Jacques Poitou
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Ecriture chinoise | Coréen | Vietnamien

Ecritures du japonais



Trois pays qui ont fait partie de la sphère de civilisation chinoise ont aussi adopté son écriture pour transcrire leur langue. Mais dans chacun de ces pays, il a fallu adapter l'écriture à une langue autre que celle pour laquelle elle avait été constituée, et dans chacun d'entre eux, on a adopté plus tard un autre type d'écriture, dans le but de pallier aux difficultés de l'utilisation des caractères chinois – d'où une coexistence, diverse selon les pays, entre plusieurs types d'écriture. Ces trois pays sont la Corée, le Japon et le Viet Nam.

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Le Japon et la Chine

L'écriture chinoise est parvenue aux Japonais par l'intermédiaire des Coréens, à la faveur d'échanges militaires, commerciaux et culturels à partir du IVe siècle, et elle a été la première écriture utilisée au Japon. Son utilisation s'y est développée ensuite à la faveur des échanges directs avec la Chine dans le domaine du commerce et de la culture et du rayonnement de la civilisation chinoise au Japon, surtout à l'époque des Tang (VIIe-VIIIe s. ; voir Gernet 1999 : 254-255).

Les différentes écritures du japonais (kanji, hiragana et katakana) sont toutes issues des caractères chinois : les kanji sont, à quelques détails près, les mêmes caractères que ceux employés pour le chinois, hiragana et katakana sont issus de simplifications graphiques des kanji. C'est là une différence essentielle avec la Corée et le Viet Nam, où l'écriture chinoise a été remplacée (en partie ou en totalité) par une écriture différente.

Voici les principes de base de l'écriture – assez complexe – du japonais, qui s'écrit soit horizontalement de gauche à droite et de haut en bas, soit verticalement, de haut en bas et de droite à gauche. Comme pour les caractères chinois en Chine, les traits des trois sortes de signes se tracent dans un ordre défini.


Kanji

Les caractères chinois (hanzi en chinois, kanji en japonais) ont été d'abord une écriture du chinois, mais ils ont vite été utilisés aussi pour transcrire le japonais, et ce de deux façons.

La lecture on (on'yomi) consiste à utiliser le caractère chinois avec le même signifié (= le sens) et avec le même signifiant (= le son), ou, plus précisément, avec la façon japonaise de prononcer le caractère – et celle-ci n'est pas toujours unique, du fait que les caractères chinois ont été introduits au Japon par des voies différentes et à des époques différentes. La lecture kun (kun'yomi) consiste à utiliser le caractère avec le même signifié, mais en lui attribuant comme signifiant celui d'un mot japonais existant. Par convention, on écrit en majuscules la transcription de la lecture on et en minuscules la transcription de la lecture kun. Exemples :

kanji

La langue chinoise est une langue de type isolant et donc, les caractères représentent des unités lexicales isolées. Ils sont en soi impropres à représenter les flexions du japonais, langue de type agglutinant. C'est leur limite : d'où leur emploi, actuellement, pour représenter les unités lexicales des catégories majeures (noms, verbes, adjectifs).

Les kanji sont les mêmes que ceux du chinois, mais les réformes de l'écriture adoptées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ont apporté deux modifications : une simplification des caractères par réduction du nombre de traits (réforme analogue à celle adoptée en Chine dans les années cinquante, mais les caractères simplifiés ne sont pas toujours les mêmes) et l'établissement de listes de kanji usuels (notamment à l'intention des établissements scolaires) – 1945 dans la liste établie en 1981 (sans compter ceux acceptés pour les prénoms, un peu plus de 150). Des 1945 kanji, 1167 acceptent les deux lectures, on et kun, 735 la seule lecture on et 43 la seule lecture kun. Mais le plus gros dictionnaire recense 50 000 kanji (chiffres donnés dans Hadamitzky & Durmous 1990).

voirSimplification des caractères en Chine


Kana

L'utilisation des kana (hiragana et katakana) est née des difficultés que posait l'utilisation des caractères chinois standard pour l'écriture du japonais : difficultés dans la représentation des particularités flexionnelles de la langue, difficultés liées à l'existence d'homophones, difficultés, enfin, liées au tracé de caractères parfois très complexes. Globalement, les deux jeux de kana représentent des écritures phonographiques syllabiques. La forme des caractères est issue d'une simplification graphique des kanji et leur valeur phonographique correspond à une prononciation japonaise du kanji chinois.

– Voir Pigeot 2003 pour une analyse des raisons de l'utilisation simultanée des kanji et des kana.

Hiragana

Les signes hiragana sont issus de la simplification des caractères chinois écrits dans le style cursif (caoshu). Ils se caractérisent, comme le style cursif, par des formes arrondies. Voici quelques exemples des caractères chinois originels et de leur transformation en hiragana (d'après Hadamitzky & Durmous 1990, de même que pour les katakana plus bas) :

hira

Les signes du hiragana ont été utilisés à partir du IXe siècle, à la fois pour noter ce que les kanji ne pouvaient transcrire et pour obtenir une écriture plus simple qu'avec les caractères chinois (d'où leur utilisation par celles qui avaient peu accès à l'instruction – les femmes – et leur nom originel onna-de). Tel qu'il s'est développé, le hiragana sert actuellement à écrire, pour les mots japonais, tout ce qui n'a pas de correspondant kanji – marques de flexion et autres éléments grammaticaux, lexèmes sans kanji (autres que noms, verbes et adjectifs) ou dont on ne connaît pas le signe kanji. Les signes hiragana (comme les katakana) peuvent aussi servir aussi à indiquer la prononciation d'un kanji : ils sont alors plus petits et se placent au-dessus ou à côté d'un kanji ; on les appelle "furigana".

Le hiragana contient actuellement 46 caractères.

– Liste des hiragana dans le bloc Unicode U+3041 – U+309F : http://www.unicode.org/charts/PDF/U3040.pdf.

Katakana

Les signes du katakana ont une origine différente. Ils ont été développés comme notation en marge des textes, dans les monastères bouddhiques, c'est-à-dire par une communauté instruite, d'où leur utilisation dans les domaines scientifiques, non populaires. Actuellement, on les utilise pour transcrire les termes étrangers, scientifiques ou techniques, les onomatopées et aussi pour mettre en valeur quelque mot qui serait normalement écrit en hiragana (en quelque sorte avec la même fonction que les italiques dans l'écriture latine actuelle).

Les signes du katakana sont formés comme ceux du hiragana à partir des kanji, mais par un autre procédé graphique qu'on pourrait appeler la troncation : un katakana n'est formé que de quelques-uns des traits du kanji dont il est issu. Voici les mêmes caractères chinois que ci-dessus et leur transformation en katakana :

kata

Comme le hiragana, le katakana contient actuellement 46 signes usuels.

– Liste des katakana dans le bloc Unicode U+30A0 – U+30FF : http://www.unicode.org/charts/PDF/U30A0.pdf.

Tableau des hiragana et des katakana

kana

Particularités

Par rapport aux kanji, hiragana et katakana présentent le double avantage d'être un système d'écriture plus simple car il repose uniquement sur un principe phonographique, il comporte un nombre de signes autrement plus limité et le graphisme des signes est plus simple. Mais ils présentent aussi un double inconvénient (qui est la raison du maintien de l'utilisation des kanji) : du fait même du principe phonographique, chaque signe ne donne pas directement accès au signifié (à la différence des kanji) et il résulte de leur utilisation une chaîne de signes plus longue (chaque mot étant décomposé en syllabes). Cette complication est amplifiée par plusieurs particularités :

– pour représenter des consonnes sonores, on ajoute un signe diacritique aux signes des consonnes sourdes :

sonor

– la représentation de /p/ se fait également à l'aide d'un signe diacritique ajouté au signe d'une autre consonne :

p

– la représentation des consonnes palatalisées se fait à l'aide d'un signe consonantique et des signes de ya, yu et yo :

palat

– la représentation des voyelles longues et des consonnes géminées se fait par l'ajout d'un signe supplémentaire (exemples ci-dessous en hiragana, pour les katakana, une voyelle longue se marque par l'adjonction d'un trait horizontal à gauche) :

gem


Transcription du japonais en caractères latins

voirTranscription et translittération (problématique générale)

Malgré l'existence d'une norme ISO (ISO 3602:1989), deux systèmes de transcription sont actuellement utilisés : le système Kunrei défini en 1954 par les autorités japonaises (et sur lequel s'appuie la norme ISO) et, surtout, le système Hepburn modifié, défini initialement par James Curtis Hepburn en 1867. Ce second système est le plus utilisé au moins à l'extérieur du Japon.

– Des tableaux de correspondance figurent entre autres sur un site de l'Unesco :
http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=32315&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html.


Références bibliographiques

Encyclopædia universalis. Version Education (accès restreint). Article "Histoire du Japon". Document consulté le 2007-11-16.

Gernet, Jacques, 1999. Le monde chinois. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Hadamitzky, Wolfgang & Durmous, Pierre, 1990. Kanji & Kana : manuel de l'écriture japonaise et dictionnaire des 1945 caractères officiels. Paris : Maisonneuve.

Pigeot, Jacqueline, 2003. Entre contraintes et libertés : l'écriture au Japon. in : Actes du premier forum international du Centre de Calligraphie de la Bibliotheca Alexandrina, 24-27 avril 2003. Paris : Bibliotheca alexandrina, 111-124. Document en ligne sur le site du Centre d'étude sur l'écriture et l'image (Paris 7), consulté le 2009-05-23.
http://www.ceei.univ-paris7.fr/04_bibliotheque/01/pdf/07_Jaqueline_Pigeot.pdf.


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