Jacques Poitou
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Ecriture chinoise : présentation


– C'est Tchang, l'ami de Tintin, qui vous accueille. Le vrai Tchang (Zhang Chongren) avait fait découvrir la Chine à Hergé. Avec le Lotus Bleu (1934), Hergé l'a fait découvrir à des millions de jeunes de 7 à 77 ans. – Zhang Chongren, peintre et sculpteur honoré dans son pays et à l'étranger, est mort à Paris en 1998.

zhang

L'écriture chinoise est utilisée actuellement par un cinquième de l'humanité. C'est la seule écriture de ce type qui s'est maintenue jusqu'à l'époque actuelle. Son principe d'organisation peut être défini d'abord négativement : chaque élément graphique minimal ne correspond pas à un élément phonique minimal. Si une grand partie des caractères fournissent une indication sur la prononciation, cette indication n'est que globale. Et surtout, à une même forme phonique peuvent correspondre plusieurs caractères différents.

Ainsi, Alleton (2002 : 16-17) indique qu'à la forme phonique shi (4e ton) correspondent "au moins dix-neuf" caractères différents signifiant : essuyer, savoir, (suffixe de nom propre), être, puissance, monde, serment, quitter, lettré, affaire, aimer à, voir, veiller sur, compter sur, marché, essayer, aller à, expliquer, maison.

Ce rapport particulier de l'écriture à la prononciation a deux conséquences : la pérennité de l'écriture au fil des âges indépendamment de l'évolution de la prononciation et sa fonction de communication dans les différentes régions sur lesquelles s'est étendue la Chine : la communication écrite peut fonctionner même si la communication orale ne fonctionne pas du fait de prononciations différentes. Mais la base commune de la communication reste de toute façon la langue : si plusieurs centaines de caractères chinois sont employés dans l'écriture du japonais, cela ne permet pour autant pas aux locuteurs japonais de comprendre un texte en chinois.

L'écriture chinoise a été standardisée à l'époque du premier empereur, Shi Huangdi, en même temps que le développement des moyens de communication (routes, véhicules) et l'organisation administrative des pays chinois qui venaient d'être unifiés (IIIe siècle avant notre ère – voir Gernet 1999 : 101 sq.).

L'écriture chinoise a été utilisée également pour transcrire des langues des pays soumis pendant un temps à l'influence chinoise : le coréen, le japonais et le vietnamien. Mais pour chacune d'entre elles, d'autres systèmes d'écriture ont été créés – pour le coréen, le hangul, pour le japonais, les kana (hiragana et katakana), dérivés des caractères chinois, et pour le vietnamien, l'alphabet latin avec de nombreux signes diacritiques.

voirEcritures du coréen
voirEcritures du japonais
voirEcritures du vietnamien

Comment appeler les signes de l'écriture chinoise ? – Idéogrammes (dénomination traditionnelle, mais les signes ne représentent pas uniquement des idées), idéophonogrammes, sinogrammes, caractères chinois...


Nombre des caractères

On a pu recenser plusieurs dizaines de milliers de caractères différents. Mais les dictionnaires usuels actuels en présentent moins de dix mille, et la lecture des textes courants requiert la connaissance de trois ou quatre mille caractères. On considère que le seuil de l'alphabétisme est de 1 500 caractères dans le monde rural et de 2 000 caractères dans le monde urbain.

voirCaractères chinois


Direction de l'écriture

Le chinois a d'abord été écrit verticalement, de haut en bas et de droite à gauche. Depuis les années cinquante, on l'écrit (en Chine continentale) de gauche à droite et de haut en bas, comme le latin, mais les usages anciens sont toujours en vigueur sur l'île de Taiwan et dans certaines communautés chinoises extérieures à la Chine. D'où, également, deux formats de livres. Certaines présentations typographiques (publicités, journaux p.ex.) recourent aux deux types de disposition.


Origine des caractères

cangjie Une légende attribue l'invention des caractères à Cang Jie, devin doté de deux paires d'yeux. Cang Jie était ainsi capable de voir ce que le commun des mortels ne voit pas. Il aurait créé les caractères en observant les traces laissées par les pattes d'oiseaux. Mais ce n'est qu'une légende. Ci-contre, Cang Jie.

Source : http://classes.bnf.fr/dossiecr/jpeg/gc43-2.jpg.

Les premiers vestiges de caractères d'écriture sont des inscriptions oraculaires gravées sur des os ou des carapaces de tortue (jiaguwen) Elles remontent au XIVe ou au XIIIe siècle avant notre ère. Depuis les premières grandes découvertes à Anyang (1898), on a dénombré, pour cette première époque de l'écriture chinoise, plus de 5 000 caractères différents.

    – Voir Vandermeersch 2003 sur la filiation entre les pratiques divinatoires et le développement de l'écriture.
bonebone Inscriptions oraculaires sur une omoplate, dynastie des Shang.
Musée de Shanghai, 2005. (à gauche)

Inscriptions oraculaires, dynastie des Shang.
Musée Guimet (Paris), 2008. (à droite)

Cliquez sur les vignettes pour voir les images en grand.
guimet

– Les photos de 45 inscriptions oraculaires sur os sont présentées sur le site de la Wu Chung Library (Chinese University of Hong Kong) :
http://udi.lib.cuhk.edu.hk/projects/oracle-bones.

– Pages de l'exposition virtuelle de la Bibliothèque nationale de France consacrée aux inscriptions chinoises anciennes :
http://expositions.bnf.fr/chine/reperes/1/index2.htm.

ri-ren-yu Du fait de la stabilité de l'écriture (par delà les modifications graphiques), la Chine possède une tradition continue d'écriture de près de 3 500 ans, soit quelques siècles de plus que les écritures les plus anciennes utilisées actuellement en Occident (grec, hébreu, latin).

Les caractères chinois les plus anciens sont issus, pour partie, de pictogrammes progressivement stylisés et simplifiés. Voir ci-contre les caractères successifs représentant le soleil (ri), l'homme (ren) et le poisson (yu). Mais leur graphisme actuel n'est plus guère transparent.

Représentations ci-contre d'après Wang Hongyuan 1997.

voirStyles d'écriture
voirAnalyse des caractères

Références bibliographiques

Alleton, Viviane, 1973. Grammaire du chinois. Paris : PUF. Que sais-je ? 1519.

Alleton, Viviane, 2002. L'écriture chinoise. 6e édition. Paris : PUF. Que sais-je ? 1374.

Alleton, Viviane, 2003. Ecriture chinoise : permanence et fragilités. Faits de langues 2003, 22 : 193-204.

Bottéro, Françoise, 2003. Les variantes graphiques dans l'écriture chinoise. Faits de langues 2003, 22 : 205-214.

Coulmas, Florian, 1992. The Writing Systems of the World. Oxford/Cambridge : Blackwell.

Fazzioli, Edoardo, 2004. Gemalte Wörter. Wiesbaden : Marixverlag.

Gernet, Jacques, 1999. Le monde chinois. 4e édition. Paris : Armand Colin.

Manuel de chinois. Deux volumes. Pékin : Editions en langues étrangères, 1966.

Tan Huay Peng, 2002. What's in a Chinese Character. 5e édition. Beijing : New World Press.

Vandermeersch, Léon, 2003. Idéographie chinoise et divination. in : Actes du premier forum international du Centre de Calligraphie de la Bibliotheca Alexandrina, 24-27 avril 2003. Paris : Bibliotheca alexandrina, 81-96. Document en ligne sur le site du Centre d'étude sur l'écriture et l'image (Paris 7), consulté le 2009-05-23.
http://www.ceei.univ-paris7.fr/04_bibliotheque/01/pdf/05_Leon_Vandermeersch.pdf.

Wang Hongyuan, 1997. Aux sources de l'écriture chinoise. Beijing : Sinolingua.

Zali, Anne & Berthier, Annie (eds.), 1997. L'aventure des écritures. Naissances. Paris : BnF.


© Jacques Poitou 2017.