Jacques Poitou
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Ecriture chinoise : caractères simplifiés



N.B. Dans les transcriptions ci-dessous en pinyin, les tons sont indiqués, le cas échant, par leur numéro.

Dès avant la fondation de la République populaire, le parti communiste envisageait une réforme de l'écriture, dans le but d'assurer une meilleure diffusion de la culture nouvelle et de réduire l'analphabétisme (80 % de la population en 1949). En 1940, alors que la tâche principale de l'heure était la guerre contre l'occupant japonais, Mao Zedong indiquait qu'il fallait "réformer la langue écrite dans des conditions déterminées et rapprocher notre langage de celui du peuple". (Mao 1967 : 409). Et en 1945, dans le programme de "démocratie nouvelle" qu'il esquissait pour la Chine, il indiquait : "Liquider l'analphabétisme, qui affecte les 80 pour cent de la population, est une tâche importante de la Chine nouvelle." (Mao 1968 : 270)

La réforme de l'écriture est entreprise dès la proclamation de la République populaire. En octobre 1949 est créée une Association pour la réforme de l'écriture, qui est ensuite transformée en un organisme dépendant directement du Conseil d'Etat.

La réforme projetée comprend trois volets : la simplification des caractères, la standardisation de la langue et l'adoption d'une écriture de type alphabétique (voir la page "Pinyin" pour les deux derniers).

voirPinyin (adoption d'un système alphabétique)


Simplification des caractères

Il s'agit d'abord de normaliser l'écriture traditionnelle (suppression des variantes) et de simplifier les caractères, par réduction du nombre de traits. Avant la réforme, on comptait que 72 % des 2 000 caractères les plus courants avaient 9 traits ou plus (Li Xiuqin 1991 : 38 sq.). La réforme, adoptée à partir de 1956, complétée en 1964, concerne plusieurs centaines de caractères simples (y compris leurs variantes dans des caractères composés). Le nombre de traits pour les caractères simples réformés est passé de 16,08 à 8,16 (Alleton 2002 : 88).

En Chine même, cette réforme n'est adoptée ni à Hong Kong, ni à Macao, ni sur l'île de Taiwan, où les caractères simplifiés restent longtemps interdits : ils viennent de l'ennemi communiste, et l'île est sous le régime de la loi martiale. Elle est adoptée à Singapour et en Malaisie, mais pas dans d'autres communautés chinoises extérieures à la Chine. Il existe donc actuellement deux variantes de l'écriture chinoise – y compris pour les écritures produites par ordinateur : l'écriture traditionnelle et l'écriture simplifiée.

Voici quelques exemples (pris au hasard) de graphies modifiées ; dans la colonne de droite, les caractères traditionnels (Traditional Chinese – TC), dans celle du milieu, les caractères simplifiés (Simplified Chinese – SC).

TC SC   TC SC  
hua hua hua4 (langage) yu yu yu2 pêche
gui gui gui4 (cher) lu lu lu3 (simple)
yu yu yu3 (pluie) yi yi yi4 (justice)
niao niao niao3 (oiseau) zai zai zai1 (calamité)
gui gui gui1 (tortue) chi chi chi3 (dent)

De nouveaux projets simplification des caractères ont été élaborés après la Révolution culturelle (voir Bourgeois 1978 et Sagart 1978), mais ils ne se sont pas concrétisés. En 1986, les autorités ont promulgué une liste officielle des 2 235 caractères simplifiés, sans changement notoire par rapport aux listes antérieures.


Perspectives

La question de l'évolution de l'écriture n'est pas enterrée. Elle est à nouveau abordée en mars 2009, avec une proposition de retour aux caractères traditionnels (dans le but de préserver l'héritage culturel) : un membre du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois, Pan Qinglin, estime que les caractères simplifiés sont "trop rudimentaires pour exprimer les qualités artistiques des caractères chinois". Et de citer l'exemple de ai (amour), dont la variante simplifiée ne contient plus le caractère correspondant à la clé du cœur xin, bref, l'amour sans cœur...

ai-xin

(Renmin Ribao (version anglaise) du 2009-04-09, http://english.people.com.cn/90001/90782/90873/6633536.html)

En avril 2009, la presse chinoise se fait l'écho de la publication prochaine d'une nouvelle liste de plus de 8 000 caractères, avec seulement un petit nombre de changements. Les deux objectifs fondamentaux restent de faciliter l'apprentissage et la compréhension de l'écriture et d'en assurer une meilleure standardisation.

Et en juin 2009, le président taiwanais, Ma Yingjiu (Ma Ying-jeou), avance l'idée de négociations avec la Chine continentale pour qu'on apprenne à la fois à lire les caractères traditionnels et à utiliser les caractères simplifiés, suscitant ainsi une vive polémique de la part de l'opposition indépendantiste.

Affaires à suivre...


Références bibliographiques

Alleton, Viviane, 2002. L'écriture chinoise. 6e édition. Paris : PUF. Que sais-je ? 1374.

Bourgeois, Pénélope, 1978. Simplification des caractères chinois : "Ebauche" du 2ème projet de simplification. Cahiers de Linguistique – Asie Orientale, 4, 1 : 89-103. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2009-03-25.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/clao_0153-3320_1978_num_4_1_1051.

Li Xiuqin, 1991. Evolution de l'écriture chinoise. Paris : Librairie You Feng.

Mao Tsé-toung [Mao Zedong], 1967. Œuvres choisies. Tome II. Pékin : Editions en langues étrangères.

Mao Tsé-toung [Mao Zedong], 1968. Œuvres choisies. Tome III. Pékin : Editions en langues étrangères.

Sagart, Laurent, 1978. Sur le 2ème plan pour la simplification de l'écriture chinoise. Cahiers de Linguistique – Asie Orientale 4, 1 : 105-113. Document en ligne sur le site Persée, consulté le 2008-12-02.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/clao_0153-3320_1978_num_4_1_1052.


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