Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Les huguenots à Berlin

Persécutés en France, surtout après la révocation de l'édit de Nantes (1685), les huguenots arrivèrent massivement à Berlin dans le dernier quart du XVIIe siècle. Ils furent invités à se réfugier dans le Brandenburg (Brandebougr) par l'édit de Potsdam, promulgué par Friedrich Wilhelm (Frédéric Guillaume) le 29 octobre 1685. Cet édit leur accordait d'importants privilèges sur le plan économique. A la fin du XVIIe siècle, environ 6 000 huguenots s'étaient établis à Berlin, et cette population d'origine française représentait le quart de la population berlinoise (cette proportion se réduisit considérablement au cours du siècle suivant du fait de l'accroissement de la population allemande). L'édit de naturalisation promulgué par Frédéric Ier en 1708 reconnut à ces réfugiés les mêmes droits civiques qu'aux Allemands.

Les huguenots s'installèrent surtout dans les faubourgs occidentaux du Berlin de l'époque, c'est-à-dire dans les actuels quartiers de Friedrichswerder, Friedrichstadt (autour du Gendarmenmarkt) et Dorotheenstadt (tous situés dans l'actuel arrondissement de Mitte). Une petite colonie de paysans s'établit aussi à Buchholz (dans l'actuel arrondissement de Pankow).

Les huguenots contribuèrent puissamment au développement du Brandenburg dans les domaines économique, social, culturel, gastronomique et linguistique : une part de l'inventaire actuel des mots d'origine française en allemand leur est due et elle traduit sur le plan linguistique leur influence dans d'autres domaines.

Gendarmenmarkt

Le Gendarmenmarkt (littéralement marché des Gens d'armes) doit son nom aux écuries qu'au début du XVIIIe siècle, Friedrich Wilhelm I. (Frédéric Guillaume Ier) y fit installer pour ses régiments. Il est délimité côté sud par le Französischer Dom (cathédrale française), construit en 1705 pour les huguenots – au premier plan sur la photo –, côté nord par le Deutscher Dom (cathédrale allemande) construit en 1708 et côté ouest par le Deutsches Schauspielhaus (Konzerthaus depuis 1994), construit sur les plans de Schinkel en 1819-1821 à la place de la Französisches Comödiantenhaus (comédie française) construite au XVIIIe siècle. Enfin, au centre, la statue de Schiller date de 1871.

Le Gendarmenmarkt a été pendant longtemps le lieu d'un marché, E.T.A. Hoffmann, qui a habité les dernières années de sa vie au coin de la place, y consacre d'ailleurs une nouvelle Des Vetters Eckfenster (1822).

A l'époque de la RDA, cette place s'appelait Platz der Akademie.
gendarmenmarkt
Vers 1900

L'apport culinaire des huguenots

En arrivant en Prusse, les huguenots apportaient avec eux leurs habitudes alimentaires, des habitudes de cuisine avec d'autres produits, plus variés que ceux qui étaient courants à l'époque en Prusse. Cet apport est multiple, il se manifeste aussi, encore maintenant, dans l'usage de nombreux termes culinaires importés du français.

Quelques exemples, parmi beaucoup d'autres :

– la fabrication de pain blanc, notamment pour les petits pains (Schripppen) remonte sans doute aux huguenots,
– la fabrication de bière blanche, baptisée Champagner du nord, d'où est issue l'actuelle Berliner Weiße ;
– les actuelles Buletten, qui ont leur origine dans les petites boulettes de viande que les huguenots avaient l'habitude de mettre dans la soupe (recette) ;
– le Ragoût fin, authentique spécialité berlinoise, fait de viandes blanches fines en sauce ;
– de nombreux termes désignant des aliments ou des plats ont été introduits par eux à cette époque et plus ou moins germanisés ensuite : Aubergine, Bonbon, Bouillon, Champignon (= champignon de couche), Karotte, Delikatesse, Muckefuck (< mocca faux = "café" à base de chicorée), Orange, Pommes frites, Praline (= bonbon au chocolat), Püree, Sellerie, etc.


Source. – Photo du Gendarmenmarkt : carte postale (archives personnelles).

© Jacques Poitou 2013.