Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Berlin après la Première Guerre mondiale
zille

Heinrich Zille : Heinrich Zille : Krieg dem Kriege !  [Guerre à la guerre !]
Berlin, am Lustgarten.


Käthe Kollwitz : Nie wieder Krieg (1924)

Deux chansons contre la guerre

Les deux chansons ci-dessous ont été mises en musique par Hanns Eisler et magistralement interprétées par Ernst Busch.

Kurt Tucholsky :
      Der Graben (1929)

Mutter, wozu hast du deinen aufgezogen,
Hast dich zwanzig Jahr um ihn gequält ?
Wozu ist er dir in deinen Arm geflogen,
und du hast ihm leise was erzählt ?
   Bis sie ihn dir weggenommen haben
   Für den Graben, Mutter, für den Graben !

Junge, kannst du noch an Vater denken ?
Vater nahm dich oft auf seinen Arm,
und er wollt dir einen Groschen schenken,
und er spielte mit dir Räuber und Gendarm.
   Bis sie ihn dir weggenommen haben
   Für den Graben, Junge, für den Graben !

Drüben die französischen Genossen
lagen dicht bei Englands Arbeitsmann.
Alle haben sie ihr Blut vergossen,
und zerschossen ruht heut Mann bei Mann.
   Alte Leute, Männer, mancher Knabe
   in dem einen großen Massengrabe.

Seid nicht stolz auf Orden und Geklunker !
Seid nicht stolz auf Narben und die Zeit !
In die Gräben schickten euch die Junker,
Staatswahn und der Fabrikanteneid.
   Ihr wart gut genug zum Fraß für Raben,
   Für das Grab, Kameraden, für den Graben.

   Werft die Fahnen fort !
      Die Militärkapellen
spielen auf zu eurem Todestanz !
Seid ihr hin: ein Kranz von Immortellen –
das ist dann der Dank des Vaterlands.

Denkt an Todesröcheln und Gestöhne.
Drüben stehen Väter, Mütter, Söhne,
schuften schwer, wie ihr, ums bißchen Leben.
Wollt ihr denen nicht die Hände geben ?
Reicht die Bruderhand als schönste aller Gaben
übern Graben, Leute, übern Graben !

Robert Winterfeld (= Robert Gilbert = David Weber) :
      Die Krüppelgarde (vers 1930)

Wir sind die Krüppelgarde,
die schönste Garde der Welt ;
wir zählen fast eine Milliarde,
wenn man die Toten mitzählt.

Die Toten können nicht mitgehn,
die müssen im Grabe sein,
und wir können nicht im Schritt gehn,
die Mehrzahl hat nur ein Bein.

Unser Leutnant kommt von den Toten,
unser Hauptmann hat einen Stumpf,
unser Feldmarschall kriecht am Boden
und ist nur noch ein Rumpf.

Wir sind die Garde der Krüppel,
und jedem zweiten Mann
schnallt man solide Knüppel
direkt an die Knochen an.

Sie sagten: Es sind die Prothesen
viel schöner als Arm und Bein.
Sie sagten : Die Blinden lesen
mit dem Finger noch mal so fein.

Und könnten die Toten genesen,
sie brächten auch sie noch in Trab,
statt hoffnungslos zu verwesen
in einem Massengrab.

Sie sagten: Nun geht man wieder
an die Arbeit und faulenzt nicht.
Sie sagten : Es tun die falschen Glieder
am Fließband auch ihre Pflicht !

Wartet ab, wenn wir auch hinken,
gegen euch werd'n wir stramm marschier'n.
Was tut's, wenn wir zum linken
das rechte Bein noch verlier'n.

Wie sind die Krüppelgarde,
das stärkste Bataillon,
die allererste Reihe
in der Weltrevolution.

 

La tranchée

Mère, à quoi bon avoir élevé ton enfant, t’être démenée pendant vingt ans pour lui ? A quoi bon s’est-il réfugié dans tes bras, et toi, doucement, tu lui as raconté quelque chose ? Jusqu’à ce qu’ils te le prennent pour la tranchée, mère, pour la tranchée.

Mon garçon, peux-tu encore te souvenir de ton père ? Ton père te prenait souvent sur son bras, et il voulait t’offrir un sou et il jouait avec toi aux gendarmes et aux voleurs. Jusqu’à ce qu’ils te le prennent pour la tranchée, mon garçon, pour la tranchée.

En face, les camarades français étaient vautrés près des ouvriers anglais. Tous, ils ont versé leur sang, et, criblés de balles, ils reposent maintenant les uns à côté des autres, des vieux, des hommes, des garçons aussi, dans une grande fosse commune.

Ne soyez pas fiers de vos médailles et de vos breloques, ne soyez pas fiers de vos cicatrices et de cette époque. Ce sont les junkers qui vous ont envoyés dans les tranchées, la folie de l’Etat et la cupidité des patrons. Vous étiez assez bons pour servir de nourriture aux corbeaux, bons pour la tombe, camarades, pour la tranchée.

Jetez les drapeaux, les orchestres militaires entonnent votre danse macabre. Si vous êtes morts : une couronne d’immortelles – c'est ce que sera le remerciement de la patrie.

Pensez au râle des mourants et à leurs gémissements. En face il y a des pères, des mères, des fils, ils bossent dur, comme vous, pour vivre un petit peu. Ne voulez-vous pas leur tendre la main ? Tendez – la plus belle des offrandes ! – une main fraternelle, par dessus les tranchées, les gars, par dessus les tranchées !

La garde des mutilés

Nous sommes la garde des mutilés, la plus belle garde du monde, nous sommes presque un milliard si l'on compte aussi les morts.

Les morts ne peuvent pas marcher avec nous, il faut qu'ils restent dans leurs tombes, et nous ne pouvons pas marcher au pas, la plupart n'ont qu'une jambe.

Notre lieutenant vient de chez les morts, notre capitaine a un moignon, notre maréchal rampe sur le sol, il n'est plus qu'un tronc.

Nous sommes la garde des mutilés, et pour un homme sur deux, on attache de robustes gourdins directement aux os.

Ils ont dit : Les prothèses sont bien plus belles que bras et jambes. Ils ont dit : Les aveugles pourront encore lire aussi finement avec le doigt.

Et si les morts pouvaient guérir, ils les feraient encore marcher, plutôt que de pourrir sans espoir dans une fosse commune.

Ils ont dit : et maintenant, on retourne au travail, et pas de paresse. Ils ont dit : à la chaîne, les faux membres font aussi ce qu'il faut.

Attendez un peu, même si nous boîtons, nous marcherons au pas contre vous. Qu'importe que nous perdions la jambe gauche en plus de la droite.

Nous sommes la garde des mutilés, le plus fort bataillon, le tout premier rang de la révolution mondiale.


Sources. – Dessin de Zille : Flügge, Gerhard, s. d. Das dicke Zille-Buch. Köln : Komet. – Dessin de Käthe Kollwitz : Nagel, Otto, 1971. Käthe Kollwitz. Dresden : Verlag der Kunst. – Der Graben : Tucholsky, Kurt, 1968. Ausgewählte Werke. I. Reinbek : Rowohlt. – Die Krüppelgarde : Hanns Eisler. Ernst Busch auf Aurora-Schallplatten. Rote Reihe 7 [s. d.]. Traductions JP.

© Jacques Poitou 2013.