Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
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Berlin 1933 : les nazis au pouvoir

30 janvier 1933 : Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich

Le 30 janvier 1933, le président du Reich, le maréchal Paul von Hindenburg, nomme chancelier du Reich le chef du Parti ouvrier allemand national-socialiste (NSDAP), Adolf Hitler. Le gouvernement qu'il forme ne compte que deux autres membres du NSDAP – Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur, et Hermann Göring, ministre sans portefeuille, commissaire du Reich à l'Aviation – à côté de représentants des partis conservateurs. Franz von Papen est nommé vice-chancelier.

Le soir, quelque 25 000 nazis en uniformes fêtent la prise du pouvoir (Machtergreifung) dans un impressionnant défilé aux flambeaux qui passe, au pas et au rythme de marches militaires, sous la porte de Brandebourg (photo ci-contre).

fackelzug

27 février 1933 : incendie du Reichstag
voelk

Völkischer Beobachter (journal du NSDAP) du 1er mars 1933

La coupe est pleine ! Des mesures radicales s'imposent maintenant.
Des incendiaires communistes mettent le feu au Reichstag. – L'aile centrale et la grande salle des séances sont détruites. – Arrestation d'un incendiaire communiste.– Le signal du déclenchement de l'insurrection communiste. – Mesures draconiennes contre les terroristes. – Arrestation de tous les députés communistes. – Interdiction de tous les journaux marxistes

Le 27 février 1933, le Reichstag est en flammes. Aussitôt, les nazis en accusent les communistes et déclenchent contre eux une vague de répression et d'arrestations brutale.

Mais QUI a incendié le Reichstag ?

– Les communistes ? Non. Ils n'ont rien à voir avec cela. Les nazis ont beau arrêter trois Bulgares, dont Georgi Dimitroff, responsable de l'Internationale communiste (Komintern) pour l'Europe de l'ouest. Le procès que les nazis leur intentent tourne au fiasco : Dimitroff et les autres accusés doivent être acquittés (décembre 1933).

– L'opération a-t-elle été manigancée par les nazis eux-mêmes, à la recherche d'un prétexte pour liquider l'opposition – et d'abord l'opposition communiste ? Cela semblerait plausible, mais il ne semble pas que ce soit le cas.

– Le seul Marinus van der Lubbe, jeune Hollandais arrêté sur les lieux le jour de l'incendie ?

Le 5 mars 1933 ont lieu les élections au Reichstag, dissous le 1er février. A Berlin, le NSDAP n'obtient que 34,6 % des voix (soit nettement moins que dans toute l'Allemagne, mais six points de plus qu'aux élections du 6 novembre 1932). Malgré les persécutions, le parti communiste arrive encore – à Berlin – à 24,5 % – contre 31,0 % le 6 novembre 1932. Mais peu après, les mandats des députés communistes sont supprimés et le 23 mars, la majorité du Reichstag vote pour quatre ans les pleins pouvoirs à Hitler.


1er avril 1933 : boycott des commerçants, médecins et avocats juifs

"Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les juifs !" L'action est pilotée par Goebbels et menée par les SA et les SS, qui veulent empêcher les gens d'aller dans ces boutiques. Condamnée à l'étranger, l'action n'a que peu d'impact sur la population.

boykott

Mais six jours plus tard (7 avril 1933), une loi sur la fonction publique stipule que les fonctionnaires "non aryens" doivent être licenciés. Première mesure antisémite... qui sera suivie de beaucoup d'autres.

boykott

10 mai 1933 : autodafé

Le soir du 10 mai 1933, dans le cadre d'une campagne "contre l'esprit antiallemand" (wider den undeutschen Geist), les nazis organisent sur la place de l'opéra (Opernplatz – actuellement Bebelplatz) un gigantesque autodafé, en présence et sous l'autorité du Dr. Joseph Goebbels, ministre du Reich pour l'Education populaire et la Propagande (Reichsminister für Volksaufklärung und Propaganda). 20 000 livres sont brûlés – œuvres d'auteurs allemands ou étrangers, juifs ou non. Parmi eux : Heinrich Heine, Karl Marx, Heinrich Mann, Thomas Mann, Bertolt Brecht, Kurt Tucholsky, Erich Kästner, Carl von Ossietzky, Anna Seghers, Sigmund Freund, Erich Maria Remarque, Egon Erwin Kisch, Stefan Zweig, Arnold Zweig, etc. Participent à cette manifestation des étudiants, les autorités universitaires, des professeurs... La cérémonie s'accompagne de slogans (Feuersprüche) du style : "Contre la décadence et la décrépitude morale, pour la discipline et la morale dans la famille et dans l'Etat, je livre au feu les œuvres de Heinrich Mann, Ernst Glaeser et Erick Kästner."


buecherverbrennung

La quasi-totalité des écrivains allemands de renom est contrainte à l'émigration ou au silence. Certains sont assassinés (Erich Mühsam, Carl von Ossietzky), d'autres se suicident (Kurt Tucholsky, Stefan Zweig).

Il faut ici citer Heinrich Heine qui avait écrit en 1817 dans l'une de ses pièces : "Das war ein Vorspiel nur. Dort, wo man Bücher verbrennt, verbrennt man am Ende auch Menschen." (Ce n'était qu'un prélude. Et là où on brûle des livres, on finit par brûler aussi des gens. Texte allemand selon la plaque commémorative située sur la Bebelplatz.)

Voir aussi les réactions de Bertolt Brecht et de Thomas Mann.


Pour plus de précisions, voir le site du musée historique allemand (DHM), et notamment la page
http://www.dhm.de/lemo/html/nazi/innenpolitik/etablierung/index.html.