Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
Plan & photos Histoire Ecrivains Divers

Berlin, été 1914

Je ne connais plus de partis. Je ne connais que des Allemands. (Wilhelm II.)


Chronologie : d'un assassinat à la guerre

28 juin – assassinat de François-Ferdinand, dauphin de la maison d'Autriche, à Sarajevo
5-6 juillet – l'Autriche-Hongrie s'assure du soutien de l'Allemagne dans sa politique vis-à-vis de la Serbie
23 juillet – ultimatum de l'Autriche-Hongrie à la Serbie
28 juillet – l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie
30 juillet – mobilisation générale en Russie
31 juillet – mobilisation générale en Autriche-Hongrie
– ultimatum de l'Allemagne à la France
– ultimatum de l'Allemagne à la Russie

1er août

– mobilisation générale en Allemagne et en France
– l'Allemagne déclare la guerre à la Russie
2 août – ultimatum de l'Allemagne à la Belgique
– attaque du Luxembourg par l'Allemagne
3 août – l'Allemagne déclare la guerre à la France
4 août – l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne
– la Belgique déclare la guerre à l'Allemagne
Berlin, 31 juillet 1914 : première allocution de l'Empereur, prononcée du balcon du château

Hier après-midi, dès que l'étendard royal pourpre fut hissé sur le château royal, des milliers et des milliers de gens accoururent sur la Schlossplatz et dans le Lustgarten, qui furent bientôt couverts de monde, de la cathédrale jusqu'à la Spree et des terrasses du château jusqu'à la Galerie nationale. Des chants nationaux retentirent, Wacht am Rhein, Heil dir im Siegerkranz, Deutschland, Deutschland über alles. Tout à coup, peu après six heures, les portes du balcon en face de la cathédrale s'ouvrirent. L'empereur, l'impératrice et les princes Adalbert et Oskar apparurent sous d'immenses cris de joie. Il s'écoula un bon moment avant que cesse le déferlement de hourrah et que l'empereur puisse parler. Ses paroles, fortes et empreintes du plus grand sérieux, résonnèrent avec une impétuosité qui était à l'unisson de cette heure décisive. Quelques paroles, prononcées d'une voix que la colère faisait vibrer et qui se détachaient nettement dans le cours du discours, ne peuvent que rester gravées dans la mémoire de tous ceux qui écoutèrent l'accusation que l'empereur lança contre le voisin fauteur de trouble devant le peuple rassemblé . La foule y assistait bouleversée, tête nue, quand, pour finir, l'empereur appela chacun à prier le ciel pour la victoire des armes allemandes ! [...]

Une heure lourde de conséquences a sonné aujourd'hui pour l'Allemagne. Les jalousies qui s'expriment partout nous obligent à une juste défense. Si au dernier moment, mes efforts ne parviennent pas à amener l'ennemi à la conciliation et à maintenir la paix, j'espère qu'avec l'aide de Dieu, nous tirerons l'épée de telle sorte que nous puissions la remettre dans l'honneur dans son fourreau. Une guerre coûterait d'énormes sacrifices en biens et en sang, mais nous montrerions à nos ennemis ce que cela signifie d'attaquer l'Allemagne. Et maintenant, je vous recommande à Dieu. Allez maintenant à l'église et priez Dieu qu'il aide notre valeureuse armée.

"Vive l'empereur !" fut la réponse. L'empereur quitta le balcon et les portes furent refermées. Mais ce discours de l'empereur avait fait comprendre au public qu'il n'y aurait pas de retour en arrière. Maintenant, la seule chose à faire, c'est d'aller de l'avant.

Vossische Zeitung, 1er août 1914.

Berlin, 1er août 1914 : deuxième allocution de l'Empereur, prononcée du balcon du château

Vers huit heures du soir, le Lustgarten était rempli de milliers de gens qui se pressaient jusqu'à proximité immédiate du château. La foule chantait des chansons patriotiques, et aussi Eine feste Burg ist unser Gott et elle s'exclamait sans cesse : "Nous voulons voir notre empereur !" Alors, à la grande fenêtre du premier étage au-dessus du portail IV apparurent l'empreur, en uniforme de chasseur royal à cheval, l'impératrice et des messieurs et dames de leur suite. L'empereur fit une allocution en disant à peu près ceci :

Du plus profond de mon cœur, je vous remercie pour l'amour et la fidélité que vous m'avez témoignée. Dans le combat qui nous attend, les partis cessent d'exister. Il n'y a plus parmi nous que des Allemands, des frères. En temps de paix, tel ou tel parti a pu m'attaquer – je le leur pardonne de.tout cœur. Si notre voisin ne nous accorde pas la paix, j'espère et je souhaite que notre bonne épée allemande sorte victorieuse du combat.

D'indescriptibles cris de joie éclatèrent. Après des "hourrah" répétés, la plus grande partie du public s'éloigna en chantant Die Wacht am Rhein.

Minuit. La Schlossplatz et le Lustgarten sont maintenant presque vides. A partir de 10 heures, la police a repoussé doucement et gentiment les masses et bloqué une voie d'accès après l'autre : les gens peuvent sortir, mais la police ne laisse plus entrer personne. Mais un vrai Berlinois ne renrtre pas encore chez lui à 11 heures ou minuit, en un jour aussi important pour l'histoire du monde. Tous se dirigent vers Unter den Linden. [Les manifestations de joie et de fidélité à la famille impériale se poursuivent jusqu'à deux heures du matin.]

Vossische Zeitung, 2 août 1914

kaiser

Berlin, 4 août 1914 : séance du Reichstag

Le Reichstag, réuni au château, doit se prononcer sur les crédits de guerre. La séance est ouverte par l'Empereur qui cite sous une forme stylistiquement plus élaborée ce qu'il a dit trois jours avant du balcon du château sur les partis.

Vous avez lu, Messieurs, ce que j'ai dit à mon peuple du balcon du château. Je le redis ici : Je ne connais plus de partis. Je ne connais que des Allemands.

Les crédits de guerre sont adoptés à l'unanimité.

Au sein du groupe parlementaire social-démocrate (SPD), la décision de voter les crédits de guerre a été acquise la veille à la majorité, 14 députés ont voté contre sur 92. Mais lors du vote au Reichstag, ils se plient à la discipline du groupe et votent comme les autres. Dans les derniers jours de juillet, la direction du SPD avait établi des contacts avec le gouvernement et s'était engagée à maintenir la paix sociale.

Ainsi, la guerre peut commencer, et l'on pense qu'elle sera courte.


Sources. – Image : Daheim, 50, 45. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/feldztgdaheim1914/0009.
– Textes : http://www.zlb.de/projekte/millennium/overview_1914_1932/overview_main.html. – Traduction : JP.

© Jacques Poitou 2013.