Jacques Poitou
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2014 : condamnation d'une blogueuse pour un article critiquant un restaurant

  Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur.

    Figaro (Beaumarchais 1785 : 184)

N.B. En aucun cas, la mention des propos ou textes incriminés ne peut signifier un jugement – positif ou négatif – de l'auteur de ces pages sur lesdits propos pas plus que sur les réactions qu'ils ont sucitées.

Le 24 août 2013, Caroline Doudet – agrégée de lettres modernes et docteur en littérature comparée – publie sur son blog, L'irrégulière, un article intitulé L'endroit à éviter au Cap Ferret : Il Giardino. Elle y relate sa dernière expérience, négative, dans ce restaurant du bassin d'Arcachon. L'article est référencé par Google et il apparaît sur la première page des résultats. Selon Caroline Doudet, ce référencement ne génère ensuite que 490 clics, moins que ses autres articles.

Sans s'adresser à l'auteur de l'article, la gérante du restaurant, qui suspecte un lien entre une baisse de fréquentation de son établissement et cet article, surtout du fait de son titre et de son référencement, porte plainte pour "dénigrement".

Le 2 juin 2014, ladite blogueuse est convoquée au tribunal de grande instance de Bordeaux, où elle s'y présente sans avocat. Elle est condamnée à modifier le titre de l'article, à verser 1 500 euros de dommages et intérêts et 1 000 euros de frais de justice.

Elle décide de supprimer entièrement l'article litigieux (mais il reste archivé et accessible sur le site américain web.archive.org). De son côté, la gérante de l'établissement explique ainsi sa démarche :

La blogueuse est venue une seule fois dans le restaurant : je m'en souviens très bien alors que je sers 300 personnes par jour, c'est vous dire si elle était aimable. Et elle écrit un article où elle qualifie une de mes serveuses de harpie. Je ne peux pas laisser passer ça. Peut-être qu'il y a eu des erreurs dans le service, ça arrive parfois en plein mois d'aout, je le reconnais. Mais cet article montait dans les résultats Google et faisait de plus en plus de tort à mon commerce, alors qu'on bosse sept jours sur sept depuis 15 ans, je ne pouvais pas l'accepter. On peut critiquer mais il y a une façon de le faire, dans le respect, ce qui n'était pas le cas ici. Maintenant la justice s'est prononcé [sic] et pour moi l'affaire est close.
    Source : http://www.arretsurimages.net/breves/2014-07-08/Critique-de-restaurant-blogueuse-condamnee-id17677, consulté le 2014-07-13.

Le 8 juillet, l'affaire commence à être relatée dans la presse locale, nationale et même internationale (jusqu'à Hong Kong...). D'où une visibilité accrue sur Internet pour le restaurant "Il Giardino", mais est-ce une bonne publicité ?

– Quelques jours après, à la requête "il giardino" et "cap ferret", Google donne 8 760 résultats, dont les premiers cités reprennent pour la plupart l'information. Les commentaires en ligne, nombreux, réprouvent pour la plupart à la fois l'attitude de la gérante et la décision de justice comme portant atteinte à la liberté d'expression.

– Sur le site "plus.google.com" sont mentionnés 174 avis sur cet établissement, presque tous publiés depuis l'information sur cette affaire et presque tous négatifs. Même chose sur le site "TripAdvisor" : y sont mentionnés 106 "avis de voyageurs" – également presque tous récents et majoritairement (74) négatifs ("horrible").
    Sites consultés le 2014-07-14 à 12:42.

C'est ce qu'on appelle l'effet Streisand, du nom de l'actrice américaine Barbara Streisand, qui, en protestant en 2003 contre la publication d'une photographie aérienne de sa résidence, n'avait abouti qu'à en décupler la visibilité.


Référence bibliographique

Beaumarchais, 1785. La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro. Lyon. Document en ligne sur le site de la BnF, consulté le 2014-07-13.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5426598t.


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