Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
Plan & photos Histoire Ecrivains Divers

L'Armée rouge à Berlin (3) | Page 1Page 2Page 4

Berlin Karlshorst, 8-9 mai 1945

Après un premier acte de capitulation signé à Reims le 7 mai, les Soviétiques, qui avaient supporté longtemps seuls le poids de la guerre en Europe, tenaient à ce que la capitulation allemande soit signée dans la capitale allemande, par les plus hauts représentants de l'armée allemande et devant les chefs de l'Armée rouge. Ce fut fait au mess des officiers de l'école du génie de la Wehrmacht, à Berlin-Karlshorst, dans la nuit du 8 mai 1945, peu après minuit. Etaient présents, côté allemand, les représentants du Haut Commandement de la Wehrmacht, le maréchal Keitel (pour la Wehrmacht et pour l'armée de terre), le général Stumpff (pour l'armée de l'air) et l'amiral von Friedeburg (pour la marine). Les Alliés étaient représentés par le maréchal Žukov [Joukov] (pour l'Armée rouge), le maréchal Tedder (pour les forces alliées occidentales), et, comme témoins signataires, le général Spaatz (représentant des USA) et le général De Lattre de Tassigny (représentant de la France). La cérémonie fut brève et tendue. Elle se termina par les mots de Joukov : "La délégation allemande peut quitter la salle."

kapitulationKeitel signe l'acte de capitulation.
– Sous les quatre drapeaux, Joukov.
A sa gauche, Tedder, à sa droite, Spaatz et De Lattre de Tassigny.
(Photo : V. Temin.)

Textes officiels de la capitulation en anglais et en russe – sur le site du Bunesarchiv :
http://www.bundesarchiv.de/oeffentlichkeitsarbeit/bilder_dokumente/00805/index-19.html.de
http://www.bundesarchiv.de/oeffentlichkeitsarbeit/bilder_dokumente/00805/index-22.html.de

Texte en allemand :
http://www.bundesarchiv.de/oeffentlichkeitsarbeit/bilder_dokumente/00805/index-17.html.de

Et aussitôt, l'atmosphère changea. "Au nom du Commandant suprême soviétique [= Staline]," raconte Joukov dans ses Mémoires (Fayard, 1970, Tome II, p. 392), "je félicitai chaleureusement tous les présents à l'occasion de la victoire si longtemps attendue. Un vacarme indescriptible emplit alors la salle. Tous ceux qui étaient présents se félicitaient mutuellement en se serrant les mains. Plus d'un avaient les larmes aux yeux de joie." La séance fut suivie d'un banquet. Joukov : "Le banquet s'acheva au petit matin par des chants et des danses. Les généraux soviétiques montrèrent qu'ils étaient des danseurs inégalables. Je ne pus me retenir moi-même et, me souvenant de ma jeunesse, j'exécutai une danse russe. C'est au son d'une canonnade de toutes armes tirant en l'honneur de la victoire que nous nous séparâmes, qui pour rentrer chez soi, qui pour rejoindre un aérodrome."


joukov Georgij Konstantinovič Žukov [Joukov] (1896-1974), commandant en chef adjoint de l'Armée rouge à partir de 1942, maréchal de l'Union soviétique en janvier 1943. Il est présent, à des titres divers, dans toutes les batailles décisives de la guerre. En 1939, en Mongolie, il est l'artisan de la victoire sur les Japonais à Halhin Gol. En septembre 1941, il est à Leningrad où il réorganise le front face à l'armée allemande qui encercle la ville. A l'automne 1941, à Moscou [Moskva], alors que les Allemands sont aux abords de la capitale, il prépare et dirige une contre-offensive qui les repousse et scelle la fin des rêves allemands d'une victoire rapide. Fin 1942, début 1943, il participe à la direction des opérations qui aboutissent à la liquidation de la VIe armée allemande à Stalingrad. En juillet 1943, à Kursk, il planifie la gigantesque bataille de chars qui contraint définitivement les Allemands à la retraite. En 1945, il commande les opérations qui mènent l'Armée rouge jusqu'à Berlin.
Après la capitulation allemande, il est nommé commandant de la zone d'occupation soviétique en Allemagne. Et le 24 juin 1945, lors de la parade de la victoire sur la place Rouge [Krasnaâ Proŝad'] à Moskva (Moscou), c'est à Joukov que Staline, commandant en chef, cède l'honneur insigne de passer en revue les troupes.
Très populaire, trop populaire, il est muté en mars 1946 à un poste subalterne. Il revient en grâce en 1953. Il tombe à nouveau en disgrâce en 1957. En 1965, il réapparaît ponctuellement pour le 20e anniversaire de la victoire.
Joukov est enterré sur la place Rouge, au pied du Kremlin.

Sources. Portrait de Joukov : Agitation zum Glück. Sowjetische Kunst der Stalinzeit. Bremen : Temmen, 1994. Original au musée Russe de Sankt-Peterburg.

© Jacques Poitou 2013.