Jacques Poitou
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Ecriture et calligraphie chinoises : le matériel


Avant le papier

Mises à part les premières inscriptions gravées sur des matériaux durs, les premiers supports de l'écriture (tracée au pinceau) ont été le bambou et la soie.

voirInscriptions oraculaires

Des fiches de bambou, longues (jusqu'à 70 cm) et étroites avec une seule colonne de caractères tracés au pinceau par fiche, reliées à l'une de leurs extrémités, ont constitué une première forme de livre.

On a écrit au pinceau sur des rouleaux de soie, déroulés horizontalement, d'une hauteur de 25 cm maximum, (dimension conditionnée par les métiers à tisser) et d'une largeur pouvant aller jusqu'à plusieurs mètres.


Papier

Le papier a supplanté la soie comme support de l'écriture à partir du Ier siècle de notre ère. La légende attribue son invention à Cai Lun, mais sur la base des données archéologiques, les spécialistes pensent qu'elle est antérieure d'au moins deux siècles.

voirFabrication et diffusion du papier

– Pages de l'exposition virtuelle de la Bibliothèque nationale de France consacrée à l'invention du papier :
http://expositions.bnf.fr/chine/reperes/3/index.htm.


Instruments

L'écriture sur papier requiert traditionnellement "quatre trésors" :

– le pinceau, fait de poils de différents animaux, et qui permet une grande souplesse dans l'exécution des caractères, mais nécessite aussi un apprentissage rigoureux ;
– l'encre (voir plus bas) ;
– la pierre à encre, sur laquelle on frotte le bâtonnet d'encre dans une petite quantité d'eau ;
– le papier, légèrement velouté et absorbant, d'où la nécessité pour celui qui écrit de bien contrôler à la fois la densité et la quantité de liquide pris par le pinceau, et la tenue du pinceau, dont la pointe ne doit pas s'écraser sur le papier.

boite
Matériel de calligraphie.
inkink
Bâtonnets d'encre.
brush
Boutiques de matériel de calligraphie à Tunxi
(Anhui). Série de photos.

Cliquez sur les vignettes pour voir les images en grand.

guimet Matériel de calligraphie de l'époque des Ming et des Qing (trois photos).

De nos jours, on utilise pour l'écriture courante les mêmes instruments qu'en Occident : crayons, stylos à bille, etc. Les instruments traditionnels ne servent plus que pour la calligraphie. Mais ils ont encore été massivement utilisés pendant la Révolution culturelle, à partir de 1966 : les affiches à grands caractères (dazibao) étaient toutes écrites au pinceau, avec de l'encre toute prête en bouteille.

voirCalligraphie et styles d'écriture

grcp Ecriture de dazibao (série de photos). tongue Idée originale d'un artiste.

Encre

De ces "quatre trésors", l’encre est considérée comme le plus important. Sa fabrication est plusieurs fois millénaire, mais, note Jametel (1882 : X), les premières encres étaient très différentes de celles utilisées actuellement, comme l'atteste le caractère qui représente le nom de l'encre, mo, composé des caractères pour le noir (hei) et la terre (tu) :

mo

L’encre est faite avec de la suie issue de la combustion du pin (song yan) ou d’huiles végétales (you yan). Ce produit est mélangé à de la colle d’origine aninale et à des parfums d'origine animale ou végétale. La pâte que l’on obtient ainsi est ensuite moulée et durcie en pains de formes variables, mais le plus souvent rectangulaires et ornés de motifs en relief rehaussés d’or.

– La technique de la fabrication de l’encre est détaillée dans un ouvrage de Shen Jisun, Mofa jiyao (1398), traduit et présenté par Jametel (1882). Présentation d’une édition de ce livre réalisée avec des caractères mobiles en bois au XVIIIe siècle sur le site de l’exposition de la BnF L’empire du trait :
http://expositions.bnf.fr/chine/arret/4/index1.htm. Voir également Monnet (2004 : 160-162).

Toutes les encres n’ont pas la même qualité :

Pour choisir son encre, la meilleure méthode consiste à frapper légèrement le bâtonnet d’encre contre un objet dur ; si le son est cristallin, l’encre est de bonne qualité. Le bâtonnet doit avoir un lustre pourpré ou noir, un son clair au contact de la pierre à encre et contenir une colle légère. Une bonne encre ne dégage pas de bulles lorsqu’elle est délayée sur la pierre à encre. (Introduction à la calligraphie chinoise : 74)

Shen Jisun précisait :

Les meilleurs encres donnent une couleur brillante violette, celles de seconde qualité donnent une teinte brillante noire, et enfin celles de qualités inférieures sont jaunes. Les bons produits ne perdent aucune qualité en vieillissant, et leur brillant, qu’il ne faut pas confondre avec leur couleur, vient seulement de la colle. […] Les encres dites violettes brillantes de première qualité sont foncées, brillantes, lustrées, et ne forment jamais de grumeaux. (Jametel 1882 : 81-82)

La région du Huizhou, dans le sud de l’Anhui, s’est affirmée comme l’un des centres traditionnels les plus réputés de fabrication d’encre : c’est que les sapins des monts Jaunes (Huangshan) tout proches fournissent la matière première. Le fait était déjà mentionné par Du Halde (1735 : 248) :

Il est certain que la bonne encre, dont il se fait un si grand débit à Nan king, vient du district de Hoei tcheou [Huizhou], & que celle qu’on fait ailleurs, ne lui est pas comparable. Peut-être les habitans de ce canton-là ont-ils un secret, qu’il est difficile d’attraper : peut-être aussi que le terroir & les montagnes de Hoei tcheou fournissent des matériaux plus propres à donner de bonne suye, qu’il ne s’en trouve ailleurs. Il y a quantité de Pins ; & dans quelques endroits de la Chine, ces arbres fournissent une résine bien plus pure & bien plus abondante que nos Pins d'Europe.

Quant à la mythologie liée à l’encre, voici ce qu’en disait Shen Jisun (Jametel 1882 : 89-90) :

Le Tché-kiu-ko-tsa-tsou nous apprend que le dieu qui protège l’encre s’appelle houeï-ti. Un autre ouvrage, le Tchouan-i-ki, ajoute que l’on conféra, dans l’antiquité, à l’encre le titre de préfet du parfum noir (hsiuan-chiang-taï-tchéou), et qu’en cette qualité elle devait avoir la préséance sur le pinceau qui n’avait que le rang de sous-préfet (hao-tchéou), et sur le papier qui occupait la position infime de chef de district (Tchou-kiun).
Un jour que l’empereur Hiuan-tsong, de la dynastie des Tang, raconte le Tao-kia ping-yu ché, travaillant dans son cabinet, un petit prêtre taoïste, grand comme une mouche, sortit tout à coup du bâton d’encre qui se trouvait sur la table et lui dit : "Je suis le génie de l’encre, mon nom est heï-song ché tchoo (envoyé du sapin noir), et je viens t’annoncer que chaque fois qu’un vrai savant écrira, on verra apparaître sur l’encre dont il se servira les douze divinités de l’encre (Long-pinn)".


Livres

Les textes sur papier ont connu une évolution semblable à celle qui a eu lieu en Occident avec le passage du texte en rouleau au texte écrit sur feuillets pliés, mais les étapes de l'évolution n'ont pas été les mêmes. L'utilisation de rouleaux constitués de feuilles de papier collées les unes au bout des autres correspondait au modèle des rouleaux de soie. Ensuite sont apparues des formes plus faciles à consulter qu'un rouleau : livres en tourbillon (feuilles d'inégale largeur roulées autour d'un axe), livres en accordéon (ou en paravent), livres en papillon. Dans ce dernier modèle, chaque feuille est pliée en son milieu et elles sont toutes collées (et plus tard cousues) à la pliure (et plus tard du côté opposé). Pour plus de précisions, voir Mercier 2002 ou Chinnery 2007.


Reproduction du texte et imprimerie

voirGravure et utilisation des sceaux
voirEstampage
voirXylographie
voirTypographie chinoise


Références bibliographiques

Breton-Gravereau, Simone & Thibault, Danièle, 1998. L'aventure des écritures. Matières et formes. Paris : BnF.

Chinnery, Colin, 2007. Bookbinding. Document en ligne sur le site de l'International Dunhang Project, consulté le 2008-10-18.
http://idp.bl.uk/downloads/Bookbinding.pdf.

Du Halde, J[ean]-B[aptiste], 1735. Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise. Tome second. Paris : Le Mercier. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2010-06-19.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56991284.

Escandre, Yolaine, 2005. La calligraphie chinoise. Document en ligne sur le site de Clio, consulté le 2008-10-18.
http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_la_calligraphie_chinoise.pdf.

Gernet, Jacques, 1999. Le monde chinois. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Guo Bonan, 1995. Petit traité de calligraphie chinoise. Beijing : Editions en langues étrangères.

Jametel, Maurice, 1882. L’encre de Chine, son histoire et sa fabrication. Paris : Ernest Leroux. Document en ligne, consulté le 2010-06-19.
http://openlibrary.org/books/OL23638907M/enere_de_Chine.

Julien, Stanislas, 1833. Procédés des Chinois pour la Fabrication de l’encre. Annales de chimie et de physique 53 : 308-314. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-01-02.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6569011n.

Li Xiaohong, 2003. La calligraphie chinoise. in : Actes du premier forum international du Centre de Calligraphie de la Bibliotheca Alexandrina, 24-27 avril 2003. Bibliotheca alexandrina, 99-108. Document en ligne sur le site du Centre d'étude sur l'écriture et l'image (Paris 7), consulté le 2009-05-23.
http://www.ceei.univ-paris7.fr/04_bibliotheque/01/pdf/06_Xiaohong_Li.pdf.

Liu Guojun & Zheng Ruxi, 1989. L'histoire du livre en Chine. Beijing : ELE.

Mercier, Alain (ed.), 2002. Les trois révolutions du livre. Catalogue de l'exposition du musée des Arts et Métiers. Paris : Imprimerie nationale.

Monnet, Nathalie, 2004. Chine. L'Empire du trait. Calligraphies et dessins du Ve au XIXe siècle. Paris : BnF.

Wu Yangmu, 1996. The Techniques of Chinese Painting. Beijing : Morning Glory Publishers.


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