Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Berlin, 9 novembre 1989 : ouverture du mur
Début novembre 1989. Chaque jour, plusieurs milliers d'Allemands de l'Est quittent leur pays, en se réfugiant à l'ambassade ouest-allemande de Prague, d'où ils sont ensuite expulsés à l'Ouest. Ce détour cause quelques soucis aux dirigeants tchèques, qui s'en plaignent auprès de leurs homologues est-allemands.

Pour résoudre le problème, les cabinets ministériels est-allemands mettent au point de nouvelles dispositions : les gens qui veulent quitter le pays pourraient le faire directement par la frontière interallemande et à Berlin. Et si l'on donne cette autorisation aux gens qui veulent partir défintivement, il n'y a pas de raison de ne pas la donner aussi à ceux qui veulent simplement aller en visite à l'Ouest.

9 novembre, après-midi. Le secrétaire général, Egon Krenz, présente ces dispositions au Comité central, qui siège depuis la veille pour élaborer le nouveau programme du Parti. La discussion est rapide et se limite à un terme : faut-il parler d'une "zeitweilige Übergangsregelung" (réglementation transitoire provisoire) ou simplement d'une "Übergangsregelung" ou simplement de dispositions valables jusqu'à l'adoption d'une nouvelle loi ? On se met vite d'accord sur le terme simple "Regelung". Personne au Comité central n'a conscience de ce que va déclencher ce texte, finalement purement technique.

Source des illustrations. – Photo de Schabowksi : extrait d'une vidéo de la conférence de presse. – Coupures de presse : archives personnelles.

© Jacques Poitou 2013.
schabowski
9 novembre, 18 heures. Conférence de presse de Günter Schabowski, secrétaire du Comité central. Il n'était pas présent lors de la discussion du texte dans l'après-midi, Krenz le lui a glissé juste avant la conférence de presse. Schabowski présente le nouveau programme du Parti et vers la fin, peu avant 19 heures, en réponse à une question d'un journaliste italien, il donne lecture de la nouvelle réglementation sur les voyages et précise bien en lisant le texte : euh, oui, cela concerne aussi Berlin. Et en réponse au journaliste qui demande si cela entre en vigueur immédiatement, il bredouille, les yeux fixés sur le texte (photo) : "Cela entre en vigueur... à ma connaissance... c'est immédiatement... sans délai." – En réalité, ces dispositions ne devaient entrer en vigueur que le lendemain 10 novembre, mais le texte du communiqué de presse ne mentionnait pas la date, et Schabowski n'était pas au courant de ces petits détails.

Les journaux télévisés ouest-allemands répercutent aussitôt la nouvelle : la RDA ouvre ses frontières.
faz
Extrait de la Frankfurter Allgemeine Zeitung
du 11-12 novembre 1989
Et bientôt, des Berlinois de l'Est commencent à aller aux postes-frontière comme celui de la Bornholmer Straße. Les responsables locaux ne savent pas quoi faire. Ils ont bien entendu Schabowski à la télévision, mais ils n'ont pas de directive particulière. Et leurs supérieurs hiérarchiques, à qui ils en réfèrent, n'en ont pas non plus. On leur conseille de laisser passer quelques personnes (Ventillösung), d'essayer de calmer les autres et de les faire patienter jusqu'au lendemain. Prudemment, des responsables locaux font ranger les armes.

La pression augmente aux postes-frontière. Peu avant onze heures, les médias ouest-allemands annoncent, anticipant quelque peu, que les frontières sont ouvertes. Des milliers de gens convergent vers les postes-frontière et demandent qu'on lève les barrières : TOR AUF ! TOR AUF ! (Ouvrez les portes !)

A l'Ouest aussi, des gens vont aux postes-frontière. Les gardes-frontière n'ont pas de directives. Ils savent qu'ils ne peuvent pas résister à la pression croissante des gens et ils craignent de se faire lyncher. Au poste de la Bornholmer Straße, ils prennent sur eux de laisser passer tout le monde, peu avant minuit. Demain, on reviendra à des pratiques normales, pensent-ils. Les autres points de passage sont ouverts, dans des conditions semblables, à peu près au même moment.

Et aussitôt, c'est la ruée vers l'Ouest. A pied. En voiture : une file ininterrompue de Trabant. Effusions. Emotion. WAHNSINN ! (C'est fou !) La veille encore, et même seulement quelques heures auparavant, personne n'aurait pu imaginer ça.

WAHNSINN !

La porte de Brandebourg, elle, n'est pas un poste-frontière. Mais aux alentours de minuit, des Berlinois de l'Ouest commencent à escalader le mur. On les en déloge, et d'autres y montent à nouveau. Et peu après, des Berlinois de l'Est y arrivent eux aussi, ils franchissent allègrement les barrières qui ferment la Pariser Platz, l'envahissent, passent sous les colonnes de la porte de Brandebourg, montent sur le mur. Images hautement symboliques, qui feront vite le tour du monde.

WAHNSINN !
sueddeutsche
Extrait de la Une de la Süddeutsche Zeitung du 11-12 novembre 1989.
Cependant, l'armée a été placée en état d'alerte. Des unités spéciales sont mobilisées. L'état d'alerte ne sera levé que dans la journée du 11. Mais dans la journée du 10, on ouvre de nouveaux points de passage pour éviter une trop grande pression à ceux qui existent (sept seulement !). Le mouvement ne peut plus être stoppé.

Et Moscou ?
Le 9 novembre vers minuit, le chargé d'affaires soviétique estime prudent d'attendre le lendemain matin pour prévenir le Kremlin : mieux vaut ne pas risquer de tomber, en cette heure nocturne, sur des responsables subalternes aux réactions imprévisibles. Le matin du 10 novembre, Egon Krenz envoie un télégramme à Gorbačëv [Gorbatchev] pour justifier les mesures de la nuit – mesures qu'il n'a pas prises –, et assure que depuis six heures du matin, les contrôles sont rétablis (ce qui n'est qu'un vœu pieux). En fin d'après-midi, le ministère soviétique des Affaires étrangères précise que toute l'affaire relève de la souveraineté de la RDA et que l'URSS n'a pas l'intention de s'en mêler.

Moins d'un an après, la RDA a cessé d'exister. Berlin et l'Allemagne sont réunifiés. Les responsabilités des quatre puissances (URSS, Etats-Unis, Grande Bretagne, France) en Allemagne ont pris fin.

La longue page de l'après-guerre est tournée.

Pour en savoir plus

http://www.chronik-der-mauer.de/ (nombreux documents textuels, vidéo, audio, iconographiques).

http://www.2plus4.de/
Site sur les évènements qui ont abouti à la chute du mur et à la réunification de l'Allemagne. – Documents textuels classés chronologiquement.