Berlin de Berlin à Berlin (1969-2014)
Plan & photos Histoire Ecrivains Divers

Napoléon à Berlin (1806)

Sources. – Tableau de Meynier : nombreux documents en ligne et papier. –Bulletin de la Grande Armée et proclamation de Napoléon : Goujon, Alexandre M., 1821. Bulletins officiels de la Grande Armée. Tome I. Paris : Baudoin. Document en ligne sur le site de la Bayrische Staatsbibliothek, consulté le 2011-09-26. http://www.bsb-muenchen-digital.de/~web/web1042/bsb10422094/images/index.html?digID=bsb10422094&pimage=1&v=pdf&nav=0&l=de. – Texte de Warte Bonaparte : Der richtige Berliner in Wörtern und Redensarten, verfaßt von Hans Meyer und Siegfried Mauermann, bearbeitet & ergänzt von Walther Kiaulehn. München : Biederstein 1965, 223. [Une version légèrement différente est citée par Fontane dans Vor dem Sturm.] – Caricature de Napoléon : Löschburg, Winfried, 1972. Unter den Linden. Berlin : Buchverlag Der Morgen, image hors texte [original à la Deutsche Staatsbibliothek].

© Jacques Poitou 2013.

Berlin, 28 octobre 1806. 21e bulletin de la Grande Armée (extraits)

L'Empereur a fait, hier 27, une entrée solennelle à Berlin. Il était environné du prince de Neufchâtel, des maréchaux Davout et Augereau, de son grand maréchal du palais, de son grand écuyer et de ses aides de champ. Le maréchal Lefebvre ouvrait la marche à la tête de la garde impériale à pied ; les cuirassiers de la division Nansouty étaient en bataille sur le chemin. L'Empereur marchait entre les grenadiers et les chasseurs à cheval de sa garde. Il est descendu au palais à trois heures après midi. Il a été reçu par le grand maréchal du palais, Duroc. Une foule immense était accourue sur son passage. L'avenue de Charlottenburg à Berlin est très-belle ; l'entrée par cette porte est magnifique. La journée était superbe. Tout le corps de la ville, présenté par le général Hulin, commandant de la place, est venu à la porte offrir les clefs de la ville à l'Empereur. Ce corps s'est rendu ensuite chez S.M. Le général, prince d'Hatzfeld, était à la tête.

L'Empereur a ordonné que les deux mille bourgeois les plus riches se réunissent à l'hôtel-de-ville, pour nommer soixante d'entre eux qui formeront le corps municipal. Les vingt cantons fourniront une garde de soixante hommes chacun ; ce qui fera douze cents des plus riches bourgeois, pour garder la ville et en faire la police. L'Empereur a dit au prince d'Hatzfeld : "Ne vous présentez pas devant moi, je n'ai pas besoin de vos services ; retirez-vous dans vos terres. Il a reçu le chancelier et les ministres du roi de Prusse.

Le 28, à neuf heures du matin, les ministres de Bavière, d'Espagne, de Portugal et de la Porte, qui étaient à Berlin, ont été admis à l'audience de l'empereur. Il a dit au ministre de la Porte d'envoyer un courrier à Constantinople pour porter des nouvelles de ce qui se passait, et annoncer que les Russes n'entreraient pas aujourd'hui en Moldavie, et qu'ils ne tenteraient rien contre l'empire ottoman. Ensuite il a reçu tout le clergé protestant et calviniste. Il y a à Berlin plus de dix ou douze mille Français réfugiés par suite de l'édit de Nantes. S.M. a causé avec les principaux d'entr'eux ; il leur a dit qu'ils avaient de justes droits à sa protection, et que leurs privilèges et leur culte seraient maintenus. Il leur a recommandé de s'occuper de leurs affaires, de rester tranquilles, et de porter obéissance et respect à César. [...]

Proclamation de l'empereur à l'armée (26 octobre)

Soldats !

Vous avez justifié mon attente et répondu dignement à la confiance du peuple français. Vous avez supporté les privations et les fatigues avec autant de courage que vous avez montré d'intrépidité et de sang-froid au milieu des combats. Vous êtes les dignes défenseurs de l'honneur de ma couronne et de la gloire du grand peuple ; tant que vous serez animés de cet esprit, rien ne pourra vous résister. Je ne sais désormais à quelle arme je dois donner la préférence.... Vous êtes tous de bons soldats. Voici les résultats de nos travaux.

Une des premières puissances militaires de l'Europe, qui osa naguères nous proposer une honteuse capitulation, est anéantie. Les forêts, les défilés de la Franconie, la Saale, l'Elbe, que nos pères n'eussent pas traversés en sept ans, nous les avons traversés en sept jours, et livré dans l'intervalle quatre combats et une grande bataille. Nous avons précédé à Potsdam, à Berlin, la renommée de nos victoires. Nous avons fait 60,000 prisonniers, pris 55 drapeaux, parmi lesquels ceux des gardes du roi de Prusse, 600 pièces de canon, 3 forteresses, plus de 20 généraux. Cependant, près de la moitié de vous regrettent de n'avoir pas encore tiré un coup de fusil. Toutes les provinces de la monarchie prussienne, jusqu'à l'Oder, sont en notre pouvoir.

Soldats, les Russes se vantent de venir à nous : nous marcherons à leur rencontre, nous leur épargnerons la moitié du chemin, ils retrouveront Austerlitz au milieu de la Prusse. Une nation qui a aussitôt oublié la générosité dont nous avons usé envers elle après cette bataille, où son empereur, sa cour, les débris de son armée n'ont dû leur salut qu'à la capitulation que nous leur avons accordée, est une nation qui ne saurait lutter avec succès contre nous.

Cependant, tandis que nous marchons au-devant des Russes, de nouvelles armées, formées dans l'intérieur de l'empire, viennent prendre notre place pour garder nos conquêtes. Mon peuple tout entier s'est levé, indigné de la honteuse capitulation que les ministres prussiens, dans leur délire, nous ont proposée. Nos routes et nos villes frontières sont remplies de conscrits qui brûlent de marcher sur vos traces. Nous ne serons plus désormais les jouets d'une paix traîtresse ; et nous ne poserons plus les armes que nous n'ayons obligé les Anglais, ces éternels ennemis de notre nation, à renoncer au projet de troubler le continent, et à la tyrannie des mers.

Soldats ! je ne puis mieux vous exprimer les sentimens que j'ai pour vous, qu'en vous disant que je vous porte dans mon coeur l'amour que vous me montrez tous les jours.

De notre camp impérial de Potsdam, le 26 octobre 1806.
Signé, Napoléon.

linkLettre de Stendhal à sa sœur Pauline du 3 novembre 1806.


napoleon
Tableau de Charles Meynier : Napoléon sur la Pariser Platz, devant la Porte de Brandebourg
Warte Bonaparte (1812)

Warte,
Bonaparte ;
Warte, Kujon,
Andre Woche, wir kriegen dich schon.

Ja, der Russ
Hat uns gezeigt, wie mans machen muss:
Im ganzen Kremmel
Nicht eine Semmel,
Und auf den Hacken
Immer nur Hunger und Kosacken,
Ja, der Russ
Hat uns gezeigt, wie mans machen muss.

Hin ist der Blitz
Deiner Sonne von Austerlitz,
Unterm Schnee
Liegen all deine Corps d'Armée.

Warte,
Bonaparte ;
Warte, Kujon,
Andre Woche, wir kriegen dich schon.

napoleon
Napoléon "voleur de chevaux" :
Napoléon emporte le quadrige.
Attend, Bonaparte ; attend, crapule, une prochaine semaine, on t'aura. / Oui, le Russe nous a montré comment il fallait faire : dans tout le Kremlin, pas le moindre pain, et dans les talons, rien que la faim et les cosaques. Oui, le Russe nous a montré comment il fallait faire. / Fini, l'éclair de ton soleil d'Austerlitz ; tous tes corps d'armée, ils sont sous la neige. / Attend, Bonaparte ; attend, crapule, une prochaine semaine, on t'aura.