Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Les juifs à Berlin

Des juifs vivaient à Berlin depuis le XIIIe siècle, mais c'est surtout à partir du XVIIe siècle que la communauté prit son essor : en 1671, le prince électeur Frédéric Guillaume promulgua un édit autorisant les juifs chassés de Vienne à s'établir dans le Brandebourg. Et à partir de 1812, les juifs furent considérés comme des citoyens à part entière. En 1925, 172 672 juifs vivaient à Berlin (soit un peu plus de 4 % de la population berlinoise de l'époque et un tiers des juifs de toute l'Allemagne).

Dans la première moitié du XXe siècle, de nombreuses personnalités éminentes de la vie publique étaient d'origine juive : des scientifiques, comme Albert Einstein, des écrivains, comme Franz Werfel, Lion Feuchtwanger, Walter Benjamin, Else Lasker-Schüler, des musiciens comme Hanns Eisler, Kurt Weill, Arnold Schönberg, des philosophes comme Ludwig Marcuse, des acteurs comme Helene Weigel, des responsables politiques comme Walther Rathenau et Rosa Luxemburg – pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus connus.

A partir de 1933 commença la longue série des persécutions : interdiction d'exercer certaines professions, spoliations, pogroms, obligation du port de l'étoile jaune, déportations, assassinats... Des jalons importants furent le boycott des magasins, médecins et avocats juifs le 1er avril 1933, les lois de Nuremberg de 1935 (discrimination raciale) et la nuit de cristal (9 novembre 1938), qui marqua une nouvelle étape dans les persécutions (incendies de synagogues, pillage des magasins, arrestations, déportations, expropriations, etc.).

La conférence de Wannsee

Le 20 janvier 1942, une réunion de responsables de différents services eut lieu à la demande du maréchal Göring dans une villa située au bord du Wannsee. Il s'agissait, demandait Göring, de mettre au point les détails administratifs et techniques d'"une solution globale de la question des juifs dans la zone d'influence allemande en Europe" (eine Gesamtlösung der Judenfrage im deutschen Einflussgebiet in Europa" – formulation longue abrégée dans la lettre de Göring en "solution finale de la question des juifs" (Endlösung der Judenfrage), et même simplement en "solution finale" (Endlösung) dans le compte-rendu de la réunion : l'objectif était que Berlin, l'Allemagne, l'Europe soient "judenrein" – purifiés, débarrassés des juifs. Ainsi furent planifiés le recensement de onze millions de juifs en Europe, leur déportation et leur assassinat. Le compte-rendu de la réunion est signé Adolf Eichmann.

A la fin de la guerre, la communauté juive de Berlin était réduite à 6 000 ou 7 000 personnes. Au lendemain de la réunification de la ville (1990), elle comptait moins de 9 000 personnes.

Aujourd'hui

Il y a à Berlin de nombreuses marques de la présence juive : des cimetières (celui de Weißensee – le plus grand –, celui – saccagé – de la Schönhauser Allee, celui – rasé – de la Große Hamburger Straße, etc.), des synagogues comme la Neue Synagoge de la Oranienburger Straße (inaugurée en 1896, détruite par un bombardement en 1943, reconstruite à partir de 1988) – sans oublier le musée juif de la Lindenstraße.

A ces sites attestant de la vie des juifs à Berlin s'ajoutent ceux qui gardent la mémoire de leur extermination à l'époque nazie. Outre les petites plaques insérées sur certains trottoirs et indiquant les noms des gens qui habitaient dans les immeubles, les trois sites les plus importants sont le monument situé à la gare de Grunewald (d'où sont partis les convois vers les camps d'extermination), la maison de la conférence de Wannsee et, depuis 2005, le "monument de l'holocaust" tout à côté de la porte de Brandebourg.

Mais plusieurs décennies après la fin du nazisme, l'antisémitisme n'a pas entièrement disparu : voyez ici.



© Jacques Poitou 2013.