot chaise pourrait tout aussi bien être exprimé par d'autres signifiants. D'ailleurs, pour un même signifié (ou des signifiés voisins), les signifiants varient d'une langue à l'autre (angl. chair, alld Stuhl).

Le rapport entre signifiant et signifié est nécessaire en ce que le signifiant ne serait pas décodable (et donc le signe ne fonctionnerait pas) si ce rapport n'existait plus.

Enfin, le rapport entre signifiant et signifié est conventionnel, en ce qu'il est établi par les conventions linguistiques valables dans la communauté concernée et ne peut être changé sans l'établissement, dans cette communauté, d'une nouvelle convention.

Arbitraire vs motivation

Il existe quelques limites à l'arbitraire du signe. On peut distinguer deux types de motivation du signe :

– la motivation par iconicité (correspondance partielle entre la forme et ce qu'elle représente) :

Exemple des onomatopées : alld. kikeriki, fr. cocorico, angl. cock-a-doodle-doo.
Exemple des verbes de bruit : fr. bruire, murmurer, zozoter, babiller ; alld. rauschen, donnern, sausen ; certains verbes de dire (fr. murmurer, alld brüllen, murmeln), certains rares substantifs (alld Uhu).
Exemple du redoublement : fr. très très bien, oui oui, alld sehr sehr gut (pour représenter une intensité plus forte).

– la motivation constructionnelle (dans le cas de mots complexes) :

Exemple allemand : dans un composé comme Arbeitstische, le signifié table de travail – au pluriel – est motivé (partiellement) par la construction du mot Arbeit + Tisch + -e.

Exemple français : dans le dérivé anticonstitutionnellement, le signifié est motivé (partiellement) par sa construction : [[anti [[constitution]nel]]lement] ; par contre, constitution est certes analysable ([[con[stitu]]tion]), mais le signifié n'est pas déductible de celui de chacun de ses constituants et des règles d'agencement.

Milner (1989 : 339) : "En aucun cas, la signification lexicale n'est entièrement déterminée par la forme phonologique, en aucun cas, la forme phonologique n'est entièrement déterminée par la signification lexicale."

Rapports entre signifiants et signifiés

– 1 signifiant, 1 signifié : monosémie

– 1 signifiant, plusieurs signifiés : polysémie, homonymie

Exemples allemands : Bank ; Maus ; über ; Stadt, (Werk)statt et (Gedenk)stätte

– plusieurs signifiants, 1 seul et même signifié : "synonymie"

Exemples allemands : Telefon, Fernsprecher
Exemple français : e-mail, mél, courriel


Signifié et valeur référentielle

Les signes ne sont pas de simples étiquettes immuables d'objets réels ou virtuels du monde. Les signifiés se définissent à la fois par rapport aux référents, mais aussi et surtout les uns par rapport aux autres.

Premier exemple : même référent, signifiés différents

Exemple allemand : Venus, alld Morgenstern, Abendstern.
Exemple français : étoile du matin, étoile du soir.

Deuxième exemple : Bahn et ses descendants

voirBahn.pdf


Linéarité du signifiant

Le signifiant d'un signe minimal est décomposable en segments plus petits (et même : minimaux) qu'on appelle les phonèmes.

L'ordre des mots peut être aussi signifiant.

Exemple allemand : Das ist gut. vs Ist das gut ?
Exemple français : un homme grand vs un grand homme

Signifiants suprasegmentaux : accentuation, intonation. (cf., pour l'allemand, la fiche de grammaire sur l'accent de groupe et l'intonation').

Exemples allemands :
a) Anna ist krank. b) - Maria ist krank. - Nein, Anna ist krank.
a) Anna ist krank. b) Anna ist krank ?

Exemple français :
a) Anne est malade. b) Anne est malade ?


Le format des signes

L'analyse des signes d'une langue ne peut être réduite à une simple articulation signifiant-signifié. Le fonctionnement des signes repose sur l'articulation entre plusieurs plans, parmi lesquels :

– la forme graphique
– la forme phonologique
– la forme morphologique
– la forme syntaxique (notamment catégorie morphosyntaxique)
– la forme sémantique

Ainsi, la forme graphique s'articule avec la forme phonologique dont elle est une transcription fondamentalement arbitraire. Mais la correspondance entre forme phonologique et forme graphique peut être complexe. A une même forme phonologique peuvent correspondre plusieurs formes graphiques différentes.

Exemple français : aime, aimes, aiment ; aimer, aimé, aimée, aimées ; etc.
Exemple allemand : dass, das ; Laib, Leib ; etc.

voirOrthographe
voirEcriture de l'allemand

La forme phonologique elle-même donne lieu à des réalisations phonétiques différentes. Une même forme casuelle (qui relève du plan morphologique) peut avoir des valeurs syntaxiques et sémantiques différentes. Une même forme phonologique peut correspondre à des valeurs morphosyntaxiques différentes (cf. anglais love – verbe et substantif). Etc.


Références bibliographiques

Bloomfield, Leonard, 1970. Le langage. Traduit de l'américain. Paris : Payot.

Lyons, John, 1970. Linguistique générale. Introduction à la linguistique théorique. Paris: Larousse.

Martinet, André, 1967. Eléments de linguistique générale. Paris : Armand Colin.

Milner, Jean-Claude, 1989. Introduction à une science du langage. Paris : Seuil.

Saussure, Ferdinand de, 1969. Cours de linguistique générale. Paris : Payot. 1ère édition 1915.


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