Jacques Poitou
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2010 : Interdire l'hébergement de WikiLeaks en France ?



N.B. En aucun cas, la mention des propos ou textes incriminés ne peut signifier un jugement – positif ou négatif – de l'auteur de ces pages sur lesdits propos pas plus que sur les réactions qu'ils ont sucitées.

Fin novembre 2010, le site WikiLeaks, fondé par l'Australien Julian Assange, commence à mettre sur la place publique quantité de notes diplomatiques – confidentielles – de l'administration américaine. Leur diffusion est rapidement relayée dans le monde entier par les médias papier, et d'abord par les cinq organes de presse occidentaux (The New York Times [USA], The Guardian [Royaume uni], Der Spiegel [Allemagne], El País [Espagne] et Le Monde [France]) auxquels WikiLeaks a confié le soin de les trier et d'en publier ce qu'ils estimaient utile. Commence ainsi ce qu'on appelle outre-Atlantique le cablegate (par analogie avec Watergate, Irangate, Monicagate...).

voirCensures et pressions contre WikiLeaks aux Etats-Unis

Début décembre, on apprend qu'un site WikiLeaks est désormais hébergé en France sur les serveurs de l'entreprise OVH. Sans perdre de temps, le ministre chargé de l'Industrie, de l'Energie et de l'Economie numérique, Eric Besson, déclare rechercher les moyens d'interdire l'hébergement en France de WikiLeaks, ... tout en se défendant de vouloir le censurer. Dans une lettre datée du 3 décembre au Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET), il écrit :

La France ne peut héberger des sites Internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique. Elle ne peut héberger des sites Internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison des atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux.
Je vous demande de m'indiquer dans les meilleurs délais possibles quelles actions peuvent être engagées pour que ce site Internet ne soit plus hébergé en France et que tous les opérateurs ayant participé à son hébergement puissent être dans un premier temps sensibilisés aux conséquences de leurs actes, et dans un deuxième temps placés devant leurs responsabilités.

Sources : site du Monde et documents annexes, consultés le 2010-12-16.
– http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/12/03/eric-besson-demande-que-le-site-wikileaks-ne-soit-plus-heberge-en-france_1448661_651865.html
http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/medias/www/1.0.415/pdf/besson.wikileaks.lepost.fr.pdf

Réaction immédiate d'OVH :

Ovh n'est ni pour ni contre ce site. La question hors sujet pour nous. Ovh est une entreprise qui fournit les infrastructures, le fameux cloud computing disponible en quelques heures ..., et notre rôle est d'assurer cette prestation technique. C'est tout. On n'a pas demandé d'héberger ce site ou ne pas l'héberger. Maintenant qu'il est chez nous on assure le contrat. C'est notre boulot. Il est fonctionnel.
Compte tenu de dernières déclarations politiques, et de pressions qui commencent réellement à se sentir, même ici à Roubaix Valley, nous avons décidé de saisir le juge en référé afin qu'il se prononce sur la légalité ou pas de ce site sur le territoire français. Ce n'est pas au monde politique ni à Ovh de demander ou de décider la fermeture ou pas d'un site mais à la justice. C'est comme ça que ça doit marcher dans un pays de droit.

Source : forum d'OVH, dossier du journal Nord-Eclair, consultés le 2011-01-04
– http://forum.ovh.com/showthread.php?t=65613
– http://www.nordeclair.fr/Dossiers/2010/12/09/dossier-nef-1321553.shtml

Mais les tribunaux de grande instance de Lille et de Paris se déclarent incompétents. OVH continue donc d'héberger WikiLeaks. Quant au rapport commandé par Besson le 3 décembre à la CGIET, il lui est remis dix jours plus tard et Besson le transmet alors au Premier ministre. Les conclusions du rapport ne sont pas rendues publiques et on n'en entend plus parler après.


© Jacques Poitou 2017.