Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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1945-1990 : les Français à Berlin

La quatrième puissance

Depuis l'entrée en guerre de l'Amérique jusqu'au printemps 1945, la guerre contre l'Allemagne nazie était dominée par les Trois Grands – Churchill, Roosevelt et Staline – et dans les plans d'occupation de l'Allemagne qu'ils avaient élaborés en 1943-1944, trois zones étaient prévues et trois secteurs à Berlin.

Lors de la conférence de Yalta en février 1945, ils décidèrent d'associer la France au futur conseil de contrôle allié en Allemagne. Le 8 mai 1945, la France fut aussi admise, comme témoin signataire, à l'acte de capitulation à Berlin-Karlshorst, mais les textes officiels de l'acte de capitulation étaient rédigés en anglais, en russe et en allemand. La France participa à la réunion de Wendenschloss, le 5 juin 1945, où furent scellés la défaite et le principe de l'administration interalliée de l'Allemagne. Mais elle ne fut pas invitée à participer à la conférence de Potsdam, en juillet 1945, où les Trois Grands – Staline, Truman (en remplacement de Roosevelt mort en avril) et Churchill, puis Attlee pour l'Angleterre – définirent les grandes lignes de la politique à mener en Allemagne.

Le 11 juillet eut lieu la première réunion du commandement militaire interallié pour le Grand-Berlin, avec des représentants des quatre puissances, mais ce n'est que le 30 juillet que fut défini le secteur attribué à la France, constitué des arrondissements de Wedding et de Reinickendorf, prélevés sur le secteur britannique.

Si la France obtint finalement une place dans le système d'administration de l'Allemagne et de Berlin, aux côtés des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de l'Union soviétique, c'est à la fois du fait que les armées françaises avaient participé, à partir du printemps 1944, à la guerre contre l'ennemi commun, mais aussi et surtout parce que les Anglais y étaient particulièrement intéressés. Ils étaient attachés à la restauration de la France comme puissance européenne, de façon à ce qu'il n'y ait pas un vide entre leur pays et l'Allemagne. Ni les Américains ni les Russes n'y étaient favorables – que pesait l'armée française en face de la puissante Armée rouge ou de l'armée américaine ?

Les forces armées françaises arrivèrent à Berlin le 12 août 1945, sous le commandement du général Geoffrey de Beauchêsne et elles prirent leurs quartiers dans la caserne Hermann Göring, rebaptisée Quartier Napoléon (le long de l'actuel Kurt-Schumacher-Damm).

C'était la deuxième fois que les troupes françaises s'installaient à Berlin. La première fois, c'était en 1806. Le 27 octobre 1806, Napoléon était lui-même entré triomphalement dans la ville après les victoires de Jena et Auerstedt. Et ses troupes l'avaient quittée précipitamment, piteusement, après six ans et demi d'occupation, le 4 mars 1813, pourchassées par les Russes que les Berlinois accueillaient en libérateurs.

Par delà quelques divergences, liées notamment à ses réticences à favoriser la restauration d'un Etat allemand puissant à ses frontières, la France fit cause commune avec les deux autres alliés occidentaux, face à l'Union soviétique, au fur et à mesure que les divergences entre Est et Ouest s'amplifièrent.

L'administration quadripartite de la ville prit fin de fait en 1948, en liaison avec la réforme monétaire et le blocus des secteurs occidentaux de Berlin par les Soviétiques, mais les responsabilités des quatre puissances pour Berlin et pour l'Allemagne ne prirent formellement fin qu'en 1990, avec les accords dits "2+4" entre eux et les deux Etats allemands et la réunification du pays et de la ville.

Les dernières troupes françaises quittèrent Berlin en 1994.

Vestiges

Il reste dans l'ancien secteur français plusieurs vestiges de cette époque. Les rues des quartiers habités par les Français ont gardé les noms qui leur avait été attribués après la guerre. Dans l'ancien quartier Napoléon, on voit encore, du Kurt-Schumacher-Damm, l'entrée du cinéma : il s'appelait "L'aiglon". La gare française, terminus des trains militaires, abrite des brocanteurs le week-end. Et tous les ans a lieu au printemps une fête franco-allemande, sur une vaste esplanade près de l'ancien Quartier Napoléon.

Juste après la guerre, la France aurait souhaité que soit détruite la Siegessäule (dans le Tiergarten) – la colonne célébrant les victoires allemandes... notamment celle de Sedan sur la France. Refus des autres alliés. Seuls les bas-reliefs représentant les victoires allemandes furent enlevés. La France accepta finalement de les restituer en 1987.


© Jacques Poitou 2013.