Jacques Poitou
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2012 et suivantes : Autour de l'affaire Merah


N.B. En aucun cas, la mention des propos ou textes mentionnés ne peut signifier un jugement – positif ou négatif – de l'auteur de ces pages sur lesdits propos, pas plus que sur les réactions qu'ils ont sucitées. JP

Mars 2012. On est en pleine campagne pour l'élection présidentielle.

Un jeune Français d'origine algérienne, Mohammed Merah, tue à quelques jours d'intervalles trois militaires à Toulouse et à Montauban (11 et 15 mars), et trois enfants et un enseignant d'une école juive de Toulouse (19 mars).

Appelé d'abord "tueur au scooter" par les médias, puis "tueur présumé" une fois identifié (par respect du principe de la présomption d'innocence), il est aussi appelé, après sa mort, simplement "tueur" ou "terroriste". Six mois après, si l'on se fie aux chiffres fournis par Google, l'expression "tueur au scooter" reste favorite.

Son prénom prend, selon la carte d'identité (reproduite sur le site du Progrès), deux m, mais il est le plus souvent écrit dans la presse avec un seul m – par analogie avec Mahomet ?
Source : http://www.leprogres.fr/france-monde/2012/03/22/toulouse-trois-violentes-detonations-puis-le-calme-plat?image=4551B49A-1470-4224-A7E0-ED59D55AA077, consulté le 2012-07-10.

Le 20 mars, une minute de silence à la mémoire des victimes est décidée dans tous les établissements scolaires. Le 21 mars, une cérémonie solennelle en hommage aux militaires tués est organisée à Montauban, en présence du président de la République, Nicolas Sarkozy, et de cinq autres candidats à l'élection présidentielle. Cependant, Merah est rapidement identifié. Selon les médias, il a des liens avec des organisations islamistes radicales. Retranché dans son appartement, il est tué lors de l'opération organisée pour l'arrêter, le 22 mars à 11 h 30.

Premières annonces du président de la République

Moins de deux heures après la fin de l'opération, brève déclaration du président de la République qui annonce :

Désormais toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence, sera punie pénalement. / Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme, sera punie pénalement. / La propagation et l'apologie d'idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le Code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte anti-terroriste.

Au sujet de lois adoptées dans de telles circonstances, voici la remarque très générale et souvent citée de Guy Carcassonne, professeur de droit public à l'université Paris 10 :

nous le savons tous, il m’est arrivé de l’écrire : tout sujet du "vingt heures" est virtuellement une loi. Il faut mais il suffit, qu’il soit suffisamment excitant, qu’il s’agisse d’exciter la compassion, la passion, ou l’indignation, pour qu’instantanément se mette à l’œuvre un processus, tantôt dans les rangs gouvernementaux, tantôt dans les rangs parlementaires, qui va immanquablement aboutir au dépôt d’un projet ou d’une proposition.

Conférence "Qui inspire les réformes pénales ?", Cycle Procédure pénale, Cour de cassasion, 23 février 2006.
Source : http://www.courdecassation.fr/IMG/File/intervention_carcassonne.pdf.

Les medias traitent abondamment de cette affaire, et médias et politiques condamnent unanimement les actes de Merah. Du fait de sa mort, aucune action en justice ne peut plus avoir lieu à son encontre. "Justice a été faite, et bien faite", écrit cependant sur son blog un député UMP, Lionnel Luca. Opinion assez répandue : à la requête "Merah + "justice est faite"", Google référence 12 400 pages web (consulté le 2012-07-09).

Cependant, la presse se fait aussi l'écho de quelques propos discordants. Voici ceux qu'elle a mentionnés et les réactions qu'elles ont entrainées de la part de l'Etat.


Page de Facebook supprimée

Sur Facebook, une page d'hommage à Merah est créée le 23 mars et vue, en quelques heures, par quelque 500 internautes, dont beaucoup, dit-on, indiquent qu'ils l'ont appréciée. Par l'intermédiaire de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, fait fermer cette page.


Demande de suppression d'une vidéo

Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, demande la suppression d'une vidéo disponible sur YouTube. Elle montre un prêche islamique filmé au Maghreb dans lequel les intervenants célèbrent Merah comme "moudjahid" et s'en prennent au président de la République française.

A la date du 2012-05-25, cette vidéo est toujours visible sur Internet.


Infractions à la loi du 28 juillet 1881

Paroles

Un jeune homme habitant l'ancien quartier de Merah est condamné à trois mois de prison ferme (sans mandat de dépôt) pour "provocation à la haine raciale" et "apologie du terrorisme". Lors du contrôle par la police d'un groupe de jeunes le 22 mars, il a dit, selon l'accusation : "Mon pote Mohammed, c'est un homme, un vrai. Dommage qu'il ait pas eu le temps de finir le travail !" et à l'adresse des policiers : "Vous faites les malins maintenant mais devant Mohammed vous vous chiez dessus."
Commentaire du procureur de la République à Toulouse : "Étant donné l'extrême gravité des actes qui ont été commis, toute exploitation de ceux-ci pour assouvir une haine personnelle sera poursuivie. Je serai au rendez-vous. La justice ne tolérera pas des comportements de ce type. J'estime que c'est de ma responsabilité d'être très ferme en tant que porteur de l'intérêt général à Toulouse."

Tags

A Paris et en Seine-Saint-Denis, des tags sont apparus le long de voies ferrées. Signés "Asto", certains portaient la mention "I love Mohamed Merah". L'auteur des tags est identifié et mis en examen pour "dégradation" et "apologie de crimes d'atteinte volontaire à la vie".

Dans d'autres endroits, des tags en liaison avec Merah sont apparus et ont été dénoncés sans que leurs auteurs aient été identifiés : à Sartrouville (Val d'Oise), tags "Vive Merah", "Vengeance", "Nique la kippa" ; à Tarbes (Hautes-Pyrénées), appel de la police à témoins suite aux tags "Tu as été un preux chevalier de l'Islam, tu as combattu la merde sionniste et les faux musulmans, tu es mort les armes à la main… Je te salue Mohamed, mon frère, mon ami. Repose en paix !" et "Merah 7 = Le Raid 1" ; à Fréjus (Var), ouverture d'une enquête pour "injure raciale" suite à des tags rendant hommage à "Al Kaïda" et à Merah ; à Caluire (Rhône), tags sur les murs de la halte-garderie en faveur de Merah et contre le maire de la ville ; à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), ouverture d'une enquête suite à une inscription dans un escalier de la prison : "Meton la France à feu et à sang. vengeance pour Mohamed Merah".

Plusieurs mois après, à l'automne 2012, d'autres tags pro-Merah apparaissent en région lyonnaise, associés à des inscriptions antisémites.


Enseignants suspendus

Rouen

Le 23 mars en début de matinée, dans une classe de terminale du lycée Gustave Flaubert à Rouen, une enseignante d'anglais présente Merah, selon les élèves, comme une "victime d'une enfance malheureuse" et leur dit "qu'il serait possible de faire un minute de silence pour cette "victime"". Elle s'excuse quelques instants plus tard de ses propos, mais une grande partie des élèves a déjà quitté la salle et les délégués de la classe ont aussitôt informé par écrit la direction du lycée.

A la mi-journée, le journal Paris-Normandie, informé par un parent d'élève, lance l'information sous le titre : "Affaire Mohamed Merah : l'hallucinante minute de silence d'une professeure rouennaise". Une photographie de la lettre des élèves au proviseur est publiée sur le site du journal. Les autres titres de la presse française reprennent l'information avec les variantes suivantes : Cette enseignante "suggère" / "envisage" / "propose" / "appelle à" / "demande" / "organise" / "fait observer" / "impose" une minute de silence.

Cependant, la direction du lycée a informé le rectorat. En début d'après-midi, communiqué du ministre de l'Education nationale, Luc Chatel : "Indignation de Luc Chatel devant l'initiative inqualifiable d'un professeur après le drame de Toulouse". Le ministre demande de suspendre cette enseignante et d'engager une procédure disciplinaire contre elle – ce qui est fait dès l'après-midi.

Le 24 mars, lors d'un meeting électoral à Rueil-Malmaison, Nicolas Sarkozy mentionne l'affaire :

"Hommage à ces lycéens, honte à cette enseignante" a-t-il poursuivi, rendant hommage au "discernement" des enfants qui ont dénoncé leur enseignante qui appelait à rendre hommage à l’assassin.
– Site officiel du candidat Sarkozy. http://www.lafranceforte.fr/actualites, consulté le 2012-03-25.

Lyon

Selon Lyon Mag, un professeur du collège Vendôme a rendu hommage aux victimes dans une classe de cinquième, et il a ensuite "digressé sur la trajectoire du tueur, évoquant selon plusieurs témoignages "la vie et l’enfance difficile" du jeune homme de 23 ans et le funeste destin promis à l'assassin pris en étau par les forces de l'ordre." Informée par les élèves, la principale du collège informe le rectorat qui engage une procédure disciplinaire contre l'enseignant.

Lavelanet (Ariège)

Dans un collège de Lavelanet (Ariège), une enseignante de français donne à ses élèves de troisième un devoir à la maison avec deux sujets au choix : "Faut-il supprimer les devoirs à la maison ?" et "Est-ce une bonne chose que Mohammed Merah soit mort ? Pour les victimes, leurs familles, le Raid, la justice, sa famille, lui-même, les gens." Cette enseignante est suspendue et une procédure disciplinaire est engagée. Raison invoquée par le recteur de l'académie de Toulouse : "l'intitulé qui suppose que le fait de tuer quelqu'un pourrait être une bonne chose".


Intervenants extérieurs prévus au congrès de l'Union des organisations islamistes de France (UOIF), 6-9 avril 2012

Peu après les tueries de Toulouse et de Montauban doit se tenir le congrès annuel de l'Union des organisations islamistes de France (UOIF) au Bourget, du 6 au 9 avril. L'UOIF fait partie du Conseil français du culte musulman, créé en 2003 à l'initiative du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.

Dans un communiqué conjoint en date du 29 mars, les ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères, Claude Guéant et Alain Juppé, annoncent qu'à la demande du président de la République, quatre intervenants étrangers prévus au congrès de l'UOIF sont interdits de séjour. Il s'agit de Akrima Sabri, Ayed Bin Abdallah Al Qarni, Safwat Al Hijazi et Abdallah Basfar. Deux autres invités avaient d'avance renoncé à y venir, Youssef Al Qaradawi et Al Masri. Tous sont originaires de Palestine, d'Arabie saoudite, du Qatar ou d'Egypte. Arguments avancés dans le communiqué :

Les positions et les propos tenus par ces personnes qui appellent à la haine et à la violence portent gravement atteinte aux principes de la République et, dans le contexte actuel, représentent un fort risque de troubles à l’ordre public.

Le communiqué indique également :

Nous regrettons que l’UOIF ait en outre choisi d’inviter Tariq Ramadan, ressortissant suisse, dont les positions et les propos sont contraires à l’esprit républicain, ce qui ne rend pas service aux musulmans de France.

Et le communiqué précise :

Le gouvernement protège la liberté de tous les cultes et est attaché à ce que les musulmans de France puissent vivre librement leur foi. Le gouvernement est en outre attaché à la liberté d’expression, droit fondamental garanti par la constitution.
Mais alors que la France est frappée par des extrémistes qui l’attaquent au nom d’idéologies ou de croyances dévoyées, il est capital que ces libertés s’exercent dans le cadre de la loi et dans le respect des valeurs fondamentales qui sont les nôtres : les droits de l’homme, l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité, le respect des religions et des opinions des autres, le refus des communautarismes.
Source : http://blog.mondediplo.net/2012-03-29-Qaradawi-Ramadan-et-la-demagogie-de-Gueant-et, consulté le 2012-07-09.

Tariq Ramadan, citoyen suisse d'origine égyptienne, est professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford (Royaume Uni), professeur invité à la faculté d'Etudes islamiques du Qatar et Senior Research Fellow à l'université de Kyoto (Japon). Il est souvent critiqué en France, voire vilipendé, pour ses prises de position sur la pratique de l'islam ou sur la politique israélienne. Dans un article publié sur son blog le 23 mars, il condamne sans ambiguïté les tueries de Toulouse et de Montauban et présente son analyse de l'évolution de Merah, dont voici la conclusion : "A Toulouse et Montauban, la France s’est effectivement retrouvée face à son miroir : cette crise a révélé, si besoin était, que les candidats ont cessé de faire de la politique, non pas seulement deux jours durant en hommage aux victimes, mais depuis bien des années. Cela fait bien longtemps en effet que les vrais problèmes sociaux et économiques ne sont pas abordés et qu’une partie des citoyens français sont traités comme des citoyens de seconde catégorie. Mohamed Merah était un Français (dont le comportement était aussi éloigné du message du Coran que des textes de Voltaire) : Est-ce donc si difficile à concevoir et à admettre ? Cela fait donc si mal ? Tel est bien le problème français. "
Source : http://www.tariqramadan.com/LES-ENSEIGNEMENTS-DE-TOULOUSE,11912.html, consulté le 2012-07-10.
N.B. D'autres voix isolées ont exprimé des questions que soulevait, à leurs yeux, l'affaire Merah et la façon dont elle était traitée, notamment François Bayrou, candidat à l'élection présidentielle, dans un discours électoral à Grenoble le 19 mars, ou le comédien Jamel Debbouze dans une interview publiée par le quotidien belge Le Soir le 29 mars.


Diffusion sur TF1 des propos de Mohammed Merah, 8 juillet 2012

Le dimanche 8 juillet 2012, TF1 diffuse dans l'émission "Sept à huit" des extraits des enregistrements des conversations téléphoniques entre Mohammed Merah et les policiers venus l'arrêter le 21 mars. Outre la question de savoir comment la chaîne s'est procuré ce document, cette diffusion suscite les regrets du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, et les protestations des familles des victimes. Une avocate des victimes, Samia Maktouf, déclare : "Nous allons demander au parquet, conjointement avec les autres parties civiles, d'enclencher une procédure d'urgence pour faire cesser la diffusion de ces enregistrements sur internet".

Le producteur de l'émission, Emmanuel Chain, justifie ainsi la diffusion de ces enregistrements :

C'est un document qui apporte un éclairage important, intéressant, sur une affaire qui a beaucoup marqué les esprits, et je crois que ce document a une grande valeur d'information, et nous l'avons fait en responsabilité, en pensant en permanence aussi à l'émotion que pourrait susciter cette diffusion auprès des familles de victimes, et en décidant de ne pas diffuser tous les propos qui auraient pu heurter leur sensibilité.
Source : http://www.rtl.fr/actualites/article/la-diffusion-des-enregistrements-de-merah-fait-polemique-7750518359, consulté le 2012-07-10.

La directrice de l'information de TF1, Catherine Nayl, et le présentateur de l'émission, Harry Roselmack, avancent des arguments semblables, de même que les représentants de la Société des journalistes de TF1. Cependant, la vidéo de l'émission, initialement disponible sur le site internet de TF1 mais expurgée du passage concernant Merah, en est retirée dans la matinée du lundi 9.

Des extraits des enregistrements sont visibles le 9 juillet, sur les sites de plusieurs médias, entre autres ceux du Monde, du Figaro et du Nouvel Observateur, à la une de leurs sites (pages consultées le 2012-07-09 à 7:05). Les propos de Mohammed Merah sont également cités par d'autres médias écrits. Le Monde en publie une retranscription le 9 juillet (numéro date du 10), suivi par Libération le 17 juillet.

Après audition des responsables concernés, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) adresse une "mise en garde" à TF1.


Diffusion sur M6 de propos de Souad Merah, sœur de Mohammed, 11 novembre 2012

Dans un documentaire diffusé par M6 le 11 novembre 2012 ("Enquête exclusive"), Souad Merah, sœur de Mohammed, filmée et enregistrée à son insu lors d'une conversation avec son frère Abdelghani, se dit fière de son frère Mohammed et de ce qu'il a fait, elle exprime une appréciation positive d'Oussama Ben Laden et dit à propos des juifs : "Les juifs, je mets pas tout le monde dans le même lot, mais tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je ne les aime pas, comme eux, ils ne nous aiment pas." (transcription d'après la vidéo de l'émission visible sur le site M6 Replay)

Les propos de Souad Merah sur les juifs sont diversement reformulés par les organes de presse (liste non exhaustive) :
– "Les juifs, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, mais tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je les déteste" (Paris Match)
– "Les juifs, tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je les déteste." (Le Figaro, Nouvel Observateur, L'Express, Le Monde, Libération)
– "Les juifs, je les déteste" (Métro, intertitre)

Sur BVMTV le 12 novembre, Abdelghani Merah, dont le livre "Mon frère, ce terroriste" sort ces jours-ci en librairie, explique les dessous de ces enregistrements : "Si j'ai voulu mettre un micro et piéger on va dire en quelque sorte ma sœur, c'est parce que je voulais prouver les propos que je disais et j'en avais marre à chaque fois que j'étais en confrontation avec le reste de ma famille, je leur disais vous avez dit tels et tels propos face à mon fils, ils niaient l'évidence, après quand j'étais seul face à eux, là bien sûr, leur haine et leur racisme, leur antisémitisme surgissaient, resortaient." (transcription d'après la vidéo)

Sur iTélé le 20 novembre, Souad Merah dit à propos de l'émission de M6 : "On m'a fait dire ces paroles à travers un montage, on m'a piégée, on m'a provoquée." Elle condamne les actes de son frère Mohammed et précise : "Nos parents nous ont jamais fait grandir en ayant la haine des juifs ou de n'importe qui d'autre. […] On est pas du tout antisémites, on est pas du tout ennemis de qui que ce soit ou de quoi que ce soit." (transcription d'après la vidéo) – La chaîne précise : "Si d'habitude, elle porte le hijab, voile qui laisse le visage apparent, elle préfère ici se présenter masquée, pour protéger son anonymat et préserver sa famille."

Les propos de Souad Merah le 11 novembre sont condamnés le lendemain par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls : "Bien que tenues dans le cadre d'une conversation privée, ces paroles ne peuvent qu'être perçues comme une apologie du terrorisme et de l'antisémitisme et une provocation à la haine religieuse et raciale. / Elles expriment et propagent une idéologie primaire et violente, caractéristique d'une dérive de nature sectaire, contraire aux Valeurs fondamentales de la République." (communiqué de presse, sur le site du ministère)

Sur RTL le 12 novembre, le ministre de l'Intérieur apporte quelques précisions :

RTL : Sur les conditions d'obtention des propos de madame Merah, ses propos ont été enregistrés à son insu, est-ce que ça change quelque chose pour vous ?
– Moi, sur la forme je n'ai pas à juger. La presse doit pouvoir faire son travail, et je dois dire que l'enquête qui a été diffusée hier sur M6, et je l'ai vue, était de très grande qualité, mais j'ai pas à m'exprimer sur ce sujet-là comme ministre de l'Intérieur.
RTL : Vous n'avez pas été choqué de la caméra cachée, puisque c'est pas une interview de la sœur de Mohammed Merah, c'est des propos enregistrés à son insu ?
– Ce qui compte, ce sont les propos eux-mêmes. (transcription d'après l'enregistrement)

Le même jour, le parquet de Paris ouvre à ce sujet une enquête préliminaire pour "apologie du terrorisme".

Le 13 novembre, l'avocat de Souad Merah, Christian Etelin, anonnce que celle-ci entend porter plainte contre M6 pour atteinte à la vie privée : "Les paroles ont été prononcées lors d'une conversation avec son frère de manière privée. […] Le délit n'existe pas. L'apologie, c'est de tenir des propos en public avec la volonté de les rendre publics. […] Dans une démocratie, on ne punit pas les paroles privées." Plainte déposée le 20 novembre "contre M6 et, comme complices, contre Mohamed Sifaoui, producteur du documentaire, et son cheval de Troie, Abdelghani Merah", indique son avocat.

Le 15 novembre, le directeur délégué de l'information de M6, Vincent Régnier, indique sur Europe 1 que les propos tenus par Souad Merah ont été coupés avant leur diffusion :

– Elle parle pas à un journaliste, elle parle à son frère. Il y a eu des propos inouïs, quoi, impossibles à entendre, quoi, insupportables.
Europe 1 : C'est à-dire que vous avez d'autres documents aujourd'hui  qui vont un peu plus loin ?
– Oui. Insuportables ! Bien sûr. Et là, c'est notre responsabilité de dire : on a coupé bien sûr avant la diffusion parce que alors là pour le coup c'était c'était euh in-entendable, quoi...
Europe 1 : C'est quoi, ces propos ?
– Non, je vais pas vous les dire, là, mais c'était...
Europe 1 : Non, mais sans les citer, ça parle de quoi ? Ça parle des victimes ?
– Ça parle des victimes. (transcription d'après la vidéo)

Le 22 janvier 2013, on apprend que l'enquête pour "apologie du terrorisme" diligentée par le parquet de Paris est classée sans suite, en raison du caractère privé des paroles prononcées par Souad Merah, enregistrée à son insu.


Histoire de scooters, janvier 2014

21 janvier 2014, émission de Laurent Ruquier L'émission pour tous (EPTS) sur France 2. L'humoriste Olivier de Benoist présente un sketch dans lequel il joue le rôle de François Hollande :

Moi président de la République, je suis pour l'IVG. L'interruption de Valérie pour Gayet. En plus, prendre un scooter pour aller tirer, j'ai rien inventé. Mohammed Merah le faisait déjà.

[Le 10 janvier, le magazine Closer avait écrit que le président de la République, qui vivait officiellement avec Valérie Trierweiler, avait une liaison avec l'actrice Julie Gayet, qu'il allait retrouver en scooter.]

Ces phrases de l'humoriste suscitent diverses réactions négatives, notamment celle de Patrick Cohen, chroniqueur sur France Inter, le 23 janvier :

Et c'est vrai qu'on rit beaucoup chez Ruquier. On rit grassement, mais on y rigole très fort, ce qui fait que le gras se voit un peu moins. Et on y rit de tout, c'est ça qu'est bien, tout fait vendre. Le nec plus ultra pour un comique, c'est d'arriver à mélanger dans un même sketch plusieurs sujets d'actualité, Julie Gayet, François Hollande, l'avortement, Dieudonné, François Hollande, Julie Gayet, Mohamed Merah. Non, ils ont fait la blague sur un tueur d'enfants ? Oui, ils l'ont fait. […] Que dire ? C'était mardi soir juste avant le JT de France 2. Service public.

Cependant, aucune réprobation ni sanction de la part des autorités de l'audiovisuel ou de l'Etat n'a été signalée.

Le 24 janvier, Olivier de Benoist publie le tweet suivant :

Je présente mes excuses sincères pour une phrase malheureuse et de mauvais gout sur l'affaire merah présentée lors de mon sketch dans #EPTS


Bébé prénommé Mohamed, novembre 2016

Le 3 novembre 2016 nait à Nice un garçon auquel ses parents donnent les prénoms de Mohamed et Nizar. Nom patronymique : Merah.

La mairie de Nice saisit la justice pour faire changer ce prénom.

Le 18 novembre, l'affaire est portée sur la place publique par Christian Estrosi (Les Républicains), maire-adjoint de Nice, président de la métropole Nice Côte d'Azur et président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il tweete : "Enfant nommé Mohamed MERAH : nous avons saisi le Procureur !" et sur son compte Facebook, il écrit : "le choix de la famille de prénommer ainsi son petit garçon est susceptible dʼêtre contraire à son intérêt, étant donné la référence à lʼauteur des actes terroristes survenus à Toulouse et Montauban en 2012. / Alors que notre ville a été touchée de plein fouet par un attentat cet été et que ses habitants sont encore meurtris, il est inadmissible de constater de tels agissements."

De son côté, la famille de l'un des soldats tués par Mohammed Merah à Toulouse en 2012 demande au procureur, par l'intermédiaire de son avocat, de poursuivre cette famille "pour "apologie du terrorisme".

Jean-Michel Prêtre, procureur de la République, déclare le 21 novembre : "Il est évident, et c'est en tout cas le point de vue du parquet de Nice, que donner un prénom à un enfant qui a déjà le nom d'un terroriste très notoirement connu en France est quelque chose qui peut porter préjudice à l'enfant."

Cependant, les parents du petit garçon décident de renoncer à ce prénom. Selon les déclarations du procureur en date du 30 novembre, ils "n’avaient pas réalisé que le choix de ce prénom, associé à ce nom, pouvait susciter un tel émoi. […] Pour eux, c’était un prénom traditionnel, très fréquemment donné et qu’ils appréciaient."


– Les informations et déclarations dont la source n'est pas indiquée sont extraites de différents organes de presse, consultés en ligne pendant la période considérée.


© Jacques Poitou 2017.