Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Le mur de Berlin

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Les arguments de la RDA pour la construction du mur

Les arguments présentés – tels quels – ci-dessous sont extraits des trois ouvrages référencés en bas de cette page.

La frontière ouverte entre Berlin-Ouest et la RDA et en particulier sa capitale permettait aux milieux dirigeants impérialistes et revanchards d'Allemagne de l'Ouest de miner la RDA dans le but de l'annexer par la force à la République fédérale. En 1960-1961, ils ont intensifié leurs activités, qui se déroulaient sur plusieurs plans.

Débauchage de main d'œuvre qualifiée

Parmi les gens qui ont fui la RDA se trouvaient d'abord d'anciens nazis qui espéraient trouver à l'Ouest une politique plus clémente à leur égard et des représentants de la bourgeoisie qui ne pouvaient se satisfaire de l'édification d'un Etat ouvrier et paysan.

Mais un aspect important a été aussi le débauchage de main d'œuvre qualifiée par les monopoles ouest-allemands : ils récupéraient ainsi à bon compte une main d'œuvre performante dont la formation avait été financée par la RDA. A cela s'ajoutaient les illusions déversées par la propagande impérialiste sur la belle vie à l'Ouest ("der goldene Westen").

Propagande, espionnage, sabotage, préparatifs militaires

Du fait de la frontière ouverte avec la RDA, Berlin-Ouest était utilisé par les milieux impérialistes occidentaux comme base pour les activités de sabotage, de subversion et d'espionnage menées contre la RDA. Il y avait à Berlin-Ouest plus de 80 officines d'espionnage et de sabotage d'Allemagne de l'Ouest et des puissances occidentales. L'une des plus importantes était la station de radio RIAS [Rundfunk im amerikanischen Sektor].

A l'été 1961, les impérialistes ouest-allemands ont intensifié leurs préparatifs militaires (manœuvres de l'OTAN à proximité des frontières de la RDA). Les activités subversives menées à partir de Berlin-Ouest ou de l'Allemagne de l'Ouest se sont aussi multipliées (incendie le 7 août aux abattoirs de Berlin, débuts d'incendies quelques jours plus tard à l'université Humboldt).

Guerre commerciale

La guerre commerciale menée par les milieux impérialistes ouest-allemands contre la RDA reposait essentiellement sur le cours du change pratiqué à Berlin-Ouest (1 mark-ouest contre 3 ou 4 marks de RDA), c'est-à-dire un cours sans aucun rapport avec le prix des marchandises. Dans cette guerre commerciale, les travailleurs frontaliers (Grenzgänger) jouaient un rôle important : 50 000 citoyens de RDA travaillaient à Berlin-Ouest et 15 000 Berlinois de l'Ouest travaillaient dans le secteur démocratique. En échangeant un mark-ouest contre 3 ou 4 marks de RDA, ils pouvaient acheter pour presque rien des marchandises en RDA, et ils approvisionnaient aussi leurs proches. Ces pratiques (Grenzgängertum) ont représenté un véritable pillage de la RDA.

Bilan

Les activités des milieux dirigeants ouest-allemands ont coûté à la RDA de l'ordre de 100 milliards de perte (chiffre incluant les réparations que la RDA a dû verser à l'Union soviétique, alors qu'une partie aurait dû être prélevée sur les zones occidentales). A titre de référence : le produit national brut de la RDA s'élevait en 1961 à 76 milliards de marks.

Avec les mesures antifascistes de protection qu'elle a prises le 13 août 1961, la RDA a porté un coup d'arrêt à ces activités en établissant à sa frontière à Berlin "un contrôle comme il est d'usage aux frontières de tout Etat souverain". Ces mesures ont mis la RDA à l'abri des provocations et des perturbations provoquées par l'Ouest. Et en faisant obstacle aux vélléités agressives des milieux impérialistes et revanchards d'Allemagne de l'Ouest, elles ont sauvé la paix.

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Brochure est-allemande sur le mur (1968)

Ci-contre : un extrait. Traduction du texte en bas :
Avec les moyens les plus divers comme des inscriptions lumineuses, des affiches, de l'argent et d'autres propositions, des revues de striptease et des prostituées, on essaye d'influencer et d'"appâter" les soldats frontaliers de la RDA. Ces actions sont en général organisées et menées par le Sénat de Berlin-Ouest
et par ses fonctionnaires.
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Walter Ulbricht, conférence de presse (15 juin 1961) : Personne n'a l'intention d'ériger un mur.

– Je voudrais poser une question complémentaire. Doherr, de la Frankfurter Rundschau. Monsieur le président, est ce qu'à votre avis, la création d'une Ville libre signifie l'instauration de la frontière d'Etat à la porte de Brandebourg et êtes-vous déterminé à assumer ce fait dans toutes ses conséquences ?

Ulbricht :
– Si je comprends bien votre question : il y a en Allemagne de l'Ouest des gens qui souhaitent que nous mobilisions les ouvriers du bâtiments de la capitale de la RDA pour ériger un mur. Je ne suis pas au courant qu'une telle intention existe, dans la mesure où les ouvriers du bâtiments de notre capitale sont occupés principalement par la construction de logements et que leur force de travail est pleinement utilisée, pleinement investie pour cela. Personne n'a l'intention d'ériger un mur.


– Télécharger un extrait audio de cette conférence de presse :
http://www.parlament-berlin.de/pari/web/wdefault.nsf/vHTML/F12_3-00007?OpenDocument



Ci-contre : carte postale vendue à Berlin avec la citation de Walter Ulbricht.

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Walter Ulbricht, 13 septembre 1961 : Pour guérir les citoyens de la RDA aveuglés par le bourbier de Berlin-Ouest

Comme vous le savez tous, le bourbier de la Frontstadt [= Berlin-Ouest] menaçait d'empoisonner l'atmosphère dans notre République démocratique allemande. Avec les mesures du 13 août, nous avons établi une sorte de cordon sanitaire [en français dans le texte] autour de ce bourbier de Berlin-Ouest. Pour nous, cela a une double importance. D'abord, nous avons ainsi infligé une défaire sévère aux militaristes ouest-allemands et en même temps, nous avons très nettement réduit le danger de provocations militaires menées à partir de Berlin-Ouest. D'autre part, nous avons obtenu le résultat suivant. Comme vous savez, il est bien connu qu'on isole les drogués de la drogue, dans leur propre intérêt et pour leur guérison. De la même façon, nous avons séparé certains de nos citoyens aveuglés par le bourbier de la Frontstadt de ce bourbier de Berlin-Ouest, dans leur propre intérêt et pour leur guérison. Et je suis convaincu que, pour la plupart d'entre eux, la maladie pourra encore être guérie.

Erich Honecker, 19 janvier 1989 : Le mur existera encore dans cinquante ans et même dans cent ans...

La construction du rempart antifasciste en 1961 a stabilisé la situation en Europe, elle a sauvé la paix. Les dépêches publiées actuellement dans certains médias de la RFA et de Berlin-Ouest ne témoignent pas seulement de leur myopie, elles manifestent aussi une bonne dose d'hypocrisie, et c'est sur cette base que la politique se fait en RFA et à Berlin-Ouest. Les gens de la presse Springer et ceux qui les suivent semblent oublier que ce devrait être un devoir constant du gouvernement de tout pays que de protéger ses citoyens du pillage. Le cours commercial, le cours du change d'un mark de RFA contre sept marks de la République démocratique allemande en est un exemple. Et sur ce sujet, nous ne prenons même pas en compte le fait que c'est une préoccupation sérieuse de notre Etat de protéger nos citoyens contre les agissements des milieux occidentaux de la drogue. On semble avoir oublié aussi que ceux qui se distinguent dans la propagande contre la République démocratique allemande sont précisément ceux qui, il y a quelque temps, ont demandé à la République démocratique allemande de fermer les portes entre Berlin-Ouest et la République démocratique allemande à ceux qui, issus de pays lointains, demandaient l'asile politique à Berlin-Ouest et en RFA. On pourrait inclure cette affaire et d'autres dans ses réflexions. Mais disons-le dès maintenant : le mur existera encore dans cinquante et même dans cent ans si les raisons de son existence ne sont pas éliminées. C'est nécessaire ne serait-ce que pour mettre notre république à l'abri des bandits, sans parler de ceux qui aimeraient bien troubler la stabilité et la paix en Europe. La défense de la frontière est le droit souverain de tout Etat, et donc aussi de notre République démocratique allemande.


Plaque à la mémoire de soldats frontaliers morts pendant leur service.
Elle est posée devant la caserne "Friedrich Engels" – Am Kupfergraben.
(photo prise en 1990)
schultz
IHR TOD IST UNS VERPFLICHTIUNG
Leur mort est pour nous un engagement
Dans cette caserne ont servi nos camarades assassinés par des agents de Berlin-Ouest.

Helmut JUST, gardien de la paix, né le 2.7.1933, assassiné le 30.12.1952
Peter GÖRING, sous-officier, né le 28.12.1940, assassiné le 23.5.1962
Egon SCHULTZ, sous-officier, né le 24.1.1943, assassiné le 4.10.1964(*)

(*) Egon Schultz est mort au cours d’une intense fusillade qui a éclaté, dans l’obscurité, après la découverte par les services est-allemands d’un tunnel creusé sous la Bernauer Straße et par lequel 57 personnes avaient déjà réussi à s’enfuir. Les autorités est-allermandes ont célébré en lui un héros lâchement assassiné par des agents de Berlin-Ouest. La Strelitzer Straße, où avait eu lieu le drame, a été rebaptisée Egon-Schultz-Straße. Mais quand, après l’unification, les archives de la Stasi ont été accessibles, on a pu apprendre que la balle à laquelle Egon Schultz avait succombé avait été tirée, dans l’obscurité, par un de ses camarades. Une plaque commémorative est apposée au 55 de la Strelitzer Straße.


Sources. – Arguments est-allemands : Badia, Gilbert & Lefranc, Pierre, 1966. Un pays méconnu : la République Démocratique Allemande. Dresden : Zeit im Bild. Dörnberg, Stefan, 1969. Kurze Geschichte der DDR. Berlin : Dietz. Institut für Marxismus-Leninismus beim Zentralkomitee der SED, 1969. Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung. Kapitel XIV. Periode von 1956 bis 1961. Berlin : Dietz. – Brochure est-allemande et carte postale : archives personnelles. – Interventions de Ulbricht et Honecker : transcription d'après des enregistrements de l'époque.

© Jacques Poitou 2013.